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Par Eric Ruiz
1. Le
Doute : Un Séisme Révélateur, non un Péché
Il y a des croyances qui agissent comme de véritables monstres auprès des croyants. Elles les écrasent au sol et les maintiennent dans la peur et l’humiliation. Cette frontière invisible doit être détruite.
Alors pour être concret, cette croyance, c’est celle du DOUTE. Celle du
doute qui s’oppose à la foi. Le doute n’est pas une perte de foi ou une absence
de foi. Le doute fait parti de la foi.
Tant de siècles d’obscurantisme ont eu comme effet que de culpabiliser les croyants en leur laissant croire volontairement
que leur doute, leurs interrogations
ne sont qu’un manque de foi.
Le
doute ce n’est pas l’incrédulité. Le doute c’est un moyen de se remettre en cause, de
se poser des questions, de s’évaluer, pour grandir dans la foi. Le doute n’est donc pas un manque, mais un
moyen. Un moyen pour atteindre un but. Et ce but c’est la croissance.
De façon personnelle, le doute va me permettre d’évaluer si mes fondations
sont solides.
Le doute, si je peux donner une image, c’est un mini séisme qui va secouer
les habitations. Ce séisme fera écrouler les habitats peu solides, mais il ne
touchera pas aux habitations fiables et robustes. Ce séisme fera passer l’eau
des rivières là où les courants ne passaient pas. Ces nouveaux bras de rivières
viendront alors irriguer de nouvelles cultures.
Donc d’un point de vue spirituel, le doute amènera d’autres possibilités,
de nouveaux lieux fertiles propices à de nouvelles créations.
Alors lorsque qu’un croyant est en proie au doute, plutôt que de le
culpabiliser, prions afin que ce moment l’éclaire sur lui-même, sur ce qui est
solide dans sa foi et sur ce qui est bancal, afin justement qu’il se sépare de
ce qui est inutile ou mauvais pour laisser croitre ce qui doit l’être. « Le doute est le commencement de la sagesse »
Il y a dans l’affirmation d’Aristote. Une lumière qui n’est pas si loin de la
vérité.
2. L'Instrumentalisation
du Doute par l'Institution
Avec ce faux dogme du manque de foi, le clergé s’est constamment protégé. On
a volontairement peint « Les grands hommes de foi », en gommant d’eux
le doute pour ne laisser entrevoir qu’une foi infaillible. Ces héros incapables
de douter se sont érigés en Seigneur et en Dieu. Et comme le doute touche
naturellement tout croyant… Alors quelle aubaine pour maintenir tout un peuple
dépendant d’une autorité religieuse ! Le
doute est devenu un péché à confesser. C’est une attaque démoniaque vous
dit-on, où l’ennemi cherche à nous vaincre.
Voyez-vous
l’entourloupe ? Le doute c’est une manne providentielle pour la fausse
église. La hiérarchie dans l’Eglise s’est vue préservée grâce à ce dogme. Le doute maintien en vie la plupart des assemblées
chrétiennes. Chaque membre alors est dépendant de sa hiérarchie. Il doit
constamment venir la questionner pour se rassurer sur sa foi.
« J’ai un doute sur le fait que je sois déjà sauvé… Que pense mon
curé, Que pense mon pasteur, ou que pense ma religion ? ».
3. Le
Piège de la Certitude Radical : le Fanatisme
La foi que
l’on vous présente s’est une foi radicale. C’est blanc ou noir, c’est le
paradis ou l’enfer, c’est la foi ou le doute. « Tu
perds ta foi non pas dès qu’une pensée de
doute te surprend, mais si tu entretiens cette pensée. Tu dois être vigilant et
chasser toute pensée de doute car elle vient du diable ».
Ici, ce n’est pas le doute qui est inquiétant, c’est la certitude que le
doute est mauvais.
Les répéteurs de l’institution te disent : « Regarde, Simon
Pierre a douté. Ce doute est une trahison. Il a renié Jésus-Christ.
Cet exemple sert de mise en garde. Il doit te faire peur »
Eh bien, le doute vécu ainsi amène tout droit vers le fanatisme religieux.
Mais mon frère, ma sœur, attention, si tu veux te libérer de ces liens, il
te faut penser différemment. Si une pensée de doute survient, le diable te dit
chasse-là !
L’Esprit Saint
te dit : « Assieds toi, réfléchi, prie, pose toi cette
question : Père ta volonté ou ma volonté ? Ta coupe ou ma
coupe ? Que dois-je boire, que dois-je faire ? En d’autres
mots, suis-je dans la complaisance ? Ai-je laissé entrer en moi des
pensées de convoitise ? L’orgueil s’est il élevé ? Ai-je des pensées de jugement envers mon
prochain ? Et si le jugement dernier n’était pas celui que l’on m’avait
dit ? Toutes ces questions sont liées. Elles vont à contrario contribuer à
chasser le doute.
Allons plus loin :
-Le doute a un autre avantage, plus que cela une autre puissance pour la
religion. C’est la clé qui ferme la porte des prisons spirituelles. Elle permet
d’instaurer des dogmes puissants et indestructibles. Elle maintient éveillé sur
l’enseignement spirituel; pas celui des apôtres mais celui de faux
apôtres.
Comment ?
Si vous vous dites : « j’ai
la foi, j’ai une ferme conviction sur ce que je pense de l’Evangile. J’ai reçu
le plein évangile ». Le fait de vous apporter une autre vérité, vous
fais douter. Et là vous fermer la porte au doute. En chassant toute autre idée,
vous chassez par là même le doute. Or, en chassant le doute vous chasserez tout …et y compris la
vérité.
C’est ainsi que l’on crée des murs infranchissables.
Attention, la séduction diabolique a changé de stratégie. De nos jours, le
doute passe moins pour un péché et plus pour une étape normale de la foi. Ce
n’est pas un progrès, c’est un nouveau moyen de contrôle.
En les amenant à confesser le doute, l’Eglise contrôle ses adeptes. Ceux
qui doutent reçoivent un accompagnement spirituel et la doctrine leur est
rappelée. La force de l’institution c’est : on ne chasse plus le croyant
qui doute, on l’encadre pour mieux l’endoctriner, et pour mieux le fidéliser.
4. La confusion entre doute et incrédulité
Dans les milieux chrétiens, le doute a souvent été confondu avec
l’incrédulité. Simon Pierre certes à
douter de sa foi en reniant Christ par trois fois au chant du coq. Mais il
n’était pas dans l’incrédulité. Pourquoi ? Parce que son reniement lui a
fait réaliser que bien qu’il aime Dieu de toutes ses forces, sans la puissance
provenant du Saint-Esprit, personne ne peut échapper à ses peurs et à ses
faiblesses.
Une autre confusion est de penser
qu’obtenir sa guérison ne peut se faire sans douter. Oui, mais douter de
quoi ou de qui ? L’Eglise Evangélique insiste sur le fait que douter de sa
guérison annule le miracle. Et qu’il est indispensable de confesser sa guérison
pour qu’elle puisse se révéler. La doctrine va même par le fait de ne jamais
confesser autre chose que la guérison, même si le mal persiste. Le moindre
doute, par conséquent mettrait un obstacle puissant à l’accomplissement de la guérison.
Jésus-Christ ne fait jamais référence à ce doute là. Jésus insiste sur
l’incrédulité. Haïr son frère, cacher des intentions mauvaises, c’est le trahir,
l’abandonner, c’est l’esprit d’incrédulité. C’est ce doute là qui empêche Dieu
d’agir. Matthieu 13 :58 : « Et il (Jésus) ne fit pas beaucoup
de miracles dans ce lieu, à cause de leur incrédulité. ».
Le doute
existait bien mais envers Dieu, pas envers la guérison. Et Jésus refuse de les
guérir parce que justement, ils doutent de lui en préférant le mensonge à la
vérité.
Jésus est plus sensible à l’authenticité du cœur, qu’au doute. Un des récits les plus touchant est
celui du père de l'enfant qui passe par tous les états dans Marc 9:23-24. Face à Jésus, il s'écrie
:"Je
crois ! Viens au secours de mon incrédulité !" C'est l'exemple
parfait de la coexistence du doute et de la foi. Jésus ne rejette pas cet homme
; au contraire, il guérit l'enfant. Cela montre que Dieu répond à
l'honnêteté du cœur plutôt qu'à une perfection spirituelle imaginaire.
5. Le doute : chemin obligatoire pour
l’accomplissement du disciple
Maintenant, Jésus-Christ a-t-il douté ? Oui, il a douté pour une juste
cause. Quand ? A Gethsémani. Oui, je reviens encore et encore sur ce
moment clé de l’histoire de Jésus de Nazareth. Dans ce jardin près de
Jérusalem, où l’on pressait autrefois les olives pour en extraire l’huile, Jésus
doutait de pouvoir aller jusqu’au bout de sa mission. Il se demandait s’il
avait la force pour pouvoir vivre la trahison, l’abandon, l’humiliation et pour
finir la crucifixion. « Père pourquoi
m’as-tu abandonné ? Père éloigne de moi cette coupe » pria-t-il.
C’est une faiblesse certes, mais une faiblesse nécessaire, indispensable même
pour recevoir la force divine. Le doute : c’est chercher Dieu plus
profondément
Le doute a été pour lui, Jésus-Christ, le moyen de recevoir une force
supérieure pour le combat qu’il avait à mener.
Le doute n’est
donc pas la destruction de la foi mais plutôt le moyen de son accomplissement. Accomplir
plutôt que détruire c’est le rôle du doute.
Maintenant Jésus souhaite nous amener plus
haut. « Soyez donc parfaits, comme votre Père
céleste est parfait. ». La foi inébranlable
n’a rien à voir avec le fait de chasser le doute ; c’est même le
contraire. Pour avoir une foi inébranlable, il est indispensable d’accepter le
doute ; d’accepter d’être pressé comme une olive pour en extraire une
onction supérieure. Trop souvent un croyant qui est enclin à
douter, qui est déstabilisé, qui se pose des questions est jugé comme un
croyant tiède qui a peu de foi. Mais, n’est-ce pas juger trop
précipitamment ? Ce disciple n’est-il pas plutôt dans une phase
d’évolution qui va l’amener à manifester une foi inébranlable ?
La peur, les maladies, le danger de mort, toutes les fortes
épreuves font douter. Et nous sommes, nous disciples, au milieu de cette
fournaise ardente. Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas une erreur de parcours.
Ce n’est pas la preuve d’un manque de foi. C’est l’acte de foi : qui est de pouvoir
marcher, avancer malgré l’incertitude. C’est l’état de notre croissance. Comme
un enfant doit passer par l’adolescence pour atteindre l’âge adulte, nous devons passer par le doute pour atteindre la
maturité en Christ.
Le doute c’est
donc la respiration du Saint-Esprit. Il empêche à la foi de se figer et à la
tiédeur de s’installer. Si
le doute est la "respiration", la foi reste "l'oxygène".
L'un permet d'absorber l'autre.
Alors n’ayons pas peur de douter. Soyons au contraire préparer à cette
éventualité certaine. Notre consécration en dépend. Notre adoption en dépend.
L’accession au trône de Dieu en dépend. Lorsque le doute nous atteint, ne le
taisons pas. Parlons-en au contraire. Exprimons nos doutes comme Jésus l’a
fait. Soyons authentiques, vrais. Le fait de cacher ses doutes, de nier leur
existence, provoque ou dévoile un esprit incrédule. Sans inspiration (foi) et expiration
(doute/remise en question), l’âme étouffe et périt. Nous devons retrouver une
respiration juste et vraie pour retrouver notre vraie identité en Christ.
Mais
attention, s’installer dans le doute peut devenir une excuse pour ne pas agir.
Le doute est un chemin, il n’est pas une destination. Nous ne devons pas rester
dans cet état d’instabilité. Il doit demeurer provisoire. Selon Hébreux
12 :27, ce qui doit demeurer ce sont les choses inébranlables. Les choses
ébranlées sont amenées à apparaitre puis à disparaitre. Le doute permet aux
constructions humaines de s’effondrer pour que les constructions divines
demeurent éternellement.
Le doute
est par conséquent cet ébranlement. Et, si le doute est la
"respiration", on ne peut pas rester en apnée sur l'expiration sans
finir par s'étouffer. La croissance est la destination. Le doute n’est
qu’une antichambre à la croissance. Il n’est pas la croissance. Le doute est un
appel à la croissance.
Alors mes
frères et sœurs n’oublions
pas que c’est après avoir douté de nos forces, de notre consécration, de
l’amour même de notre Père pour nous, que nous trouverons la puissance venant
de l’Esprit Saint afin d’accomplir notre mission. Amen



