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Par Eric Ruiz
Voici un Psaume très particulier : le Psaume 72
Pour les juifs, c’est le psaume messianique par excellence. Le Messie est
représenté comme les juifs le croient et l’attendent : Ils attendent avec
impatience un roi humain, qui plus
est sera un descendant de David. C’est ce roi qui viendra rétablir la justice
et la paix en Israël.
Lisons les deux premiers versets prononcés par Salomon roi d’Israël et fils
de David : « De Salomon. O Dieu, donne tes jugements
au roi, Et ta justice au fils du roi!
Il jugera ton peuple avec justice, Et tes malheureux avec
équité. ». Ce Psaume a une telle emprise universelle, que même en dehors
des religions, il est lu comme :
-un manifeste pour la justice sociale.
-une vision d’un monde pacifié.
-un idéal politique et moral.
N’a-t-il pas inspiré des projets communistes ou socialistes comme aussi de nombreux mouvements
pour la paix et la dignité humaine ? Il a été utilisé pour des discours de
rois de France, d’Angleterre, d’Espagne. Il a été pris en exemple par des
abolitionnistes, par des grands noms comme Martin Luther King ou Desmond Tutu.
Mais un être sage est en droit de se demander où se trouve un tel
roi ? A-t-il simplement existé ?ou peut-il encore arriver ?
Parce lorsqu’on a fini de lire les 20 versets de ce Psaume, il n’y a aucun nom
qui arrive à nos lèvres.
Salomon, lui, a été
infidèle à Dieu. Il a trahi ses engagements et a vu son royaume se diviser
après lui à cause de son infidélité.
Certes, il a exprimé et vécu beaucoup de ce que dit le verset 10 et 11: « Les
rois de Tarsis et des îles paieront des tributs, Les rois de Séba et de Saba
offriront des présents. Tous les rois se
prosterneront devant lui, Toutes les nations le serviront ». Mais
dès que vous passez au verset 11 les
choses se gâtent : « Car il délivrera le pauvre qui
crie, Et le malheureux qui n'a point d'aide.
Il aura pitié du misérable et de l'indigent, Et il sauvera
la vie des pauvres »;
Salomon a été un roi d’une extrême richesse,
qui plus est, il a maintenu son royaume en paix pendant tout son règne… mais à
la lecture du chapitre 12 du premier livre des Rois, son peuple gémit et se
plaint. Il se plaint « d’un
joug pesant» « d’une rude servitude ».
Où est la justice divine de Salomon?
Et le fils de David n’est pas une exception.
Le roi riche et injuste est un fait commun dans l’Histoire des nations. Il n’affranchit
pas grand monde de taxes obligatoires. Il passe, lui, en premier.
Prenons le roi français incarnant le sommet
du luxe en monarchie : le roi Louis XIV par exemple : Il a réformé
la justice et il a soutenu certaines œuvres charitables (hôpitaux, institutions
religieuses). Mais…il a fait des Guerres incessantes qui ont appauvri le
royaume. Il a écrasé les paysans par des impôts très lourds pour financer ses
guerres ou pour construire le château de Versailles ; et les périodes de
famines et de misères se sont multipliées pendant son règne. Le roi soleil a
été un roi qui a renforcé l’État au prix d’un lourd fardeau pour les classes
populaires.
Je pourrais prendre une multitude de
chefs d’Etat contemporains et arriver au même constat. Ils construisent des temples
magnifiques. Ils reçoivent de l’argent et des ressources précieuses de nations
très éloignées, mais une partie de leur peuple reste dans la pauvreté et la
misère.
On est loin du roi décrit par le Psaume 72 modèle du roi idéal :
juste, protecteur des pauvres, garant de la paix.
Le verset 14 va même très loin dans la mission de protection des
pauvres par le roi : « Il les
affranchira de l'oppression et de la violence, Et leur sang aura du prix à ses
yeux ».
Aujourd’hui, comme hier on est frappé de constater que l’homme lambda ne
représente que de la chair à canon. Que le sang du pauvre ne vaut rien. Que
l’oppression et la violence qu’il vit au quotidien n’émeuvent aucun ministre. On
constate que le peuple a même été berné en lui faisant croire le contraire : que chaque citoyen avait un pouvoir de décision par ses représentants
démocrates. Et que le progrès économique avait apporté un progrès social fort,
réduisant au maximum les inégalités.
« Rien n’est nouveau sous le soleil »
nous dit Salomon, l’histoire et les hommes se répètent.
En fait tous, rois comme simples sujets font la même erreur au départ. Ils
veulent la prospérité économique, la bénédiction. Ils veulent un pouvoir fort. Ils
veulent asseoir l’autorité royale sur un matelas de prestige et de croissance. Ils
ne voient pas que le Psaume 72 révèle l’inverse.
Or, la vérité est tout autre : C’est parce que le roi s’occupe des plus démunis que sa
nation s’élève et que son royaume devient riche.
« 11Tous les rois se prosterneront devant lui, Toutes les
nations le serviront. Car il délivrera le pauvre ». La justice sociale n’est pas une conséquence,
c’est la première des œuvres à faire.
Dès le verset 2, puis 4 le projet politique
du roi est tracé. Après avoir discerné qui est malheureux et à quel
niveau s’élève son malheur, le roi « fera
droit aux malheureux du peuple, Il sauvera les enfants du pauvre, Et il
écrasera l'oppresseur. »
Les juifs n’ont pas reconnu Jésus comme roi, parce
que lui, le fils de Dieu, ne voyait que la justice sociale et rien d’autres. Jésus
ne s’occupait que des malades et des nécessiteux.
Il n’avait que faire du gouvernement romain,
que faire de la situation économique. Tous les rois fonctionnent à l’opposé.
Ils vont faire des œuvres sociales parce qu’ils ont auparavant capitalisé, bâti
des villes et des institutions.
Les juifs, comme les peuples païens attendent
donc un roi qui ne sera jamais juste parce que leur roi est différent.
Le roi juste ne s’occupe pas de l’économie, il ne cherche pas à réduire les
dettes de l’Etat. Il ne multiplie pas ses placements financiers, il s’occupe du
social, il va là où l’odeur de la misère pique le nez.
Je l’ai déjà dit auparavant mais je le redis
encore : c’est parce que la justice est rendue que la paix existe. Une
ère messianique autre est une utopie.
"La vertu" d’un chef est qu’il revendique la
paix comme un droit ou un devoir, alors que la paix n’est qu’une conséquence de
la justice qu’il applique.
On attend un roi qui est prêt à se battre pour la paix,
et là… qui dira que c’est un roi injuste, que c’est un faux Messie ?
Personne ne le dira et pourtant il s’affiche contre Christ en se battant pour
la paix.
Verset 3 : « Les montagnes porteront la paix
pour le peuple, Et les collines aussi, par
l'effet de ta justice ».
Le Mashia ben David ne peut pas apporter la
paix autrement.
-Il ne fera pas des compromis avec les peuples.
-il ne s’occupera pas de rééquilibrer les
territoires entre palestiniens et israéliens pour que chacun ait la part qui
lui est destinée.
-il ne chassera pas les étrangers,
-il ne bâtira pas des fortifications pour
protéger ses frontières
-il n’aura pour seule politique : que celle de s’occuper de ses pauvres. C’est ce que Jésus a fait et c’est ce que le roi juste fera. Et le fait de s’occuper des démunis apportera la paix des montagnes jusqu’aux collines.
Revenons au début du Psaume : à la prière de
Salomon. Elle demande cette grâce : « donne tes jugements au roi, Et ta justice au fils du
roi! ».
Salomon a-t-il
reçu ce qu’il demandait ? OUI. Mais alors, pourquoi n’a-t-il pas appliqué
la justice que Dieu lui donnait ? Parce qu’il était aveuglé par son or et
sa connaissance. Imbu de lui-même et sûr de son onction de sagesse, il n’a jamais
eu de prophète pour lui dire « non » à un moment donné. « Non »
pour ses trop nombreuses concubines par exemples ou « non » pour le
culte rendu à leurs déesses. Salomon avait des paroles qui louent Dieu mais un
cœur éloigné du créateur. Et son fils a-t-il fait la justice divine comme il
l’a prié pour lui ? Voilà la réponse de Roboam fils de Salomon :
« 11 mon père vous a chargé d’un joug
pesant, et moi je vous le rendrai plus pesant ; mon père vous a châtiés
avec des fouets, et moi je vous châtierai avec des scorpions ».
Le fils est pire que le père. Il assomme son peuple de taxes et
d’obligations en tout genre. Et cet héritage ne s’est-il pas répété maintes
fois à travers les siècles ? Tous ceux qui se sont assis dans un fauteuil
royal, en régnant sur un peuple ont au mieux fait semblant de s’occuper
en premier des plus démunis.
Le seul héritage vrai et juste est celui de
Christ. Il change la nature même du roi. Ce roi ne sera pas juif, ni
évangélique, ni catholique, ni orthodoxe… il sera né d’en haut par l’esprit de
Christ.
Ce roi ne construira pas une muraille, le roi sera la muraille. Pourquoi cette muraille est-elle une
nouvelle identité ? Parce que le livre
de l’Apocalypse révèle l’agneau : l’agneau de Dieu dévoilé par le
chapitre 21 du livre de l’Apocalypse. Cette muraille mesure 144 coudées,
soit 72 mètres. Dans ce nombre 72, j’y vois
la figure du roi protecteur révélé par l’agneau ; Et cet agneau
protège, car il exerce une politique entièrement destinée aux pauvres, aux
démunis sur son territoire. Ce ne sera pas un autre Christ, ni Jésus de
Nazareth revenant sur terre avec les mains percés (comme certains le croient).
Ce sera Christ descendu en esprit sur un groupe d’humains. Christ incarné et
manifesté par un seul et unique caractère : l’agneau.
Ce caractère n’est pas abstrait, il se reconnait
par ses bienfaits sur les misérables, et eux–mêmes seront reconnaissants en
retour envers ceux qui ont ce caractère.
Le verset 15 de Psaume 72 dit : « Ils
vivront, (qui « ils » ? Ce sont les pauvres délivrés
de l’oppression et de la violence) et lui donneront
de l'or de Séba; Ils prieront pour lui sans cesse, ils le béniront chaque jour. ». Le
royaume de Dieu commence avec des pauvres qui sont devenus riches à leur
tour et qui apportent leur or et leurs prières à l’agneau (celui ou ceux qui
les ont délivrés), parce que le véritable roi vit en lui.
Verset 17 :« Par lui on se bénira mutuellement, Et toutes les nations le diront heureux ». Cette ville heureuse est la Nouvelle Jérusalem. Un culte nouveau y est rendu. Chacun protège l’autre en retour. Voilà le gouvernement juste du Roi, le gouvernement de l’agneau.
Oui mais alors, Jésus de Nazareth n’a-t-il
pas échoué au vue de ce Psaume qui montre un accomplissement terrestre (pas
seulement une petite nation mais la terre)? Etait-il vraiment le Messie
qu’Israël attendaient ?
·
Le Messie, ce mystère, Jésus l’a
révélé comme un “corps” et non comme individu
Oui
bien-sûr, que Jésus-Christ, fils de David est ce Messie attendu. Mais l’accomplissement du règne de
Christ s’est accompli à la croix. Ce qui signifie
qu’il ne s’est pas terminé à sa mort. Christ ressuscité forme un nouveau règne : Christ ressuscité c’est la promesse d’être à notre
tour ressuscité et par conséquent d’être uni à lui pour toujours. Cette
promesse, c’est Le règne de l’agneau. Sans
résurrection, l’agneau n’existe pas.
Un homme, une femme possédant le même
caractère doit en sortir. Un disciple accomplit et ressuscité. « Béni
soit à jamais son nom glorieux! Que toute la terre soit remplie de sa gloire!
Amen! Amen! »
Pour que la terre soit remplie de la gloire de Dieu, il
faut : des êtres nouveaux dans lesquels Christ règne
comme un roi juste. Dans le livre de
l’Apocalypse, c’est l’agneau qui règne. Le même roi pour tout un peuple. Ce ne
sera pas un double règne (le règne d’un homme et celui de Dieu). Ce sera la
prière entièrement exaucée : Au nom du Père, du Fils et du
Saint-Esprit ». Un baptême véritable mit en lumière dans Matthieu
28 :19. Et ce Baptême a pour vocation : Notre Père régnant par le
Saint-Esprit dans son fils. : L’agneau de Dieu formant un seul corps de croyants ;
des âmes réunies ne formant qu’une seule âme. Le nouveau messie sera un corps de croyants animés par le
même roi Christ. Ce corps tout simplement est l’agneau.
Ce roi a été vu par trois disciples lors du mystère de la transfiguration (où
l’on voyait Elie, Moïse Jésus, tous recouverts par un nuage épais, tous unis
dans un même corps) « Je vous le dis en vérité, quelques-uns de
ceux qui sont ici ne mourront point, qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme venir
dans son règne. ». Le règne
du fils de l’homme (de ce nouvel homme) c’est l’agneau ressuscité.
Aujourd’hui
nous sommes dans un temps de préparation au règne de l’agneau. Le verset 9 du Psaume
72 n’a pas encore été constaté : « Devant lui, les habitants du désert fléchiront le genou, Et
ses ennemis lécheront la poussière ». Rappelons-nous que le désert abrite le
diable, le tentateur, celui qui nous pousse à régner. Il n’a pas encore
capitulé. Le serpent continue à ramper… mais il ne lèche pas la poussière. Il a
encore des aliments à se mettre sous ses crochets. Et le diable tente l’homme
en lui proposant de régner ou de servir un régnant. Toujours cette séduction de
l’idolâtrie.
En
attendant la consécration de notre vie terrestre : le règne de l’agneau, prions comme le verset 19 du Psaume
72 : « Béni
soit à jamais son nom glorieux! Que toute la terre soit remplie de sa gloire!
Amen! Amen! »



