samedi 28 février 2026

LA FOI CONTAMINEE

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Par Eric Ruiz

 

Nous devons toujours considérer comme urgent, le fait de veiller sur son état spirituel. Surtout quand les beaux jours arrivent. C’est là, à ce moment là que nous sommes en réalité les plus fragiles. C’est au moment où nous sommes guéris que nous nous croyons invulnérable.


C’est ce sentiment de puissance qui nous envahit qui nous pousse vers le déclin. Bref : C’est étrange, mais ce n’est pas quand nous sommes blessés que nous sommes les plus fragiles…
c’est quand nous sommes guéris
.

 

Lors de mon dernier message je vous avais parlé de plusieurs hôpitaux. L’Hôpital du bon samaritain, celui du Lévite Obed-Edom, et pour finir celui de la foi. Mais je ne vous aie pas encore parlé de l’hôpital du troisième roi de Juda Asa. Asa : un nom prophétique.

Asa : un nom qui porte le sens hébraïque de guérisseur, médecin, celui qui soigne, qui soulage, et par extension celui qui répare et qui restaure. En lisant les versets du 2ème livre des Chroniques, j’étais loin d’imaginer que ce roi allait dans le sens de ce que j’avais reçu avec « l’hôpital de la foi ».

Son nom comme beaucoup d’autres noms bibliques témoigne de la mission de celui qui le porte.

Asa débute son règne sur un peuple malade ; infecté par des fausses croyances, tributaire de ses mauvaises convictions. Son père Abijam a favorisé l’épidémie de l’idolâtrie, qui s’est multiplié un peu partout. Abijam fut un roi puissant. il eut 14 femmes 22 fils et 16 filles. Sa puissance a été sa principale faiblesse devant Dieu. Il se permettait tout comme s’il était Dieu lui-même.  

La tâche donc d’Asa fut très importante. Il a énormément contribué à  restaurer la foi. « Il fit ce qui est bien et droit » nous dit le texte des Chroniques. il porte secours en supprimant l’idolâtrie. Il brise toutes les statues de son père, fait disparaitre les autels, il restaure un culte véritable à Dieu, il fait disparaitre les hauts lieux consacrés au dieu soleil. Il fait déchoir même du trône de reine, sa propre mère Maaca idolâtre. Et il amène son pays dans une paix durable. Pendant 35 ans de son règne, qui a duré 41 ans (2 Chroniques 15 :19).

Asa donc restaure l’âme des judaïtes, en les incitants à se purifier de leurs péchés.

Mais n’oublions pas ce détail qui n’en est pas un : « le pays fut tranquille et il n'y eut pas de guerre contre lui pendant ces années-là, parce que l'Eternel lui donna du repos. » (2Chroniques 14 :5) et au verset 6 : « car nous avons recherché l'Eternel, notre Dieu, nous l'avons recherché, et il nous a donné du repos de tous côtés. ».

Le repos, comme la guérison vient en premier par la recherche de Dieu. Et cette recherche porte ses fruits au moment où le mal nous attaque.

Asa fut attaqué par une armée Ethiopienne trois fois plus nombreuses et mieux équipée que la sienne. Mais c’est en Dieu qu’il se confia. Et Dieu lui rendit justice et il obtint la victoire. Les Ethiopiens s’enfuirent.

Tant qu’Asa marchait fidèlement avec Dieu, il était son principal assistant. Et le peuple se restaurait et guérissait des maux de l’idolâtrie. L’hôpital d’Asa fonctionnait admirablement bien parce que le roi avait plus en ligne de mire l’état de son peuple que lui-même.

Lors de sa quinzième année de règne, Asa fit assembler tout les judaïtes et un grand nombre d’israélites à Jérusalem pour célébrer et jurer fidélité de tout leur cœur à l’Eternel Dieu.

 

Mais à la 36ème année de son règne, tout bascule : Asa trahit sa vocation divine. L’hôpital de la foi s’effondre. Je rappelle que le nombre 36, j’en ai déjà parlé, c’est le passage soudain dévoilé de la lumière aux ténèbres. Et ici les ténèbres ce sont : La maladie principale de l’âme, l’idolâtrie, celle que Asa avait combattu toute sa vie.

Comment ce qui a été conçu pour guérir peut-il finir par empoisonner ?

 

Eh bien l’idolâtrie l’atteint au plus profond de lui. Son cœur étant partagé, le grand médecin avec un « M » majuscule n’est plus aussi clair en lui. Ce « m » est devenu minuscule ; et le grand médecin céleste rentre en compétition avec le médecin terrestre. Ce constat n’est pas une impression. (2 Chroniques 16 :12 « La trente-neuvième année de son règne, Asa eut les pieds malades au point d'éprouver de grandes souffrances; même pendant sa maladie, il ne chercha pas l'Eternel, mais il consulta les médecins. »).

Ici, il n’est pas question de remettre en cause la compétence des médecins, ni de refuser d’aller les consulter pour se faire soigner par eux. Ce qui est reproché à Asa c’est qu’il a fini par placer sa confiance plus dans l’homme que dans le créateur. Asa s’est en tiédit.

 

Quand on commence à faire taire la vérité, c’est que ce qui est divin a commencé déjà à mourir à l’intérieur de soi.

Asa dévoile son cœur quand il entre dans une colère noire et finit par mettre en prison le prophète Hanani, qui lui, dit la vérité : Qu’il aura maintenant des guerres, parce qu’il a agit comme un insensé. il a préféré faire des alliances avec la Syrie pour se délivrer de ses ennemis plutôt que de se confier et de s’appuyer sur son Dieu.

Les alliances militaires : se sont des compromis qui visent à devenir plus fort. C’est compter sur ses forces propres. C’est avoir peur que l’ennemi, les guerres qui se multiplient prennent alors le dessus sur son royaume. C’est se glorifier soi-même de ses victoires.

Asa a sacrifié tout l’argent et tout l’or qu’il avait de la maison de Dieu, pour des causes iniques : payer ses alliances. Faire des présents aux rois de Syrie.

Il est à souligner aussi que le roi de Juda a réagi ainsi parce qu’il ne supporte plus l’oppression de son frère de foi : le roi d’Israël Baescha qui a fermé sa frontière. Asa perd patience. Il s’énerve rapidement. Ses colères deviennent plus nombreuses et rapprochées.

Alors, s’énerver contre le prophète, celui qui dit la vérité, c’est ne pas admettre ses fautes, c’est résister à Dieu et cela traduit un cœur qui s’endurcit. Le roi de Juda ne voit plus la vérité. Il est aveuglé par la nouvelle idole qu’il s’est fait de son propre règne.

Il se met à rebâtir les villes de Gueda et de Mitspa. Deux villes situées en hauteur, sur des collines, qui ont historiquement une importance majeure pour convoquer l’assemblée et renouveler l’alliance faite à L’Eternel. Encore un témoignage de plus dévoilant un besoin de protection et de reconnaissance personnelle.

Asa ne recherche pas Dieu mais il cherche à se sentir maître de sa destinée. 

 

Il ne voit pas non plus le sens de sa maladie des pieds. Lui le guérisseur tombe à son tour malade. Les pieds sont le symbole de la stabilité, de la fidélité et de la direction spirituelle. La douleur le fait boiter, tituber. Ses pieds révèlent qu’il marche un peu avec Dieu d’un coté et un peu avec d’autres puissances de l’autre. Sa maladie aurait dû lui parler et lui ouvrir les yeux.

L’idole était enfouie. Elle a changé de forme. Elle n’a pas disparu, elle s’est déplacée. Asa ne devient pas idolâtre au sens où il retourne aux statues.
Son idolâtrie devient plus subtile : Il fait confiance dans sa diplomatie, dans ses alliances, dans son or, ses ressources, ses médecins et refuse la correction.

Un autre indice nous montre comment Asa glissa vers le culte centré sur lui-même : Un indice (que l’on trouve uniquement pour ce roi) et dans le deuxième livre des Chroniques, il est écrit :« on l'enterra dans le sépulcre qu'il s'était creusé dans la ville de David ». Vouloir a tout pris figurer près du tombeau de David jusqu’à préparer lui-même sa place, c’est unique dans les récits bibliques.  Focaliser ainsi sur sa propre personne sur des rituels de prestige allant jusqu’à son propre tombeau, cela montre à quel point le roi de Juda se souciait de lui-même.

 

En fait, tout ce qui se passe là avec Asa, se passe de la même manière avec ceux qui sont des soigneurs, des pasteurs médecins, des croyants qui ont de la notoriété parce qu’ils règnent, ils dominent sur un groupe ou sur une institution religieuse. Adulés, respectés pour avoir guérit leur proche dans un lieu saint, hospitalier et réparateur comme peut l’être l’église ; ils peuvent tomber à leur tour. Combien se confient dans leur richesse et tombent par le mal qu’ils avaient identifié.  A la fin, l’idolâtrie les rattrape. L’hôpital, l’Hôtel-Dieu ne soigne plus, pire il provoque des maladies : les mêmes qu’il avait autrefois éradiquées. L’hôpital contamine à son tour.

Dans les assemblées, les démons qui avaient été chassés reviennent alors en plus grand nombre qu’avant, plus fort qu’avant. Les récalcitrants sont opprimés et l’idolâtrie redouble de puissance, par le culte de la personnalité. L’idolâtrie moderne n’est pas forcément visible.

·        L’idolâtrie qui revient par la porte arrière :

Dans les assemblées modernes :

C’est l’orgueil qui revient de plus belle

C’est la recherche de reconnaissance qui revient

C’est à nouveau la dépendance aux finances

C’est le retour de la compétition entre frères

Ce sont des formes de manipulation qui reviennent

Ce sont les abus spirituels qui resurgissent jusqu’à faire taire ceux qui contredisent

Sans oublier de nouveaux rituels mettant en scène le culte de la personnalité.

Et souvent, cela arrive dans les lieux mêmes où l’on avait proclamé la fidélité et un culte exclusif à Dieu.

 

Et qu’en est-il des malades dans les assemblées ?

 

Lors d’un réveil spirituel, comme se fut le cas avec le roi Asa pendant son règne, les guérisons affluent et beaucoup brisent leurs idoles. Mais ces idoles sont-elles définitivement abandonnées ?

Le fils d’Asa, Josaphat, succéda à son père sur le trône de Juda. Il marcha dans les voies de David et dans ceux de son père.  Il fit ce qui est juste. Mais l’intégrité de son peuple était loin d’être incontestable. 2 Chroniques 17 :6 : « Son cœur grandit dans les voies de l'Eternel, et il fit encore disparaître de Juda les hauts lieux et les idoles. ». La guérison spirituelle est fragile, progressive, et jamais acquise. Et puis, on peut soigner les autres tout en laissant sa propre âme s'infecter. Le mal qu’on a brulé devant Dieu peut renaître. Asa avait brisé son idole et l’avait brulé au torrent de Cédron. Combien aujourd’hui ont brulé leurs idoles en se faisant baptiser.  Ces deux rites forts n’ont rien à voir avec une disparition magique. Ce qui compte réellement c’est la profondeur de l’acte et la persévérance à vouloir rester humble et soumis à Dieu.

 

La plus grande fragilité arrive souvent après la victoire. C’est comme avec la restauration d’Asa, c’est après que son peuple a été soigné, purifié, restauré, reposé… que son cœur s’est élevé, que le levain a fait monter la pâte. Ce n’est pas uniquement la maladie qui nous met en danger, c’est aussi l’illusion d’être guéris pour toujours.

La sagesse crie à la vigilance. Nous devons veiller et prier pour persévérer dans la foi. Pour que le Médecin céleste continue à avoir ses assistants et ses guérisons sur terre. Car c'est seulement dans la conscience de notre propre fragilité que la puissance de Dieu peut pleinement s'exprimer.

Alors… je terminerai par une petite parabole, très simple :

La Parabole du Roi Guérisseur

 

Il y avait un roi Qui avait guéri un peuple infirme. Il avait renversé les autels, Brisé les statues, Purifié le temple. Il avait réappris à marcher droit, Et le pays était en paix.

Puis un jour… Sans s’en apercevoir… Il est devenu ce qu’il avait combattu.

Il n’a pas reconstruit les idoles, Il en est devenu une. Elle n’était ni de pierre, Ni de bois. Elle avait son visage, Sa voix, Son autorité.

Et il brisait celui qui voulait la briser.

Alors ses pieds ont commencé à céder. Ce qu’il refusait d’entendre Est entré dans son corps. Et le roi qui faisait marcher les autres A fini sa vie incapable de marcher lui-même.


Jésus dit :
« Celui qui s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. »

 

Ainsi, lequel de ces deux hommes voulons-nous imiter ?


Le roi qui s’accroche à sa propre gloire jusqu’à perdre ses pas ?
Ou le roi qui, comme David, accepte de descendre,
reconnait sa faute, paye le prix de son orgueil
et retrouve la vigueur en redevenant serviteur ?

 

Car la question est : Que faisons-nous lorsque la vérité se révèle à nous ?

Amen

 

dimanche 22 février 2026

L’HOPITAL DE LA FOI

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Par Eric Ruiz

 

1.     Le démon appelé : préjugé

 

Jean 7 :24 :« Ne jugez pas selon l'apparence, mais jugez selon la justice ».


Ce verset semble tellement irréel ! Nous sommes par nature des êtres remplis de préjugés. C’est pourquoi nous passons beaucoup de temps à évaluer, à classer et à comparer. Et dans les assemblées chrétiennes, les préjugés sont loin d’être bannis. Les jugements sont légion concernant le degré de pureté ou de souillure des frères et des sœurs.

Les uns bien habillés, soignant leur présentation, remplis de paroles douces et bienveillantes paraissent libres du péché, tandis qu’un autre se présentant le crâne à moitié rasé, les membres tatoués avec un langage cru et cabossé, part déjà avec des préjugés très négatifs. S’est-il vraiment libéré de tous les péchés que son corps et son allure trahiraient ? Son passé est-il vraiment derrière lui comme il le confesse?

Mais depuis quand l’apparence révèle-t-elle l’état du cœur ?

L’Eglise qui devrait être un hôpital, trop souvent ressemble à un tribunal. Et ce tribunal révèle alors que les accusateurs qui s’y trouvent sont eux-mêmes les véritables pécheurs. Les accusateurs oublient qu’ils sont aussi des malades et qu’ils ont besoin de guérison.

 

2.     L’hôpital et la charité chrétienne

A l’origine, l’hôpital vivait de la charité. Il vivait de dons, d’aumônes, de legs que des bienfaiteurs lui offraient. Les riches, les notables, les seigneurs donnaient des terres et de l’argent aux églises, afin que ces ressources servent à la construction d’hôpitaux. L’Hôpital était donc une œuvre chrétienne. Pendant des siècles les soins étaient assurés par des ordres monastiques. L’hôpital était voué aux plus démunis, aux sans-abri, aux malades de l’âme comme aux malades du corps. Il accueillait également les personnes âgées, les enfants abandonnés, les pèlerins et voyageurs de passage. On ne l’appelait d’ailleurs pas « hôpital » mais « Hôtel-Dieu », « la maison de Dieu » : un lieu ou règne l’hospitalité divine. Le mot « hôpital » prononcé autrefois « hospital » rime avec hospitalité : ils partagent la même racine.

N’oublions pas que les bases du métier d’infirmière furent posées par des religieuses chrétiennes entièrement dévouées à leur mission. Les soins prodigués étaient gratuits, car les malades étaient sans ressources et trop pauvres pour payer.

Alors ne devrait-on pas appeler les églises : l’hôtel Dieu ? Un lieu d’accueil où l’on prodigue gratuitement toutes sortes de soins pour le corps comme pour l’âme ?

 

3.     Et la foi a-t-elle aujourd’hui son hôpital ?

Deux termes latin montrent le sens profond de l’hospitalité chrétienne : hospes et hospitis qui signifient à la fois : celui qui reçoit et celui qui est reçu. Une main tendue et une main reconnaissante.

Où est passé le but de notre foi en Christ lorsque Jésus répond aux pharisiens après cette question :  « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie?…. Jésus dit: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades ».  Et de nos jours, pourquoi tant d’Eglises trient-elles leurs membres ? La sélection se fait généralement sur des critères absurdes. Si nous trions les blessés selon leur apparence, nous avons déjà oublié le Médecin.

 L’Église n’est pas un musée pour saints bien habillés.
Elle est une salle d’urgence pour pécheurs blessés.
Elle devrait comme l’hôpital le fait et comme il leur rappelle leur mission première : accueillir toute personne malade perdue ou abandonnée. Or, trop souvent les médecins des églises prennent l’habit de magistrats qui jugent et qui condamnent au lieu de porter secours et de soigner. Il y a trop de mercenaires et de loups ravisseurs dans les assemblées pour que s’organise une véritable hospitalité. Une brebis malade a besoin d’un médecin qu’elle soit une brebis blanche ou noire.

 

4.     L’hôpital samaritain

Dans la parabole, le bon Samaritain agit comme un vrai médecin, un vrai disciple de Christ. Voyant un homme sur le côté du chemin à moitié mort, il ne cherche pas à connaître qui il est. Il ne demande ni son identité spirituelle,  ni son passé ; il ne discute pas pour connaître sa part de responsabilité, ni s’il est à même de pouvoir payer ses soins et de rembourser son bienfaiteur. Le bon samaritain, soigne en agissant comme un médecin de campagne. Il voit tout de suite la souffrance et le niveau de blessures de l’homme à terre. Il bande ses plaies et  soignent ses blessures, avec de l’huile et du vin, les antiseptiques de l’époque. Sans se poser la question du mérite, le Samaritain porte sur sa monture le blessé comme s’il était son propre enfant. Il le conduit dans une auberge (un hôtel-Dieu avant l’heure). Il se porte même garant financièrement. Il paiera tous les frais du malade à l’aubergiste. C’est l’hospitalité totale : sans condition- sans jugement-sans calcul- sans à priori sur l’apparence. Jésus ne dit pas : « admirez-le ! », non. Il n’aura que quelques mots pratiques pour conclure : « va et fais de même ».

 

5.     L’hôpital de Mammon

Aujourd’hui, dans le monde, la tendance des services hospitaliers n’est plus à la charité, mais c’est Mammon qui s’y est invité. L’infirmière de l’Hôtel Dieu de Paris, elle passe plus de temps dans des charges administratives, qu’au chevet du malade à lui prodiguer son attention et ses soins. En République démocratique du Congo un pays soi-disant très chrétien, il est souvent impossible de sortir de l’hôpital si les frais médicaux ne sont pas réglés. Tant que la facture n’est pas entièrement soldée, le malade reste gardé (manu militari s’il le faut) dans « une chambre prison ». Une enquête de presse de 2018 a montré que, dans plusieurs hôpitaux de Lubumbashi (la deuxième ville du Congo qui compte près de 3 millions d’habitants), des personnes ont été retenues des semaines, des mois, voire des années parce qu’elles ne pouvaient pas payer leur facture hospitalière, même après avoir été jugées médicalement guéries. La RDC est-elle un cas isolé ? Des cas similaires de patients gardés plusieurs semaines ont été rapportées au Ghana, comme en Inde.

Le Moyen-âge est souvent qualifié d’ère de ténèbres avec son régime féodal composé de rois, de seigneurs et leurs cerfs corvéables à merci. Là aussi les préjugés ont frappé fort. L’hôpital était c’est vrai dans des conditions sanitaires très succinctes, avec peu de moyens comparés à la technologie d’aujourd’hui, néanmoins c’était un lieu de refuge comme d’assistance sociale, médicale et spirituelle.

Pour ma part, dès que l’occasion s’est présentée, j’ai eu à cœur de participer aux frais médicaux de mes frères et sœurs congolais lorsqu’ils étaient hospitalisés et qu’ils ne pouvaient payer leurs soins. Je ne l’ai pas fait pour un gain quelconque. Je l’ai fait parce qu’il me semble «  normal » d’agir ainsi en tant que simple chrétien. Je suis ému de compassion devant une mère qui pleure son enfant malade et qui ne peut payer les soins (même si elle ne fréquente aucune église): car c’est une double peine pour elle. Et je ne me sens pas être rempli d’une mission spéciale. J’ai répondu dans mon for intérieur à l’ordre de Jésus : « va et fais de même pour ton prochain ». Je n’agis pas ainsi parce que je l’ai lu dans la Bible, mais parce que mon cœur régénéré par l’Esprit saint me le dicte. La Bible et le bon samaritain me confirment que l’esprit qui m’anime est saint. Si je m’étais surpris à penser autrement, comme par exemple que Dieu pourvoira à leur besoin, qu’ils n’ont qu’à s’organiser entre frères pour faire des collectes et que ma prière leur suffit, aurais-je été satisfait ? Aurai-je eu cette joie de donner ? Cette joie de participer à la guérison de l’enfant et au soulagement d’une mère ? Qu’aurai-je ressenti si je m’étais trouvé dans la même situation avec un enfant malade ? N’aurai-je pas aimé qu’un simple chrétien même à des milliers de kilomètres puisse m’aider aussi rapidement à soulager mon fardeau? Oui certainement.

 

6.     Quand l’ordinaire devient extraordinaire

Pourquoi j’insiste tant sur une bienveillance « normale » ? Pour dire qu’aider une personne comme je l’ai fait ou comme le fait le bon samaritain n’a rien d’extraordinaire en soi. Jésus ne le félicite même pas dans l’histoire. Il n’y a pas d’éloges particuliers à son égard. Mais dans les faits, n’est-ce pas celui qui a été aidé et qui a été secouru qui trouve cela extraordinaire ? C’est le juif mourant qui a été relevé et rétablit par un Samaritain (qu’il méprisait peut-être auparavant) qui loue le Seigneur avec reconnaissance. Il est bouleversé, transformé et il n’aura plus jamais la même opinion des Samaritains. Ses yeux s’ouvrent à une vérité nouvelle.

Car cette expérience changera sans doute aussi sa vision de la foi. Une foi qui repoussera ses frontières ; qui ne s’arrêtera plus au seul peuple juif.

Ce qui pour celui qui aide, peut sembler un geste simple, presque anodin peut avoir des conséquences immenses dans la vie de celui qui reçoit. Faut-il nécessairement réaliser de  grands efforts pour produire des conséquences extraordinaires ? Ce préjugé est faux. Les faits montrent qu’un verre d’eau, une main tendue, une écoute attentive, un acte de compassion, qui ne coûte presque rien… peuvent devenir pour l’autre une délivrance, une lumière, un signe de Dieu.
Même leurs proches, inquiets et troublés, ont été délivrés à leur tour, comme une grâce qui se prolonge.

Souvent, nous ne mesurons pas l’impact spirituel d’un secours offert au bon moment.
Une aide discrète peut faire naître la foi dans un cœur qui se croyait abandonné.
Elle peut raviver une foi qui s’éteignait, ou encore transformer la compréhension que quelqu’un avait de Dieu.

 

7.     L’hôpital d’Obed-Edom

Je pense que c’est ainsi que David, deuxième roi d’Israël, a ravivé sa foi et qu’il a mieux compris les voies divines.

Après qu’Uzza, terrassé pour avoir retenu l’Arche de l’Alliance, David fut saisi de crainte. Il était même perdu. Lui qui voulait ramener l’Arche à Jérusalem se retrouva soudain paralysé.
La présence de Dieu, qu’il désirait tant, devenait redoutable. Alors n’osant pas poursuivre le chemin. Il confia l’Arche à Obed-Édom, un Lévite peu connu, discret, pas un héros national.  Son nom en tous les cas parle par son sens étymologique. La deuxième particule de son nom, Edom, renvoie à la descendance d’Esaü (un peuple souvent rival d’Israël). Mais David avait déjà brisé les préjugés concernant les philistins puisque à plusieurs occasions, il avait été secouru par eux.

Et pourtant, c’est chez ce Lévite que la présence de Dieu s’installa.

Cette présence se manifesta dans l’hospitalité, mais aussi dans l’aide dont David avait besoin pour retrouver sa foi, la foi en Dieu qu’il avait au départ.

Le récit insiste juste sur la bénédiction que reçu le Lévite pour son secours apportée au roi. Et la Bible dit en toute simplicité : «L'arche de Dieu resta trois mois dans la maison d'Obed-Edom, dans sa maison. L’Éternel bénit Obed‑Édom et toute sa maison ». 3 fois le mot maison apparait ici comme pour montrer une grande sainteté qui y est rattachée. L’hôtel Dieu fut établit dans sa maison : hospes et hospitis celui qui reçoit et celui qui est reçu. Une main qui gracie devient elle-même une main qui est graciée.  
Car celui qui a été secouru voit soudain la grâce à l’œuvre, non pas dans de grands discours, mais dans un geste concret, incarné, espéré et qui n’attend aucune explication de l’autre. C’est ce que David avait besoin de vivre pour revenir avec l’Arche de Dieu à Jérusalem. La lumière est venue d’Obed-Edom comme elle vient dans le récit des Evangiles : du bon samaritain.

Matthieu 5 :16 : « « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. ». Ce verset ne prend il pas tout son relief avec les actes qui portent secours ? C’est ainsi que si nous sommes fidèles dans les petites choses de la foi, nous verront les grandes. Le secours fait en présence d’un grand public nous impressionne toujours. Mais les petits secours faits dans la clandestinité n’en sont pas moins valorisés aux yeux de notre Seigneur. Car il juge selon la justice et non l’apparence.

Chaque croyant doit prendre conscience qu’il peut à un moment de sa vie devenir un ange protecteur pour son prochain. Dieu nous arme alors comme un ange le serait pour aller porter secours. Car porter secours : c’est une parole de Dieu. Et cette parole s’entend. Elle résonne à l’intérieur. La foi vient de se qu’on entend. Et ce qu’on entend produit une action : la délivrance.

 

8.     L’hôpital de la foi

Pour conclure. Nous accueillons notre prochain comme Jésus-Christ le fait et comme un hôpital accueille les malades. Dans cet Hôtel-Dieu, nous sommes alors l’assistant du grand Médecin (Dieu) et nous soignons, nous restaurons, nous réparons ce qui est cassé.

C’est l’image de la grâce. C’est un lieu où personne n’est jugé. Un lieu où on ne mérite pas la guérison, on l’a reçoit. Dans cet endroit, il n’y a plus de honte à être vulnérable et fragile. Il n’y a que de l’amour et de la reconnaissance. Car après un accompagnement pas à pas, on y ressort avec une transformation physique mais surtout intérieure. Alors ne regardons pas cet hôpital comme un bâtiment majestueux, dont l’implantation serait un Haut lieu de la foi. L’hôpital de la foi se trouve rue de l’inconnu. Il se monte comme un camp de nomades, sous tente ; et comme les hôpitaux militaires, au milieu des combats, dans l’urgence, pour apporter une aide là où le besoin est le plus fort. Cet hôpital de campagne est par définition très mobile et provisoire. C’est Dieu qui montre le chemin. On ne sait pas où la maison d’Obed-Edom se situait, où se trouvait l’Arche de l’Alliance que David avait confié au Lévite. La présence de Dieu se meut dans la nuée, comme sa grâce qui touche celle ou celui qui ne le méritait pas en apparence.

Amen

dimanche 15 février 2026

PORTER SECOURS : Qui mérite vraiment de l’être ?

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Par Eric Ruiz

 

Samedi 14 février, c’est une fête païenne très suivie par de nombreux pays : c’est la fête des amoureux, la fête de l’amitié.


Mais comment célébrer l'amour de Christ? Pour certains c’est le moment pour commémorer Saint Valentin, un martyr chrétien devenu symbole de l’amour fidèle. Pour les chrétiens en général, c’est justement l’occasion de célébrer leur attachement à Jésus-Christ et à son don d’amour véritable.

 Jésus-Christ est Sauveur. Yeshoua son nom araméen signifie Sauveur. C’est un fait établi pour un chrétien… et nous, ses disciples, que sommes-nous ? De simples contemplateurs ou adorateurs ?  Des admirateurs d’un Dieu qui se manifeste chez les autres sans que nous ayons à agir ? Ne sommes-nous pas amenés, nous aussi, à sauver notre prochain ?  Or, pour le commun des chrétiens, c’est le fils de Dieu qui sauve. C’est Lui qui apporte le Salut.  C’est Lui la Vie Eternelle. C’est Lui qui fait passer de la mort à la vie. Nous n’avons ni cette fonction, ni cette puissance. Nous ne sommes que de simples pécheurs rachetés par grâce.

Beaucoup de chrétiens affirment que seul Jésus sauve, et c’est vrai. Mais cette doctrine n’est-elle pas devenue une fausse louange ?  Car cette vérité devient alors un refuge pour ne rien faire. Une fausse humilité qui masque le refus ou la peur d’agir. Pourtant, si un proche est en détresse, sur qui peut-il compter ? Sur une prière seulement, ou sur un disciple prêt à se lever pour lui?

Le disciple partage le nom « sauveur » de son Seigneur, non dans la rédemption, mais dans le secours.  Il est lui aussi appelé à porter secours même s’il ne peut lui offrir le salut de son âme.

Mais vous me direz : « je ne connais personne, je vis dans un lieu isolé, comment puis-je porter secours aux autres ? » ou encore « je suis âgée, faible, je n’ai aucune force, je ne sais rien faire, je n’ai aucune compétence, c’est plutôt moi qui suis en détresse, comment puis-je être utile ? ».

Il ne s’agit pas de se croire compétent ou non, ni de chercher par soi-même les personnes en détresse, ni forcément de devenir pompier volontaire dans la brigade de sa ville. Il s’agit de se préparer spirituellement, afin d’être disponible pour Dieu. Sinon, les situations auront beau se présenter, elles resteront invisibles à nos yeux.

 Eh oui, c’est Dieu le Père qui gère la situation de détresse. C’est Lui qui permet que nous devenions un élément moteur pour intervenir auprès d’autrui.

Rappelez-vous les ouvriers de la onzième heure. La parabole de Matthieu chapitre 20 commence ainsi : « Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne ».

Ces ouvriers étaient sans travail, assis, attendant qu’un vigneron les embauche. A toute heure, même à la dernière heure, le vigneron est venu les chercher. Dieu vient vous embaucher. C’est lui qui sort dès le matin pour sa vigne qui est son royaume.

Matthieu 20 : 6 « Etant sorti vers la onzième heure, il en trouva d'autres qui étaient sur la place, et il leur dit: Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire? 7Ils lui répondirent: C'est que personne ne nous a loués. Allez aussi à ma vigne, leur dit-il »

 

Un chrétien croit trop souvent que la vigne du Seigneur, son royaume se trouve dans les 4 murs de son Église locale. Et il pense qu’en s’y engageant, en y prenant des responsabilités, il sera utile au Royaume de Dieu. Mais est-ce dans ce lieu de culte uniquement que se trouve la vigne du Seigneur ?

Sa vigne  n’est pas un enclos.

Elle n’a pas un territoire définie.

Elle n’est pas non plus forcément là où se trouvent des chrétiens rassemblés.

Sa vigne est sans doute là où personne ne l’attend.

Et si elle se trouvait en territoire ennemi ?

Dans un lieu que vous avez même jugé impur, infréquentable ?

 Jésus a fréquenté des personnes qualifiées de mauvaises vies, les prostitués. Savez-vous à l’avance où Dieu vous emmènera ? Vous êtes vous préparés à intervenir dans un lieu que vous aurez peut-être jugé comme étranger, impur et rebutant ?

Il n’y aura jamais un écriteau ou une bannière pour vous confirmer : «ici c’est la vigne du Seigneur ». La confirmation sera invisible, inscrite dans le cœur, dans une intention qui se fera plus pressante.

Dans les assemblées, on parle régulièrement d’un nouveau réveil spirituel. Certains disent l’avoir vu dans une église ou plusieurs se sont mis à prophétiser, ou à pleurer sur leurs péchés. Sans le dénigrer : ce réveil est louable. Mais ce qui se manifeste là n’est qu’un prélude, une préparation à quelque chose. Les croyants réveillés s’arment pour un combat. Ils prennent les outils indispensables à la lutte qui va suivre. Mais pour quel combat ? La lumière reçue n’est-elle pas destinée à éclairer un autre endroit ?

 

N’est‑ce pas dans ses gestes et dans sa conduite que la foi d’un disciple prend véritablement corps ? Le réveil, n’est-il pas orienté vers un besoin à pourvoir ? Voilà le vrai combat… Lorsque le besoin devient prioritaire, le réveil spirituel a alors sonné comme une trompette. Le shofar du besoin est le son que notre Dieu adore le plus. Pour un disciple, lorsque son propre besoin passe au second plan et que le besoin de l’autre devient plus urgent, alors le son du shofar est pur.

Mais, lorsque vous agirez pour le réveil, parmi vous d’autres se lèveront ; ceux qui refusent le réveil. Ils jugeront votre initiative mal inspirée. Ils vous jugeront, et condamneront vos actes.

Ils jugeront que celles et ceux qui reçoivent votre secours ne le méritent pas et que Dieu les a abandonné à leurs péchés ou que Dieu ne vous a pas appelé à les aider, car notre Seigneur qui est pur privilégie les justes et hait les impurs.

Remettons la vérité à sa place :

« Les pharisiens virent cela, et ils dirent à ses disciples: Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie? 12Ce que Jésus ayant entendu, il dit: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. » (Matthieu 9 :11-12).

Alors, bien souvent, ce que l’homme a déclaré souillé, Christ l’a déclaré pur. Dans le livre des Actes, Corneille et sa famille, des païens romains, étaient considérés comme impurs, même aux yeux de Simon Pierre. L’apôtre dut vivre un véritable réveil spirituel pour comprendre que Dieu ne fait acception de personnes. C’est lorsqu’un ange lui a parlé et lui a montré la vérité dans une vision que Simon Pierre a compris que cette famille était dans la lumière et non dans les ténèbres.

Alors, qui peut être secouru ? Ceux qui sont dans la lumière ? Oui bien sûr mais aussi …

Toute personne peut être secourue, y compris celles que nous pensons être « dans les ténèbres », « du mauvais côté », ou moralement compromises. Les traditions spirituelles et l’expérience humaine montrent que l’aide ne se limite jamais aux justes. Elle s’adresse aussi — et parfois surtout — à ceux que nous aurions tendance à exclure.

A titre d’exemple on pense aux terroristes, aux criminels ; aux personnes violentes et déséquilibrées ; mais sans tomber dans les extrêmes que nous ne rencontrons que rarement, il y a des personnes plus proche de nous que nous excluons sans qu’ils aient commis de tels méfaits. Les adultères, les divorcés, les séparées, celles qui ont trahi leur assemblée, en l’abandonnant. Sans compter, Toutes ces personnes que nous aurions traités d’hérétiques, parce que leur foi nous choque ; comme aussi celles qui n’ont pas été droites avec nous, qui ont été malhonnêtes ;

 

Dans la Bible un des récits nous interpelle à ce sujet : c’est celui du prophète Élisée et Naaman.

Naaman est ni plus ni moins que le chef de l’armée Syrienne ennemi d’Israël. Naaman est un homme violent, arrogant. Il est puissant, respecté… mais atteint de lèpre, une maladie qui le rend impur et qui l’exclu.

Pourtant, il sera guéri de sa lèpre par Elisée, un prophète d’Israël.
Or, Selon la logique humaine, Naaman cumule tout ce qui devrait empêcher qu’on l’aide :
ennemi politique, étranger, arrogant, idolâtre, violent, et impur par sa maladie contagieuse. Pourtant, c’est lui qui va recevoir guérison et miséricorde.

Elisée suit simplement le plan de Dieu. Il est au service du Très-Haut. Il n’est dans aucun calcul, ni esprit de vengeance.

Mais avant lui, ce qui est encore plus surprenant, c’est que la première personne à secourir Naaman est une de ses victimes. Une jeune servante israélite le place volontairement sur la voie du prophète Elisée.

Pourtant cette servante a été capturée lors d’un raid syrien en Israël.
Elle aurait toutes les raisons de haïr Naaman, de se réjouir de sa chute ; de savourer ce début de vengeance, car elle est maintenant captive et esclave dans sa maison.
Pourtant, elle dit à sa maîtresse qui est la femme de Naaman :
« Si seulement mon seigneur allait voir le prophète en Samarie, il serait guéri. » (2 Rois 5 :3).  Vous voyez le secours apporté par cette jeune servante ? C’est comme si elle avait dit : « va prendre ta guérison, je ne te condamne pas » A-t-elle eut besoin d’une compétence spéciale ? Non, Dieu a fait en sorte qu’elle soit amenée captive chez Naaman et qu’elle eut connaissance de la réputation du prophète Elisée. A partir de là, elle a juste évoqué une possibilité de guérison. Quelques mots ont suffit à placer Naaman sur le chemin de la délivrance. Or, du récit de Naaman, on ne retient surtout que ce qui est prodigieux : qu’il s’est lavé 7 fois dans le Jourdain pour obtenir sa guérison. Mais les petits détails sont parfois plus importants que le grand miracle. Quand le cœur agit en total opposition avec ce que n’importe quel humain ferait, n’est-il pas là le véritable miracle ? L’amour prend des formes miraculeuses lorsqu’il se surprend à aider son ennemi et à lui porter secours.

La semaine dernière, j’ai été témoin de ce genre de miracle. J’ai vu une femme qui en voulait terriblement à une autre face à une situation dramatique : le décès de toute une famille qui a périt dans les flammes. Cette femme s’est portée secours pour celle qui était devenue l’infréquentable, la pestiférée parce qu’à priori, par sa négligence elle est responsable du désastre commis. Eh bien, ce genre de délivrance se retrouve chez les croyants réveillés. C’est ainsi qu’ils partent travailler dans la vigne du Seigneur. C’est ainsi qu’ils font des œuvres de justice. Ils ne sont pas devenus fous, ils sont devenus amis de Dieu parce qu’ils font ce que Dieu lui-même souhaite faire. Ils s’oublient eux-mêmes pour permettent à Dieu de défendre sa cause. Parce qu’ils agissent ensemble Père et fils unit par le Saint-Esprit.

 

Remarquez bien les relations conflictuelles ; et en particulier celle entre les juifs et les samaritains ; ils sont au même point que les Israelites et les Syriens. Deux peuples fondamentalement opposés.  Les juifs considèrent comme impur le simple fait de boire ou de manger avec un samaritain. Dans leur déplacement, un juif préférait faire un détour pour éviter de passer par la Samarie. Appeler quelqu’un « samaritain » est même une grave injure. Jésus a été insulté de la sorte. Quand aux disciples des Evangiles, ils sont près à faire descendre le feu du ciel pour exterminer un village samaritain qui refuse de recevoir Jésus.

Eh bien, c’est dans ce contexte de guerre froide que Jésus de Nazareth raconte sa parabole du bon samaritain. Un juif laissé pour mort sur le bord de la route se voit secouru par un samaritain. Lui seul est ému de compassion. Les autres juifs, sacrificateur, ou Lévite l’ont vu aussi, mais sont passés outre. Qui a fait la volonté de Dieu ? Jésus choque et scandalise encore une fois en montrant qui est sauveur ; qui est le véritable ami, qui s’occupe de son prochain.

Jésus-Christ  renverse les croyances, et les fausses valeurs. Il brise notre vision étroite de la justice. Il montre que nos frontières mentales et sociétales s’opposent au Royaume de Dieu.

Pour travailler dans sa vigne, chacun doit se libérer de ses coutumes, de ses opinions, et de ses démons. Toute victime peut porter secours à son bourreau, si c’est la volonté de Dieu. Sommes-nous prêts à porter secours ainsi? La lumière peut toucher les indignes, les exclus de la grâce. Sommes-nous prêts à secourir ceux qui ne méritent pas de l’être ? Sommes-nous prêts à être disponibles pour Dieu, même si cela nous conduit vers la contestation, l’incompréhension, ou le scandale ?
Sommes-nous prêts à secourir sans calculer le mérite, sans choisir les bénéficiaires, sans protéger notre image spirituelle ? En conclusion : le réveil spirituel dérange !

C’est sur toutes ces questions que je vous propose de méditer pour savoir si vous êtes prêts à agir pour le Saint-Esprit.

Amen

dimanche 1 février 2026

LES ZONES GRISES DE LA FOI

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Par Eric Ruiz

 

Jésus-Christ, comment a-t-il pu connaître un moment ténébreux lors de son passage dans le jardin de Gethsémani ? Lui qui est lumière… comment peut-il être touché par les ténèbres ?


Gethsémani intrigue fortement les chrétiens. Ce lieu dérange, il déstabilise. La raison tient à la fragilité du Christ qui renvoie les croyants à un malaise profond.  Ce malaise provient de la représentation qu’ils se font du fils de Dieu. Lui, qui possède la puissance de Dieu comment peut-il vaciller ? Peut-il faillir comme un simple être humain ? C’est du Père directement qu’il tient toute sa force. Si le Fils de Dieu perd pied, comment pouvons-nous ne pas nous effondrer nous aussi ?

Car s’il peut défaillir… vers quels saints se tourner pour y puiser sa force ?

Les catholiques ont leurs réponses. Ils ont trouvé une foule de saints pour intercéder, une figure pour chaque combat difficile. Pour lutter contre l’alcoolisme on prie Notre Dame de Guadeloupe. Pour acquérir de la sagesse, c’est Notre Dame des lumières. Saint Christophe pour la protection d’un voyage ; contre les envoutements, Saint Cyprien ; on prie de même Saint Paul contre les angoisses et la peur, etc.

N’ont-ils pas confondu la créature avec le créateur ? Car Jésus est le seul chemin. Se fier à un autre c’est prendre un autre chemin, même si cette personne incarnait autrefois une onction et des valeurs supérieures de piété.

Si ce qu’a vécu Jésus avant d’être trahi a tant déstabilisé les croyants (rappelez vous, Pierre ira jusqu’à renier Jésus trois fois après qu’il fut arrêté et emmené devant les autorités) c’est sans doute parce que la vison chrétienne repose surtout sur un manichéisme absolu : c’est soit la lumière ou les ténèbres. On est soit dans l’un, soit dans l’autre. Le royaume des ténèbres c’est Satan. Le royaume de la lumière c’est Dieu. Entre les deux c’est le vide absolu, le néant. Le grand prêtre qui a reçu des hommes l’autorité pour juger les péchés ne lésine pas. La sainteté ou l’hérésie.

Or, il y a des fluctuations comme des moments de clair obscur. Un ciel bleu lumineux peut se couvrir de nuage comme la pleine lune éclaire la nuit. La nuit elle aussi est passagère et ne dure que quelques heures avant que le soleil ne vienne poindre ses rayons du matin. Pour Jésus les ténèbres de Gethsémani ont été son lot un court instant avant que la lumière luise encore plus fort.

Les personnes catégoriques sur leur état, celles qui croient dans une foi absolue souffrent énormément. Dès la moindre épreuve qui les touche ou qui touche un de leur proche, ça y est, elles discernent qu’elles sont dans les ténèbres. Satan est devenu leur maître, le péché les lient, elles ont besoin d’une délivrance, d’un exorcisme. Ou alors, ces croyants ne voulant pas être juger par les autres, cachent leurs épreuves et préfèrent simuler une foi constante, une joie permanente, une paix inébranlable. Mais au fond d’eux, ils luttent pour garder un semblant de vérité. La foi ce n’est ni la culpabilisation, ni la dissimulation.

La vie de foi, ce n’est pas blanc ou noir. Ce n’est pas un verdict : «  destiné à l’enfer » ou  « destiné au paradis », ou encore pour les meilleurs « voué à être à la droite de Dieu ».

La tradition chrétienne identifie systématiquement le blanc à la sainteté.  Ceux qui ont été baptisés ont été lavés de leurs péchés. Leur vêtement est par conséquent blanc. Il ne peut plus exister d’autres couleurs.

Or, Il y a des zones d’ombres passagères. Le gris est un état que tous les chrétiens connaissent maintes et maintes fois. Faut-il en avoir honte ? Faut-il le cacher comme une malédiction ?

Qui, malgré sa foi n’a pas connu des états de confusion ? Un cœur partagé ? Des moments de tristesse, d’angoisse, une perte de courage, une désillusion, un abattement ?

Jésus n’a-t-il pas dit lui-même à ses disciples avant qu’ils soient troublés et anéantis par ce qui allait se produire à Golgotha: « Vous aurez des épreuves difficiles, mais prenez courage j’ai vaincu le monde »

Il est curieux de constater que pour les choses du monde des chrétiens semblent éclairés. Ils critiquent la vision très simpliste d’une société à deux clans opposés. Le clan du bien : les démocrates modérés et le clan du mal : leurs opposants qualifiés d’extrême gauche ou de d’extrême droite. Ils réfutent le jugement hâtif ; comme celui de considérer une personne bonne ou mauvaise simplement sur une l’opinion qu’elle se fait en faveur d’une cause. Ils s’offusquent par exemple contre cette haine raciste selon laquelle défendre la cause d’Israël, fait de soi un sioniste ou défendre la cause des habitants de Gaza fait de soi un pro Islam. Ces croyants éclairés critiquent le manque de nuance de cette vision et parlent même d’un problème d’intelligence. Mais dès que l’on parle avec eux de religion, ils adoptent une vision binaire. Ils gomment alors les espaces intermédiaires, les nuances. On est vite catalogué soit dans la lumière, soit dans l’obscurité absolue. Ce sont des aveugles qui critiquent d’autres aveugles.

Oui, un état d’aveuglement peut toucher un homme de foi. Mais l’est-il forcément pour toujours ? Pour certains oui cela sera leur sort parce qu’ils ont blasphémé contre l’Esprit Saint. Mais leur jugement ne nous appartient pas. Et puis, pour beaucoup, l’aveuglement reste temporaire et partiel. Ils voient clair sur certains points mais une part de l’Evangile leur reste voilée.  

« Il vous a délivrés de la puissance des ténèbres. » (Colossiens 1:13). Les ténèbres peuvent nous toucher momentanément. Mais ces ténèbres ont perdu leur puissance. Ils ne nous maintiennent pas la tête sous l’eau indéfiniment et surtout ils ne peuvent nous détruire.

Si les « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière. » (Jean 3:19) ce n’est plus le cas pour ceux qui aiment Dieu. Ils préfèrent la lumière. Ils viennent et reviennent toujours vers elle.

Tandis que ceux qui aiment les ténèbres manifestent le contraire, ils reviennent toujours vers l’obscurité. Ils sont antéchrists et les ténèbres sont ce qu’ils préfèrent.

Pour certains le gris est un passage pour aller vers le blanc lumineux, tandis que pour d’autres, le gris n’est qu’un passage pour revenir au noir ténébreux.

Aussi pour les enfants de la lumière, ils peuvent traverser cet « entre deux » sans être perdus pour autant.

Alors, nous n’avons pas à nous inquiéter quand ils défaillent. Nous sommes avertis que cela doit arriver. Aussi nous avons la mission de les soutenir, de les encourager, de les exhorter pour qu’ils retrouvent le chemin de la lumière plus rapidement.

Jésus (pour certains) serait en train de mentir quand il dit à ses disciples avant d’aller dans le jardin de Gethsémani : « Vous, vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes épreuves; » (Luc 22 :28). Jésus sait :

qui parmi les disciples allait le trahir, ensuite,

qui allait s’endormir au lieu de prier avec lui,

qui allait fuir et

qui allait le renier par trois fois au chant du coq. 

Ont-ils persévérer à ce moment avec lui ? Non à priori.

Mais Dieu ne regarde pas quand nous trébuchons. Il tient compte des moments où nous allons vers la lumière et il tient compte des actes lumineux que nous faisons. « Le Seigneur dit: Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. 32Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères. » (Luc 22 :31-32). Jésus sait très bien que la foi humaine n’est pas dans une lumière absolue. Il sait que des nuages viendront assombrir le ciel.  Que la repentance et la conversion permettront un retour lumineux. Et c’est ainsi que la lumière sera toujours présente. Simon Pierre reviendra toujours vers la lumière pour affermir ses frères.

Jean, lorsqu’il écrit sa première épitre sait aussi que lorsqu’on donne accès au péché, on marche dans les ténèbres : « Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux. »(1 Jean 2 :11). Que fait Jean ici ? Condamne-t-il ceux qui haïssent ou bien les exhorte-il à se comporter différemment pour marcher dans la lumière ? Jean commence le deuxième chapitre ainsi : « 1Mes petits enfants, je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez point. » Il ne dit pas de condamner et d’excommunier ceux qui marchent dans les ténèbres. Mais il incite chacun à revenir à ce qu’il a reçu au départ, à revenir à son onction pour demeurer en Christ. Son exhortation est un vrai plaidoyer à demeurer en Christ en se détournant des séductions du monde (v 15).

En lisant ce chapitre de Jean, moi je me sentirai repris si j’éprouvais une aversion contre un frère. L’esprit de repentance me saisirait. Je souhaiterai lui demander pardon ou réparer au plus vite cette faute. Remarquez bien que Jean s’adresse à de veritables croyants pour qu’ils sortent de leurs zones grises afin d’aller vers le blanc lumineux. Jean n’exhorte pas les autres. Aux autres, il dit qu’ils sont partis parce qu’ils ne supportaient plus la lumière. « Il y a maintenant plusieurs antéchrists…19Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres; car s'ils eussent été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous, mais cela est arrivé afin qu'il fût manifeste que tous ne sont pas des nôtres. ».

***Ce retour à la lumière en quittant nos zones grises, Jean en fait un nouveau commandement.

« 8Toutefois, c'est un commandement nouveau que je vous écris, ce qui est vrai en lui et en vous, car les ténèbres se dissipent et la lumière véritable paraît déjà ».

Ce verset  est essentiel à comprendre En Dieu comme en chacun de ceux qui croient en lui se trouve une zone ténébreuse qui se dissipe pour que la lumière véritable paraisse. Et d’ailleurs, c’est au moment où les ténèbres se dissipe que la lumière est la plus forte.

La lumière véritable finit toujours par paraître, dit Jean. Pour ceux qui aiment Dieu, même lorsque le gris s’installe, la lumière finit toujours par reprendre sa place parce qu’elle a été mise en chacun de ceux qui croient. Le commandement c’est de ne cesser de croire que la lumière véritable est déjà là. C’est de croire aussi que nos ténèbres, ces zones grises sont déjà du passé. Croyons que Dieu ne cesse de rallumer ce qui a été pour un temps obscurcie.

Dieu ne nous évalue pas sur nos épreuves, mais sur la soif de notre cœur à le chercher malgré nos déboires et nos souffrances. Alors, comment regarder nos zones grises? Comme des passages, Comme des appels. Ce sont des espaces où la lumière nous saisira pour nous faire grandir.

1 Pierre 5 :10 : « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. »

La réponse essentielle est finalement celle‑ci :
Et si le chemin vers la lumière passait justement par ces zones grises que nous redoutons tant?

La foi n’est pas évaluée à l’absence de chute mais à la direction du cœur.

Et c’est ainsi que nous marchons sur les pas de notre guide souverain.  Nous faisons comme Jésus, nous traversons les ténèbres sans en être contaminé.
Alors, comprenons bien que le gris est un lieu de passage, pas une destination.

Accueillons nos fragilités sans les dramatiser, ni les diaboliser.
Soutenons ceux qui trébuchent au lieu de les juger, de les cataloguer, puis de les abandonner.

Aimer, ne cessons d’aimer en toutes circonstances, bonnes ou mauvaises. Quitter ses zones grises se fait en arrêtant un travail dur et pénible pour entrer dans son sabbat. Un sabbat c’est un lieu de repos.  Ce repos est en Christ et ce jour et un nouveau jour, un nouveau commencement. Car c’est dans ce sabbat que la lumière brille au plus fort. Ce jour de fête ou de célébration marque un vrai temps de repos, de paix de plénitude, sans oublier de guérison.

Amen