dimanche 26 juillet 2026

LA SOLITUDE DU CROYANT : UNE FAIBLESSE ou UNE FORCE ?

628

Par Eric Ruiz

 

Dans ces temps difficiles nous constatons, un monde empreint de lourdes conséquences du réchauffement climatique : Des hectares de terrains brûlés, des maisons calcinées, des entreprises, des écoles, des églises réduites en cendre.


Mais il existe aussi un autre phénomène tout aussi dévastateur et silencieux : au sein même des assemblées chrétiennes, beaucoup souffrent d'une profonde solitude. Ils ne la manifestent pas forcément en se plaignant et en gémissant ; La plupart restent discrets et pudiques sur leur souffrance mais leur quotidien est teinté d’un sentiment d’isolement et d’abandon. Les autres autour d’eux, aussi nombreux soient-ils n’apparaissent plus comme des soutiens avec qui ils échangent de bons moments mais ils passent pour des étrangers.

 

Pourtant les prédicateurs ont bien insisté sur le fait que rester seul et isolé est négatif pour l’être humain et qu’il a besoin de communion fraternelle. Car c’est là qu’il y puise sa force.  La preuve : Dieu a trouvé qu’il n’était pas bon à Adam d’être seul et il a créé Eve. « Je lui ferai une aide semblable à lui. » (Genèse 2 :18).

A partir de là, il y a inconsciemment comme une doctrine gravée dans le cœur du croyant. Et ces mots résonnent alors : « Il n’est pas bon que je me retrouve seul. Je dois me retrouver avec ceux qui sont semblables à moi ». La volonté de Dieu est que je sois le plus possible en communion avec des frères et des sœurs.

Là aussi ce commandement n’existe pas. Ce qui existe est ce que nous ressentons et désirons au fond de nous. Les sentiments sont là pour nous inciter à faire le bien. Un chrétien qui vit seul et qui n’en souffre pas pourquoi serait-il soumis à une loi sociale ?

Pèche-t-il pour autant ?

Tout chrétien sait pertinemment que la communion fraternelle est un atout majeur dans la vie du disciple, pour sa formation, afin d’atteindre un niveau de maturité supérieur. Mais même en sachant cela, il peut éprouver un sentiment profond de solitude au sein de son assemblée. Et se sentir impuissant face à cette situation. Alors, insister sur les bienfaits de la communion ne fera qu’accentuer sa frustration comme aussi amplifier un sentiment de culpabilité.

Parce que, la solitude n’est pas juste le fait de se retrouver isolé des autres êtres humains, c’est aussi un état involontaire et douloureux qui est lié à un manque de liens sociaux profonds.

Profonds oui, parce que les gens seuls, expriment souvent leur souffrance en blâmant la superficialité des autres.

Ils arrivent à l’Eglise et les seuls échanges qu’ils ont, c’est : « bonjour mon frère, bonjour ma sœur, comment vas-tu ? Que le Seigneur te bénisse ». Et ils ont quelques échanges sur le temps qu’il fait, l’actualité et sur quelques autres banalités.

 Se sentir exister, passe par une relation d’échange avec l’autre, où l’on se réjoui, où l’on ri, on plaisante, où l’on parle de ses petits moments de vie, parfois de ses doutes, ou de ses espérances ; où l’on se surprend à avoir des idées communes sur un sujet. Où l’on a le sentiment d’être compris et écouté. Et, ce n’est pas forcément toujours avoir une relation sérieuse sur des sujets profonds. Mais c’est reconnaître la personnalité de l’autre, en partageant avec lui des moments simples. La solitude vécue à deux est un lourd fardeau tandis que la solitude vécue seule ne l’est pas forcément.

Le problème est que la solitude est confondue avec l'isolement. Alors elle rime très souvent avec tristesse, passivité et découragement. Mais cette solitude là est subie. Elle est mal vécue. Or, la solitude comme l'isolement peuvent être aussi très différentes.

 

La solitude n’est pas toujours visible de l’extérieur, mais c’est toujours un état d’âme. Elle se vit intérieurement et non de façon visible, isolée du monde. Elle apporte calme, réflexion, méditation et liberté d'action. La solitude est très bonne conseillère.

 

Or, je reviens sur la loi de la communion fraternelle. Elle n’est pas la panacée. C’est au Saint-Esprit encore une fois de déterminer le moment, le lieu et les frères qui seront vos conducteurs. La loi c’est justement qu’il n’y en a pas. Dans Matthieu 3 :15 Jésus qui rencontre Jean le baptiste pour la première fois va lui montrer la porte du lâcher prise : « Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste. Et Jean ne lui résista plus. ».

 

Le plus important est que nous ne résistions plus au Saint-Esprit. C’est lui le chef, c’est lui qui est notre première communion fraternelle.

Si l’on s’en tient aux Ecritures, force est de constater que beaucoup de personnages ont forgé leur foi dans la solitude et même plus dans un isolement complet. La consécration se forge dans le désert des relations sociales.

Si l’on se réfère à la vie d’Elie le Thisbite. Ce prophète a vécu dans un isolement social total. Sous l’ordre de Dieu, il est allé se réfugier au torrent de Kerrith. Le chapitre 17 du premier livre des Rois est édifiant à ce sujet. La seule relation évoquée est celle qu’il a eut avec le roi d’Israël Achab. Elie lui a prophétisé trois années de sécheresse. A partir de là, Elie n’était plus le bienvenu en Israël. Il est donc resté près d’un torrent jusqu’à son asséchement. On peut estimer qu’il a dû rester au moins un an dans ce lieu aride avant de se retrouver face à la veuve de Sarepta et à son fils et qu’un miracle naisse de cette relation.

Alors c’est vrai que tout croyant n’est pas appelé à vivre ce que Elie a vécu. Car tout le monde n’est pas appelé à être prophète. Mais ne croyez vous pas que la consécration d’un disciple passe nécessairement par une phase où la relation sociale est interrompue ?

Ce qui est intéressant avec Elie, c’est qu’il n’a été nourri que par Dieu. Il lui envoie sa nourriture par des corbeaux. La dépendance totale envers Dieu est bien souvent une réalité concrète en même temps qu’une réalité spirituelle.

Lorsque Jésus fut tenté au désert par le diable, le fils de Dieu lui dit ces mots si connus : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. ». Alors que justement Jésus de Nazareth n’a pas de pains, et que la nourriture est absente.

Le meilleur moyen pour discerner que la Parole de Dieu est supérieure à toute nourriture n’est-ce pas pendant un manque de nourriture ?

Comme, n’est-ce pas au moment où nous soufrons d’une maladie que nous apprécions le mieux la santé ?

Pour David sa consécration est la même.

Le Psaume 63 commence ainsi : «  Lorsqu'il était dans le désert de Juda. (63:2) O Dieu! tu es mon Dieu, je te cherche; Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau ». 

Là aussi quelle similitude entre sa soif de Dieu et le désert sans eau. Et quoi penser lorsque David évoque la louange. « Mes lèvres célèbrent tes louanges. Je te bénirai donc toute ma vie, J'élèverai mes mains en ton nom. Mon âme sera rassasiée comme de mets gras et succulents, Et, avec des cris de joie sur les lèvres, ma bouche te célébrera. ».

Cet état de manque d’eau et de nourriture pousse David encore plus à la louange. Ses cris de joies le font tressaillirent à l’idée de célébrer son Dieu quand il sera rassasié.

Ce qui est remarquable ici, c’est le contraste qu’il peut y avoir avec nos assemblées. Le chrétien bien souvent ne manifeste des cris de joies et des mains tendues vers le ciel, qu’au milieu d’un groupe de croyants réunis dans une église ; et qui plus est ils ne sont ni assoiffés, ni manquant de nourriture. Et là cette manifestation se fait au milieu d’un désert, là où tout est absent sauf l’essentiel : Dieu. Et curieusement, c’est là que David éprouve le plus de joie à être en communion avec Dieu.

La solitude n’est ni une faiblesse, ni une force mais pour un disciple elle est un accomplissement. Alors, coupons encore une fois avec le dogme chrétien qui consiste à toujours mettre en avant ce qui rapporte : cette fameuse richesse, Mammon. la communion fraternelle est une manne pour les Eglises. Elle cache malheureusement trop d’intérêts divergents. C’est pourquoi elle résiste à Dieu.

La communion fraternelle est évidemment très importante, (et loin de moi l’idée de la combattre) mais ce n’est pas une fatalité. Laissons le choix à Dieu et ne lui résistons pas en mettant en avant une loi qu’il n’a jamais (oh combien jamais) promulguée.

 C’est Dieu qui a amené Elie au Torrent de Kerrith, C’est Dieu qui a amené David dans le désert de Juda. C’est Dieu pareillement qui peut nous emmener dans un désert au sens naturel comme spirituel.

La volonté de Dieu s’exprime ainsi : Dieu provoque les situations d’isolement pour mieux nous consacrer.

J’avais dit il y a quelques années dans un message, que le jeûne n’est pas forcément une décision volontaire de notre part, mais qu’il viendra un jour où jeûner sera provoqué par les circonstances de la vie.

Celle ou celui qui ne vit pas de la parole de Dieu, alors qu’il s’est engagé dès son baptême à le faire, sera un jour contraint malgré lui à le louer pour sa parole Pourquoi ? Parce que dans ce désert, là il aura tout perdu. Mais sa louange sera parfaite.

 Ce qui peut paraitre un terrible échec, un terrible châtiment peut être en réalité une occasion de salut, l’occasion de se consacrer pleinement à Dieu. Ce qui est visible cache parfois la vérité et c’est pourquoi juger est si aléatoire et vain.

Alors ne jugeons pas celui qui n’a pas de communion  mais aussi ne nous plaignons pas de notre sort, si nous sommes isolés ou si nous nous sentons abandonnés. Mais cherchons la volonté de Dieu en tout temps. Ses promesses ne changent pas ; Ses bénédictions non plus. C’est lui seul notre chemin. Mais notre chemin n’est pas forcément le même que notre frère ou que notre sœur ont pris. Ayons dans le cœur cette parole de Jésus : « Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste. ».

 Jean le Baptiste n’avais pas l’intention de baptiser Jésus. Sa justice l’en dissuadait. Mais les voies de Dieu ne sont pas les nôtres. Jean devait (comme nous-mêmes devons aussi le faire), laisser Dieu agir et changer ses faux principes et ses mauvaises convictions.

Si dans ta vie les circonstances t’amènent à déménager loin de tes frères, si les circonstances t’amènent à t’isoler, à te priver de communion fraternelle, ne résiste pas car il est convenable que tu accomplisses ce qui est juste. De même si tu vois ton frère où ta sœur prendre un chemin différent qui n’est pas du tout celui que tous ont pris ne le juge pas comme un païen ou un hérétique. Il n’a pas abandonné la foi, il accomplit juste une œuvre différente de la tienne.

 

La solitude qui fait de toi un solitaire ne s'oppose pas à la communion fraternelle. Elles ont toutes les deux leur intérêt et leur propre chemin. En fait on ne choisit pas l’un ou l’autre. C’est Christ qui est à la tête de ces deux chemins pour ceux qui l'aiment et qui font sa volonté. Vouloir les opposer, c'est vouloir mettre des liens et des fardeaux sur celles et ceux qui œuvrent pour la justice. C’est vouloir imposer une justice différente de celle de Dieu.

 

Mes frères et sœurs, nous vivons des temps où parmi nous certains devront rester d’autres partir, certains se retrouverons isolés d’autres viendront se joindre à vous. Laissons faire le Saint-Esprit ; c’est lui qui accomplit son œuvre à travers nous. Tout est bon pour notre consécration et notre croissance en lui.

Amen

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire