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Par Eric Ruiz
Dans ces temps difficiles nous constatons, un monde empreint de lourdes conséquences du réchauffement climatique : Des hectares de terrains brûlés, des maisons calcinées, des entreprises, des écoles, des églises réduites en cendre.
Mais il existe aussi un autre phénomène tout aussi dévastateur et silencieux : au sein même des assemblées chrétiennes, beaucoup souffrent d'une profonde solitude. Ils ne la manifestent pas forcément en se plaignant et en gémissant ; La plupart restent discrets et pudiques sur leur souffrance mais leur quotidien est teinté d’un sentiment d’isolement et d’abandon. Les autres autour d’eux, aussi nombreux soient-ils n’apparaissent plus comme des soutiens avec qui ils échangent de bons moments mais ils passent pour des étrangers.
Pourtant
les prédicateurs ont bien insisté sur le fait que rester seul et isolé est
négatif pour l’être humain et qu’il a besoin de communion fraternelle. Car
c’est là qu’il y puise sa force. La
preuve : Dieu a trouvé qu’il n’était pas bon à Adam d’être seul et il a
créé Eve. « Je lui ferai une
aide semblable à lui. »
(Genèse 2 :18).
A partir de là, il y a inconsciemment comme
une doctrine gravée dans le cœur du croyant. Et ces mots résonnent alors :
« Il n’est pas bon que je me
retrouve seul. Je dois me retrouver avec ceux qui sont semblables à moi ».
La volonté de Dieu est que je sois le plus possible en communion avec des
frères et des sœurs.
Là aussi ce commandement n’existe pas. Ce qui
existe est ce que nous ressentons et désirons au fond de nous. Les sentiments
sont là pour nous inciter à faire le bien. Un chrétien qui vit seul et qui n’en
souffre pas pourquoi serait-il soumis à une loi sociale ?
Pèche-t-il pour autant ?
Tout chrétien sait pertinemment que la communion
fraternelle est un atout majeur dans la vie du disciple, pour sa formation,
afin d’atteindre un niveau de maturité supérieur. Mais même en sachant cela, il
peut éprouver un sentiment profond de solitude au sein de son assemblée. Et se
sentir impuissant face à cette situation. Alors, insister sur les bienfaits de
la communion ne fera qu’accentuer sa frustration comme aussi amplifier un
sentiment de culpabilité.
Parce que,
la solitude n’est pas juste le fait de se retrouver isolé des autres êtres
humains, c’est aussi un état involontaire et douloureux qui est lié à un manque de liens sociaux profonds.
Profonds
oui, parce que les gens seuls, expriment souvent leur souffrance en blâmant la
superficialité des autres.
Ils
arrivent à l’Eglise et les seuls échanges qu’ils ont, c’est : « bonjour mon frère, bonjour ma sœur, comment
vas-tu ? Que le Seigneur te bénisse ». Et ils ont quelques
échanges sur le temps qu’il fait, l’actualité et sur quelques autres banalités.
Le problème est que la solitude est confondue
avec l'isolement. Alors elle rime très souvent avec tristesse, passivité et
découragement. Mais cette solitude là est subie. Elle est mal vécue. Or, la
solitude comme l'isolement peuvent être aussi très différentes.
La
solitude n’est pas toujours visible de l’extérieur, mais c’est toujours un état
d’âme. Elle se vit intérieurement et non de façon visible, isolée du monde.
Elle apporte calme, réflexion, méditation et liberté d'action. La solitude
est très bonne conseillère.
Or, je
reviens sur la loi de la communion fraternelle. Elle n’est pas la panacée. C’est au
Saint-Esprit encore une fois de déterminer le moment, le lieu et les frères qui
seront vos conducteurs. La loi c’est justement qu’il n’y en a pas. Dans Matthieu
3 :15 Jésus qui rencontre Jean le baptiste pour la première fois va lui montrer
la porte du lâcher prise : « Laisse
faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce
qui est juste. Et Jean ne lui résista plus. ».
Le plus important est que nous ne résistions plus au
Saint-Esprit. C’est lui le chef, c’est lui qui est notre première communion
fraternelle.
Si l’on s’en tient aux Ecritures, force est de constater
que beaucoup de personnages ont forgé leur foi dans la solitude et même plus
dans un isolement complet. La
consécration se forge dans le désert des relations sociales.
Si l’on se réfère à la vie d’Elie le Thisbite. Ce prophète a vécu dans un isolement social total. Sous l’ordre de Dieu, il est allé se réfugier au torrent de Kerrith. Le chapitre 17 du premier livre des Rois est édifiant à ce sujet. La seule relation évoquée est celle qu’il a eut avec le roi d’Israël Achab. Elie lui a prophétisé trois années de sécheresse. A partir de là, Elie n’était plus le bienvenu en Israël. Il est donc resté près d’un torrent jusqu’à son asséchement. On peut estimer qu’il a dû rester au moins un an dans ce lieu aride avant de se retrouver face à la veuve de Sarepta et à son fils et qu’un miracle naisse de cette relation.
Alors c’est vrai que tout croyant n’est pas appelé à vivre
ce que Elie a vécu. Car tout le monde n’est pas appelé à être prophète. Mais ne
croyez vous pas que la consécration d’un disciple passe nécessairement par une
phase où la relation sociale est interrompue ?
Ce qui est intéressant avec Elie, c’est qu’il n’a été
nourri que par Dieu. Il lui envoie sa nourriture par des corbeaux. La
dépendance totale envers Dieu est bien souvent une réalité concrète en même
temps qu’une réalité spirituelle.
Lorsque Jésus fut tenté au désert par le diable, le fils de
Dieu lui dit ces mots si connus : « L'homme ne vivra pas de pain
seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. ».
Alors que justement Jésus de Nazareth n’a pas de pains, et que la nourriture
est absente.
Le meilleur
moyen pour discerner que la Parole de Dieu est supérieure à toute nourriture
n’est-ce pas pendant un manque de nourriture ?
Comme, n’est-ce pas au moment où nous soufrons d’une maladie que nous
apprécions le mieux la santé ?
Pour David sa consécration est la même.
Le Psaume 63 commence ainsi : « Lorsqu'il était dans le désert
de Juda. (63:2) O Dieu! tu es mon Dieu, je te cherche; Mon âme a soif de toi,
mon corps soupire après toi, Dans une terre aride, desséchée, sans eau ».
Là aussi quelle similitude entre sa soif de Dieu et le désert sans eau. Et
quoi penser lorsque David évoque la louange. « Mes
lèvres célèbrent tes louanges. Je te bénirai donc toute ma vie, J'élèverai mes
mains en ton nom. Mon âme sera rassasiée comme de mets gras et succulents, Et,
avec des cris de joie sur les lèvres, ma bouche te célébrera. ».
Cet état de manque d’eau et de nourriture pousse David encore
plus à la louange. Ses cris de joies le font tressaillirent à l’idée de
célébrer son Dieu quand il sera rassasié.
Ce qui est remarquable ici, c’est le contraste qu’il peut y avoir avec nos assemblées. Le chrétien bien souvent ne manifeste des cris de joies et des mains tendues vers le ciel, qu’au milieu d’un groupe de croyants réunis dans une église ; et qui plus est ils ne sont ni assoiffés, ni manquant de nourriture. Et là cette manifestation se fait au milieu d’un désert, là où tout est absent sauf l’essentiel : Dieu. Et curieusement, c’est là que David éprouve le plus de joie à être en communion avec Dieu.
La
solitude n’est ni une faiblesse, ni une force mais pour un disciple elle est un
accomplissement. Alors, coupons encore une fois avec le dogme
chrétien qui consiste à toujours mettre en avant ce qui rapporte : cette
fameuse richesse, Mammon. la communion fraternelle est une manne pour les
Eglises. Elle cache malheureusement trop d’intérêts divergents. C’est pourquoi elle
résiste à Dieu.
La communion fraternelle est évidemment très importante, (et loin de moi
l’idée de la combattre) mais ce n’est pas une fatalité. Laissons le choix à
Dieu et ne lui résistons pas en mettant en avant une loi qu’il n’a jamais (oh
combien jamais) promulguée.
C’est Dieu qui a amené Elie au Torrent
de Kerrith, C’est Dieu qui a amené David dans le désert de Juda. C’est Dieu
pareillement qui peut nous emmener dans un désert au sens naturel comme
spirituel.
La volonté de Dieu s’exprime ainsi : Dieu provoque les situations d’isolement pour mieux
nous consacrer.
J’avais dit il y a quelques années dans un message, que le jeûne n’est pas
forcément une décision volontaire de notre part, mais qu’il viendra un jour où
jeûner sera provoqué par les circonstances de la vie.
Celle ou celui qui ne vit pas de la parole de Dieu, alors qu’il s’est engagé
dès son baptême à le faire, sera un jour contraint malgré lui à le louer pour
sa parole Pourquoi ? Parce que dans ce désert, là il aura tout perdu. Mais
sa louange sera parfaite.
Ce qui peut paraitre un terrible échec, un terrible châtiment peut être en réalité une occasion de salut, l’occasion de se consacrer pleinement à Dieu. Ce qui est visible cache parfois la vérité et c’est pourquoi juger est si aléatoire et vain.
Alors ne jugeons pas celui qui n’a pas de communion mais aussi ne nous plaignons pas de notre
sort, si nous sommes isolés ou si nous nous sentons abandonnés. Mais cherchons
la volonté de Dieu en tout temps. Ses promesses ne changent pas ; Ses
bénédictions non plus. C’est lui seul notre chemin. Mais notre chemin n’est pas
forcément le même que notre frère ou que notre sœur ont pris. Ayons dans le
cœur cette parole de Jésus : « Laisse faire maintenant, car il est
convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste. ».
Jean le Baptiste n’avais pas l’intention de baptiser Jésus.
Sa justice l’en dissuadait. Mais les voies de Dieu ne sont pas les nôtres. Jean
devait (comme nous-mêmes devons aussi le faire), laisser Dieu agir et changer ses
faux principes et ses mauvaises convictions.
Si dans ta vie les circonstances
t’amènent à déménager loin de tes frères, si les circonstances t’amènent à
t’isoler, à te priver de communion fraternelle, ne résiste pas car il est
convenable que tu accomplisses ce qui est juste. De même si tu vois ton frère
où ta sœur prendre un chemin différent qui n’est pas du tout celui que tous ont
pris ne le juge pas comme un païen ou un hérétique. Il n’a pas abandonné la
foi, il accomplit juste une œuvre différente de la tienne.
La solitude qui fait de toi un solitaire ne s'oppose pas à la
communion fraternelle. Elles ont toutes les deux leur intérêt et leur propre
chemin. En fait on ne choisit pas l’un ou l’autre. C’est Christ qui est à la
tête de ces deux chemins pour ceux qui l'aiment et qui font sa volonté. Vouloir
les opposer, c'est vouloir mettre des liens et des fardeaux sur celles et ceux
qui œuvrent pour la justice. C’est vouloir imposer une justice différente de
celle de Dieu.
Mes frères et sœurs, nous vivons des
temps où parmi nous certains devront rester d’autres partir, certains se
retrouverons isolés d’autres viendront se joindre à vous. Laissons faire le
Saint-Esprit ; c’est lui qui accomplit son œuvre à travers nous. Tout est
bon pour notre consécration et notre croissance en lui.
Amen

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