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Par Eric Ruiz
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LA
MANIPULATION MENTALE
Sommes-nous plus intéressés par nos émotions que par la recherche de Dieu ? Beaucoup répondraient sans douter : la recherche de Dieu ; mais ont-ils vu la dérive arrivée ?
Lors de mon
message précédent, je vous disais comment des maladies peuvent passer par
la porte arrière de nos assemblées. Comment l’idolâtrie par exemple s’y prend
pour nous contaminer. Il très important de prendre conscience de sa propre fragilité pour que la puissance
de Dieu puisse pleinement s'exprimer.
Or, l’autohypnose est une réalité chez de plus en plus de
croyants et elle fragilise. Elle nous fragilise parce qu’elle s’est immiscée
dans nos pratiques, nos prières, nos louanges et cela de manière très
sournoise. Il y a des pratiques religieuses, qui sont réalisées par habitudes,
par volonté d’assimilation (on fait ce que d’autres, qui ont la même foi que la
notre, font) ou encore parce que ces pratiques procurent un bien être.
La plupart du temps, des rites de notre culte ont crée une dérive sans que
l’on en soit forcément conscient.
Ici, il n’est pas dans mon intention de dénoncer ou de montrer du doigt
pour juste interdire.
Mon but est de comprendre ce qui se passe pour avoir du discernement.
Et pour agir si nous le sentons nécessaire. J’ai pour ma part eu cette
fragilité et je sais que si je ne veille pas, la tentation reviendra.
Beaucoup d’erreurs sont faites par manque de prise de conscience. Et parce que
la recherche du mieux être offre le
résultat que l’on attend ; Satisfait, on ne va pas plus loin. Puisqu’on se
sent mieux, alors pourquoi s’interdire ou freiner une pratique qui nous fait
sentir plus libre et nous soulage de nos souffrances du moment ?
Un chrétien, comme tout croyant d’ailleurs, s’attend naturellement à ce que
sa louange lui procure un sentiment de satisfaction. Et là bien-sûr il n’y a
rien de mal. Une émotion qui nait de la
louange est un bienfait. Mais le mal est souvent très sournois. Il
s’insinue subtilement dans nos pratiques et prend l’aspect d’un ange.
Alors on peut s’autohypnotiser sans s’en rendre compte, simplement parce
que vivre la situation procure une satisfaction angélique. Nous nous sentons
environnés par des puissances positives, comme si nous étions entourés d’anges.
Alors oui, il peut y avoir une manipulation
mentale, mais c’est une auto manipulation. Personne ne vient nous forcer de
l’extérieur. C’est toujours de notre plein gré que nous nous laissons aller. C’est
le sentiment de bien être qui nous manipule et nous pousse malgré nous à
vouloir renouveler l’expérience.
Nous sommes des êtres humains. Nous avons inconsciemment associé le plaisir
avec le bien et la souffrance avec le mal. Nos sens parlent et nous manipulent
surtout quand nous sommes dans l’attente et la recherche d’un mieux être. Je
vous avez dit : c’est au moment où nous sommes victorieux, au moment où
nous sommes guérit que nous sommes les plus vulnérables. L’autohypnose nous amène faussement à nous sentir victorieux.
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CE QU’EST
REELLEMENT L’AUTOHYPNOSE :
Un état naturel proche du rêve ou de la méditation, où l’attention
se focalise sur une idée, un geste ou une sensation. On le fait dans le but de renforcer
la confiance en soi, de mieux gérer son stress et son anxiété. Ce but rejoint
parfaitement celui du croyant qui vient dans une assemblée avec l’attente que
son stress va disparaitre ou que son anxiété va le quitter. Cette attente est
louable, sauf que les moyens pour y parvenir ressemblent à une technique
psychologique. C’est
ainsi qu’on appellera parfois « miracle », un acte d’autohypnose que
l’on s’est imposé soi même sans s’en rendre compte. Pour entrer en
hypnose la porte s’ouvre si primo, vous êtes dans un état émotionnel positif et
si deuxio, vous vous attendez à un évènement qui aura un effet sur vous.
En hypnose, l’attente du résultat est
capitale. On s’attend à recevoir ou à ressentir la « présence » ou la
« paix ». Et cette attente n’a rien à voir avec la foi.
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COMMENT
S’AUTOHYPNOTISER ?
Les
hypnotiseurs l’expliquent sans le cacher. D’abord en fixant un point ou en fermant les
yeux.
L’idée est de réduire les stimulations extérieures pour faciliter la
concentration. Fermer les yeux et se concentrer sur une chose précise est un
réflexe pour un chrétien qui peut atteindre un état possible de transe.
Ensuite on
peut s’autohypnotiser en formulant une suggestion simple
Par exemple : une phrase courte, très positive et précise, Elle peut être
formulée par un orateur. S’il dit : « Lâcher prise ! Recevez la paix ! Sentez la guérison vous
parcourir !» : et si vous êtes en accord avec ce qu’il dit, ces mots :
« paix, guérison, sentir, laisser aller », deviennent vos vérités et
vous ouvrez vous-même alors la porte à l’hypnose. C’est la même chose si vous
prier en vous même « Que la paix du
Saint-Esprit me remplisse entièrement » ou encore : « Jésus, je veux ton Esprit Saint, oh vient me
oindre ». Encore des mots clés faciles à répéter et qui évoquent une
délivrance. C’est une forme d’auto suggestion. Notre cerveau déjà en réceptivité, matérialise
ses sensations. D’ailleurs, une fois que votre cerveau a dit oui trois ou
quatre fois de suite, il s’est programmé pour dire oui à la suggestion
suivante. Et c’est ainsi que l’on se coupe petit à petit de l’esprit critique.
Or, Jésus connait nos fragilités et il sait ce qui nous tente. Alors
son exhortation est tranchante : « En
priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent
qu'à force de paroles ils seront exaucés » Matthieu 6 :7.
Vous voyez, la dérive arrive subtilement.
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Quand cela
devient une dérive
Ce n’est pas la multiplication des prières qui est nocive, ce sont des paroles répétés, des redites, formulées dans un état d’attente émotionnel, parce que cela ouvre la porte à cette technique psychologique qui nous fait croire à l’exaucement.
Voilà la première dérive de l’autohypnose un mensonge que l’on ingère soi-même : On se croit exaucé. Par conséquent, les dérives ne viennent pas de la louange en elle-même,
mais des moyens et des croyances que l’on se donne en louant. A quel
moment parle-t-on de dérive mystique ?
-Lorsque l’émotion
est confondue systématiquement avec la présence de
Dieu ;
-Lorsque la recherche d’un « état » devient plus importante que la
recherche de Dieu ;
-Lorsque la musique ou la répétition des paroles orientent nos réactions
(pleurs, chutes, cris) ;
-Lorsque la pression du groupe pousse à imiter ce que les autres vivent et
font ;
-Lorsque la louange désactive l’esprit critique plutôt que nourrit
la foi ;
-Enfin, lorsque les expériences émotionnelles sont ressenties comme des
vérités, des preuves spirituelles obligatoires. Voilà les dérives mystiques.
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Les fausses
visions :
Lors de moments de louange ou de prières les yeux fermés, il n’est pas rare d’avoir des images mentales, comme des visions. Et là la confusion peut survenir. Pourquoi ? Parce que c’est un moment favorable à visualiser ses émotions.
Par
exemples : Se voir « baigné dans une lumière chaude et sécurisante »
parce qu’on s’attend à ressentir une paix intérieure. Se voir « courir
dans un champ fleuri» parce qu’on s’attend à être guérit d’une infirmité. Se
voir flotter en apesanteur dans l’espace » parce que le poids de
l’angoisse disparait. Attention je ne suis pas en train de sous estimer les
visions mais …nous devons discerner celles qui proviennent d’un état d’attente
émotionnelle de celles qui arrivent sans que rien ne soit venu les provoquer
(dans le deuxième cas le Saint-Esprit peut en être la source). C’est toujours
la frontière entre la réalité (une réalité crée par nos émotions) et le réel
qui est en jeu.
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Pourquoi est-il
si facile de glisser vers ces pratiques lorsqu’on s’assemble entre
croyants?
Pour plusieurs raisons :
Par la volonté sincère de créer une atmosphère « propice » à la présence de
Dieu ;
Parce qu’on est influencé par des modèles charismatiques connus (par
exemple des temps de louanges et de musiques très longs où l’on répète à l’unisson
et à l’infini des mots simples) ;
Par la volonté d’être en harmonie, en symbiose les uns avec les autres.
Cela pousse à rechercher un point de convergence de nos émotions. « Après ce temps de louange nous étions
tous ému aux larmes. Nous avions ressenti une communion forte entre nous».
N’est-ce pas ici un témoin de l’union
parfaite du Saint-Esprit : avoir un seul cœur une seule âme ? Mais n’y a-t-il pas plutôt une confusion à
partir d’une émotion provoquée ?
Eh bien il n’est pas rare de vouloir dynamiser l’assemblée. Or, rechercher un
impact émotionnel collectif cela risque fort de créer des dérives.
Parce qu’il y a encore une confusion
entre émotion forte et œuvre du Saint‑Esprit
D’une manière générale le manque de vigilance et de méconnaissance des mécanismes
psychologiques qui sont en jeu, n’alertent pas sur la dérive des émotions.
Attention tous ces glissements ne sont pas toujours volontaires. Mais notre
volonté suffit à elle seule à débloquer toute situation.
En plus, dans les milieux chrétiens des prédicateurs connus mettent en
garde contre :
la dérive mystique (rechercher des expériences plutôt que la vérité)
;
la dérive émotionnelle (la confusion entre les émotions et la
spiritualité) ;
la dérive culturelle (importer des modèles du spectacle, du show-biz,
« gaver les Eglises de
divertissement » (John Mc Arthur) ;
Mais malgré les mises en garde, les rites ne changent pas et les dérives
continuent… voire elles s’amplifient.
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Que faire pour
éviter ce piège de l’autohypnose ?
Il faut savoir en premier que l’autohypnose ferme la première porte du Royaume :
celle du jugement. Cette porte qui nous permet de discerner, de voir nos manques
et de changer. Eh bien, d’abord, nous devons favoriser des réunions avec une prise
de conscience claires des choses de la foi. Favoriser la communication interactive
entre les membres. Diminuer les moments
d’adoration collective qui n’entraînent que des pics émotionnels. Pour
favoriser des prises de décisions concrètes au sein du groupe et centraliser
l’attention sur les besoins réels. Alors bien-sûr les chants et la musique ont
leur part de bénéfices. Ils nous aident à exprimer nos états d’âmes.
Cependant, la foi n’a pas besoin de l’autohypnose pour grandir ou pour s’exprimer. La foi doit s’extérioriser au moment où l’Esprit Saint l’a décidé. Ne mettons rien de mystique dans nos assemblées. Nous devons plutôt chasser nos artifices et nos faux semblants pour que notre foi soit présente. Nos lieux de culte doivent être libérés de toutes fausses émotions : donc, celles artificiellement provoquées par des techniques hypnoïdes.
L’autohypnose
nous fait fuir Gethsémani.
Car au moment où l’épreuve va s’endurcir, au moment où nous allons nous sentir pressé,
angoissé, nous allons fuir plutôt que d’affronter les difficultés. Nous allons,
dans les faits, éviter que la pression qui s’exerce produise une
huile supérieure. Et la puissance que veut nous donner le Saint-Esprit ne
pourra se produire. L’autohypnose produit une lumière mais qui est fausse. Elle
évite le brisement, donc elle évite le pressoir à huile.
Cette technique de méditation fait
qu’on focalise son attention et son énergie ailleurs que sur une foi agissante. 1Jean 2 :15 : « N'aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le
monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est point en lui »;
Méditer
ainsi c’est une des zones
grises dont je vous ai parlé récemment. Ces zones proches des ténèbres qui
nous font trébucher, car elles nous éloignent de l’amour du Père. Alors,
chassons-les de nos vies simplement parce que nous avons discerné qu’elles nous
tiraient vers le bas. Chercher le Royaume de Dieu, passe bien sûr par exprimer
son état d’âme, par chercher à retrouver la paix et la joie. Mais n’oublions
pas la priorité : celle de pourvoir aux besoins de l’assemblée et non se
satisfaire d’une émotion aussi grande et spectaculaire soit-elle. Recevoir demande auparavant de donner
aux autres, de porter secours. Souvenons-nous que c’est le chemin que Dieu a
prédestiné à toute délivrance. Alors faisons un holocauste, un sacrifice de bonne
odeur en brûlant toute forme d’autohypnose dans nos vies.
Amen



