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Par Eric
Ruiz
Samedi 14 février, c’est une fête païenne très suivie par de nombreux pays : c’est la fête des amoureux, la fête de l’amitié.
Mais comment célébrer l'amour de Christ? Pour certains c’est le moment pour commémorer Saint Valentin, un martyr chrétien devenu symbole de l’amour fidèle. Pour les chrétiens en général, c’est justement l’occasion de célébrer leur attachement à Jésus-Christ et à son don d’amour véritable.
Jésus-Christ est Sauveur. Yeshoua son nom
araméen signifie Sauveur. C’est un
fait établi pour un chrétien… et nous, ses disciples, que sommes-nous ? De
simples contemplateurs ou adorateurs ?
Des admirateurs d’un Dieu qui se manifeste chez les autres sans que nous
ayons à agir ? Ne sommes-nous pas amenés, nous aussi, à sauver notre
prochain ? Or, pour le commun des
chrétiens, c’est le fils de Dieu qui sauve. C’est Lui qui apporte le
Salut. C’est Lui la Vie Eternelle. C’est
Lui qui fait passer de la mort à la vie. Nous n’avons ni cette fonction, ni cette
puissance. Nous ne sommes que de simples pécheurs rachetés par grâce.
Beaucoup
de chrétiens affirment que seul Jésus sauve, et c’est vrai. Mais cette doctrine n’est-elle pas devenue
une fausse louange ? Car cette
vérité devient alors un refuge pour ne rien faire. Une fausse humilité qui
masque le refus ou la peur d’agir. Pourtant, si un proche est en détresse, sur
qui peut-il compter ? Sur une prière seulement, ou sur un disciple prêt à se
lever pour lui?
Le
disciple partage le nom « sauveur » de son Seigneur, non dans la
rédemption, mais dans le secours. Il est
lui aussi appelé à porter secours même s’il ne peut lui offrir le salut de son
âme.
Mais vous
me direz : « je ne connais
personne, je vis dans un lieu isolé, comment puis-je porter secours aux autres ? »
ou encore « je suis âgée, faible, je
n’ai aucune force, je ne sais rien faire, je n’ai aucune compétence, c’est
plutôt moi qui suis en détresse, comment puis-je être utile ? ».
Il ne
s’agit pas de se croire compétent ou non, ni de chercher par soi-même les
personnes en détresse, ni forcément de devenir pompier volontaire dans la
brigade de sa ville. Il s’agit de se préparer spirituellement, afin d’être disponible
pour Dieu. Sinon, les situations auront beau se présenter, elles
resteront invisibles à nos yeux.
Eh oui, c’est Dieu le Père qui gère la
situation de détresse. C’est Lui qui permet que nous devenions un élément
moteur pour intervenir auprès d’autrui.
Rappelez-vous
les ouvriers de la onzième heure. La parabole de Matthieu chapitre 20 commence
ainsi : « Car le royaume des
cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le matin, afin de
louer des ouvriers pour sa vigne ».
Ces
ouvriers étaient sans travail, assis, attendant qu’un vigneron les embauche. A toute
heure, même à la dernière heure, le vigneron est venu les chercher. Dieu vient
vous embaucher. C’est lui qui sort dès le matin pour sa vigne qui est son
royaume.
Matthieu
20 : 6 « Etant sorti vers la onzième
heure, il en trouva d'autres qui étaient sur la place, et il leur dit: Pourquoi
vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire? 7Ils
lui répondirent: C'est que personne ne nous a loués. Allez aussi à ma vigne,
leur dit-il »
Un
chrétien croit trop souvent que la vigne du Seigneur, son royaume se trouve
dans les 4 murs de son Église locale. Et il pense qu’en s’y engageant, en y
prenant des responsabilités, il sera utile au Royaume de Dieu. Mais est-ce dans
ce lieu de culte uniquement que se trouve la vigne du Seigneur ?
Sa vigne n’est pas un enclos.
Elle n’a
pas un territoire définie.
Elle n’est
pas non plus forcément là où se trouvent des chrétiens rassemblés.
Sa vigne est sans doute là où personne
ne l’attend.
Et si elle se trouvait en territoire
ennemi ?
Dans un lieu
que vous avez même jugé impur, infréquentable ?
Jésus a fréquenté des personnes qualifiées de
mauvaises vies, les prostitués. Savez-vous à l’avance où Dieu vous emmènera ?
Vous êtes vous
préparés à intervenir dans un lieu que vous aurez peut-être jugé comme
étranger, impur et rebutant ?
Il n’y
aura jamais un écriteau ou une bannière pour vous confirmer : «ici c’est
la vigne du Seigneur ». La confirmation sera invisible, inscrite dans le
cœur, dans une intention qui se fera plus pressante.
Dans les
assemblées, on parle régulièrement d’un nouveau réveil spirituel. Certains
disent l’avoir vu dans une église ou plusieurs se sont mis à prophétiser, ou à
pleurer sur leurs péchés. Sans le dénigrer : ce réveil est louable. Mais
ce qui se manifeste là n’est qu’un prélude, une préparation à quelque chose.
Les croyants réveillés s’arment pour un combat. Ils prennent les outils
indispensables à la lutte qui va suivre. Mais pour quel combat ? La lumière
reçue n’est-elle pas destinée à éclairer un autre endroit ?
N’est‑ce
pas dans ses gestes et dans sa conduite que la foi d’un disciple prend
véritablement corps ? Le réveil, n’est-il pas orienté vers un besoin à pourvoir ?
Voilà le vrai combat… Lorsque le besoin devient prioritaire, le réveil spirituel
a alors sonné comme une trompette. Le shofar du besoin est le son que notre
Dieu adore le plus. Pour un disciple, lorsque son propre besoin passe au second
plan et que le
besoin de l’autre devient plus urgent, alors le son du shofar est pur.
Mais, lorsque
vous agirez pour le réveil, parmi vous d’autres se lèveront ; ceux qui
refusent le réveil. Ils jugeront votre initiative mal inspirée. Ils vous
jugeront, et condamneront vos actes.
Ils
jugeront que celles et ceux qui reçoivent votre secours ne le méritent pas et
que Dieu les a abandonné à leurs péchés ou que Dieu ne vous a pas appelé à les
aider, car notre Seigneur qui est pur privilégie les justes et hait les impurs.
Remettons
la vérité à sa place :
« Les pharisiens virent cela, et ils dirent à ses
disciples: Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de
mauvaise vie? 12Ce que Jésus ayant entendu, il dit: Ce ne
sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. » (Matthieu 9 :11-12).
Alors,
bien souvent, ce que l’homme a déclaré souillé, Christ l’a déclaré pur. Dans le
livre des Actes, Corneille et sa famille, des païens romains, étaient
considérés comme impurs, même aux yeux de Simon Pierre. L’apôtre dut vivre un
véritable réveil spirituel pour comprendre que Dieu ne fait acception de personnes.
C’est lorsqu’un ange lui a parlé et lui a montré la vérité dans une vision que
Simon Pierre a compris que cette famille était dans la lumière et non dans les
ténèbres.
Alors, qui
peut être secouru ? Ceux qui sont dans la lumière ? Oui bien sûr mais
aussi …
Toute
personne peut être secourue, y compris celles que nous pensons être « dans les
ténèbres », « du mauvais côté », ou moralement compromises. Les traditions
spirituelles et l’expérience humaine montrent que l’aide ne se limite jamais
aux justes. Elle s’adresse aussi — et parfois surtout — à ceux que nous aurions
tendance à exclure.
A titre
d’exemple on pense aux terroristes, aux criminels ; aux personnes
violentes et déséquilibrées ; mais sans tomber dans les extrêmes que nous
ne rencontrons que rarement, il y a des personnes plus proche de nous que nous excluons
sans qu’ils aient commis de tels méfaits. Les adultères, les divorcés, les
séparées, celles qui ont trahi leur assemblée, en l’abandonnant. Sans compter,
Toutes ces personnes que nous aurions traités d’hérétiques, parce que leur foi
nous choque ; comme aussi celles qui n’ont pas été droites avec nous, qui
ont été malhonnêtes ;
Dans la
Bible un des récits nous interpelle à ce sujet : c’est celui du
prophète Élisée et Naaman.
Naaman est
ni plus ni moins que le chef de l’armée Syrienne ennemi d’Israël. Naaman est un
homme violent, arrogant. Il est puissant, respecté… mais atteint de lèpre, une maladie qui
le rend impur et qui l’exclu.
Pourtant,
il sera guéri de sa lèpre par Elisée, un prophète d’Israël.
Or, Selon la logique humaine, Naaman cumule tout ce qui devrait empêcher qu’on
l’aide : ennemi politique, étranger, arrogant,
idolâtre, violent, et impur par sa maladie contagieuse. Pourtant, c’est lui qui
va recevoir guérison et miséricorde.
Elisée suit simplement le plan de
Dieu. Il est au service du Très-Haut. Il n’est dans aucun calcul, ni esprit de
vengeance.
Mais avant lui, ce qui est encore
plus surprenant, c’est que la première personne à secourir Naaman est une de
ses victimes. Une jeune
servante israélite le place volontairement sur la voie du prophète Elisée.
Pourtant cette
servante a été capturée lors d’un raid syrien en Israël.
Elle aurait toutes les raisons de haïr Naaman, de se réjouir de sa chute ;
de savourer ce début de vengeance, car elle est maintenant captive et esclave dans
sa maison.
Pourtant, elle dit à sa maîtresse qui est la femme de Naaman :
« Si seulement mon seigneur allait voir le prophète en
Samarie, il serait guéri. » (2 Rois 5 :3). Vous voyez le secours apporté par cette jeune
servante ? C’est comme si elle avait dit : « va prendre ta guérison,
je ne te condamne pas » A-t-elle eut besoin d’une compétence spéciale ?
Non, Dieu a fait en sorte qu’elle soit amenée captive chez Naaman et qu’elle eut
connaissance de la réputation du prophète Elisée. A partir de là, elle a juste
évoqué une possibilité de guérison. Quelques mots ont suffit à placer Naaman
sur le chemin de la délivrance. Or, du récit de Naaman, on ne retient surtout que
ce qui est prodigieux : qu’il s’est lavé 7 fois dans le Jourdain pour
obtenir sa guérison. Mais les petits détails sont parfois plus importants que
le grand miracle. Quand le cœur agit en total opposition avec ce que n’importe
quel humain ferait, n’est-il pas là le véritable miracle ? L’amour prend des formes miraculeuses
lorsqu’il se surprend à aider son ennemi et à lui porter secours.
La semaine
dernière, j’ai été témoin de ce genre de miracle. J’ai vu une femme qui en
voulait terriblement à une autre face à une situation dramatique : le
décès de toute une famille qui a périt dans les flammes. Cette femme s’est
portée secours pour celle qui était devenue l’infréquentable, la pestiférée
parce qu’à priori, par sa négligence elle est responsable du désastre commis. Eh
bien, ce genre de délivrance se retrouve chez les croyants réveillés. C’est
ainsi qu’ils partent travailler dans la vigne du Seigneur. C’est ainsi qu’ils
font des œuvres de justice. Ils ne sont pas devenus fous, ils sont devenus amis
de Dieu parce qu’ils font ce que Dieu lui-même souhaite faire. Ils s’oublient eux-mêmes
pour permettent à Dieu de défendre sa cause. Parce qu’ils agissent ensemble Père et fils unit par le Saint-Esprit.
Remarquez
bien les relations conflictuelles ; et en particulier celle entre les
juifs et les samaritains ; ils sont au même point que les Israelites et
les Syriens. Deux peuples fondamentalement opposés. Les juifs considèrent comme impur le simple
fait de boire ou de manger avec un samaritain. Dans leur déplacement, un juif
préférait faire un détour pour éviter de passer par la Samarie. Appeler
quelqu’un « samaritain » est même une grave injure. Jésus a été
insulté de la sorte. Quand aux disciples des Evangiles, ils sont près à faire
descendre le feu du ciel pour exterminer un village samaritain qui refuse de
recevoir Jésus.
Eh bien,
c’est dans ce contexte de guerre froide que Jésus de Nazareth raconte sa
parabole du bon samaritain. Un juif laissé pour mort sur le bord de la route se
voit secouru par un samaritain. Lui seul est ému de compassion. Les autres
juifs, sacrificateur, ou Lévite l’ont vu aussi, mais sont passés outre. Qui a
fait la volonté de Dieu ? Jésus choque et scandalise encore une fois en
montrant qui est sauveur ; qui est le véritable ami, qui s’occupe de son
prochain.
Jésus-Christ renverse les croyances, et les fausses
valeurs. Il brise notre vision étroite de la justice. Il montre que nos
frontières mentales et sociétales s’opposent au Royaume de Dieu.
Pour
travailler dans sa vigne, chacun doit se libérer de ses coutumes, de ses
opinions, et de ses démons. Toute victime peut porter secours à son bourreau, si c’est la
volonté de Dieu. Sommes-nous prêts à porter secours ainsi? La
lumière peut toucher les indignes, les exclus de la grâce. Sommes-nous prêts à
secourir ceux qui ne méritent pas de l’être ? Sommes-nous prêts à être
disponibles pour Dieu, même si cela nous conduit vers la contestation,
l’incompréhension, ou le scandale ?
Sommes-nous prêts à secourir sans calculer le mérite, sans choisir les
bénéficiaires, sans protéger notre image spirituelle ? En conclusion : le réveil
spirituel dérange !
C’est sur toutes
ces questions que je vous propose de méditer pour savoir si vous êtes prêts à
agir pour le Saint-Esprit.
Amen




