dimanche 9 juillet 2023

UN CROYANT DOIT-IL AVOIR UNE FOI FATALISTE ?

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Par Eric RUIZ

 

Bon nombre de croyants pensent à tort que la foi va naturellement avec le fatalisme. C’est-à-dire que la foi est providentielle. Elle entraine avec elle que des événements positifs : une vie pleine de bénédictions et au final, la vie Éternelle. Ce destin heureux apaise et disons-le rend parfois arrogants vis-à-vis des non croyants qui eux se destinent à un avenir sombre et tragique.


C’est pourquoi le fatalisme chrétien procure tant d’adhésions.

Alors, un fataliste c’est quoi ?

Un fataliste, c’est quelqu’un qui s’abandonne complètement aux évènements. Quoi qu’il se passe, il est passif et résigné.

Le fataliste pense même que faire le bien ou le mal ne changera rien aux évènements qui vont se produire malgré lui.

Par exemple : À quoi sert de s’acharner à faire du bien aux autres, de toute manière leur avenir comme le mien est déjà tout tracé ; Car la destinée de chacun de nous est fixée à l’avance de manière surnaturelle.

Certains croient que des anges veillent sur eux continuellement ; pour d’autres que leur prières, ou celles des autres les protègent, ou bien que leurs médaillons, leurs objets fétiches sont des portes bonheurs.

Cette manière de penser entretient bien-sûr de l’irresponsabilité, mais aussi elle va loin, puisqu’elle considère que nos actes n’ont pas d’influence sur notre destinée finale. Ce n’est pas parce que nous allons tout faire pour obtenir le salut que nous le recevrons pour autant.

Ils sont obnubilés par le fait que « Tout est dans la main de Dieu ». Ce qui n’est pas faux, mais ce qui les amène par contre à penser que :

S’ils sont prédestinés à la vie Éternelle, tout ce qu’ils feront ira dans le sens du bien ; même le mal qu’ils font, ne pourra les toucher et les nuire. Ce mal sera provisoire, et il ne changera pas leur avenir. Parce que, s’ils sont enfant de Dieu ce don du salut leur est donné gratuitement par la grâce de Dieu… et qui pourrait le leur  retirer.

Tandis qu’une personne prédestinée à être fils du diable, même si elle fait de bonnes actions, son avenir sera toujours le même, elle est perdue d’avance, quoi qu’elle fasse.

Ce genre de croyance pousse à penser qu’évangéliser ne servira qu’à révéler celles et ceux qui sont déjà croyants sans ne l’avoir jamais su. Ils sont nés enfants de Dieu.

Alors toujours dans le même esprit, face à la maladie, avoir une foi fataliste fera accepter tout, sans broncher comme étant la volonté de Dieu.

Or, je ne cesse de le répéter dans mes messages, mais ce n’est pas parce que

1-on prie souvent,

2-que l’on fait confiance à la Bible ou à ses saints

3-que l’on est assidu à une assemblée de croyants et à ses coutumes, et

4-qu’on se force à faire de bonnes actions, qu’automatiquement la bénédiction coule d’elle-même.

Il y a un grand danger à être un chrétien fataliste. Ce grand danger : c’est de ne plus voir, quand Dieu nous montre un autre chemin, et d’être insensible quand il nous reprend et nous châtie.

Tout ce qu’un croyant vit n’est pas automatiquement la volonté de Dieu. Et la passivité face aux évènements n’est pas toujours la bonne attitude.

 

Mais la vérité semble si proche et à la fois si éloignée.

Jean 13 :13; Est-ce un verset fataliste ? Pourtant à le lire, qui en douterait ?

 « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. »

Est-ce un verset qui, quoi qu’il arrive aboutira à la même réalité : l’exaucement de la prière?

Est-ce que n’importe qu’elle personne qui croit en Dieu peut obtenir tout ce qu’elle demande ?

Dans l’absolu de la foi : oui. Mais les trois mots clés sont en mon nom, au nom du fils. Quel fils ? Jésus-Christ.

Il ne s’agit pas bien-sûr de prononcer son nom à tout bout de champs comme une formule magique (abracadabra), mais il s’agit d’agir comme lui agit ; c’est-à-dire, d’être complètement en Christ, d’avoir ses propres désirs qui sont bien contraire à ce que nous désirons à l’habitude. Au chapitre 15 verset 7 de l’Évangile de Jean, nous avons cette même clé de compréhension:

« Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé ».

 

Ici, il n’y a aucun fatalisme mais une volonté de suivre les paroles du fils de Dieu, de demeurer en lui, jusqu’à rajouter nos souffrances aux souffrances de Christ.

 

La foi ne se contente pas d’une adoration passive, elle se veut toujours empreinte d’esprit, d’action et de vérité, puisque nous devons travailler à la gloire de Dieu.

L’épitre aux Colossiens nous révèle beaucoup de choses sur la vérité du fatalisme.

 « Christ en vous l’espérance de la gloire » (Colossiens 1 : 27) ;

Paul n’a pas dit «  Christ en vous l’assurance de la gloire ». Il a dit : L’espérance de la gloire; et l’espérance nous amène à travailler pour un but qui n’est pas encore atteint ; alors que l’assurance nous rendrait passif, parce que tout serait déjà fait et le but serait accompli. 

Déjà, sans l’esprit de Dieu en soi, la piété est inutile et c’est une perte de temps que de s’y consacrer. En fait, avec le Saint-Esprit, le travail, (la piété) consiste à multiplier la force de Dieu en soi ; C’est encore Paul qui nous donne  cette orientation pour ce travail (toujours dans le premier chapitre de Colossiens au verset 28 « C'est lui (Christ) que nous annonçons, exhortant tout homme, et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Christ. 29C'est à quoi je travaille, en combattant avec sa force, qui agit puissamment en moi. ».

Donc la foi est loin du fatalisme, car c’est un travail quotidien en Christ ; un travail qui fait grandir la foi pour nous amener à la maturité d’un disciple accompli, parfait.

 

Dans cette lettre Paul dit aux Colossiens de « racheter le temps » ; nous l’avons vu précédemment, cela signifie se racheter une conduite, changer radicalement avec un mauvais comportement qui consistait à toujours se plaindre des autres.  Alors, cela peut paraître d’ailleurs complètement fou, puisque travailler en Christ, c’est se reposer en lui.  Et se reposer ne veut pas dire : ne rien faire,  « car c'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Philippiens 2 :13). Elle se situe là la force de Dieu : dans le fait de se laisser conduire.

Mais si nous sommes vraiment ressuscités avec Christ, alors, notre nouvelle nature nous fait rechercher les choses d’en haut (Colossiens 3 :1). C’est comme une fatalité.

Quoiqu’il arrive dans notre vie, nous aimons ce que Christ aime. S’il y a un fatalisme, il devrait se trouver bien dans l’amour et ses actes.

En fait, oui, il existe bien un fatalisme divin. Et gloire à Dieu pour cela.

Et ce fatalisme se retrouve encore sous la plume de l’apôtre Paul qui écrit aux Colossiens chapitre 1:16 « Car en lui (Christ) ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui ». Mais toutes ces créations sont faites dans quels buts ? Pour quel objectif final ? On lit ce but à partir du verset 19 :

« 19Car Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui; 20il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix ».

Donc au final, Dieu à la volonté de réunir en lui tout ce qu’il a créé. Mais attention de le réunir après que chacun se soit réconcilié avec lui.

Il y a bien dans ce déterminisme, un travail personnel visant à se réconcilier pleinement avec lui.

Et ce travail de réconciliation n’est pas du tout le même pour chacun.

Pour nous disciples, nous devons aussi « travailler notre salut avec crainte et tremblement, sans murmurer, sans hésitations » C’est là que nous plaçons nos différences. J’ai bien dit « nous plaçons », car il s’agit bien, de nos choix à nous personnellement.

Parce que c’est nous qui rajoutons du temps, de la souffrance, de la détresse, des ténèbres à nos vies. En pensant que notre salut est acquis ; c’est nous qui prolongeons la durée et l’intensité de nos épreuves, par notre mauvais cœur, par notre endurcissement, par notre folie à vouloir nous aimer plus que Dieu.

Il n’y a aucun fatalisme ici. Ce n’est qu’une mauvaise moisson dû à une mauvaise semence ou à une mauvaise terre mal fertilisée. La fleur séchée qui est mise au feu demandera de nouvelles saisons pour éclore à nouveau et produire de meilleurs fruits.

Jean 15 :6 ; « Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors, comme le sarment, et il sèche; puis on ramasse les sarments, on les jette au feu, et ils brûlent ».

Pour certains c’est un recommencement, pour d’autres, c’est un éternel recommencement, tandis que pour un petit groupe, en qui la parole de Dieu demeure, c’est l’accomplissement dans la première résurrection. (et là je vous renvoie sur un message du 10 décembre 2017 : « Il n’y a donc pas une résurrection mais deux résurrection »)

 

Le fatalisme est lié à nos actes, directement à nos actes.

 

Lisons Jérémie 13 à partir du verset 23 : « Vous qui êtes accoutumés à faire le mal…
24Je (vous) disperserai, comme la paille emportée Par le vent du désert.
25Voilà ton sort, la part que je te mesure, Dit l'Éternel, Parce que tu m'as oublié, Et que tu as mis ta confiance dans le mensonge.
26Je relèverai tes pans jusque sur ton visage, Afin qu'on voie ta honte ».

 Ça, c’est ce qui arrive fatalement à ceux qui pratiquent le mensonge. Ce sont des soi-disant croyants. Ils n’ont pas fait qu’oublier l’Éternel, ils se sont élever par l’orgueil. Verset 9 :

« Ainsi parle l'Eternel: C'est ainsi que je détruirai l'orgueil de Juda Et l'orgueil immense de Jérusalem. 10Ce méchant peuple, qui refuse d'écouter mes paroles, Qui suit les penchants de son cœur, Et qui va après d'autres dieux, Pour les servir et se prosterner devant eux ».

Ce triste constat de ruine envers un peuple oublieux, infidèle et menteur, Jésus faisait exactement le même bilan pour ceux de son époque. Leur sentence est fatale. C’est l’orgueil qui assombrit notre avenir. Mais quand Dieu vient à notre secours pour le briser, notre avenir prend alors une toute autre destinée.

Et il y a une sentence pour ceux qui persévèrent dans la loi parfaite de Christ, puisqu’ils entreront dans la gloire de Dieu.

 

Pour résumer :

Le fatalisme existe bien en Christ, mais il ne s’arrête pas avec la grâce de Dieu. Recevoir sa grâce est une bénédiction sans pareil, mais c’est une étape, pas un aboutissement. Avoir la foi n’est pas un aboutissement c’est un nouveau commencement.

Dieu à la fin rassemblera tout en lui, c’est une certitude ; mais notre sort dépend de nos actes, de nos choix, du combat que nous menons. Job disait que « Le sort de l’homme sur la terre est celui d’un soldat » (Job 7 :1)

Nous devons sans cesse, chaque jour recommander notre sors à l’Éternel, remettre notre sort entre ses mains comme le dit le psalmiste.

Ce sort est très important, car notre vie terrestre révèle la place que nous aurons au ciel.

 

Un autre fatalisme : Les derniers seront les premiers et inversement les premiers seront les derniers. La justice de Dieu s’exerce sur terre comme au ciel, et elle s’exerce comme une fatalité. Ce qui tombe comme un couperet fatal : c’est la justice de Dieu.

Elle sépare et rassemble. Elle uni les uns et désunis les autres.

 

Alors connaissant ces lois fatales, nous avons à agir, à prendre des décisions, car elles ont des conséquences, (de grandes conséquences) c’est vrai, sur notre vie future.

Je préfère cet avenir que Jacques nous dévoile en Christ : « celui qui aura plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui aura persévéré, n'étant pas un auditeur oublieux, mais se mettant à l'œuvre, celui-là sera heureux dans son activité » (Jacques 1 :25).

Amen

dimanche 2 juillet 2023

LE VOUVOIEMENT, une forme de piété supérieure ?

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Par Eric RUIZ

 

Il n’existe pas de détails insignifiants avec Dieu. Il n’y a rien à mépriser. La vérité se loge dans les petits détails du quotidien.

Matthieu 23 : 8-11, en est l’exemple parfait.

« Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. 9Et n'appelez personne sur la terre votre père; car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. 10Ne vous faites pas appeler directeurs; car un seul est votre Directeur, le Christ. 11Le plus grand parmi vous sera votre serviteur ».

Maitre, pères, directeurs, ce sont des titres honorifiques, qui au premier regard n’impliquent pas grand-chose d’important. Mais en y regardant mieux, ils sont néanmoins lourds de conséquences, car ce sont des titres de distinction, de supériorité, qui changent le rapport d’égalité entre un individu et un autre.

Jésus est très directif et affirmatif vis-à-vis de ces mots-là.

À la suite de ces versets, il dit que si vous nommez les autres ainsi, vous les élevez ; si d’autres vous nomment par ces titres, on vous élève et quiconque sera élevé sera abaissé. Le malheur sera alors aux portes de ceux qui élèvent ou qui se sont élevés.

 

Jésus donc emploie des exemples communs de titres honorifiques. Il aurait pu, tout aussi logiquement, nous prévenir de ne pas nous faire appeler apôtre, pasteur, prophète, docteur, révérend ; on peut continuer la liste…Son altesse, sa seigneurie, son excellence, son éminence (je fais là, référence aux évêques, aux archevêques, comme aux grands rabbins), mais aussi : sa sainteté (pour le pape) etc.

 

Je vais aller plus loin, il y a une forme grammaticale qui est devenue culturelle dans de très nombreux pays: le vouvoiement.  Le vouvoiement ne ferait-il pas partie de la liste lui-aussi ?

Et pourquoi pas?

 

Jésus, j’en suis certain, aurait pu mettre en garde les croyants d’aujourd’hui en disant : « Ne vous faites pas vouvoyer personnellement, et ne vouvoyer pas votre prochain ».

Parce que lui, Jésus ne s’embarrassait pas du vouvoiement dans ses relations.

Face à Ponce Pilate, grand gouverneur romain de la Judée, il n’était pas question de vouvoiement. Pilate tutoies Jésus : « Es-tu le roi des juif ? » et Jésus le tutoies en retour : « Tu le dis toi-même » Matthieu 27 :11.

Il n’existe pas de forme de vouvoiement dans le Grec ancien, l’Araméen ou le vieil Hébreu.

Et puis, Jésus sans se plier devant les puissants, ne se montre pas condescendant, ni supérieur, vis-à-vis de son interlocuteur.

Le respect divin ne se situe pas à ce niveau du langage.

De la même manière lorsqu’on s’adresse à Dieu le Père, on le tutoie dans la prière. On est dans sa sphère intime : «  Que ton règne vienne, Que ta volonté soit faite ».

Abraham dans le livre de la Genèse tutoie Dieu : « Abram répondit: Seigneur Éternel, que me donneras-tu? Je m'en vais sans enfants; et l'héritier de ma maison, c'est Eliézer de Damas.» (Genèse 15 :2)

Moïse fait de même en Exode 5 :22-23 « Moïse retourna vers l'Éternel, et dit: Seigneur, pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple? Pourquoi m'as-tu envoyé? Depuis que je suis allé vers Pharaon pour parler en ton nom, il fait du mal à ce peuple, et tu n'as point délivré ton peuple. ».

Pour Jacob le père des 12 tribus d’Israël, il en est de même : Jacob supplia Dieu ainsi : « Délivre-moi, je te prie de la main de mon frère, de la main d’Ésaü ».

Dans tous ces cas, le serviteur n’est pas plus grand que le maitre ; et surtout le maitre se fait serviteur en se laissant tutoyer.

 

Alors ce vouvoiement est-il légitime ?

 

Et disons-le, l’homme aurait-il droit à des égards que Dieu n’exige pas envers lui-même ? Vanité des vanités répondrait l’Ecclésiaste.

Le texte biblique, quant à lui ne laisse aucun doute. Il n’y a qu’un seul Dieu. Le vouvoiement est alors une injure, il laisserait la possibilité d’invoquer plusieurs divinités.

Examinons de plus près, la première réplique du premier homme fait à l’image de Dieu : Adam

(Genèse 3 :10) « J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. ».

Le premier tutoiement montre une proximité certes, entre Dieu et l’homme mais qui très vite n’existe plus ensuite.

« Je me suis caché » est pire qu’un vouvoiement. Ce comportement montre d’emblée que les faits dévoilent plus que les mots.

Le vouvoiement met de la distance. Or, le fait d’être caché rajoute une volonté de disparaitre même de la vue de Dieu. La honte a rajouté de la distance.

Le fait de dire « vous », comme donner des titres honorifiques, c’est donc placer l’autre à un même niveau supérieur. D’ailleurs où se trouve la frontière entre le titre honorifique et le-vouvoiement ? Le vous italien Lei, a ses origines dans Vostra Eccellenza ou Vostra Signoria ; alors que le vous espagnol : Usted provient de Votre Grâce.

La frontière est quasi inexistante.

Le-vous, en plus, est un pluriel. Et, dans les faits quand on demande à l’autre de dire : Vous, on se place au moins comme deux personnes. On compte pour deux, vis-à-vis de l’autre que l’on tutoie. Serait-on alors deux fois plus important ?

Si on répond : « Mais qui êtes-vous pour me tutoyer ? », on place une verticalité dans la relation qui n’est plus sur le même niveau ; on place un mur de protection entre deux personnes. La relation est d’emblée limitée.

Il y a une mise à distance par le vouvoiement, comme si l’un avait droit à un respect supérieur à l’autre, une mise à distance par l’âge, une mise à distance affective ou encore une mise à distance sociale.

De la même manière dire : « je vous permets de me tutoyer », cela montre aussi une certaine arrogance comme son contraire : « Je ne vous permets pas de me tutoyer » qui dévoile le refus d’être intime avec la  personne.

La question qui vient à l’esprit est : A-t-on vraiment besoin d’une mise à distance par la parole pour se respecter mutuellement?

Non, Dieu a fixé des bornes. Pourquoi ont-elle été déplacées ?

On vient de l’voir, la chair a toujours cette volonté de faire des différences ; mais ce n’est pas la seule raison. La peur de l’autre incite à protéger son intimité. Le « tu » est pour beaucoup trop intrusif. « Tu me tutoies, or je ne vous connais pas suffisamment, gardez vos distances ».

Cette question du tu et du vous est tellement embarrassante dans nos rapports humains que dans ma région de Normandie, certains ont opté pour le pronom « il ». Bonjour, il va bien ? ».

Qu’en est-il maintenant pour ceux qui n’arrivent pas à prier qu’en employant le-vous ? Par exemple : « Père que votre nom soi sanctifié »

 J’ai ma petite idée…leur dieu est-il alors inaccessible, si loin et inatteignable ? Cette mise à distance ne montre-elle pas une résignation dans la prière ; être résigner à ne pas mériter l’écoute et l’intimité avec le divin ? Cet éloignement ne favorise-t-il pas plutôt l’idolâtrie ?

Maintenant, la décision de tutoyer ou non n’est pas toujours personnelle, la société la rendue complexe.

Pour ma part, dans mon travail au quotidien, je sais que mes élèves me vouvoient et que je ne peux que difficilement faire autrement, parce que c’est une convention dans l’enseignement. Il y a un véritable contrat social. Le contrat social commence avec la langue.

Ici, il ne se trouve pas entre les gouvernants et les gouvernés, mais ce contrat s’est élargi et diversifié à plein d’autres niveaux (le patronat avec les ouvriers ; l’employeur avec les employés, les plus âgés avec les moins âgés…).

D’une manière générale ce contrat social permet le tu qu’entre ceux admis à faire partie de sa sphère intime. C’est pourquoi ce contrat social met une barrière entre par exemple les enseignants et les enseignés. Et tutoyer son professeur est mal vu, on risque de passer pour un démago, un laxiste, si on casse cette barrière.

Et puis, le professeur a tellement peur de se faire manquer de respect, qu’il place lui-même la barrière du vouvoiement dès le départ, allant jusqu’à vouvoyer aussi ses élèves.

C’est comme s’il plaçait un pare feu pour éviter de se faire attaquer de front.

Est-ce pour autant qu’il est respecté lui et sa fonction ? L’expérience prouve que non, c’est un pare feu factice. Celle ou celui qui souhaiterait briser cette barrière le fera autrement s’il le faut. Il prendra un ton condescendant dans son vouvoiement par exemple, ou il abusera par de multiples familiarités.

Jésus est venu briser les codes et les barrières sociales comme religieuses. Il a insisté durant sa vie physique beaucoup plus sur le ton donné, ou l’attitude, le comportement, allant jusqu’à la ruse, pour montrer que le respect n’est pas ni dans les convenances sociales, ni dans un langage châtié, ni dans l’attribution de titres honorifiques. Toutes ces manières sont des comédies, des pièges revêtant le masque de l’hypocrisie.

Alors faisons un petit détour par l’Histoire. En Europe, comment est apparu ce vouvoiement ? Je dirais plutôt comment est apparue cette comédie ?

Pour certains historiens ; le passage du tutoiement au vouvoiement daterait du milieu du 3ème siècle après Jésus-Christ, au moment du règne de l'empereur romain Dioclétien.

Il y avait 3 Césars à l’époque et quand on s’adressait à l’empereur donc à César on s’adressait en fait à 3 personnes ; d’où le vouvoiement.

Par la suite, ce qui parut évident c’est le règne de la féodalité, pour la noblesse, et l’aristocratie, où le vouvoiement était de rigueur. Là aussi, cette comédie permettait entre autre de se distinguer du tutoiement des classes sociales les plus basses (les paysans, les domestiques,).

Alors, il est assez logique qu’au moment de la révolution française, le vouvoiement fut combattu comme anti républicain.

Pour rompre avec l’Ancien régime, on voulut y faire voter même une loi obligeant le tutoiement. Mais il y a des barrières difficiles à faire sauter. Preuve que la hiérarchie sociale et religieuse a toujours le vent en poupe.

Le vouvoiement a la vie dure c’est un des derniers vestiges de l’aristocratie (et on l’a vu pas seulement en France, en Italie, en Espagne et pour bien d’autres pays). Et puis, n’oublions pas que « l’homme prend garde à l’apparence, à ce qui frappe le regard » (1 Samuel 16 :7) ; et le vouvoiement donne une première impression forte de respect.

Les comédiens raffolent de ce vernis social. De nombreuses pièces de théâtre ont depuis des siècles ridiculisées celles et ceux qui en abusent par leurs flatteries, leurs courbettes révérencieuses.  Ce vernis est puissant puisqu’il fait partie de l’éducation même ; et cela ne fait qu’alimenter la confusion.

Voltaire d’ailleurs ne résoudra rien en affirmant que le tu es le langage de la vérité et le vous celui du compliment.

Le dilemme demeure : quand dire tu et quand employer le-vous ?

C’est devenu un art très compliqué encore aujourd’hui au sein même des familles (avec ses beaux-parents par exemple, à l’un on dira tu et à l’autre vous, pourquoi ? on ne le sait pas).

Le tu donnes encore l’illusion d’une grande famille soudée alors qu’elle est en plein déchirement.

Par conséquent, que doit faire un disciple de Christ ? Doit-il terrasser le vous avec une nouvelle loi, avec un tutoiement obligatoire ?

Ne retombons pas dans un légalisme ou le « tu dois, tu ne dois pas » dirige. La loi d’amour prime sur tout le reste. Ne soyons pas un objet de scandale ou de chute pour nos frères et sœurs. Si cela gêne l’autre, la sagesse et l’amour nous pousse à revenir au vouvoiement pour cette personne, ou encore à accepter ce pronom personnel pluriel dans son contexte historique et littéraire.  Ce n’est pas un combat qu’il faut mener les armes à la main. La prise de position pour le tutoiement doit d’abord arriver après avoir gagné son propre combat contre l’hypocrisie et visée les intimes en premiers ; puis cette position s’élargir progressivement. Cela doit être comme la foi, le fruit d’une conviction personnelle.

Sachant qu’il y a quand même des milieux ou le vouvoiement comme les titres honorifiques sont perçus comme un respect obligatoire.

Dans l’armée par exemple.

Je prends ma propre expérience. J’étais pendant mon année de service national appelé à être enseignant au lycée militaire de st Cyr.  J’y étais sous le grade de caporal-chef. Mes élèves m’appelaient donc chef. Un jour j’ai pris l’initiative de leur dire de ne plus m’appeler chef, car après tout je ne voulais pas qu’ils me considèrent de la sorte. J’ai subi alors une horde de mépris de leur part. Ils ne me respectaient plus, Pour garder l’ordre, et la discipline j’ai dû revenir en arrière.

Mais là aussi le tu et le-vous sont tellement des fenêtres ouvertes vers l’intérieur des personnes. On peut y voir leur hypocrisie révélée au grand jour, comme leur stratégie machiavélique. Y-a-t-il qu’en politique ou l’on voit des communistes s’appeler camarades, se tutoyer quotidiennement, puis une fois au pouvoir se vouvoyer ? Et que dire de ces milieux où tout le monde se tutoies pour montrer leur  attachement et leur solidarité en même temps que le rejet commun des autres ?

La nature perverse de l’homme revient sans cesse au galop.

Alors pour un disciple de Dieu, ce qui est juste doit être fait dans le temps. Un temps disponible qui permet sans violence de faire tomber cette distance entre sois et l’autre, en y instituant le tutoiement.

Un tu plein de respect, sans faux semblants, ni familiarités déplacées.

Nous, qui sommes serviteurs de Dieu nous sommes tous serviteurs les uns des autres. Nous sommes des compagnons de service, comme l’ange le défendait. Cet ange qui a montré les visions à l’apôtre Jean lorsqu’il était sur l’île de Patmos,

« Je suis ton Compagnon de service » lui dit-il : Un mot grec sundolos.  sun [soon] qui signifie associé et doulos serviteur. Nous sommes un peuple de serviteurs et vivons associés aux autres, aux autres serviteurs.

Le tu, est important si et seulement si, il donne le sens de nos relations : l’horizontalité, la soumission des uns et des autres. Une relation dans laquelle personne ne cherche son propre intérêt mais celui de l‘autre d’abord.

Amen

dimanche 25 juin 2023

LA PEUR BLEUE DU CELIBAT ou de la SOLITUDE

 491

Par Eric RUIZ

 

J’ai commencé mon message en partant d’un mot que j’ai entendu, alors que j’étais jury d’examen cette semaine.

L’utopie, ce mot, tout le monde l’a entendu prononcer ou l’a lu, écrit quelque part ; ne serait-ce  pour expliquer des visions d’un bonheur naïf, absolu, sans échec, on parle d’utopie.

Mais son contraire : la dystopie, qui connait ce mot ?

Pour moi, avant il y a quelques jours, je ne le connaissais pas.

À l’entendre, la dystopie sonne un peu comme une maladie, se rapprochant de la dyslexie, Or, cela n’a rien à voir avec un trouble du langage ; non, la dystopie c’est une vision cauchemardesque du monde.

On emploie ce terme surtout pour désigner des récits qui ont la particularité d’être sordide, morbide et même cataclysmique.  Le monde y est hyper diabolisé et ténébreux.

Pour la très grande majorité des gens, le dernier livre de la Bible, le 66ème livre : l’Apocalypse est un livre dystopique. C’est le récit de la fin du monde.

C’est le chaos total. Comme je le disais récemment avec Genèse 1:2,  le Tohuw Bohuw.

D’ailleurs quand survient un chaos, l’expression : « c’est l’apocalypse, c’est apocalyptique » est rentrée dans le langage commun.

Beaucoup de chrétiens, je sais, insistent très lourdement sur le récit dystopique dans leur évangélisation. Ils veulent déstabiliser, impressionner leur auditeur non-croyant en leur décrivant que leur réalité est bien plus terrifiante qu’il le croit ; et que leur futur le sera encore plus.

Ils leur disent qu’ils subiront la pire des épreuves, s’ils restent dans leur condition. Ils auront à combattre le diable en personne, à accepter sa marque, la marque de la bête, et à être détruit avec lui.

C’est un discours fréquent qui, bien sûr mélange tout : vérité et mensonges.

Or, combien ont été séduits par les paroles de ses faux docteurs ? Combien se sont intéressés à la Bible, ou se sont mis à fréquenter des assemblées chrétiennes dans l’espoir de ne pas affronter ce qu’ils redoutent le plus, et de faire disparaitre leurs inquiétudes, pour y trouver un semblant de paix ?

Pourtant, où se trouve cette logique qui pense qu’il faille épouvanter l’autre pour l’amener sur le chemin de la foi ?

Penser que l’amour pour Dieu nait à partir de la peur, de la crainte de la fin du monde ; ou que derrière l’angoisse de vivre des choses épouvantables, il y a l’amour de Dieu… est-ce vraiment le bon chemin, la bonne stratégie à suivre ?

 

Dans 1Jean 4 :18, il est écrit que : « La crainte n'est pas dans l'amour, mais l'amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n'est pas parfait dans l'amour ».

 

La crainte, l’imperfection n’amène pas à la perfection : l’amour. La crainte au contraire est bannit parce qu’elle porte en elles des châtiments.

Pour comprendre cette aversion, cette inimitié même entre l’amour et la crainte,

Je vais prendre l’exemple du mariage, car cette union c’est cette forme d’alliance sacrée que la foi amène et provoque.

La foi a pour but le mariage bien-sûr entre Dieu et ses élus (sa fiancée préparée et sanctifiée comme un vêtement sans plis et sans tâches).

La crainte dans le mariage, en fait, c’est comme si je me persuadais des bienfaits du mariage non pas par amour, mais afin d’éviter de finir seul.

Le mariage devient alors le moyen d’échapper à une terrible angoisse provoquée par la peur bleue de la solitude.

Mais, la peur n’est pas un bon mobile. La peur de la solitude ne fait pas de bons mariages on le sait. On constate tous les jours des couples malheureux, et prisonniers de cette stratégie.

 

Alors qu’on m’explique ce tour de passe-passe : pourquoi, si on suit cette logique, la peur d’un futur chaotique amènerait à aimer Dieu ?

Quel drôle de sentiment d’aimer à partir de la peur.

Il y a là un trouble mental évident, qui amènerait à aimer pour échapper à son agresseur, et à voir dans la fuite de l’oppression, une vertu.

 

Je ne suis pas dupe, je sais que beaucoup d’assemblées religieuses sont pleines de croyants qui pensent aimer Dieu, parce qu’ils ont eu un fort coup de cœur au début, mais qui, dans la réalité sont là parce qu’ils ont fui leur solitude et la peur de l’avenir.

Je sais que des gens continuent à jouer au croyant pieu, pensant se protéger ainsi d’un mal inéluctable.

Mais leurs peurs les font encore plus s’accrocher aux rites ou aux coutumes que leur impose la religion, ou parfois aussi, qu’ils veulent imposer à la religion.  Ils sont plus que les autres encore, les gardiens des cérémonies religieuses. Ce sont les soldats de ces temples idolâtres.

Ils n’ont que faire de leur propre réflexion et de leur esprit critique. Cette partie du cerveau, ils l’ont volontairement inhibée. Ils sont persuadés que lorsque le mal frappera fort près d’eux, ils partiront avec les élus.

 

Ils sont comme ces mariés amoureux autrefois mais qui restent en couple en acceptant toutes les contraintes, les défauts de l’autre et même les mauvais traitements, car ils sont perçus moins pénibles que d’être abandonné ou de se retrouver seul face à soi-même.

Ces mariés de la peur gardent quand même une affection pour l’autre, mais l’amour n’est plus leur moteur. Ils semblent fidèles, oui… mais ce que je vais dire est dur à entendre : ils restent pour eux, pas pour l’autre.

 

Alors dans les Églises bâtiment (j’emploie bâtiment pour bien les différencier de l’Église cachée de Dieu), beaucoup d’adeptes acceptent toutes sortes d’injustices, toutes sortes de frustrations, qu’on leur fait subir malgré eux.

Pourquoi ?

Ils sont fidèles, parce qu’ils ont peur de se retrouver comme les non-croyants, de partager leur condamnation et leur châtiment et de ne pas hériter des récompenses célestes.

 

De ce fait, ils se contentent très bien de leur situation. Ils sont comme ces couples mariés qui se sont résignés à vivre dans la tiédeur, préférant être mal accompagnés que de se retrouver abandonnés et célibataires.

Dans ce genre de couple, le fait d’être ensemble prime sur tout autre chose et surtout sur la qualité de la relation.

Eh bien, pareillement, le fait d’être un chrétien soumis à sa paroisse ou à son assemblée prime sur la vérité ou le mensonge qu’on y vit.

Ils n’attendent plus qu’on leur explique la vérité. Ils n’attendent plus rien de leurs frères de foi. Ils veulent surtout qu’on leur prêche des actes simples et démonstratifs à faire.

Les efforts qu’ils font, les sacrifices qu’ils consentent, les brimades mêmes qu’ils reçoivent leur donnent bonne conscience ; justement parce qu’ils ont choisi d’être dociles et de ne pas se rebeller. Et cela les satisfont; Car, leur but n’est plus de plaire à Dieu. Leur but (le plus souvent inconscient) est celui de rester soumis à cette foi erronée.

Cette foi, où subir : c’est se soumettre, subir : c’est être obéissant à Dieu.

Cette foi-là ressemble à la vraie foi, sauf que le renoncement par amour de Dieu n’est plus le mobile. Tout ressemble à la foi sauf le mobile. N’importe qui pourrait s’y méprendre et voir dans leur soumission, le fruit de l’esprit.

Mais le Saint-Esprit qui sonde les cœurs voit nos intentions les plus profondes ;

 

Il sait si c’est l’amour qui nous inspire ou une autre cause. Alors, sans amour, comment le Saint-Esprit peut-il faire son temple en nous ?

 

Ces croyants, c’est vrai, sont pour beaucoup passés par le baptême d’eau. Ils ont été touchés par l’amour de Dieu, Ils ont renoncé à leurs mauvais désirs ; D’ailleurs ils pardonnent encore quand on les offense, mais l’amour de Dieu n’est plus leur mobile. Leur union, leur mariage est une sécurité, pas une conviction de cœur.

Ils sont nés d’eau mais pas d’esprit.

 

On le remarque par des comportements récurrents : les dimanches, ils vont à l’Église et ils sont frères et sœurs. 

Ils se font des accolades, ils prennent des nouvelles des uns et des autres, ils chantent et prient ensembles ; mais c’est le temps d’un moment, le temps d’un sabbat, car dès que le culte ou la messe est finie, chacun rentre chez soi s’occuper de ses affaires et plus personne ne se soucie de l’autre. Ils ne sont pas ensemble à l’Église pour l’autre. Ils sont ensemble pour eux-mêmes, chacun pour soi.

Or, tout croyant né d’eau possède 1Jean 4 :20-21dans le cœur : » Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur; car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Et nous avons de lui ce commandement: que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. ».

 

Voilà comment Dieu ressent leur célébration et cette  communion imbibée de tiédeur :

Amos 5 :21-23 : « Je hais, je méprise vos fêtes, Je ne puis sentir vos assemblées.
22Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, Je n'y prends aucun plaisir; Et les veaux engraissés que vous sacrifiez en actions de grâces, Je ne les regarde pas.
23Eloigne de moi le bruit de tes cantiques; Je n'écoute pas le son de tes luths »

 

Ici, ce qui est frappant c’est toujours ce discours dystopique des croyants qui aiment témoigner d’un grand châtiment de Dieu pour les autres (alors qu’il est le leur en premier).

Ils annoncent aux incroyants leur captivité, leur emprisonnement, leur aliénation dans le monde…mais tous ces adjectifs (captifs, emprisonnés, aliénés) ce sont les leurs, c’est ce qu’ils vivent. Ils ont vu les temps ténébreux de leur époque au travers du prisme de leur propre inquiétude et de leur angoisse.

Ou alors, pour d’autres, ils se sont mis en couple pour ne plus être seul et les voilà accablés par la solitude qu’ils croyaient vaincue.

Tout comme ceux qui ont fréquenté des assemblés religieuses pour trouver une communauté accueillante, qui est dans le partage ; et au lieu de cela, ils s’y sont sentis inexistants, inutiles et délaissés. Ils se sont retrouvés, malgré eux, avec des personnes qui les font se sentir seul.

Job avait pris conscience de cela pour lui-même : Job 3 :25-26

« Ce que je crains, c'est ce qui m'arrive; Ce que je redoute, c'est ce qui m'atteint.
26Je n'ai ni tranquillité, ni paix, ni repos, Et le trouble s'est emparé de moi »

 

Alors, ces croyants qui vivent avec des craintes, qui sont troublés par la peur, sont-ils répudiés à vie, reçoivent-ils une condamnation ? Un rejet définitif ?

Pas du tout : c’est un constat qui peut changer avec un cœur brisé et une volonté ferme de changer sans faire de compromis.

Mais le temps fait son œuvre. Le temps est là pour que les évènements jugent de l’égarement de chacun.

 

Maintenant, ne soyez pas défaitiste, il n’y a aucune fatalité à vivre ces choses.

Il y a un temps de vérité où Dieu met la lumière sur nos ténèbres et où il ouvre les yeux de chaque croyant.

Certains les ouvrent et les referment aussitôt, déterminés à ne pas bouger d’un iota, car ils préfèrent leurs ténèbres.

D’autres les ouvrent et aiment la lumière. Ils reviennent par le chemin de l’humilité et de la repentance.

Si vous vous reconnaissez comme je me suis moi-aussi reconnu à un moment donné de ma vie, ne laissez pas cette lumière s’éteindre sans avoir pris une décision ferme vous concernant.

Je prie pour que celles et ceux qui écouteront ou liront ce message soient touchés par la lumière de Dieu et que sa parole soit vérité.

Attention toutefois, l’or qui est l’esprit de Dieu, la vraie richesse ne vient que par le feu. Je ne fais que citer Apocalypse 3 : 18 : « je te conseille d'acheter de moi de l'or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche, ». Cette épreuve du feu, n’a rien à voir avec l’acquisition d’un don surnaturel. Ce n’est pas marcher sur des braises non plus ; Le feu : c’est l’épreuve de la fidélité dans la persévérance.

Comme je l’ai dit : la tentation vient toujours éprouver notre fidélité. Ne soyons pas des auditeurs oublieux mais qu’à chaque prise de conscience de nos écarts nous puissions convertir ce qui n’est pas bon et revenir le plus rapidement possible à Christ. Car c’est ainsi que nous aurons préparés ce vêtement sans tâche ni rides, ce que Jésus nomme : « parfait ».

Amen

 

dimanche 18 juin 2023

Comment « RACHETER LE TEMPS » ?

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Par Eric RUIZ


Mis à part pour Dieu qui est un « présent Éternel », puisqu’il est présent dans le passé comme dans l’avenir, et qu’il se présente à Moïse avec ce nom : « je suis », le temps nous échappe à nous être humain. Il possède la particularité de ne jamais s’arrêter. S’il y a bien une chose essentielle sur laquelle personne ne peut agir, c’est sur le temps. Nous sommes prisonnier du temps qui passe à notre insu. L’horloge tourne sans que nous puissions l’arrêter ou l’accélérer.

LA RAISON DU TEMPS PERDU

La première question qui me vient à l’esprit est pourquoi Dieu s’est-il donné autant de temps pour accomplir son œuvre ?

Pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé la terre dès le début en 7 jours plutôt que de laisser le Tohuw Bohuw s’y installer une première fois pour la détruire ?

J’ai une autre question qui pourrait donner un commencement de réponse. Pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé Ève en même temps qu’Adam ? Pourquoi s’est-il laissé le temps de constater que pour Adam, il n’était pas bon qu’il soit tout seul ? Et puis disons-le tout de suite pourquoi le second Adam, Jésus-Christ a dû attendre tout ce temps pour venir sauver l’humanité ?

Tout aurait pu, c’est vrai,  être fait beaucoup plus rapidement.

Nous avons alors tendance à dire : Que de temps perdu !

Mais les différents récits bibliques nous montrent que Dieu n’a jamais cherché à rattraper un temps perdu, parce que lui ne perd aucune journée, aucune heure, aucune seconde même, comme aucun dixième de seconde. C’est nous, être humain, qui avons cette terrible sensation d’avoir perdu du temps.

Lorsque nous constatons nos erreurs, la première chose qui nous vient à l’esprit c’est : «mais pourquoi ai-je mis tout ce temps à m’en rendre compte ? Comment pourrais-je alors rattraper mes erreurs et si possible revenir en arrière, remonter le temps ? ».

Un temps mal utilisé, est synonyme de gâchis.

Nous venons surtout de nous rendre compte que le temps vient de nous punir lui-même. Notre erreur notre égarement, n’était pas terrible en soi, sauf que le temps a été notre juge. Le temps a jugé la force de notre entêtement, notre persévérance à mal agir, notre perpétuel manque de pardon et notre endurcissement devenu par conséquent de plus en plus grave.

 

RACHETEZ LE TEMPS

 

Alors si nous, croyants, nous sommes égarés, si nous nous sommes conduits comme des insensés, nous laissant séduire par de vains discours comme l’écrit l’apôtre Paul aux Éphésiens, les jours mauvais qui nous sont destinés peuvent devenir tout le contraire.

Paul dit : « Rachetez le temps …car les jours sont mauvais» (Éphésiens 5 :16).

Il ne s’agit en aucune manière d’écourter ou de rallonger la durée de notre vie, comme certains le croient ou encore d’hâter la venue du Seigneur.

Paul parle ici à des croyants  endormis, qui font des choses honteuses en secret. Il leur demande de marcher différemment. Comment ? Eh bien de retourner les évènements pour qu’ils soient en leur faveur.

En se détournant volontairement des mauvaises œuvres. Paul donne une liste de choses concrètes qui permettent ce retour à Christ. Arrêter de s’enivrer avec du vin, que les femmes et les hommes retrouvent une relation irrépréhensibles devant Dieu. C’est par des actes sanctifiés que l’on peut alors changer les temps, et les rendre plaisant plutôt que d’attirer à soi le malheur. L’apôtre aurait pu dire d’ailleurs : « bénissez vos jours plutôt que de les maudire en faisant le mal ».

Rachetez, c’est payer le prix. On paye le prix en se rachetant une conduite (comme cette expression du début du XXème siècle le montre) : Se racheter une conduite, c’est stopper ses mauvaises actions et les remplacer par de bonnes. Voilà le sens de racheter le temps.

 

LE TEMPS REVELE LE BIEN & LE MAL

 

Alors le temps a une fonction principale que Dieu aime ; « Car Dieu amènera toute œuvre en jugement, au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal. » (Ecclésiaste 12 :14) : le temps révèle toute chose.

Il révèle en premier le bien et le mal que nous avons fait ou que nous avons désiré faire, tout ce que nous avons effacé, pardonné comme tout ce que nous avons retenu ; et surtout dans un deuxième temps, il montre le degré de châtiment ou de récompense que nous méritons.

 

LE TEMPS ARRETE

 

Donc le temps qui passe peut être porteur de lumière comme de ténèbres. Croire que le bonheur consiste souvent à ne pas voir le temps passer est à la fois vrai et faux.

Ne pas voir le temps passer n’est pas si intéressant que cela parait, surtout s’il dévoile un refuge, une fuite, une volonté d’échapper à la culpabilité.

Car dans ce cas, c’est vouloir tuer le temps.

Combien de chrétiens sont dans cette forme de déni et pensent que la suractivité les rendra plus fort que le temps, ce temps qui les ramène, malgré eux vers un passé triste ou un avenir angoissant.

Parce que l’activité accapare, elle centralise le temps autour d’elle. On est pris dans un tourbillon. Et il y a alors besoin d’un temps pour autre chose. Un temps pour se reposer et regarder ce qu’on a fait et comment, avec quel cœur nous l’avons fait.

Exode 34 :21 « Tu travailleras six jours, et tu te reposeras le septième jour; tu te reposeras, même au temps du labourage et de la moisson ».

Ce temps arrêté, c’est le sabbat. Il n’est pas nécessaire, il est indispensable.

Le repos fait prendre conscience. Il fait remonter à la conscience la nature réelle de ses actes. Le rituel qui allait avec le sabbat avait cette vocation, à redonner du sens à la semaine passée. Avec quel sens de la justice avons-nous fait notre travail ? Est-ce que nous nous sommes sentis exploité ou est-ce que nous avons profité du système ?

De quels types ont été nos problèmes ? Quels ont été nos réactions, nos emportements ; nos changements d’humeur ont-ils révélé des mauvais penchants que nous devons faire disparaitre, en les brûlant sur l’autel du sacrifice? Que vais-je pouvoir offrir de moi-même comme offrande à mon Dieu d’une agréable odeur?

Ce moment du sabbat est une célébration lorsque nous prenons vraiment la mesure de notre vie. C’est pourquoi il est si nécessaire de s’arrêter un jour de la semaine pour se laisser ce temps à la méditation, à la réflexion et par conséquent à la prière.

C’est ainsi que Dieu nous  montre comment arrêter le temps d’un point de vue spirituel.

Arrêter le temps signifie : arrêter la progression du mal… Et célébrer le bien, l’amour de Dieu et sa justice.

Là aussi ce n’est pas par obligation que ce temps arrêté doit nous amener à faire des bilans, mais c’est en aimant sanctifier la vérité que ce temps mis à part créé de l’exultation, une joie qu’on ne peut contenir. Un disciple de Christ adore son Dieu dans la vérité.

Je le dis : arrêter le temps sanctifie la vérité.

Lorsque nous sanctifions la vérité, tout devient transparent dans nos vies (nos peurs, nos doutes, nos manquements, tout remonte à la surface, comme aussi les portes que Dieu a ouvertes, celles qu’il a fermée, les situations favorables qu’il a provoquées). La louange peut alors véritablement s’exercée.

 

LE TEMPS REVELATEUR DU DESIR ET DU BESOIN

 

Mais le temps a aussi une autre fonction que révèle le texte biblique.

Pour en revenir à ma question du départ sur Adam et Ève, Dieu a attendu que Adam soit attristé par sa solitude, qu’elle lui pèse pour créer Ève.

Le sentiment de solitude possède une vertu : celle de désirer un vis-à-vis à s’occuper, une compagne à protéger, plus même : de l’amour à donner et à recevoir. Les animaux créés avant Ève ne suffisaient pas. L’intimité n’était pas assez proche. Il fallait un être semblable à l’homme et à Dieu, donc qu’il parle lui aussi. Le temps a créé ce besoin. Et c’est ce besoin de l’autre que Dieu à trouver bon (aimer autrui comme soi-même, cela ne vous fait-il pas penser à un commandement du Seigneur ?)

 De la même manière, que s’il n’y a pas de ténèbres, il n’y a pas besoin de lumière, Et bien s’il n’y a pas de désir, il ne peut y avoir d’amour. Le temps est le révélateur du désir comme du besoin.

Le désir ardent est une des caractéristiques de l’attente de la révélation des fils de Dieu (Romains 8 :19) ; mais aussi Dieu savoure cette attente.

Notre Seigneur désire ardemment partager cette révélation avec toute sa création. 

D’ailleurs, Dieu ne souhaite pas que nous l’aimions pour ce qu’il est (notre créateur, notre sauveur, notre protecteur) il veut que nous ayons besoin de l’aimer avant tout. Que ce désir soit brûlant en nous.

Et le temps favorise cette impression d’un vide à combler par Dieu ; d’un amour que lui seul peut nous donner.

 

LA FOI ELIMINE LE TEMPS

 

Ce que j’ai compris aussi, c’est que sans le temps, il n’y a aurait pas besoin de la foi.

Tous nos désirs seraient obtenus instantanément. Mais la foi demande au croyant d’enlever au temps son rôle de juge.

Puisque la foi c’est croire à l’accomplissement de sa prière sans attendre sa réalisation et faire comme si nous l’avions déjà reçue. C’est d’un point de vue spirituel ne plus tenir compte de la révélation du temps.

La foi ne s’embarrasse plus, du temps. Pourquoi ?

Parce qu’elle considère que le résultat ne peut être autre chose que du bien, autre chose que la volonté de Dieu où tout concoure à notre bien. Voilà pourquoi la foi enlève au temps son rôle de juge.

La foi fait que le temps ne vient plus nous tourmenter dans notre mémoire du passé comme dans la peur de l’avenir. La foi c’est tout est bien et juste en Christ, peu importe ce que le temps va révéler.

 

LA PATIENCE VERTU DE L’ESPRIT

 

Jésus a beaucoup parlé d’un temps accompli. Et lui-même a accompli le temps qu’il avait pour faire toutes les œuvres que son Père lui avait confiées.

Par conséquent, sans une foi qui persévère dans le temps, nous ne pouvons plaire à Dieu. C’est contradictoire et en même temps si vrai, mais un disciple mature, parfait, (teleios en grec) c’est un disciple qui a su ne pas s’encombrer du temps pendant une longue durée.

Sa patience est sans limite parce que le temps n’agit plus sur lui. Il n’est empressé que par une seule chose : plaire à Dieu. Et donc, son temps n’est plus un handicap, c’est un joyau de la couronne de vie, cette couronne qui montrera qu’il a supporté patiemment la tentation tout en agissant selon la vitesse que l’inspiration de Dieu lui donne.

 

LE TEMPS FAIT GRANDIR L’AMOUR

 

Mais la foi ne serait-elle pas soumise à l’amour ?

Sans cette foi-là, notre amour pour Dieu ne pourrait atteindre sa maturité. Comme l’amour durera toujours, c’est lui la référence : l’amour. Le temps existe pour que l’amour naisse, croisse et atteigne sa maturité. La fleur comme le disciple doit être semé dans une bonne terre, ils doivent être arrosés puis tous deux doivent croitre et éclore.

Dieu est amour. Il a besoin du temps pour que nous croissions en amour et par conséquent, comme nous ne faisons qu’un avec lui, que lui aussi croisse dans cet amour. Le temps le fait grandir avec ses fils.

Tout comme l’univers ils seront éternellement en expansion.

Alors pour finir, Pourquoi Dieu s’est-il donné autant de temps pour accomplir son œuvre ? (son œuvre qui est en priorité de racheter les perdus)

Parce que le temps montre la valeur de son amour pour nous.

Le temps laisse à l’homme tellement d’opportunités pour revenir de ses mauvaises voies.

Moïse demande à Dieu la chose suivante : «Enseigne nous à bien compter nos jours » (Psaume 90 :12)

L’enseignement à retenir c’est : de ne jamais perdre une seule journée à s’égarer et à s’éloigner de Dieu ; et, si des jours sont mauvais, les compter aide pour les racheter par une bonne conduite.

Car comme l’écris l’apôtre Pierre dans sa deuxième lettre : « Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance ».

Amen