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Par Eric Ruiz
L’Evangile va beaucoup plus loin que la loi : sans l’abroger pour autant, elle l’accomplie. Matthieu 5 :17 : Jésus dit : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. ». Oui les chrétiens sont quasi unanimes à aller dans ce sens.
Mais « accomplir » c’est quoi au juste ?
Une réponse rapide et qui n’engage à rien, est de dire : « Christ
a accompli la loi. Alors ceux qui croient en Christ ne sont plus esclaves de la
loi ». Cette affirmation de foi est vraie seulement si elle se concrétise
par des actes. La foi sans les actes est morte écrit Jacques dans son épitre.
Sans actions nous nous faisons menteurs. Nous disons et ne faisons pas ce que
nous disons. Donc «accomplir » c’est montrer que l’on n’agit plus en
esclave contrairement à la loi qui ne rend pas libre, mais qui nous enchaine à
des règles.
Et d’une manière très surprenante Paul annonce une loi dans 1 Corinthiens 9 :13-14 : « Ne savez-vous pas que ceux qui remplissent les fonctions
sacrées sont nourris par le temple, que ceux qui servent à l'autel ont part à
l'autel? 14De même aussi, le
Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l'Evangile de vivre de l'Evangile. ».
Combien de pasteurs, combien de
prédicateurs de l’Evangile se sont précipités sur ce passage biblique comme du
pain béni. « C’est un ordre du Seigneur, c’est une obligation de pourvoir aux
besoins financiers et matériels du pasteur. Si vous ne le faites pas, vous
désobéissez à un commandement du Seigneur ! »
Ont-ils raison d’interpréter ce verset de la
sorte ? Ne vont-ils pas trop loin en vivant aux frais de leurs
assemblées ?
Oui,
ils ont raison, mais
un éclairage supplémentaire est indispensable.
Car, nous sommes là complètement sous la loi.
Il n’est plus question ici d’agir selon l’inspiration ou selon les cas, mais
d’obéir et donc de répondre aveuglément à une taxe obligatoire. Et Paul a raison
de prendre l’exemple des Lévites qui exerçaient au Temple : ceux qui remplissent les fonctions sacrées sont nourris
par le temple, ceux qui servent à l'autel ont part à l'autel ».
Mais s’arrêter là, n’est pas satisfaisant, car ce n’est
pas ce que Christ est venu accomplir.
Accomplir
demande de l’amour, du discernement et de la liberté.
Nous devons discerner le besoin de celui qui annonce
l’Evangile afin qu’il puisse exercer son ministère. Et nous avons cette liberté
de donner dans les proportions qui nous est imparti à chacun. Ainsi, si nous
retirons l’amour, le discernement et la liberté nous retirons l’accomplissement
en Christ. « Il vous enseignera toute chose » le verset
dit ceci précisément : » Mais le consolateur, l'Esprit Saint, que
le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, ».
Il y a un passage évident, comme une frontière entre : « tu dois
obéir sans réfléchir » à « je discerne que mon pasteur a besoin
d’aide et j’ai envie de l’aider de cette manière ».Ce n’est pas le même
acte de foi. Le premier c’est la foi mosaïque, le deuxième s’est la foi héritée
de Christ par son sacrifice. Dans le premier cas le croyant a besoin d’un
rappel de la loi pour agir, dans le deuxième cas, il agit librement guidé par
le Saint-Esprit.
Mais alors pourquoi Paul donne-t-il une loi plutôt qu’un
accomplissement aux Corinthiens ? Pourquoi ne les incite-t-il pas à agir
en toute libéralité par l’Esprit ?
Là encore, le contexte est un élément essentiel à prendre en compte. Relisons
bien les enjeux de cette lettre de Paul. Cette première épitre montre
dès le premier chapitre qu’il y a des divisions parmi l’assemblée des Corinthiens.
Il n’y a pas un seul esprit qui domine mais des esprits en querelles. Au
chapitre 3, l’apôtre dit : « Pour
moi, frères, ce n'est pas comme à des hommes spirituels que j'ai pu vous
parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. 2Je vous ai donné du
lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter; » ; au chapitre 5: « On entend dire généralement qu'il y a
parmi vous de l'impudicité, et une impudicité telle qu'elle ne se rencontre pas
même chez les païens… Otez le méchant du milieu de vous » Pas étonnant alors que Paul soit obligé de se
défendre face à ceux qui trouvent injustes de lui donner des aides. Lorsqu’il
prend la loi pour justifier une obligation légale, Paul continue à leur donner
du lait. Ce qu’il demande n’est pas pour lui pour son confort ou pour son
enrichissement personnel, mais pour les besoins de l’Evangile de Christ. Et il
précise qu’il n’a pas usé de ce droit bien au contraire (c’est ce que nous
lisons à la suite du texte dans 1 Corinthiens 9 :15), il dit : « Pour
moi, je n'ai usé d'aucun de ces droits, et ce n'est pas afin de les réclamer en
ma faveur que j'écris ainsi; »
En fait, Paul ne peut leur parler directement d’agir dans
la grâce de l’Evangile, cette nourriture là ils ne peuvent la supporter parce qu’un
bon nombre de Corinthiens soupçonnent le mal vis-a vis de Paul. L’apôtre aurait-il
écrit cette même exhortation à l’Eglise de Thessalonique ? Lui qui écrit
avec Sylvain et Timothée : « Quelles actions de grâces, en
effet, nous pouvons rendre à Dieu à votre sujet, pour toute la joie que nous
éprouvons à cause de vous, devant notre Dieu! » et
voici ce qu’ils écrivent à cette Eglise envers ceux qui ont un ministère :
« Nous vous prions, frères, d'avoir de la
considération pour ceux qui travaillent parmi vous, qui vous dirigent dans le
Seigneur, et qui vous exhortent. 13Ayez pour eux beaucoup d'affection, à cause de leur œuvre. ». On ne parle plus de devoir ni de loi, mais de
considération et d’affection. Un autre aliment beaucoup plus solide, ne pensez
vous pas ?
Revenons à l’Eglise de Corinthe. L’apôtre revient à la
loi pour leur enseigner ce qui est un droit qui lui revient. S’ils rejettent
l’homme, qu’ils ne rejettent pas au moins le ministère, qui lui, est à
privilégier sans discernement. Mais ce droit il ne veut pas l’utiliser. Paul en
toute évidence souhaiterait voir ses frères Corinthiens agir comme ceux de
Thessalonique, par amour et avec l’Esprit de Christ plutôt que sous la pression
d’une obligation spirituelle.
Quant à Paul, il est un exemple. Lui agit comme un
véritable disciple qui accompli l’œuvre de Christ .Pourquoi ?
Parce qu’il n’impose pas la loi qui consiste à recevoir un
salaire par ses frères. Il souhaite que leur don provienne d’un cœur bien
disposé.
Regardez, il s’impose à lui-même « des
souffrances pour ne pas créer des obstacles à l’Evangile »
(verset 12)
Il ne rechigne à aucun sacrifice. Il
choisit volontairement de renoncer à un confort ou à des situations
facilitantes pour ne mettre aucun obstacle à l'Évangile. On sait par ailleurs
qu'il travaillait comme fabricant de tentes (voir Actes 18:3) afin de subvenir
à ses besoins lorsqu’il le pouvait. Paul est celui qui défend fermement
le droit d'être soutenu comme il est aussi celui qui renonce le plus souvent à
ce droit pour ne pas créer d'obstacle à l'Évangile.
Mais l’apôtre agit avec discernement
sachant qu’il maltraite sa chair ; qu’il sait se priver de nourriture ou
de vêtement et qu’il n’est pas à réclamer une aide qu’il peut lui-même subvenir
par son travail. Mais quand l’Evangile lui prend tout son temps et ses
ressources, il vient naturellement en parler à ses frères.
Donc, il est important pour un disciple, de bien faire la différence entre accomplir et obéir.
Il n’est pas question d’aider ou de ne pas aider, mais plutôt de se laisser
guider par l’Esprit et le cœur pour aider celui qui vous enseigne. La
générosité bienveillante (qui concerne le fruit de l’esprit) n’est pas une
affaire d’obligation mais de cœur, donc d’accomplissement.
Je sais que la séduction est dans l’Eglise et qu’aujourd’hui les évangélistes
parlent d’obligation et de cœur (des deux à la fois). Ils réaffirment la loi, et
ils culpabilisent le croyant en lui disant que son cœur est dur car il ne donne
pas assez pour le ministère. C’est une manière diabolique pour forcer la main
de ses frères à donner toujours plus.
Ils ne se rapprochent pas de l’exemple de Paul, ils sont aux antipodes de
lui car leur but est motivé par la recherche d’un gain.
Vous qui avez fait comme moi je l’ai fait, à financer un dirigeant, un
pasteur ; vous qui avez contribuer à lui verser un salaire pour son
ministère, n’ayez aucun regret. Ce que vous avez fait est juste si seulement vous
avez donné avec une joie pleine et entière ; avec une joie qui n’est pas
sujette aux aléas des circonstances. La joie simple et profonde d’accomplir la
volonté de notre Père. Même si ce pasteur était excité par le gain, peu
importe, parce que votre don a été motivé par l’évangile. Et si vous avez donné
en vous conformant à une loi. Si votre don était motivé uniquement envers
l’obéissance stricte à une loi, avez-vous mal agi pour autant ?
Aucunement. Dieu ne tient pas compte du temps d’ignorance. Votre repentance
lave votre passé. Votre repentance lave aussi vos actes réalisés par respect à
une règle divine. Paul lui-même autrefois n’agissait-il pas comme un fanatique
de la loi ?
Mais il est temps de passer de l’obligation à l’accomplissement. Il est
temps d’en finir avec le lait et de prendre une nourriture plus solide.
Il est temps d’arrêter les lois et les obligations. Les « tu dois agir
ainsi » ou « tu ne dois pas agir ainsi parce que c’est écrit dans tel
épitre ou tel évangile » ou parce que ton mouvement religieux l’exige.
Ceux
qui annoncent l’évangile doivent être soutenus, et c’est un fait établi dans le
cœur d’un croyant véritable. Mais à chacun de se mettre devant le Saint-Esprit
pour savoir quand et comment le faire, et à quelle hauteur de ses moyens.
Parce que certains qui sont encore au lait se posent la question :
mais jusqu’à quelle hauteur dois-je aider mon pasteur ?
Et là encore, une loi leur est donnée par Paul, celle de Galates
6 :6 : « Que celui à qui
l’on enseigne la parole fasse part de tous ses biens à celui qui
l’enseigne ». Es-tu prêt à donner jusqu’à ton dernier euro pour
celui qui t’enseigne ou bien préfères-tu l’aider en ne lui donnant que ton
superflu alors que lui est obligé de se restreindre dans son ministère de
l’évangile ?
Jusqu’où va ton sacrifice pour celui qui exerce un ministère ?
A nouveau ce verset du livre des Galates (6 :6) est brandi comme une
loi intransigeante. « Tu dois donner tout ce que tu possèdes (maison,
terrain, argent, voiture, héritages…) à celui qui t’enseigne la parole.
Mais il est
important d’aller au bout des choses. Car le texte d’origine ne dit pas cela. En grec le verbe utilisé est koinoneo [koy-no-neh'-o].
Au sens littéral :
Ce verbe ne signifie pas « donner », « transférer » ou « léguer » (qui se
diraient plutôt didomi ou paradidomi en grec). Koinoneo
vient de la racine koinos (commun). Il signifie littéralement « avoir
part avec quelqu'un », « entrer en communion », « s'associer »
ou « partager ».
C'est le mot qui a donné Koinonia (la communion fraternelle). L'accent est mis sur la relation de réciprocité et de partenariat entre l'enseignant et l'enseigné, et non sur un acte unilatéral où l'un se dépouille au profit de l'autre. « Tu me guide par ta parole et tu m’aides quelque soit mon péché ou mon égarement et moi je te soutiens matériellement et moralement selon mes moyens sans y mettre de limite ». C’est un principe de secours mutuel. Que celui à qui l’on enseigne la parole fasse part de tout son amour fraternel à celui qui l’enseigne. Voilà le sens profond de ce verset.
Le
royaume de Dieu repose sur une relation pleine et entière dont le sacrifice est
total.
Pour celui qui voit son frère dans le besoin, il est prêt à se sacrifier ;
prêt à lui donner le vêtement qu’il porte et la nourriture qui lui reste. De
même pour celui qui est dans le besoin pour exercer son ministère, il ne doit pas
s’enfermer dans une attitude d’assisté, et compter systématiquement sur les autres. Il lui appartient de faire le maximum
pour accomplir sa mission de manière autonome.
Cependant, lorsqu'il est acculé, il sait qu’il peut compter sur un soutien indéfectible et total de la part de ses frères.
Ne soyons pas de simples disciples obéissants mais des disciples accomplis comme
l’est Jésus-Christ notre frère bien aimé.
Amen



