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dimanche 10 mai 2026

LA VERTU DE LA SOBRIETE

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Par Eric Ruiz

 

J’ai constaté par mon expérience, que les croyants demandent souvent de la sagesse à Dieu. Et, c’est une très bonne chose. Mais avant cela, n’ont-ils pas besoin de la sobriété ? Paul dit à son frère de foi Timothée : 


« Mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances, fais l'œuvre d'un évangéliste, remplis bien ton ministère » (2 Timothée 4 :5). 

Ici la sobriété n’a pas un lien direct avec la consommation d’alcool, bien que l’ivresse procure un comportement inconstant, excessif et confus ; tout l’inverse d’une personne sobre.

 

SOBRIETE ET EXALTATION

 

« Sois sobre » a été traduit du grec « nepho » qui signifie, ici : Etre calme, concentré en esprit.

L’Esprit saint parle dans un doux murmure. Si nous sommes agités, si nous parlons excessivement, si nous nous emballons vite dans nos rapports les uns avec les autres ; si nous perdons la maitrise de soi, ne sommes nous pas plutôt ivres que sobres ? Nous devons être calmes pour être concentré en esprit. Ce qui signifie que le centre de notre attention demeure sur un seul esprit. Et nous l’aurons tous compris : ce seul esprit est celui de Christ. Toute agitation nuit à la concentration. Et là bien-sûr, nous devons discerner ce qui provient d’une agitation de la chair et ce qui provient de l’élan de l’Esprit saint. Or bien souvent, si nous laissons la chair s’exprimer, si nous laissons nos émotions devenir nos maitres, nous ne savons plus discerner la part de l’esprit de celle de la partie charnelle. Nous confondons alors deux sortes d’exaltation. Un état d’enthousiasme atteint par une forte excitation émotionnelle, ou un état d’enthousiasme provoqué par une exaltation spirituelle. L'exaltation de la chair est juste une décharge d'adrénaline : elle s'épuise vite et laisse souvent un vide après coup.

D’ailleurs, dans les assemblées Evangéliques, ou Charismatiques l’agitation ne provient-elle pas d’un trop plein d’émotion ? Le culte ou la messe, n’a rien d’une improvisation ; la liturgie suit une ordonnance, une structure théologique précise. Elle conduit le fidèle à travers un cheminement étape par étape. Rien n’est laissé au hasard.  Souvent un temps d’exaltation par  la louange est suivi par un temps de sobriété en écoutant le prédicateur annoncer son message. Premièrement : l’exaltation ; deuxièment : la sobriété.

Or, ne peut-on pas être en même temps sobre et exalté ? Ne pouvons-nous pas en même temps avoir de la retenue et se laisser aller à l’exaltation ?

Oui, tout à fait.  Etienne à la fin du chapitre 7 des Actes, pendant qu’il exhorte et proclame la vérité à des pharisiens imbus d’eux-mêmes, voit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et Etienne dit: « Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu ». Ici, au milieu de la sobriété d’Etienne rempli de sagesse surgit une vision céleste qui le pousse à l’exaltation. Il faut se rendre à l’évidence : la vie est moins contraignante que la religion. Vivre en disciple ne nous contraint pas à morceler nos pratiques. L’un n’empêche pas l’autre. On peut louer Dieu en chantant, dansant, en levant les bras, tout en étant calme et concentré en esprit. L’exaltation spirituelle n’est pas une perte de contrôle ni une transe, Pourquoi ? parce que tout se fait selon l’ordre du Saint-Esprit et la louange n’exclue pas notre prochain. Chacun continue de veiller et de porter attention aux autres. Si mon "exaltation" me fait oublier que mon frère à côté de moi souffre ou qu’il a besoin d’une parole de délivrance, alors ce n'est plus le fruit de l'Esprit, c'est de l'auto-satisfaction émotionnelle qui est aux commandes.

Or, La confusion saute aux yeux. Et les conséquences aussi. La sobriété est une étape indispensable… indispensable pour autre chose.  Quelle est cette autre chose ?

 

SOBRIETE & SOUFFRANCE

 

Sans être sobre, comment peut-on ensuite supporter les souffrances ?  Revenons à Etienne. Animé par la sobriété et l’exaltation, il est mené hors de la ville et lapidé. S’étant mis à genoux, ses derniers mots ont été en parlant fort : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché! ».

La souffrance habituellement tend à nous faire perdre nos moyens, à nous faire réagir de manière impulsive ou désespérée.  Etienne rendant son dernier souffle est exalté et calme à la fois.

Quant aux assemblées « charismatiques », ces mêmes assemblées très exaltées, elles voient pourtant (et c’est contradictoire) le nombre d’appel à la délivrance se multiplier. On y fait même des cultes de délivrance. J’ai lu ce témoignage ; « Un peu partout, les nouveaux visiteurs de notre Église demandent parfois, après le culte, pourquoi il n’y a pas de séance de délivrance ». Celles-ci sont souvent considérées comme l’aboutissement de tout ce qui se passe pendant le culte. Pourquoi une telle dérive ? Alors, qu’il suffirait d’instaurer un autre culte. Celui du Saint-Esprit et non celui de la chair.

Je crois qu’il y a un lien direct entre la sobriété et la souffrance vécue. C’est ce que montre Paul lorsqu’il conseille  Timothée: »  Mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances »  Paul nous donne la clé d’une délivrance : la sobriété comme le moyen privilégié de supporter la souffrance. Comme je le disais au départ : prier pour avoir de la sagesse, demande avant tout de prier pour être sobre afin de recevoir la sagesse. Eh bien il en est de même pour nos souffrances. Prions d’abord pour notre sobriété afin d’être en mesure de supporter toutes nos souffrances. Prions aussi pour que l’évangile soit apporté avec sobriété ; dans le calme et en esprit. Et que tout ministère soit à la fois exalté par l’esprit mais manifesté dans le calme et la retenue.

La sobriété est un état constant et durable chez le disciple de Christ. Sans cet état comment peut-il affronter les persécutions, les maladies, les exils, les deuils.

Certains qui m’écouteront auront tendance à penser : mais c’est du bon sens. Oui c’est du bon sens. Or le manque de sobriété fait perdre le bon sens et nous avons à ce moment-là besoin qu’un frère ou une sœur de foi, nous ramène à la réalité et nous rappelle nos priorités.

 

SOBRIETE ET PRUDENCE

 

Ensuite être sobre, a été la traduction du mot grec «  sofron »  dans la Bible. Ce mot a le sens d’être modéré, ou être impartial, ou encore circonspect. Quelqu’un de circonspect, c’est une personne qui agit prudemment. La prudence nous oblige à ne pas agir avec précipitation. Donc  réfléchir avant d’agir ; Pourquoi réfléchir ? Pour bien mesurer les choses. Discerner en prenant le temps d’examiner les conséquences de nos paroles et de nos actes. Par exemple : si j’agis ainsi, je risque peut-être de blesser mon frère ; ou si j’agi de cette manière je saurai ce que cache mon interlocuteur, s’il est hypocrite ou sincère.  Et si je ne fait rien, je vais pouvoir mieux comprendre les intentions de l’autre. Donc la prudence demande de la discrétion et de la réflexion. » Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents» (Matthieu 10 :16). C’est le sens de : n’attirez pas le mal à vous en vous faisant remarquer, en étant bruyant ou démonstratif ou exubérant. Examinez les esprits qui sont autour de vous. Y-a-t-il des loups ? Y-a-t-il des gens mal intentionnés ? D’ailleurs pour le deuxième sens l’impartialité, cette attitude pousse à ne pas juger. A ne prendre directement parti ni pour une cause ni pour l’autre sans avoir bien écouté, bien compris le sens de chaque partie. Par conséquent avoir de la retenue est une qualité du Saint-Esprit.

« Il ne contestera point, il ne criera point, Et personne n'entendra sa voix dans les rues. »(Matthieu 12 :19). Trois verbes très importants, absents de toute sobriété : contester, crier, faire entendre.

 

SOBRIETE & IVRESSE

 

Or, à l’opposé, la chair qui a des désirs contraire à l’Esprit se trahit dans les épreuves, car elle ne se maitrise plus et pert le contrôle. Elle s’affole, s’emballe et finit par être cernée par l’angoisse.

L’attitude d’un prédicateur charnel, est en constante opposition ; il se déchire entre d’une part le désir de se maitriser, d’être calme et tempéré et d’autre part le désir de s’exalter derrière le pupitre pour stimuler ses fidèles.

Toutes ces intentions cachent un déséquilibre tel que nous pouvons l’associer « aux vierges folles » de la parabole de Jésus. Elles sont folles parce qu’elles manquent d’huile. Elles ont oublié le Saint-Esprit pour se satisfaire dans des pratiques purement humaines.

Paul avant de parler de sobriété à Timothée évoque les désirs contraires à l’esprit. Il parle d’hommes qui ne supportent plus la saine doctrine, mais qui se tournent vers des choses agréables, vers de faux docteurs qui flattent leurs désirs. Le prophète Esaïe, évoque lui aussi cette même dérive qu’il nomme ivresse. Dieu avait mis en garde sa bien-aimée, Jérusalem, il lui avait dit qu’elle l’oubliait et qu’elle trouvait sa consolation ailleurs. Et c’est ce qui l’a faisait trembler devant l’oppresseur : 

« C'est pourquoi, écoute ceci, malheureuse, Ivre, mais non de vin!... Ainsi parle ton Seigneur, l'Éternel, Ton Dieu, qui défend son peuple: Voici, je prends de ta main la coupe d'étourdissement, La coupe de ma colère ; Tu ne la boiras plus !. »

Cette ivresse c’était donc la coupe de colère de notre Dieu. Ses oppressions, ses problèmes qui ne trouvaient pas de solutions ; Ses addictions qui tournaient en obsession, c’était bien la coupe de colère qu’elle buvait et qui l’a rendait ivre. Lorsque la chair reprend le dessus chez le croyant ; L’ivresse perturbe son jugement, son humeur. On va de la colère au repli sur soi. On devient partial, impulsif, confus comme si on avait trop bu d’alcool.

 

Par conséquent, le caractère sobre du disciple n’est pas à prendre à la légère. Et l’ivresse n’est pas juste une exhortation à la sainteté ou une simple mise en garde.

Paul prend tout un chapitre pour que Timothée enseigne ce caractère à son assemblée. Le troisième chapitre de la première lettre à Timothée, Paul parle de sobriété pour l’évêque, mais aussi pour le diacre et enfin pour la femme. C’est pour en premier, tous ceux qui exercent une responsabilité dans l’assemblée. Ils doivent, en fait, être revêtus de cette vertu spirituelle. Mais la femme, ici quelle responsabilité a-t-elle ?

Eh bien elle tient le rôle de mère, de chef de son foyer, de sa famille. Sa sobriété est un atout pour ses enfants, car ils recevront alors une bonne éducation qui les amènera à craindre Dieu. J’avais expliqué dans un message («  le grand ministère de la mère ») comment la mère consacre ses enfants. Sous son toit, c’est elle qui bâtit la maison de Dieu. C’est là son ministère et sa principale couronne.

 

Pour résumer : la sobriété est une vertu du Saint-Esprit ; Cette vertu permet de s’exalter tout en restant calme et concentré en esprit ; d’avoir de la retenue, de la modération mais aussi de la prudence et de l’impartialité. Elle permet de résister à la souffrance ; et de manifester l’évangile dans sa vie. Nous devons prier pour être sobre avant toute chose. Pourquoi ? Afin d’exercer la justice de Dieu et être des témoins véritables. Nous pouvons avoir cette image : celle d’un disciple où sa tête reste froide pendant que son cœur brûle.

Jésus devant Pilate a manifesté ce caractère (Matthieu 27:11-14)

Jésus incarne la sobriété absolue.

Alors qu’il est accusé injustement et que sa vie est en jeu devant le pouvoir romain.

Pilate l’interroge et attend une réponse. Mais Jésus reste silencieux. Il ne répond pas.

Il est fidèle à son enseignement. « Il ne contestera point, il ne criera point... on n'entendra pas sa voix dans les rues ». Sa passivité visiblement désarçonne le gouverneur romain qui est alors plongé dans un grand étonnement. Ce silence n'est pas de la passivité, c'est une sobriété absolue. Jésus refuse de s’expliquer sur son identité. Il ne cherche pas la contestation et ne souhaite pas utiliser la joute verbale avec ses accusateurs. Jésus est alors soumis entièrement au Père et non à une envie irrésistible de sauver sa vie.

Alors la question que chacun devrait se poser à soi-même : Suis-je déjà sobre ou bien suis-je dans une ivresse qui a ralenti ma conscience et qui me rend confus et balloté : tantôt modéré (mais triste), tantôt exalté ?

 Etre témoin de Christ passe nécessairement par être sobre en tout point. Par nos propres forces nous ne pouvons atteindre cet état. Ce caractère est un prodige. Il vient comme la sagesse : directement du Saint-Esprit. Prions mes frères et sœurs pour recevoir cette vertu si elle n’est pas présente en nous. Si certains parmi nous se sentent dépassés, qu’ils prient pour ne plus être ballotés par les envies de la chair.

Amen

dimanche 22 février 2026

L’HOPITAL DE LA FOI

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Par Eric Ruiz

 

1.     Le démon appelé : préjugé

 

Jean 7 :24 :« Ne jugez pas selon l'apparence, mais jugez selon la justice ».


Ce verset semble tellement irréel ! Nous sommes par nature des êtres remplis de préjugés. C’est pourquoi nous passons beaucoup de temps à évaluer, à classer et à comparer. Et dans les assemblées chrétiennes, les préjugés sont loin d’être bannis. Les jugements sont légion concernant le degré de pureté ou de souillure des frères et des sœurs.

Les uns bien habillés, soignant leur présentation, remplis de paroles douces et bienveillantes paraissent libres du péché, tandis qu’un autre se présentant le crâne à moitié rasé, les membres tatoués avec un langage cru et cabossé, part déjà avec des préjugés très négatifs. S’est-il vraiment libéré de tous les péchés que son corps et son allure trahiraient ? Son passé est-il vraiment derrière lui comme il le confesse?

Mais depuis quand l’apparence révèle-t-elle l’état du cœur ?

L’Eglise qui devrait être un hôpital, trop souvent ressemble à un tribunal. Et ce tribunal révèle alors que les accusateurs qui s’y trouvent sont eux-mêmes les véritables pécheurs. Les accusateurs oublient qu’ils sont aussi des malades et qu’ils ont besoin de guérison.

 

2.     L’hôpital et la charité chrétienne

A l’origine, l’hôpital vivait de la charité. Il vivait de dons, d’aumônes, de legs que des bienfaiteurs lui offraient. Les riches, les notables, les seigneurs donnaient des terres et de l’argent aux églises, afin que ces ressources servent à la construction d’hôpitaux. L’Hôpital était donc une œuvre chrétienne. Pendant des siècles les soins étaient assurés par des ordres monastiques. L’hôpital était voué aux plus démunis, aux sans-abri, aux malades de l’âme comme aux malades du corps. Il accueillait également les personnes âgées, les enfants abandonnés, les pèlerins et voyageurs de passage. On ne l’appelait d’ailleurs pas « hôpital » mais « Hôtel-Dieu », « la maison de Dieu » : un lieu ou règne l’hospitalité divine. Le mot « hôpital » prononcé autrefois « hospital » rime avec hospitalité : ils partagent la même racine.

N’oublions pas que les bases du métier d’infirmière furent posées par des religieuses chrétiennes entièrement dévouées à leur mission. Les soins prodigués étaient gratuits, car les malades étaient sans ressources et trop pauvres pour payer.

Alors ne devrait-on pas appeler les églises : l’hôtel Dieu ? Un lieu d’accueil où l’on prodigue gratuitement toutes sortes de soins pour le corps comme pour l’âme ?

 

3.     Et la foi a-t-elle aujourd’hui son hôpital ?

Deux termes latin montrent le sens profond de l’hospitalité chrétienne : hospes et hospitis qui signifient à la fois : celui qui reçoit et celui qui est reçu. Une main tendue et une main reconnaissante.

Où est passé le but de notre foi en Christ lorsque Jésus répond aux pharisiens après cette question :  « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie?…. Jésus dit: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades ».  Et de nos jours, pourquoi tant d’Eglises trient-elles leurs membres ? La sélection se fait généralement sur des critères absurdes. Si nous trions les blessés selon leur apparence, nous avons déjà oublié le Médecin.

 L’Église n’est pas un musée pour saints bien habillés.
Elle est une salle d’urgence pour pécheurs blessés.
Elle devrait comme l’hôpital le fait et comme il leur rappelle leur mission première : accueillir toute personne malade perdue ou abandonnée. Or, trop souvent les médecins des églises prennent l’habit de magistrats qui jugent et qui condamnent au lieu de porter secours et de soigner. Il y a trop de mercenaires et de loups ravisseurs dans les assemblées pour que s’organise une véritable hospitalité. Une brebis malade a besoin d’un médecin qu’elle soit une brebis blanche ou noire.

 

4.     L’hôpital samaritain

Dans la parabole, le bon Samaritain agit comme un vrai médecin, un vrai disciple de Christ. Voyant un homme sur le côté du chemin à moitié mort, il ne cherche pas à connaître qui il est. Il ne demande ni son identité spirituelle,  ni son passé ; il ne discute pas pour connaître sa part de responsabilité, ni s’il est à même de pouvoir payer ses soins et de rembourser son bienfaiteur. Le bon samaritain, soigne en agissant comme un médecin de campagne. Il voit tout de suite la souffrance et le niveau de blessures de l’homme à terre. Il bande ses plaies et  soignent ses blessures, avec de l’huile et du vin, les antiseptiques de l’époque. Sans se poser la question du mérite, le Samaritain porte sur sa monture le blessé comme s’il était son propre enfant. Il le conduit dans une auberge (un hôtel-Dieu avant l’heure). Il se porte même garant financièrement. Il paiera tous les frais du malade à l’aubergiste. C’est l’hospitalité totale : sans condition- sans jugement-sans calcul- sans à priori sur l’apparence. Jésus ne dit pas : « admirez-le ! », non. Il n’aura que quelques mots pratiques pour conclure : « va et fais de même ».

 

5.     L’hôpital de Mammon

Aujourd’hui, dans le monde, la tendance des services hospitaliers n’est plus à la charité, mais c’est Mammon qui s’y est invité. L’infirmière de l’Hôtel Dieu de Paris, elle passe plus de temps dans des charges administratives, qu’au chevet du malade à lui prodiguer son attention et ses soins. En République démocratique du Congo un pays soi-disant très chrétien, il est souvent impossible de sortir de l’hôpital si les frais médicaux ne sont pas réglés. Tant que la facture n’est pas entièrement soldée, le malade reste gardé (manu militari s’il le faut) dans « une chambre prison ». Une enquête de presse de 2018 a montré que, dans plusieurs hôpitaux de Lubumbashi (la deuxième ville du Congo qui compte près de 3 millions d’habitants), des personnes ont été retenues des semaines, des mois, voire des années parce qu’elles ne pouvaient pas payer leur facture hospitalière, même après avoir été jugées médicalement guéries. La RDC est-elle un cas isolé ? Des cas similaires de patients gardés plusieurs semaines ont été rapportées au Ghana, comme en Inde.

Le Moyen-âge est souvent qualifié d’ère de ténèbres avec son régime féodal composé de rois, de seigneurs et leurs cerfs corvéables à merci. Là aussi les préjugés ont frappé fort. L’hôpital était c’est vrai dans des conditions sanitaires très succinctes, avec peu de moyens comparés à la technologie d’aujourd’hui, néanmoins c’était un lieu de refuge comme d’assistance sociale, médicale et spirituelle.

Pour ma part, dès que l’occasion s’est présentée, j’ai eu à cœur de participer aux frais médicaux de mes frères et sœurs congolais lorsqu’ils étaient hospitalisés et qu’ils ne pouvaient payer leurs soins. Je ne l’ai pas fait pour un gain quelconque. Je l’ai fait parce qu’il me semble «  normal » d’agir ainsi en tant que simple chrétien. Je suis ému de compassion devant une mère qui pleure son enfant malade et qui ne peut payer les soins (même si elle ne fréquente aucune église): car c’est une double peine pour elle. Et je ne me sens pas être rempli d’une mission spéciale. J’ai répondu dans mon for intérieur à l’ordre de Jésus : « va et fais de même pour ton prochain ». Je n’agis pas ainsi parce que je l’ai lu dans la Bible, mais parce que mon cœur régénéré par l’Esprit saint me le dicte. La Bible et le bon samaritain me confirment que l’esprit qui m’anime est saint. Si je m’étais surpris à penser autrement, comme par exemple que Dieu pourvoira à leur besoin, qu’ils n’ont qu’à s’organiser entre frères pour faire des collectes et que ma prière leur suffit, aurais-je été satisfait ? Aurai-je eu cette joie de donner ? Cette joie de participer à la guérison de l’enfant et au soulagement d’une mère ? Qu’aurai-je ressenti si je m’étais trouvé dans la même situation avec un enfant malade ? N’aurai-je pas aimé qu’un simple chrétien même à des milliers de kilomètres puisse m’aider aussi rapidement à soulager mon fardeau? Oui certainement.

 

6.     Quand l’ordinaire devient extraordinaire

Pourquoi j’insiste tant sur une bienveillance « normale » ? Pour dire qu’aider une personne comme je l’ai fait ou comme le fait le bon samaritain n’a rien d’extraordinaire en soi. Jésus ne le félicite même pas dans l’histoire. Il n’y a pas d’éloges particuliers à son égard. Mais dans les faits, n’est-ce pas celui qui a été aidé et qui a été secouru qui trouve cela extraordinaire ? C’est le juif mourant qui a été relevé et rétablit par un Samaritain (qu’il méprisait peut-être auparavant) qui loue le Seigneur avec reconnaissance. Il est bouleversé, transformé et il n’aura plus jamais la même opinion des Samaritains. Ses yeux s’ouvrent à une vérité nouvelle.

Car cette expérience changera sans doute aussi sa vision de la foi. Une foi qui repoussera ses frontières ; qui ne s’arrêtera plus au seul peuple juif.

Ce qui pour celui qui aide, peut sembler un geste simple, presque anodin peut avoir des conséquences immenses dans la vie de celui qui reçoit. Faut-il nécessairement réaliser de  grands efforts pour produire des conséquences extraordinaires ? Ce préjugé est faux. Les faits montrent qu’un verre d’eau, une main tendue, une écoute attentive, un acte de compassion, qui ne coûte presque rien… peuvent devenir pour l’autre une délivrance, une lumière, un signe de Dieu.
Même leurs proches, inquiets et troublés, ont été délivrés à leur tour, comme une grâce qui se prolonge.

Souvent, nous ne mesurons pas l’impact spirituel d’un secours offert au bon moment.
Une aide discrète peut faire naître la foi dans un cœur qui se croyait abandonné.
Elle peut raviver une foi qui s’éteignait, ou encore transformer la compréhension que quelqu’un avait de Dieu.

 

7.     L’hôpital d’Obed-Edom

Je pense que c’est ainsi que David, deuxième roi d’Israël, a ravivé sa foi et qu’il a mieux compris les voies divines.

Après qu’Uzza, terrassé pour avoir retenu l’Arche de l’Alliance, David fut saisi de crainte. Il était même perdu. Lui qui voulait ramener l’Arche à Jérusalem se retrouva soudain paralysé.
La présence de Dieu, qu’il désirait tant, devenait redoutable. Alors n’osant pas poursuivre le chemin. Il confia l’Arche à Obed-Édom, un Lévite peu connu, discret, pas un héros national.  Son nom en tous les cas parle par son sens étymologique. La deuxième particule de son nom, Edom, renvoie à la descendance d’Esaü (un peuple souvent rival d’Israël). Mais David avait déjà brisé les préjugés concernant les philistins puisque à plusieurs occasions, il avait été secouru par eux.

Et pourtant, c’est chez ce Lévite que la présence de Dieu s’installa.

Cette présence se manifesta dans l’hospitalité, mais aussi dans l’aide dont David avait besoin pour retrouver sa foi, la foi en Dieu qu’il avait au départ.

Le récit insiste juste sur la bénédiction que reçu le Lévite pour son secours apportée au roi. Et la Bible dit en toute simplicité : «L'arche de Dieu resta trois mois dans la maison d'Obed-Edom, dans sa maison. L’Éternel bénit Obed‑Édom et toute sa maison ». 3 fois le mot maison apparait ici comme pour montrer une grande sainteté qui y est rattachée. L’hôtel Dieu fut établit dans sa maison : hospes et hospitis celui qui reçoit et celui qui est reçu. Une main qui gracie devient elle-même une main qui est graciée.  
Car celui qui a été secouru voit soudain la grâce à l’œuvre, non pas dans de grands discours, mais dans un geste concret, incarné, espéré et qui n’attend aucune explication de l’autre. C’est ce que David avait besoin de vivre pour revenir avec l’Arche de Dieu à Jérusalem. La lumière est venue d’Obed-Edom comme elle vient dans le récit des Evangiles : du bon samaritain.

Matthieu 5 :16 : « « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. ». Ce verset ne prend il pas tout son relief avec les actes qui portent secours ? C’est ainsi que si nous sommes fidèles dans les petites choses de la foi, nous verront les grandes. Le secours fait en présence d’un grand public nous impressionne toujours. Mais les petits secours faits dans la clandestinité n’en sont pas moins valorisés aux yeux de notre Seigneur. Car il juge selon la justice et non l’apparence.

Chaque croyant doit prendre conscience qu’il peut à un moment de sa vie devenir un ange protecteur pour son prochain. Dieu nous arme alors comme un ange le serait pour aller porter secours. Car porter secours : c’est une parole de Dieu. Et cette parole s’entend. Elle résonne à l’intérieur. La foi vient de se qu’on entend. Et ce qu’on entend produit une action : la délivrance.

 

8.     L’hôpital de la foi

Pour conclure. Nous accueillons notre prochain comme Jésus-Christ le fait et comme un hôpital accueille les malades. Dans cet Hôtel-Dieu, nous sommes alors l’assistant du grand Médecin (Dieu) et nous soignons, nous restaurons, nous réparons ce qui est cassé.

C’est l’image de la grâce. C’est un lieu où personne n’est jugé. Un lieu où on ne mérite pas la guérison, on l’a reçoit. Dans cet endroit, il n’y a plus de honte à être vulnérable et fragile. Il n’y a que de l’amour et de la reconnaissance. Car après un accompagnement pas à pas, on y ressort avec une transformation physique mais surtout intérieure. Alors ne regardons pas cet hôpital comme un bâtiment majestueux, dont l’implantation serait un Haut lieu de la foi. L’hôpital de la foi se trouve rue de l’inconnu. Il se monte comme un camp de nomades, sous tente ; et comme les hôpitaux militaires, au milieu des combats, dans l’urgence, pour apporter une aide là où le besoin est le plus fort. Cet hôpital de campagne est par définition très mobile et provisoire. C’est Dieu qui montre le chemin. On ne sait pas où la maison d’Obed-Edom se situait, où se trouvait l’Arche de l’Alliance que David avait confié au Lévite. La présence de Dieu se meut dans la nuée, comme sa grâce qui touche celle ou celui qui ne le méritait pas en apparence.

Amen

dimanche 14 décembre 2025

LA FOI INEBRANLABLE

602

 


Par Eric Ruiz

 

LES FAUSSES CERTITUDES

 

Ce qui frappe dans beaucoup de prêches, c’est cette tendance à nous présenter la foi comme une suite de certitude.


« Crois en Jésus-Christ et tu seras en sécurité sur un chemin de grâce et de bénédiction !  Dieu t’a choisi. Tu es appelé, tu es mis à part, tu es déjà victorieux. Dieu a déjà tracé ton chemin. Il suffit de marcher dans Ses pas, et rien ne pourra t’arrêter. Ce que Dieu a promis sur ta vie, rien ni personne ne peut l’empêcher. Ta destinée est scellée dans le ciel. »

La foi, ainsi conçue, nous installe dans l’assurance d’une destinée des plus heureuses, Un destin où le mal est déjà réduit au silence et où le bien règne derrière ses remparts. La foi nous donnerait la garantie d’un bonheur sans efforts sur les événements à venir.

En est-il réellement ainsi ?

Dieu nous aurait-il fait renaître ici-bas pour nous engager sur les rails de la foi, vers une destinée parfaite et prédéterminée ? Un destin que les païens et les incroyants regarderaient avec envie et jalousie, tant il paraît jonché de pétales de roses. Une épouse sanctifiée par Dieu, protégée sous un dôme de verre, image d’une pureté inviolable.

Ce type de prophétie, trop souvent entendu, va à l’encontre de la foi.

Pourquoi alors émettre de telles fausses prophéties ?

Parce que les prédicateurs ont peur. Ils ont peur que leur assistance leur échappe ; peur qu’elle se détourne de l’Eglise parce que des membres y sont fortement éprouvés ; Si bien qu’ils leur présente un Evangile séduisant où Dieu fait tomber leurs adversaires, où il aplanît leur sentier, où Dieu empêche au croyant de trébucher. Il y a toujours cette doctrine qui consiste à enlever le croyant quand tout prend feu, ou à ce que Dieu le porte pour qu’il ne se brûle pas les pieds.

« Tu seras la tête et non la queue.  C’est toi qui relèveras les autres » lui dit-on.

La foi est facile quand tout va bien, quand on est à la tête. La confiance en Dieu est un miel doux lorsqu’elle ne demande pas de combat.

Or, la foi ne serait-elle pas plutôt la capacité à faire confiance (justement) alors que notre avenir semble incertain, qu’il prend même une tournure désastreuse ; alors que tout semble s’écrouler autour de nous, alors que même ce que nous avons cru comme vrai n’était en réalité qu’un échafaudage de mensonges. Bref, c’est un avenir qui rendrait n’importe quel autre humain craintif, angoissé et terrifié face au mal qui le touche.

Dieu, c’est vrai nous fait plein de promesses. Mais il ne nous promet pas une vie sans adversaire, sans ennemi, sans combat et sans souffrance. Au contraire il nous informe que des temps seront difficiles, que des trahisons se feront parmi nos proches, que parfois le découragement et la lassitude pourront nous abattre.

 

Prenez courage car la foi se forge dans l’incertitude

 

Mais, Le Dieu Sauveur nous dit deux mots essentiels : « Prenez courage ! » Dans Jean 16 :33 Jésus nous dit : « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde. ».

Dans le livre des Actes 23 :11, Dieu apparait à Paul pour le fortifier, l’incitant à prendre courage, car lui dit-il : « tu vas aller témoigner de moi à Rome comme tu l’as fait à Jérusalem ». Alors apparemment sa mission ne va pas être facile et sans embûches. Paul va c’est certain rencontrer une très vive opposition et des combats qu’aucun chrétien aujourd’hui souhaiterait traverser.

Le texte biblique rapporte que, aussitôt, de fausses accusations furent portées contre lui. Un complot d’une quarantaine de Juifs se forma, et un guet-apens fut organisé pour le lyncher en public. Paul fut sauvé in extremis par un commandant romain. Il fut ensuite transféré à Césarée, où il demeura deux années en prison. Il comparut pour un interrogatoire devant le gouverneur Félix, puis Festus, et enfin le roi Agrippa.

Lorsqu’il embarqua sur un navire en direction de l’Italie afin d’y rencontrer César, une violente tempête de plusieurs jours mit en péril sa vie ainsi que celle de l’équipage. Miraculeusement, il échappa au naufrage et, arrivé sur l’île de Malte, il fut mordu par une vipère (mais sans aucune conséquence). Enfin, il atteignit Rome, où il put témoigner de sa foi.

A travers ces récits, Jésus ne nous dit pas autre chose que, tout dans ce monde va aller dans le même sens : celui de te faire perdre ta paix et ainsi d’ébranler ta foi. Car le monde est ennemi de la foi. C’est un ennemi redoutable. Mais Dieu nous demande de prendre courage dans les tribulations, car au bout du compte en lui seul est notre victoire. La seule certitude que nous avons est cette victoire finale, pas parce que nous le méritons, mais parce que cette victoire c’est la sienne. Et il veut que sa victoire soit la notre aussi.

Alors cette promesse de victoire ne satisfait pas grand monde dans les faits. Elle est si éloignée de nos préoccupations parce que dans ce combat le temps est aussi un ennemi redoutable. Des questions nous rattrapent. Dans combien de temps aurai-je ma victoire ? Elle tarde tellement à venir. Cela fait des années que je l’attends. Elle est si longue à venir. Dieu m’aurait-il oublié ? Ces plans sont-ils toujours pour moi ?

Pourquoi suis-je encore en retrais et non sur cette ligne des vainqueurs ?

La réponse c’est lui seul qui l’a détient. Mais le temps est une vertu. Une vertu qui doit nous amener à aller plus haut.

Car, si nous connaissons le plan qu’il a conçu de toute éternité pour sa bien-aimée alors nous ne sommes pas surpris de ce qui nous arrive. Etre déstabilisé, être malmené, violenté ou se voir rendu vulnérable au point parfois de frôler la mort, être troublé par une situation imprévue, c’est plus que de simples épreuves, c’est un statut de disciple.

La marche du disciple est jonchée d’incertitude, et d’aléas en tout genre. L’aventure chrétienne c’est une confrontation avec trois choses : l’inattendu, le risque et la découverte. Et puis, nous, disciples, sommes une pierre précieuse pour notre Seigneur. Cette pierre doit être polie, artistement travaillée pour que sa valeur augmente. L’apôtre Paul en avait plus que conscience :

« …ne perdons pas courage. Et si notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. »( 2 Corinthiens 4 :16)

Le plan divin est rien d’autres que de nous amener à la stature parfaite de Jésus-Christ.

 

SON PLAN EST DE NOUS CONSTRUIRE UNE FOI INEBRANLABLE

 

Et comment acquérir ce genre de foi ? Est-ce une capacité que certains ont plus que d’autres ? Une onction spéciale plus forte que le Saint-Esprit ? Non….Ou alors cela demande t-il de bien connaitre sa Bible et de la lire souvent, d’en suivre un plan bien précis,  de la méditer pour apprendre les promesses de Dieu et de s’en souvenir en toute occasion ? NON PLUS…

Ou la la, une foi inébranlable est une foi ….qui a été secouée, mise à rude épreuve. Cette foi s’est trouvée au bord du précipice, elle a fleuretée avec l’abîme, elle s’est vue en grave danger. C’est l’épreuve du feu auquel doit être confrontée la foi de chacun.

*Pour le prophète Jérémie, Dieu lui a fait cette promesse qu’il nous fait à nous aussi disciple : « Je te rendrai pour ce peuple comme une forte muraille d'airain; Ils te feront la guerre, mais ils ne te vaincront pas; Car je serai avec toi pour te sauver et te délivrer, Dit l'Eternel. ».

Ils te feront la guerre. Cela signifie que tu peux subir des maltraitances, tu peux être blessé, emprisonné, rendu esclave, assujetti à des mercenaires, mais au bout du compte Dieu te sauvera. Comme je le disais auparavant, Dieu te laisse entrer en guerre. Il te laisse te confronter à de puissants ennemis. Mais l’ennemi se cassera les dents contre la muraille invisible que Dieu aura formée, car c’est dans ta faiblesse, là où tu es fragile que Dieu viendra te sauver et te délivrer. Sa promesse concerne l’issu finale de ton combat. En aucun cas il viendra combattre à ta place. Il combattra avec toi, à tes côtés. Mais quand il jugera le moment favorable, il te délivrera.

Alors n’attendez pas un miracle ou un prodige unique pour acquérir cette foi inébranlable. Cette puissance ne s’acquerra jamais en chassant le diable une fois, c’est de l’avoir regardé en face maintes et maintes fois et avoir résister à tous ses pièges. 1 Pierre 5:9 : « Résistez-lui (au diable) avec une foi inébranlable, sachant que les mêmes souffrances sont imposées à vos frères et sœurs dans le monde ». Et résister aux pièges du diable c’est se confronter inévitablement à des souffrances. Des souffrances qui n’arrivent pas par hasard une seule fois dans notre vie. Elles arrivent autant de fois que Dieu le permet. Elles sont imposées à tous les frères dans le monde nous dit Pierre dans sa première épitre.

Mais ne surestimons pas nos afflictions, car elles sont néanmoins légères. Légères parce que Dieu est notre compagnon dans l’épreuve ; légères si on les compare aux résultats que Dieu obtiendra avec notre travail. Oui, c’est un travail très rémunérateur, et pourquoi ? Parce que la foi inébranlable fait référence à une couronne divine : la couronne de gloire. Avec une telle foi voilà ce que nous obtenons : « Car nos légères afflictions du moment présent produisent pour nous, au delà de toute mesure, un poids éternel de gloire, ».

La Bible est remplie de ce genre de témoignage. Nos pères dans la foi ont vécu des tribulations fortes, parfois à la limite du soutenable. Mais Christ était présent. Il était là pour qu’à la fin sa gloire éclate au milieu des épreuves. A chaque fois, il a secouru et triomphé avec celui qui lui était agréable.

Mais l’apôtre Paul dit la chose suivante aux Ephésiens (Ephésiens 3:13) « Aussi je vous demande de ne pas perdre courage à cause de mes tribulations pour vous: elles sont votre gloire ». Dans le corps de Christ l’épreuve ne touche pas uniquement celui qui l’a vit en premier. Elle touche par ricochet les autres frères. Paul demande à ses frères de garder courage et foi à cause de ce qu’il vit. Il sait qu’il est perçu comme un modèle et Dieu éprouve ce modèle pour que la foi des autres grandisse aussi. Alors que les épreuves de Paul déstabilisent leur foi pour un temps, c’est normal.  Et si des disciples sont des modèles pour toi aujourd’hui, toi aussi prends courage, leur épreuve est aussi la tienne.

Mais la leçon à retenir : c’est que loin de nous décourager, l’incertitude et le risque devient le lieu où Dieu nous façonne. Les tribulations ne nous disqualifient pas : elles nous construisent. Dieu nous donne la grâce de tenir ferme au cœur même de la tempête.

Alors la foi inébranlable ne s’acquiert pas instantanément comme par magie. La véritable foi n’est pas l’assurance d’un avenir radieux, mais la capacité à tenir debout quand tout chancelle. Elle suit des degrés. Un cheminement propre à chacun.

Trop souvent un croyant qui est enclin à douter, qui est déstabilisé, qui se pose des questions est jugé comme un croyant tiède qui a peu de foi. Mais, n’est-ce pas juger trop précipitamment. Ce disciple n’est-il pas plutôt dans une phase d’évolution qui va l’amener à manifester une foi inébranlable ? Alors, plutôt que de voir les faiblesses des uns et des autres, nous devrions discerner qu’elles servent à leur édification. Et que Dieu travaille là où il y a la peur, l’incertitude, le danger, la perte de contrôle. Le fait de plier sous le poids des problèmes n’est pas un échec, ni une capitulation, mais juste une conséquence, une apparence. Car à la fin, la foi révèle de quel côté est la victoire. Pour l’apôtre Paul, les complots, les guet-apens, les procès, la prison, la tempête, le naufrage ou les serpents n’ont pas eu raison de lui. Paul a accomplit l’œuvre du Saint-Esprit partout au milieu des tribulations. C’est de cette façon qu’il partageait la gloire de Dieu.  Sa foi était inébranlable.

Amen

dimanche 22 juin 2025

L’AVENTURE, UNE REALITE POUR LE CHRETIEN ?

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Par Éric Ruiz

 

L’AVENTURE

 

Proverbes 19 :21 «  Il y a dans le cœur de l'homme beaucoup de projets, Mais c'est le dessein de l'Éternel qui s'accomplit. ».


Le dessein de l’Eternel  si l’on se fie au sens littéral hébraïque, fait appel à une décision, mais bizarrement pas forcément une décision prise en solo mais à plusieurs. Comme s’il y avait un engagement de plusieurs forces pour un même projet. Dieu s’unit. C’est une union entre deux esprits pour une seule âme. Une union entre son esprit et le nôtre.

Alors peut-on ramener les desseins de Dieu à une aventure dont l’homme serait le principal sujet ?

D’abord, parler d’aventure et de vie chrétienne semble tellement absurde dans l’esprit des croyants en général. Pourquoi ?

Parce que la notion « d’aventure » est tellement reliée au divertissement, à ce qui est excitant, inconnu, propre à la jeunesse ; une jeunesse qui aime les expériences inhabituelles, présentant des risques, aller là où l’on n’est jamais allé. S’évader, partir sans but, sans argent, sans savoir de quoi sera fait le lendemain et se laisser guider par son instinct et par les rencontres du moment.

Toutes ces formes de projet sont propres à un âge qui aime casser avec la routine et qui aime le jeu comme dans une aventure amoureuse où on joue avec les sentiments des autres….

 

Alors ce comportement est forcément révolu pour le chrétien. Pour lui, la foi c’est du sérieux ; on ne joue pas avec ce genre de jeu. Peu de place à l’imprévu. Sa vie est ordonnée, et même les heures et les jours sont dictées par des routines. Ne jamais se lever et se coucher sans prier ou lire un verset de la Bible ; Ne jamais terminer sa semaine sans aller à l’église ; Les temps libres doivent être des moments où l’on se consacre à un projet commun de l’église comme un temps collectif où l’on part évangéliser, où encore un temps destiné à faire un pèlerinage ou que sais-je.

Une parenthèse pour dire que le pèlerinage n’a que de petits côtés aventureux. C’est un voyage organisé, dont les étapes sont sélectionnées à l’avance, avec des passages dans des lieux précis parce qu’ils revêtent une signification spirituelle ou religieuse et où on laisse toutefois une petite part à de nouvelles rencontres.

Mais rejeter l’aventure spirituelle c’est annuler la parole de Dieu au profit des traditions (Matthieu 15 :6).

Parce que loin de dénigrer tout ce que j’ai dit plus haut sur les routines, l’aventure va beaucoup plus loin ; elle nous plonge littéralement dans le lâcher prise et l’inconnu.

Or, le don de la foi nous permet des prouesses. Quelles prouesses peut-on faire en s’abandonnant à l’aventure ?  

L’aventure, je pense que ce mot, je l’ai très bien choisi parce qu’il va beaucoup plus loin que les préjugés qui s’y rattachent.

L’aventure : c’est l’expression même du Saint-Esprit. On ne sait où il va nous conduire et surtout, tout est imprévu et il y a une prise de risque réelle. Notre vie peut-être en danger.

L’aventure chrétienne c’est une confrontation avec trois choses : l’inattendu, le risque et la découverte.

Qui pourrait aimer ce genre d’aventure ? Dans les faits, peu de personne ; mais la foi nous fait vivre des évènements que notre vue n’a pas soupçonné et même que nous redoutions de vivre.

Les aventures reliées à notre foi nous sortent totalement de notre zone de confort. Nous allons repousser nos limites et remporter de grands défis physiques comme émotionnels.

 

MON AVENTURE HUMAINE & SPIRITUELLE

 

Cette aventure de la foi je l’ai connu. Depuis plus de trois mois maintenant, je vis, jour après jour dans ce contexte où rien ne s’inscrit dans la routine.

Cette aventure a débuté le dimanche 9 mars 2025 au matin. J’ai ressenti de manière continue des brûlures intenses à la poitrine. Ce fut le début de mon arrêt de travail. Mais aussi le début de longues phases d’inactions. D’abord des médecins urgentistes qui ont posé un mauvais diagnostic. Puis une série de rendez-vous médicaux et d’examen impossible à avoir rapidement. Il m’aura fallu attendre ce jour du 29 mars (donc 20 jours plus tard) pour que je puisse faire cet examen essentiel et pour que la vérité sur cette douleur émane. L’aventure aurait pu alors virer au cauchemar vu le diagnostic établi : Plusieurs artères coronaires du cœur bouchées, j’étais passé à deux doigts de l’infarctus. Ma vie ne tenait à pas grand-chose. Mais notre Dieu m’avait épargné et me préparait dans l’ombre à tout ce qui allait suivre. Sans que je le fasse exprès j’avais réservé sur Paris le soir du 29 un diner au restaurant « l’imprévu » (au 30 boulevard de Bonne nouvelle) avec ma femme et une de mes filles Nohémie (qui signifie ma grâce). A ce moment-là j’ai compris le signe de notre Seigneur qui m’annonçait une bonne nouvelle en associant l’imprévu avec sa grâce.

Cette aventure, je ne l’a vivait pas seule ; le dessein de Dieu prenait forme et mon union avec lui dans cette bataille était plus que palpable… mais cette aventure commençait à mettre sérieusement ma foi à l’épreuve. Quelle suite médicale allait se dessiner pour moi ? Une suite assez douce et rapide ou bien une lourde intervention chirurgicale ?

Mes désirs penchaient fortement pour la douceur et la rapidité. Cela m’était beaucoup plus tolérable. Je priais Dieu que la coupe de la lourde intervention s’éloigne de moi.

Alors les jours continuaient à passer, avec des rendez-vous toujours très difficiles à avoir.

Comme si les médecins faisaient exprès de faire traîner les choses, comme si Dieu surtout me disait que j’avais besoin de temps pour me préparer à la coupe que j’allais boire, c’est-à-dire à ce que j’allais connaitre et vivre.

25 jours plus tard, le 23 avril j’obtenais enfin et non sans mal le rendez-vous attendu. Je passais un examen médical décisif qui aurait pu déboucher sur cet acte assez doux qu’est la pose de stents (des petits ressorts dans les artères). Mais il n’en fut rien. Le cardiologue m’informa que le chantier était beaucoup trop important pour le faire ainsi et ce jour-là ; mais que j’aurai dans les jours qui suivent la décision de tout un staff médical.

Et là aussi s’en suivi une incroyable attente. Pourquoi les résultats du staff n’arrivaient pas ? Tout le monde se renvoyait la balle, personne n’était responsable ; les congés des uns, la grève des autres. Un mois passa, puis un jour une secrétaire médicale m’envoya le compte rendu qui ne laissa plus de place au doute : La grosse intervention chirurgicale était absolument nécessaire.

C’était en tous les cas le bon moment parce que j’avais été préparé à recevoir cette nouvelle. L’esprit de Dieu s’est lié à mon esprit pour faire grandir ma foi.

Je savais que j’allais passer par un chemin que je redoutais il y a pas si longtemps, mais qui ne me faisait plus trembler maintenant.

Or, je n’en avais pas encore fini avec l’aventure et ses péripéties inattendues, ces changements de dernières minutes, ces rebondissements imprévus.  Mon intervention fut repoussé d’une semaine, puis chose incroyable la compagnie de taxi me court-circuita dans son agenda, et enfin le chirurgien, désolé de cet exceptionnel empêchement ne put m’opérer le jour même et repoussa au lendemain l’intervention, pour finir par m’opérer le 6 juin.

Après le 6 juin je fus soigné à l’hôpital pendant 11 jours pour ce triple pontage coronarien.

Mais chaque jour qui passait ne me troublait pas. Je savais que j’étais encore et toujours confronté à cette aventure humaine et spirituelle avec son lot d’inattendu, de risque et de découverte.

La découverte fut pour moi importante. D’abord un service médical fait d’anges accourant au moindre besoin et s’occupant de moi 24h/24, comme si j’étais un être exceptionnel. J’ai été touché par un grand nombre d’actes et de mots bienveillants, remplis de douceur et de délicatesse. D’une autre manière, j’ai pu aussi partager l’Evangile de manière inattendue avec un chauffeur de taxi musulman, ou avec un prêtre aumônier qui en croisant mon regard dans le couloir de l’hôpital demanda à me voir et qui après notre entretien me remercia chaleureusement pour mon enseignement et pour le soutien spirituel que je lui avais apporté; J’ai pu soutenir plusieurs témoins de Jehova, dans leur affliction. J’ai pu passer du temps avec un frère catholique martiniquais, qui avait été opéré plusieurs fois et qui était sorti miraculeusement du coma après une opération du cœur catastrophique.

 

L’AVENTURE DIVINE, FORCEMENT UN BON DESSEIN

 

L’aventure spirituelle n’est pas forcément un voyage sac à dos à l’autre bout du monde, comme on se le représente habituellement. C’est un voyage de foi accompagné par le Saint-Esprit. C’est notre père céleste qui décide de la forme de l’inattendu, qui connait la gravité des risques et qui ne nous met pas forcément dans une situation facile. C’est même une épreuve terrible si nous la vivons seule, sans notre Seigneur Jésus-Christ, ou sans l’aide de frères et sœurs qui s’unissent dans la prière. C’est le Saint-Esprit qui nous conduit dans cette aventure et qui nous prépare étape après étape à franchir chaque difficulté.

La montagne qui nous paraissait si haute au départ….à la fin, elle n’a pas été si difficile à gravir. Elle ne nous a pas effrayés ! Mais au contraire nous y avons pris même du plaisir.

Avec Christ, c’est la belle aventure en fin de compte. Une épopée médicale qui aurait pu être vécue comme un calvaire et qui est vécu comme une somme de belles histoires à raconter.

La jeune infirmière qui me préparait à l’intervention me proposa un relaxant que l’on injecte dans les veines pour réduire l’anxiété avant d’entrer au bloc chirurgical. C’est avec une grande paix que je lui ai dit que ma foi me suffisait, quel meilleur relaxant que notre foi en Jésus-Christ !

L’aventure divine sert à faire grandir notre foi, soyons-en persuadé. C’est pourquoi la prière des saints à ce moment-là devrait être orientée beaucoup plus sur la foi que sur la guérison. « Père que la foi de notre frère puisse être augmenté durant cette épreuve. »

 

Prier ainsi, c’est s’associer avec le travail que fait le Saint-Esprit dans l’épreuve du croyant. Dans ce but : que « tout concoure au bien de celle ou celui qui aime Dieu et qui est appelé selon son dessein » (Romains 8 :28).

Dieu nous appelle chacun et chacune à son projet. Il veut nous faire vivre des aventures hors du commun.  Il souhaite nous montrer que le danger bien réel, bien apparent, est là, pas pour nous faire périr mais pour notre bien, pour notre foi. Nous sommes alors comme l’apôtre Pierre, l’a été, confronté à une forte tempête, en même temps qu’il voulait marcher sur l’eau … Va-t-il sombrer, va-t-il finir par se noyer ?

Lisons Matthieu 14 « 29Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il s'écria: Seigneur, sauve-moi! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? 32Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa. ».

Cette aventure que l’apôtre Pierre a vécue avec Jésus, tout disciple est amené à le vivre durant sa vie. Mais savoir comment chacun va vivre ces aventures, cela ne nous ait pas donné. Le Père sait ce que nous allons vivre et connait le moment idéal pour chacun. Chacun aura son ou ses moments pour marcher sur l’eau avec Jésus Christ.

Je ne prends pas mon aventure comme l’exemple parfait, à suivre.  Je n’ai pas cette prétention. Mais, c’est l’aventure que Dieu a choisi pour moi.  En voyant l’état aggravée de ma santé et poindre une opération lourde que je devrais peut-être réaliser, j’ai vu le vent se renforcer, les vagues devenir très hautes et mes jambes s’enfoncer dans l’eau. Mais je n’ai pas eu à crier Seigneur sauve-moi, pourquoi ?

Parce que Dieu m’a laissé du temps pour que ma foi grandisse et qu’aucun doute ne me fasse sombrer. Alors ce que j’ai compris de cette épreuve, je veux que cela serve à tout disciple, afin qu’il ne perde pas son temps à se battre avec les éléments naturels mais à accepter ses desseins comme venant de Dieu pour son plus grand bien et pour son édification, pour qu’il soit parfait comme son Père céleste est parfait….sachant que cette aventure se fera à plusieurs. Le Père unit avec ses fils.

Amen