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dimanche 31 mai 2026

Une EGLISE fidèle à la Bible : Est-ce possible ?

 621


Par Eric Ruiz

 

Ce qui est assez remarquable : c’est que l’Eglise a pour vocation à faire des disciples. Et elle n’y arrive pas. L’Eglise échoue à faire des disciples de Christ.


Elle ne parvient qu’à faire des disciples d’une dénomination religieuse ou d’une autre : Des disciples catholiques, disciples protestants, disciples orthodoxes, disciples évangéliques, des mormons, des témoins de Jehova, des adventistes, des disciples de sectes chrétiennes. Pourquoi cet échec? Elle s’organise peut-être mal.

 

Si nous partons des Evangiles, Jésus a montré l’inverse pourtant. Il a fait se rencontrer des disciples qui ensuite ont formé l’Eglise.

Il s’y est pris complètement en sens opposé. Il est parti de la personne devenue sainte pour former une assemblée. Il n’est pas parti d’un endroit, d’un lieu institutionnalisé pour le remplir. L’exégèse chrétienne aboutit à construire le bâtiment pour y faire entrer des personnes et pour les convertir. L’évangélisation du monde a servi à ce genre de phénomène.

Jésus n’a rien construit pour y faire entrer des disciples à convertir.

Cela semble si évident et pourtant, rien ne marche selon le sens biblique.

Le modèle traditionnel c’est celui d’amener des païens à l’église pour les baptiser. L’exemple de Christ est de faire baptiser les repentis en premier. Jean Baptiste avait cette fonction de préparer le chemin en prêchant la repentance.  Puis ceux qui se repentaient, il les baptisait.

Que faisaient ensuite les baptisés ? S’assemblaient-ils ? Suivaient-ils un homme en particulier ? Demandaient-ils à un des leurs de continuer à les enseigner ? Le texte biblique nous oriente autrement là aussi. Ceux qui étaient baptisés se préparaient à rencontrer le fils de Dieu. Pourquoi ? Parce que Jean qui baptisait attendait lui spécialement ce jour où viendrait à lui le fils de Dieu en personne. Et il ne le cachait pas. Il l’enseignait à celles et ceux qui venaient se faire baptiser.

Matthieu 3 :11 : « Moi, je vous baptise d'eau, pour vous amener à la repentance; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu. » Jean 1 :26-27 « Moi, je baptise d'eau, mais au milieu de vous il y a quelqu'un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi; ».

Jean est fidèle et authentique, il ne prend la place de personne. Il ne forme aucun mouvement religieux. Il ne vient pas faire des fidèles pour qu’ils le suivent. Il est clair et sans équivoque : la visite de Jésus sera l’accomplissement de sa mission.

Qu’ont fait les repentis qu’il a baptisés ? Certains repentis ont par la suite suivi Jésus dans sa marche. Christ n’a pas fait des disciples, il en a choisis parmi le peuple. Jésus-Christ en a choisis selon ce que son Père céleste lui montrait. Ca c’est pour les 12. Pour les autres, ils se joignaient à lui. 70 (ou 72 selon les manuscrits) l’on ainsi suivi pendant son ministère.

Jésus a dit dans Marc 16 :15 : « allez par tout le monde, et prêchez l'Evangile à toute créature. » Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné.

Où se trouve l’ordre de construire des temples ou des églises ? Ils se rapprochaient simplement les uns des autres pour avoir une communion plus proche. C’est l’exemple de ce qui s’est passé avec l’Eglise de Jérusalem. Les choses se sont faites naturellement selon les rencontres. Et pour subvenir aux plus défavorisés, les croyants mettaient leurs biens à disposition des apôtres pour qu’ils n’y aient aucun nécessiteux parmi eux.

« Là ou deux ou trois sont assemblés en mon nom je suis au milieu d’eux ». Voilà comment suivre Jésus quand il sera mort et ressuscité. Des jeunes convertis, avec des anciens se rassemblent pour que Jésus les guide. Où se trouve l’objectif de fonder un mouvement, de construire un bâtiment pour y apposé un nom ? L’enseignement de Mathieu 18 :20 est très épuré et laisse une liberté totale dans les regroupements de 2 ou 3 personnes. Un duo, un trio c’est déjà l’Eglise de Christ.

Ce que l’on remarque aujourd’hui des chrétiens, c’est plus leurs traditions, leurs emblèmes, leur nom, le nom de l’enseignant principal, leur monument, leur bâtiment que leurs actes. Ce que l’on remarque alors c’est plus une organisation humaine que l’œuvre du Saint-Esprit.

Si nous regardons aux Ecritures, nous constatons que des croyants viennent vers une personne qui annonce Christ pour se faire baptiser. Puis elles attendent le moment de recevoir le Saint-Esprit promis à tous ceux qui croient. Elles se rassemblent avec d’autres pour recevoir l’enseignement du Saint-Esprit. Des communautés se forment par-ci par là jusqu’à ce qu’une persécution ou une division arrive et provoquent un éclatement. Certains sont chassés, d’autres partent d’eux-mêmes, des nouveaux arrivent, d’autres sont empêchés d’entrer. Un peu partout, ceux qui croient se rassembleront à nouveau pour former de petites communautés.

 

En fait l’histoire biblique nous montre que les assemblées sont locales et qu’elles ne durent pas longtemps, dans leur état initial.  Comme avec les Corinthiens, les communautés sont fragilisées par des faux pasteurs et des faux docteurs. A causes d’eux, elles seront sujettes à la division.

Paul anticipe lui-même la division des corinthiens. On dirait même qu’il l’a prophétise.

1 Corinthiens 5 :11-13 « je vous ai écrit, c'est de ne pas avoir des relations avec quelqu'un qui, se nommant frère, est impudique, ou cupide, ou idolâtre, ou outrageux, ou ivrogne, ou ravisseur, de ne pas même manger avec un tel homme. Qu'ai-je, en effet, à juger ceux du dehors? N'est-ce pas ceux du dedans que vous avez à juger? Pour ceux du dehors, Dieu les juge. Otez le méchant du milieu de vous. » En se séparant du méchant, idolâtre, cupide outrageux, l’église locale va faire peau neuve, mais pas seulement en se séparant du méchant, en se séparant d’une partie de ses fidèles.

Souvent le schisme est créé par un frère charnel. Il est charnel et refuse d’être repris et d’être considéré ainsi. Il s’endurcit. Mais ce frère jaloux séduit alors d’autres frères qui partiront avec lui. Paul le dit dans le texte que je viens de lire, il nomme ces êtres charnels des « ravisseurs ». Ils partiront pour former une secte ou bien ils iront compléter les membres d’une autre secte de croyants charnels.

Alors pourquoi j’emploi le mot secte ? Parce que la secte est un mouvement groupusculaire  au départ, qui va se consolider et croître à partir d'une ou plusieurs nouvelles doctrines religieuses, philosophiques. Mais surtout : ces nouvelles doctrines s’avéreront hérétiques.

Donc le ravisseur partira certes, mais attention : Afin de rester crédible et pour attirer à lui d’autres membres, il changera l’Evangile. Il empoisonnera « la saine doctrine ». Il confessera que la doctrine était incomplète ou fausse.

Irénée de Lyon dans son ouvrage « contre les hérésies » cite plusieurs sectes qui ont émergé dans les premiers siècles, a partie des premières communautés apostoliques. :

Les gnostiques, les valentiniens, les basilidiens, les marcionites. Vous le constatez, la plupart sont des noms de faux frères qui réfutent l’enseignement des apôtres ; mais qui se réclament comme les seuls vrais disciples de Jésus.

Eusèbe de Césarée notamment parle des ébionites. Cette dernière secte est née parce que des chrétiens voulaient une doctrine plus proche du judaïsme. A l’origine ce sont des judéo nazaréens qui ont migré vers ce groupe.

Quand aux marcionites, ce sont des chrétiens qui se sont joint à Marcion de Sinope. Marcion vint à Rome vers 140. Riche armateur, il eut des démêlés avec l'Église locale et en fut chassé en 144. Influencé par le gnostique Cerdon, Marcion fonda une Église fortement hiérarchisée qui rejette les livres de l’Ancien Testament et qui critique les Evangiles qu’il nomme : trop judaïsant. Il préfère l’Evangile de Luc qui n’est pas juif par ses origines. Ce qui est historiquement évident c’est le grand foisonnement de sectes qui s’est créé à partir de la première diaspora après la destruction du temple de Jérusalem. Et parallèlement en même temps que les 4 Evangiles paraissaient, d’autres évangiles ou d’autres écrits gnostiques voyaient le jour.

 

Si maintenant, ont étudie de près les 7 églises de l’Apocalypse. Force est de constaté qu‘elles ont toutes la même caractéristique. Ephèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée  sont toutes infectées par de faux enseignants ravisseurs qui font des disciples. Pour chaque Eglise l’ange fait des reproches «  mais j’ai quelque chose contre toi » revient souvent. Ces reproches concernent celles et ceux qui créent des divisions, sans oublier, ceux qui tolèrent leur corruption dans l’Eglise.

Un principe général, si on peut en dégager un, serait plutôt : Dès qu’un groupe de disciples s’est formé le Saint-Esprit va être mis en danger par des mercenaires qui s’attaqueront à l’enseignement des apôtres.

Les disciples qui s’organiseront en secte chasseront le Saint-Esprit et nommeront leur nouveau groupe.

« Moi je suis de Paul, moi d’Apollos, moi de Céphas ». Je suis disciples d’un tel, etc. Dés sa première lettre Paul tire le signal d’alarme avec ce gendre de prise d’identité. «…puisqu'il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n'êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l'homme? »(1 Corinthiens 3 :4).

Face à cette dérive « inévitable », aujourd’hui beaucoup se sont dits : pourquoi l’institution n’a t-t’elle pas prit le relais pour mettre fin à tous ces courants hérétiques ? Pourquoi ne pas stopper ce foisonnement d’Églises locales incontrôlables du 2ème et 3ème siècles pour en faire une et unique Eglise nationale ?

En occident, sous l’impulsion de l’empereur Constantin, c’est en 325 au concile de Nicée que l’Eglise se part d’un pavillon national, impérial et même universel. Avec le catholicisme, c’est l’Eglise universelle qui s’officialise et qui porte le nom d’universelle.

Le but étant de mettre fin aussi aux petites communautés locales et persécutées, et bien entendu de ne pas laisser à un petit groupe d’individus « La doctrine des apôtres ».

Celle-ci est précieuse, elle doit être protégée par l’Etat et encadrée et contrôlée par un concile qui dresse les contours d’un dogme officiel.

Alors la hiérarchie dans l’Eglise a été le moyen trouvé pour empêcher les hérétiques de prendre le pouvoir et d’empêcher que les sectes prennent de l’importance.

Mais voilà, cette forme d’organisation institutionnelle a produit ce qu’elle voulait défendre. Elle a produit le poison qu’elle voulait anéantir. Ses remparts se sont tournés contre elle. Bref, elle a engendré des hérétiques, comme de fausses doctrines et empêché le Saint-Esprit d’y vivre et d’y régner. Et Auguste Renan résume très bien l’histoire du christianisme  quand il affirme que : « L’Eglise est une secte qui a réussi ».

 

Face à ce constat négatif, L’Eglise de Christ est-elle finalement un échec ? Tout nous amenerait à le croire. Or, L’Eglise institution n’est pas qu’un échec. Par elle, les Ecritures ont été sauvegardées et les 66 livres de la Bible sont bien présents. Et puis, notre Père ne savait-il pas que les faux temples continueraient de croitre au détriment de la vrai Eglise ? Où se trouve cette Eglise dont parle Paul aux Ephésiens, cette « Eglise sanctifiée, glorieuse, sans tâche, mais sainte et irrépréhensible » ?

Alors comme à son habitude Jésus-Christ s’intéresse à la femme et à l’homme saint et non là où il se trouve. Dans les faits, la véritable Eglise, les vrais disciples, les bons et loyaux serviteurs se sont toujours trouvés au sein de ces institutions ou dans l’une de ces innombrables sectes. Ils s’y ont vécu leur Egypte à l’image des Hébreux ; c’est-à-dire, leur temps de mise à l’épreuve, de soumission forcée, et d’injustice.

Ces vrais disciples, cette vrai Eglise se voit dans la traversée du désert.

Dans l’Eglise d’Ephèse : ce sont ceux qui se sont souvenus d'où ils sont tombés. Ils se sont repentis pour pratiquer leurs premières œuvres;

Dans l’Eglise de Smyrne, ce sont ceux qui malgré la tribulation, ont été fidèles jusqu'à la mort.

Dans l’Eglise de Pergame, ce sont ceux qui se sont repentis d’avoir laissé les fausses doctrines les diriger.

Dans l’Eglise de Thyatire, ce sont ceux qui ont persévéré malgré le lourd fardeau engendré par les fausses doctrines et parce qu’ils ont retenu la vérité jusqu’au retour du fils de Dieu.

Dans l’Eglise de Sardes, ce sont seulement quelques hommes qui, parce qu’ils ont été vigilants et qu’ils ont veillé n’ont pas souillé leurs vêtements. Ils marchent en vêtements blancs.  

Dans l’Eglise de Philadelphie, ce sont ceux qui ont gardé la parole divine de la persévérance et qui ont été gardé à l'heure de la tentation (un petit rappel sur la tentation de Gethsémani (le pressoir à huile et sur le doute qui survient sur le peuple chrétien pendant une grosse épreuve)

Enfin dans Laodicée : Ce sont ceux qui après avoir été châtié et s’être repentis ont entendu la voix du témoin fidèle et véritable, eux qui lui ont ouvert la porte, laissé entrer chez eux, et souper avec lui, et lui avec eux. ».

Vous qui aimez Dieu, son fils et son esprit, fatalement vous vous reconnaissez ou vous vous reconnaitrez dans au moins une de ces Eglises.

Que le nom de notre Seigneur soit béni et que son Eglise reçoive paix, grâce et persévérance dans la vérité.

Amen

dimanche 5 avril 2026

LE REGNE de L'AGNEAU: accomplissement du Psaume 72 ?

 615


Par Eric Ruiz

Voici un Psaume très particulier : le Psaume 72


Pour les juifs, c’est le psaume messianique par excellence. Le Messie est représenté comme les juifs le croient et l’attendent : Ils attendent avec impatience un roi humain, qui plus est sera un descendant de David. C’est ce roi qui viendra rétablir la justice et la paix en Israël.

Lisons les deux premiers versets prononcés par Salomon roi d’Israël et fils de David : « De Salomon. O Dieu, donne tes jugements au roi, Et ta justice au fils du roi!
Il jugera ton peuple avec justice, Et tes malheureux avec équité.
 ». Ce Psaume a une telle emprise universelle, que
même en dehors des religions, il est lu comme :

-un manifeste pour la justice sociale.

-une vision d’un monde pacifié.

-un idéal politique et moral.

N’a-t-il pas inspiré des projets communistes ou  socialistes comme aussi de nombreux mouvements pour la paix et la dignité humaine ? Il a été utilisé pour des discours de rois de France, d’Angleterre, d’Espagne. Il a été pris en exemple par des abolitionnistes, par des grands noms comme Martin Luther King ou Desmond Tutu.

Mais un être sage est en droit de se demander où se trouve un tel roi ? A-t-il simplement existé ?ou peut-il encore arriver ? Parce lorsqu’on a fini de lire les 20 versets de ce Psaume, il n’y a aucun nom qui arrive à nos lèvres. 

Salomon, lui, a été infidèle à Dieu. Il a trahi ses engagements et a vu son royaume se diviser après lui à cause de son infidélité.

Certes, il a exprimé et vécu beaucoup de ce que dit le verset 10 et 11: « Les rois de Tarsis et des îles paieront des tributs, Les rois de Séba et de Saba offriront des présents.  Tous les rois se prosterneront devant lui, Toutes les nations le serviront ». Mais dès que vous passez au verset 11 les  choses se gâtent : « Car il délivrera le pauvre qui crie, Et le malheureux qui n'a point d'aide.
Il aura pitié du misérable et de l'indigent, Et il sauvera la vie des pauvres
 »;

Salomon a été un roi d’une extrême richesse, qui plus est, il a maintenu son royaume en paix pendant tout son règne… mais à la lecture du chapitre 12 du premier livre des Rois, son peuple gémit et se plaint. Il se plaint « d’un joug pesant» « d’une rude servitude ». Où est la justice divine de Salomon?

Et le fils de David n’est pas une exception. Le roi riche et injuste est un fait commun dans l’Histoire des nations. Il n’affranchit pas grand monde de taxes obligatoires. Il passe, lui, en premier.

Prenons le roi français incarnant le sommet du luxe en monarchie : le roi Louis XIV par exemple : Il a réformé la justice et il a soutenu certaines œuvres charitables (hôpitaux, institutions religieuses). Mais…il a fait des Guerres incessantes qui ont appauvri le royaume. Il a écrasé les paysans par des impôts très lourds pour financer ses guerres ou pour construire le château de Versailles ; et les périodes de famines et de misères se sont multipliées pendant son règne. Le roi soleil a été un roi qui a renforcé l’État au prix d’un lourd fardeau pour les classes populaires.

Je pourrais prendre une multitude de chefs d’Etat contemporains et arriver au même constat. Ils construisent des temples magnifiques. Ils reçoivent de l’argent et des ressources précieuses de nations très éloignées, mais une partie de leur peuple reste dans la pauvreté et la misère.

On est loin du roi décrit par le Psaume 72 modèle du roi idéal : juste, protecteur des pauvres, garant de la paix.

Le verset 14 va même très loin dans la mission de protection des pauvres par le roi : « Il les affranchira de l'oppression et de la violence, Et leur sang aura du prix à ses yeux ».

Aujourd’hui, comme hier on est frappé de constater que l’homme lambda ne représente que de la chair à canon. Que le sang du pauvre ne vaut rien. Que l’oppression et la violence qu’il vit au quotidien n’émeuvent aucun ministre. On constate que le peuple a même été berné en lui faisant croire le contraire : que chaque citoyen avait un pouvoir de décision par ses représentants démocrates. Et que le progrès économique avait apporté un progrès social fort, réduisant au maximum les inégalités.

« Rien n’est nouveau sous le soleil » nous dit Salomon, l’histoire et les hommes se répètent.

En fait tous, rois comme simples sujets font la même erreur au départ. Ils veulent la prospérité économique, la bénédiction. Ils veulent un pouvoir fort. Ils veulent asseoir l’autorité royale sur un matelas de prestige et de croissance. Ils ne voient pas que le Psaume 72 révèle l’inverse.

Or, la vérité est tout autre : C’est parce que le roi s’occupe des plus démunis que sa nation s’élève et que son royaume devient riche.

« 11Tous les rois se prosterneront devant lui, Toutes les nations le serviront. Car il délivrera le pauvre ». La justice sociale n’est pas une conséquence, c’est la première des œuvres à faire.

Dès le verset 2, puis 4 le projet politique du roi est tracé. Après avoir discerné qui est malheureux et à quel niveau s’élève son malheur, le roi « fera droit aux malheureux du peuple, Il sauvera les enfants du pauvre, Et il écrasera l'oppresseur. »

Les juifs n’ont pas reconnu Jésus comme roi, parce que lui, le fils de Dieu, ne voyait que la justice sociale et rien d’autres. Jésus ne s’occupait que des malades et des nécessiteux.

Il n’avait que faire du gouvernement romain, que faire de la situation économique. Tous les rois fonctionnent à l’opposé. Ils vont faire des œuvres sociales parce qu’ils ont auparavant capitalisé, bâti des villes et des institutions.

Les juifs, comme les peuples païens attendent donc un roi qui ne sera jamais juste parce que leur roi est différent. Le roi juste ne s’occupe pas de l’économie, il ne cherche pas à réduire les dettes de l’Etat. Il ne multiplie pas ses placements financiers, il s’occupe du social, il va là où l’odeur de la misère pique le nez.

Je l’ai déjà dit auparavant mais je le redis encore : c’est parce que la justice est rendue que la paix existe. Une ère messianique autre est une utopie.

"La vertu" d’un chef est qu’il revendique la paix comme un droit ou un devoir, alors que la paix n’est qu’une conséquence de la justice qu’il applique.

On attend un roi qui est prêt à se battre pour la paix, et là… qui dira que c’est un roi injuste, que c’est un faux Messie ? Personne ne le dira et pourtant il s’affiche contre Christ en se battant pour la paix.

Verset 3 : « Les montagnes porteront la paix pour le peuple, Et les collines aussi, par l'effet de ta justice ».

Le Mashia ben David ne peut pas apporter la paix autrement.

-Il ne fera pas des compromis avec les peuples.

-il ne s’occupera pas de rééquilibrer les territoires entre palestiniens et israéliens pour que chacun ait la part qui lui est destinée.

-il ne chassera pas les étrangers,

-il ne bâtira pas des fortifications pour protéger ses frontières

-il  n’aura pour seule politique : que celle de s’occuper de ses pauvres. C’est ce que Jésus a fait et c’est ce que le roi juste fera. Et le fait de s’occuper des démunis apportera la paix des montagnes jusqu’aux collines.

Revenons au début du Psaume : à la prière de Salomon. Elle demande cette grâce : « donne tes jugements au roi, Et ta justice au fils du roi! ».

Salomon a-t-il reçu ce qu’il demandait ? OUI. Mais alors, pourquoi n’a-t-il pas appliqué la justice que Dieu lui donnait ? Parce qu’il était aveuglé par son or et sa connaissance. Imbu de lui-même et sûr de son onction de sagesse, il n’a jamais eu de prophète pour lui dire « non » à un moment donné. « Non » pour ses trop nombreuses concubines par exemples ou « non » pour le culte rendu à leurs déesses. Salomon avait des paroles qui louent Dieu mais un cœur éloigné du créateur. Et son fils a-t-il fait la justice divine comme il l’a prié pour lui ? Voilà la réponse de Roboam fils de Salomon : « 11 mon père vous a chargé d’un joug pesant, et moi je vous le rendrai plus pesant ; mon père vous a châtiés avec des fouets, et moi je vous châtierai avec des scorpions ».

Le fils est pire que le père. Il assomme son peuple de taxes et d’obligations en tout genre. Et cet héritage ne s’est-il pas répété maintes fois à travers les siècles ? Tous ceux qui se sont assis dans un fauteuil royal, en régnant sur un peuple ont au mieux fait semblant de s’occuper en premier des plus démunis.

Le seul héritage vrai et juste est celui de Christ. Il change la nature même du roi. Ce roi ne sera pas juif, ni évangélique, ni catholique, ni orthodoxe… il sera né d’en haut par l’esprit de Christ.

Ce roi ne construira pas une muraille, le roi sera la muraille. Pourquoi cette muraille est-elle une nouvelle identité ? Parce que le livre de l’Apocalypse révèle l’agneau : l’agneau de Dieu dévoilé par le chapitre 21 du livre de l’Apocalypse. Cette muraille mesure 144 coudées, soit 72 mètres. Dans ce nombre 72, j’y vois la figure du roi protecteur révélé par l’agneau ; Et cet agneau protège, car il exerce une politique entièrement destinée aux pauvres, aux démunis sur son territoire. Ce ne sera pas un autre Christ, ni Jésus de Nazareth revenant sur terre avec les mains percés (comme certains le croient). Ce sera Christ descendu en esprit sur un groupe d’humains. Christ incarné et manifesté par un seul et unique caractère : l’agneau.

Ce caractère n’est pas abstrait, il se reconnait par ses bienfaits sur les misérables, et eux–mêmes seront reconnaissants en retour envers ceux qui ont ce caractère.

Le verset 15 de Psaume 72 dit : « Ils vivront, (qui « ils » ? Ce sont les pauvres délivrés de l’oppression et de la violence) et lui donneront de l'or de Séba; Ils prieront pour lui sans cesse, ils le béniront chaque jour. ». Le royaume de Dieu commence avec des pauvres qui sont devenus riches à leur tour et qui apportent leur or et leurs prières à l’agneau (celui ou ceux qui les ont délivrés), parce que le véritable roi vit en lui.

Verset 17 :« Par lui on se bénira mutuellement, Et toutes les nations le diront heureux ». Cette ville heureuse est la Nouvelle Jérusalem. Un culte nouveau y est rendu. Chacun protège l’autre en retour. Voilà le gouvernement juste du Roi, le gouvernement de l’agneau.

Oui mais alors, Jésus de Nazareth n’a-t-il pas échoué au vue de ce Psaume qui montre un accomplissement terrestre (pas seulement une petite nation mais la terre)? Etait-il vraiment le Messie qu’Israël attendaient ?

 

·        Le Messie, ce mystère, Jésus l’a révélé comme un “corps” et non comme individu

Oui bien-sûr, que Jésus-Christ, fils de David est ce Messie attendu. Mais l’accomplissement du règne de Christ s’est accompli à la croix. Ce qui signifie qu’il ne s’est pas terminé à sa mort. Christ ressuscité forme un nouveau règne : Christ ressuscité c’est la promesse d’être à notre tour ressuscité et par conséquent d’être uni à lui pour toujours. Cette promesse, c’est Le règne de l’agneau. Sans résurrection, l’agneau n’existe pas.

Un homme, une femme possédant le même caractère doit en sortir. Un disciple accomplit et ressuscité. « Béni soit à jamais son nom glorieux! Que toute la terre soit remplie de sa gloire! Amen! Amen! »

Pour que la terre soit remplie de la gloire de Dieu, il faut : des êtres nouveaux dans lesquels Christ règne comme un roi juste.  Dans le livre de l’Apocalypse, c’est l’agneau qui règne. Le même roi pour tout un peuple. Ce ne sera pas un double règne (le règne d’un homme et celui de Dieu). Ce sera la prière entièrement exaucée : Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Un baptême véritable mit en lumière dans Matthieu 28 :19. Et ce Baptême a pour vocation : Notre Père régnant par le Saint-Esprit dans son fils. : L’agneau de Dieu formant un seul corps de croyants ; des âmes réunies ne formant qu’une seule âme. Le nouveau messie sera un corps de croyants animés par le même roi Christ. Ce corps tout simplement est l’agneau.
Ce roi a été vu par trois disciples lors du mystère de la transfiguration (où l’on voyait Elie, Moïse Jésus, tous recouverts par un nuage épais, tous unis dans un même corps)
 « Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point, qu'ils n'aient vu le Fils de l'homme venir dans son règne. ». Le règne du fils de l’homme (de ce nouvel homme) c’est l’agneau ressuscité.

Aujourd’hui nous sommes dans un temps de préparation au règne de l’agneau. Le verset 9 du Psaume 72 n’a pas encore été constaté : « Devant lui, les habitants du désert fléchiront le genou, Et ses ennemis lécheront la poussière ». Rappelons-nous que le désert abrite le diable, le tentateur, celui qui nous pousse à régner. Il n’a pas encore capitulé. Le serpent continue à ramper… mais il ne lèche pas la poussière. Il a encore des aliments à se mettre sous ses crochets. Et le diable tente l’homme en lui proposant de régner ou de servir un régnant. Toujours cette séduction de l’idolâtrie.

En attendant la consécration de notre vie terrestre : le règne de l’agneau, prions comme le verset 19 du Psaume 72 : « Béni soit à jamais son nom glorieux! Que toute la terre soit remplie de sa gloire! Amen! Amen! »

dimanche 22 février 2026

L’HOPITAL DE LA FOI

610


Par Eric Ruiz

 

1.     Le démon appelé : préjugé

 

Jean 7 :24 :« Ne jugez pas selon l'apparence, mais jugez selon la justice ».


Ce verset semble tellement irréel ! Nous sommes par nature des êtres remplis de préjugés. C’est pourquoi nous passons beaucoup de temps à évaluer, à classer et à comparer. Et dans les assemblées chrétiennes, les préjugés sont loin d’être bannis. Les jugements sont légion concernant le degré de pureté ou de souillure des frères et des sœurs.

Les uns bien habillés, soignant leur présentation, remplis de paroles douces et bienveillantes paraissent libres du péché, tandis qu’un autre se présentant le crâne à moitié rasé, les membres tatoués avec un langage cru et cabossé, part déjà avec des préjugés très négatifs. S’est-il vraiment libéré de tous les péchés que son corps et son allure trahiraient ? Son passé est-il vraiment derrière lui comme il le confesse?

Mais depuis quand l’apparence révèle-t-elle l’état du cœur ?

L’Eglise qui devrait être un hôpital, trop souvent ressemble à un tribunal. Et ce tribunal révèle alors que les accusateurs qui s’y trouvent sont eux-mêmes les véritables pécheurs. Les accusateurs oublient qu’ils sont aussi des malades et qu’ils ont besoin de guérison.

 

2.     L’hôpital et la charité chrétienne

A l’origine, l’hôpital vivait de la charité. Il vivait de dons, d’aumônes, de legs que des bienfaiteurs lui offraient. Les riches, les notables, les seigneurs donnaient des terres et de l’argent aux églises, afin que ces ressources servent à la construction d’hôpitaux. L’Hôpital était donc une œuvre chrétienne. Pendant des siècles les soins étaient assurés par des ordres monastiques. L’hôpital était voué aux plus démunis, aux sans-abri, aux malades de l’âme comme aux malades du corps. Il accueillait également les personnes âgées, les enfants abandonnés, les pèlerins et voyageurs de passage. On ne l’appelait d’ailleurs pas « hôpital » mais « Hôtel-Dieu », « la maison de Dieu » : un lieu ou règne l’hospitalité divine. Le mot « hôpital » prononcé autrefois « hospital » rime avec hospitalité : ils partagent la même racine.

N’oublions pas que les bases du métier d’infirmière furent posées par des religieuses chrétiennes entièrement dévouées à leur mission. Les soins prodigués étaient gratuits, car les malades étaient sans ressources et trop pauvres pour payer.

Alors ne devrait-on pas appeler les églises : l’hôtel Dieu ? Un lieu d’accueil où l’on prodigue gratuitement toutes sortes de soins pour le corps comme pour l’âme ?

 

3.     Et la foi a-t-elle aujourd’hui son hôpital ?

Deux termes latin montrent le sens profond de l’hospitalité chrétienne : hospes et hospitis qui signifient à la fois : celui qui reçoit et celui qui est reçu. Une main tendue et une main reconnaissante.

Où est passé le but de notre foi en Christ lorsque Jésus répond aux pharisiens après cette question :  « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie?…. Jésus dit: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades ».  Et de nos jours, pourquoi tant d’Eglises trient-elles leurs membres ? La sélection se fait généralement sur des critères absurdes. Si nous trions les blessés selon leur apparence, nous avons déjà oublié le Médecin.

 L’Église n’est pas un musée pour saints bien habillés.
Elle est une salle d’urgence pour pécheurs blessés.
Elle devrait comme l’hôpital le fait et comme il leur rappelle leur mission première : accueillir toute personne malade perdue ou abandonnée. Or, trop souvent les médecins des églises prennent l’habit de magistrats qui jugent et qui condamnent au lieu de porter secours et de soigner. Il y a trop de mercenaires et de loups ravisseurs dans les assemblées pour que s’organise une véritable hospitalité. Une brebis malade a besoin d’un médecin qu’elle soit une brebis blanche ou noire.

 

4.     L’hôpital samaritain

Dans la parabole, le bon Samaritain agit comme un vrai médecin, un vrai disciple de Christ. Voyant un homme sur le côté du chemin à moitié mort, il ne cherche pas à connaître qui il est. Il ne demande ni son identité spirituelle,  ni son passé ; il ne discute pas pour connaître sa part de responsabilité, ni s’il est à même de pouvoir payer ses soins et de rembourser son bienfaiteur. Le bon samaritain, soigne en agissant comme un médecin de campagne. Il voit tout de suite la souffrance et le niveau de blessures de l’homme à terre. Il bande ses plaies et  soignent ses blessures, avec de l’huile et du vin, les antiseptiques de l’époque. Sans se poser la question du mérite, le Samaritain porte sur sa monture le blessé comme s’il était son propre enfant. Il le conduit dans une auberge (un hôtel-Dieu avant l’heure). Il se porte même garant financièrement. Il paiera tous les frais du malade à l’aubergiste. C’est l’hospitalité totale : sans condition- sans jugement-sans calcul- sans à priori sur l’apparence. Jésus ne dit pas : « admirez-le ! », non. Il n’aura que quelques mots pratiques pour conclure : « va et fais de même ».

 

5.     L’hôpital de Mammon

Aujourd’hui, dans le monde, la tendance des services hospitaliers n’est plus à la charité, mais c’est Mammon qui s’y est invité. L’infirmière de l’Hôtel Dieu de Paris, elle passe plus de temps dans des charges administratives, qu’au chevet du malade à lui prodiguer son attention et ses soins. En République démocratique du Congo un pays soi-disant très chrétien, il est souvent impossible de sortir de l’hôpital si les frais médicaux ne sont pas réglés. Tant que la facture n’est pas entièrement soldée, le malade reste gardé (manu militari s’il le faut) dans « une chambre prison ». Une enquête de presse de 2018 a montré que, dans plusieurs hôpitaux de Lubumbashi (la deuxième ville du Congo qui compte près de 3 millions d’habitants), des personnes ont été retenues des semaines, des mois, voire des années parce qu’elles ne pouvaient pas payer leur facture hospitalière, même après avoir été jugées médicalement guéries. La RDC est-elle un cas isolé ? Des cas similaires de patients gardés plusieurs semaines ont été rapportées au Ghana, comme en Inde.

Le Moyen-âge est souvent qualifié d’ère de ténèbres avec son régime féodal composé de rois, de seigneurs et leurs cerfs corvéables à merci. Là aussi les préjugés ont frappé fort. L’hôpital était c’est vrai dans des conditions sanitaires très succinctes, avec peu de moyens comparés à la technologie d’aujourd’hui, néanmoins c’était un lieu de refuge comme d’assistance sociale, médicale et spirituelle.

Pour ma part, dès que l’occasion s’est présentée, j’ai eu à cœur de participer aux frais médicaux de mes frères et sœurs congolais lorsqu’ils étaient hospitalisés et qu’ils ne pouvaient payer leurs soins. Je ne l’ai pas fait pour un gain quelconque. Je l’ai fait parce qu’il me semble «  normal » d’agir ainsi en tant que simple chrétien. Je suis ému de compassion devant une mère qui pleure son enfant malade et qui ne peut payer les soins (même si elle ne fréquente aucune église): car c’est une double peine pour elle. Et je ne me sens pas être rempli d’une mission spéciale. J’ai répondu dans mon for intérieur à l’ordre de Jésus : « va et fais de même pour ton prochain ». Je n’agis pas ainsi parce que je l’ai lu dans la Bible, mais parce que mon cœur régénéré par l’Esprit saint me le dicte. La Bible et le bon samaritain me confirment que l’esprit qui m’anime est saint. Si je m’étais surpris à penser autrement, comme par exemple que Dieu pourvoira à leur besoin, qu’ils n’ont qu’à s’organiser entre frères pour faire des collectes et que ma prière leur suffit, aurais-je été satisfait ? Aurai-je eu cette joie de donner ? Cette joie de participer à la guérison de l’enfant et au soulagement d’une mère ? Qu’aurai-je ressenti si je m’étais trouvé dans la même situation avec un enfant malade ? N’aurai-je pas aimé qu’un simple chrétien même à des milliers de kilomètres puisse m’aider aussi rapidement à soulager mon fardeau? Oui certainement.

 

6.     Quand l’ordinaire devient extraordinaire

Pourquoi j’insiste tant sur une bienveillance « normale » ? Pour dire qu’aider une personne comme je l’ai fait ou comme le fait le bon samaritain n’a rien d’extraordinaire en soi. Jésus ne le félicite même pas dans l’histoire. Il n’y a pas d’éloges particuliers à son égard. Mais dans les faits, n’est-ce pas celui qui a été aidé et qui a été secouru qui trouve cela extraordinaire ? C’est le juif mourant qui a été relevé et rétablit par un Samaritain (qu’il méprisait peut-être auparavant) qui loue le Seigneur avec reconnaissance. Il est bouleversé, transformé et il n’aura plus jamais la même opinion des Samaritains. Ses yeux s’ouvrent à une vérité nouvelle.

Car cette expérience changera sans doute aussi sa vision de la foi. Une foi qui repoussera ses frontières ; qui ne s’arrêtera plus au seul peuple juif.

Ce qui pour celui qui aide, peut sembler un geste simple, presque anodin peut avoir des conséquences immenses dans la vie de celui qui reçoit. Faut-il nécessairement réaliser de  grands efforts pour produire des conséquences extraordinaires ? Ce préjugé est faux. Les faits montrent qu’un verre d’eau, une main tendue, une écoute attentive, un acte de compassion, qui ne coûte presque rien… peuvent devenir pour l’autre une délivrance, une lumière, un signe de Dieu.
Même leurs proches, inquiets et troublés, ont été délivrés à leur tour, comme une grâce qui se prolonge.

Souvent, nous ne mesurons pas l’impact spirituel d’un secours offert au bon moment.
Une aide discrète peut faire naître la foi dans un cœur qui se croyait abandonné.
Elle peut raviver une foi qui s’éteignait, ou encore transformer la compréhension que quelqu’un avait de Dieu.

 

7.     L’hôpital d’Obed-Edom

Je pense que c’est ainsi que David, deuxième roi d’Israël, a ravivé sa foi et qu’il a mieux compris les voies divines.

Après qu’Uzza, terrassé pour avoir retenu l’Arche de l’Alliance, David fut saisi de crainte. Il était même perdu. Lui qui voulait ramener l’Arche à Jérusalem se retrouva soudain paralysé.
La présence de Dieu, qu’il désirait tant, devenait redoutable. Alors n’osant pas poursuivre le chemin. Il confia l’Arche à Obed-Édom, un Lévite peu connu, discret, pas un héros national.  Son nom en tous les cas parle par son sens étymologique. La deuxième particule de son nom, Edom, renvoie à la descendance d’Esaü (un peuple souvent rival d’Israël). Mais David avait déjà brisé les préjugés concernant les philistins puisque à plusieurs occasions, il avait été secouru par eux.

Et pourtant, c’est chez ce Lévite que la présence de Dieu s’installa.

Cette présence se manifesta dans l’hospitalité, mais aussi dans l’aide dont David avait besoin pour retrouver sa foi, la foi en Dieu qu’il avait au départ.

Le récit insiste juste sur la bénédiction que reçu le Lévite pour son secours apportée au roi. Et la Bible dit en toute simplicité : «L'arche de Dieu resta trois mois dans la maison d'Obed-Edom, dans sa maison. L’Éternel bénit Obed‑Édom et toute sa maison ». 3 fois le mot maison apparait ici comme pour montrer une grande sainteté qui y est rattachée. L’hôtel Dieu fut établit dans sa maison : hospes et hospitis celui qui reçoit et celui qui est reçu. Une main qui gracie devient elle-même une main qui est graciée.  
Car celui qui a été secouru voit soudain la grâce à l’œuvre, non pas dans de grands discours, mais dans un geste concret, incarné, espéré et qui n’attend aucune explication de l’autre. C’est ce que David avait besoin de vivre pour revenir avec l’Arche de Dieu à Jérusalem. La lumière est venue d’Obed-Edom comme elle vient dans le récit des Evangiles : du bon samaritain.

Matthieu 5 :16 : « « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. ». Ce verset ne prend il pas tout son relief avec les actes qui portent secours ? C’est ainsi que si nous sommes fidèles dans les petites choses de la foi, nous verront les grandes. Le secours fait en présence d’un grand public nous impressionne toujours. Mais les petits secours faits dans la clandestinité n’en sont pas moins valorisés aux yeux de notre Seigneur. Car il juge selon la justice et non l’apparence.

Chaque croyant doit prendre conscience qu’il peut à un moment de sa vie devenir un ange protecteur pour son prochain. Dieu nous arme alors comme un ange le serait pour aller porter secours. Car porter secours : c’est une parole de Dieu. Et cette parole s’entend. Elle résonne à l’intérieur. La foi vient de se qu’on entend. Et ce qu’on entend produit une action : la délivrance.

 

8.     L’hôpital de la foi

Pour conclure. Nous accueillons notre prochain comme Jésus-Christ le fait et comme un hôpital accueille les malades. Dans cet Hôtel-Dieu, nous sommes alors l’assistant du grand Médecin (Dieu) et nous soignons, nous restaurons, nous réparons ce qui est cassé.

C’est l’image de la grâce. C’est un lieu où personne n’est jugé. Un lieu où on ne mérite pas la guérison, on l’a reçoit. Dans cet endroit, il n’y a plus de honte à être vulnérable et fragile. Il n’y a que de l’amour et de la reconnaissance. Car après un accompagnement pas à pas, on y ressort avec une transformation physique mais surtout intérieure. Alors ne regardons pas cet hôpital comme un bâtiment majestueux, dont l’implantation serait un Haut lieu de la foi. L’hôpital de la foi se trouve rue de l’inconnu. Il se monte comme un camp de nomades, sous tente ; et comme les hôpitaux militaires, au milieu des combats, dans l’urgence, pour apporter une aide là où le besoin est le plus fort. Cet hôpital de campagne est par définition très mobile et provisoire. C’est Dieu qui montre le chemin. On ne sait pas où la maison d’Obed-Edom se situait, où se trouvait l’Arche de l’Alliance que David avait confié au Lévite. La présence de Dieu se meut dans la nuée, comme sa grâce qui touche celle ou celui qui ne le méritait pas en apparence.

Amen

dimanche 1 février 2026

LES ZONES GRISES DE LA FOI

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Par Eric Ruiz

 

Jésus-Christ, comment a-t-il pu connaître un moment ténébreux lors de son passage dans le jardin de Gethsémani ? Lui qui est lumière… comment peut-il être touché par les ténèbres ?


Gethsémani intrigue fortement les chrétiens. Ce lieu dérange, il déstabilise. La raison tient à la fragilité du Christ qui renvoie les croyants à un malaise profond.  Ce malaise provient de la représentation qu’ils se font du fils de Dieu. Lui, qui possède la puissance de Dieu comment peut-il vaciller ? Peut-il faillir comme un simple être humain ? C’est du Père directement qu’il tient toute sa force. Si le Fils de Dieu perd pied, comment pouvons-nous ne pas nous effondrer nous aussi ?

Car s’il peut défaillir… vers quels saints se tourner pour y puiser sa force ?

Les catholiques ont leurs réponses. Ils ont trouvé une foule de saints pour intercéder, une figure pour chaque combat difficile. Pour lutter contre l’alcoolisme on prie Notre Dame de Guadeloupe. Pour acquérir de la sagesse, c’est Notre Dame des lumières. Saint Christophe pour la protection d’un voyage ; contre les envoutements, Saint Cyprien ; on prie de même Saint Paul contre les angoisses et la peur, etc.

N’ont-ils pas confondu la créature avec le créateur ? Car Jésus est le seul chemin. Se fier à un autre c’est prendre un autre chemin, même si cette personne incarnait autrefois une onction et des valeurs supérieures de piété.

Si ce qu’a vécu Jésus avant d’être trahi a tant déstabilisé les croyants (rappelez vous, Pierre ira jusqu’à renier Jésus trois fois après qu’il fut arrêté et emmené devant les autorités) c’est sans doute parce que la vison chrétienne repose surtout sur un manichéisme absolu : c’est soit la lumière ou les ténèbres. On est soit dans l’un, soit dans l’autre. Le royaume des ténèbres c’est Satan. Le royaume de la lumière c’est Dieu. Entre les deux c’est le vide absolu, le néant. Le grand prêtre qui a reçu des hommes l’autorité pour juger les péchés ne lésine pas. La sainteté ou l’hérésie.

Or, il y a des fluctuations comme des moments de clair obscur. Un ciel bleu lumineux peut se couvrir de nuage comme la pleine lune éclaire la nuit. La nuit elle aussi est passagère et ne dure que quelques heures avant que le soleil ne vienne poindre ses rayons du matin. Pour Jésus les ténèbres de Gethsémani ont été son lot un court instant avant que la lumière luise encore plus fort.

Les personnes catégoriques sur leur état, celles qui croient dans une foi absolue souffrent énormément. Dès la moindre épreuve qui les touche ou qui touche un de leur proche, ça y est, elles discernent qu’elles sont dans les ténèbres. Satan est devenu leur maître, le péché les lient, elles ont besoin d’une délivrance, d’un exorcisme. Ou alors, ces croyants ne voulant pas être juger par les autres, cachent leurs épreuves et préfèrent simuler une foi constante, une joie permanente, une paix inébranlable. Mais au fond d’eux, ils luttent pour garder un semblant de vérité. La foi ce n’est ni la culpabilisation, ni la dissimulation.

La vie de foi, ce n’est pas blanc ou noir. Ce n’est pas un verdict : «  destiné à l’enfer » ou  « destiné au paradis », ou encore pour les meilleurs « voué à être à la droite de Dieu ».

La tradition chrétienne identifie systématiquement le blanc à la sainteté.  Ceux qui ont été baptisés ont été lavés de leurs péchés. Leur vêtement est par conséquent blanc. Il ne peut plus exister d’autres couleurs.

Or, Il y a des zones d’ombres passagères. Le gris est un état que tous les chrétiens connaissent maintes et maintes fois. Faut-il en avoir honte ? Faut-il le cacher comme une malédiction ?

Qui, malgré sa foi n’a pas connu des états de confusion ? Un cœur partagé ? Des moments de tristesse, d’angoisse, une perte de courage, une désillusion, un abattement ?

Jésus n’a-t-il pas dit lui-même à ses disciples avant qu’ils soient troublés et anéantis par ce qui allait se produire à Golgotha: « Vous aurez des épreuves difficiles, mais prenez courage j’ai vaincu le monde »

Il est curieux de constater que pour les choses du monde des chrétiens semblent éclairés. Ils critiquent la vision très simpliste d’une société à deux clans opposés. Le clan du bien : les démocrates modérés et le clan du mal : leurs opposants qualifiés d’extrême gauche ou de d’extrême droite. Ils réfutent le jugement hâtif ; comme celui de considérer une personne bonne ou mauvaise simplement sur une l’opinion qu’elle se fait en faveur d’une cause. Ils s’offusquent par exemple contre cette haine raciste selon laquelle défendre la cause d’Israël, fait de soi un sioniste ou défendre la cause des habitants de Gaza fait de soi un pro Islam. Ces croyants éclairés critiquent le manque de nuance de cette vision et parlent même d’un problème d’intelligence. Mais dès que l’on parle avec eux de religion, ils adoptent une vision binaire. Ils gomment alors les espaces intermédiaires, les nuances. On est vite catalogué soit dans la lumière, soit dans l’obscurité absolue. Ce sont des aveugles qui critiquent d’autres aveugles.

Oui, un état d’aveuglement peut toucher un homme de foi. Mais l’est-il forcément pour toujours ? Pour certains oui cela sera leur sort parce qu’ils ont blasphémé contre l’Esprit Saint. Mais leur jugement ne nous appartient pas. Et puis, pour beaucoup, l’aveuglement reste temporaire et partiel. Ils voient clair sur certains points mais une part de l’Evangile leur reste voilée.  

« Il vous a délivrés de la puissance des ténèbres. » (Colossiens 1:13). Les ténèbres peuvent nous toucher momentanément. Mais ces ténèbres ont perdu leur puissance. Ils ne nous maintiennent pas la tête sous l’eau indéfiniment et surtout ils ne peuvent nous détruire.

Si les « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière. » (Jean 3:19) ce n’est plus le cas pour ceux qui aiment Dieu. Ils préfèrent la lumière. Ils viennent et reviennent toujours vers elle.

Tandis que ceux qui aiment les ténèbres manifestent le contraire, ils reviennent toujours vers l’obscurité. Ils sont antéchrists et les ténèbres sont ce qu’ils préfèrent.

Pour certains le gris est un passage pour aller vers le blanc lumineux, tandis que pour d’autres, le gris n’est qu’un passage pour revenir au noir ténébreux.

Aussi pour les enfants de la lumière, ils peuvent traverser cet « entre deux » sans être perdus pour autant.

Alors, nous n’avons pas à nous inquiéter quand ils défaillent. Nous sommes avertis que cela doit arriver. Aussi nous avons la mission de les soutenir, de les encourager, de les exhorter pour qu’ils retrouvent le chemin de la lumière plus rapidement.

Jésus (pour certains) serait en train de mentir quand il dit à ses disciples avant d’aller dans le jardin de Gethsémani : « Vous, vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes épreuves; » (Luc 22 :28). Jésus sait :

qui parmi les disciples allait le trahir, ensuite,

qui allait s’endormir au lieu de prier avec lui,

qui allait fuir et

qui allait le renier par trois fois au chant du coq. 

Ont-ils persévérer à ce moment avec lui ? Non à priori.

Mais Dieu ne regarde pas quand nous trébuchons. Il tient compte des moments où nous allons vers la lumière et il tient compte des actes lumineux que nous faisons. « Le Seigneur dit: Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. 32Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères. » (Luc 22 :31-32). Jésus sait très bien que la foi humaine n’est pas dans une lumière absolue. Il sait que des nuages viendront assombrir le ciel.  Que la repentance et la conversion permettront un retour lumineux. Et c’est ainsi que la lumière sera toujours présente. Simon Pierre reviendra toujours vers la lumière pour affermir ses frères.

Jean, lorsqu’il écrit sa première épitre sait aussi que lorsqu’on donne accès au péché, on marche dans les ténèbres : « Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux. »(1 Jean 2 :11). Que fait Jean ici ? Condamne-t-il ceux qui haïssent ou bien les exhorte-il à se comporter différemment pour marcher dans la lumière ? Jean commence le deuxième chapitre ainsi : « 1Mes petits enfants, je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez point. » Il ne dit pas de condamner et d’excommunier ceux qui marchent dans les ténèbres. Mais il incite chacun à revenir à ce qu’il a reçu au départ, à revenir à son onction pour demeurer en Christ. Son exhortation est un vrai plaidoyer à demeurer en Christ en se détournant des séductions du monde (v 15).

En lisant ce chapitre de Jean, moi je me sentirai repris si j’éprouvais une aversion contre un frère. L’esprit de repentance me saisirait. Je souhaiterai lui demander pardon ou réparer au plus vite cette faute. Remarquez bien que Jean s’adresse à de veritables croyants pour qu’ils sortent de leurs zones grises afin d’aller vers le blanc lumineux. Jean n’exhorte pas les autres. Aux autres, il dit qu’ils sont partis parce qu’ils ne supportaient plus la lumière. « Il y a maintenant plusieurs antéchrists…19Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres; car s'ils eussent été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous, mais cela est arrivé afin qu'il fût manifeste que tous ne sont pas des nôtres. ».

***Ce retour à la lumière en quittant nos zones grises, Jean en fait un nouveau commandement.

« 8Toutefois, c'est un commandement nouveau que je vous écris, ce qui est vrai en lui et en vous, car les ténèbres se dissipent et la lumière véritable paraît déjà ».

Ce verset  est essentiel à comprendre En Dieu comme en chacun de ceux qui croient en lui se trouve une zone ténébreuse qui se dissipe pour que la lumière véritable paraisse. Et d’ailleurs, c’est au moment où les ténèbres se dissipe que la lumière est la plus forte.

La lumière véritable finit toujours par paraître, dit Jean. Pour ceux qui aiment Dieu, même lorsque le gris s’installe, la lumière finit toujours par reprendre sa place parce qu’elle a été mise en chacun de ceux qui croient. Le commandement c’est de ne cesser de croire que la lumière véritable est déjà là. C’est de croire aussi que nos ténèbres, ces zones grises sont déjà du passé. Croyons que Dieu ne cesse de rallumer ce qui a été pour un temps obscurcie.

Dieu ne nous évalue pas sur nos épreuves, mais sur la soif de notre cœur à le chercher malgré nos déboires et nos souffrances. Alors, comment regarder nos zones grises? Comme des passages, Comme des appels. Ce sont des espaces où la lumière nous saisira pour nous faire grandir.

1 Pierre 5 :10 : « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. »

La réponse essentielle est finalement celle‑ci :
Et si le chemin vers la lumière passait justement par ces zones grises que nous redoutons tant?

La foi n’est pas évaluée à l’absence de chute mais à la direction du cœur.

Et c’est ainsi que nous marchons sur les pas de notre guide souverain.  Nous faisons comme Jésus, nous traversons les ténèbres sans en être contaminé.
Alors, comprenons bien que le gris est un lieu de passage, pas une destination.

Accueillons nos fragilités sans les dramatiser, ni les diaboliser.
Soutenons ceux qui trébuchent au lieu de les juger, de les cataloguer, puis de les abandonner.

Aimer, ne cessons d’aimer en toutes circonstances, bonnes ou mauvaises. Quitter ses zones grises se fait en arrêtant un travail dur et pénible pour entrer dans son sabbat. Un sabbat c’est un lieu de repos.  Ce repos est en Christ et ce jour et un nouveau jour, un nouveau commencement. Car c’est dans ce sabbat que la lumière brille au plus fort. Ce jour de fête ou de célébration marque un vrai temps de repos, de paix de plénitude, sans oublier de guérison.

Amen