dimanche 19 juillet 2026

AMEN : UN SENS BEAUCOUP PLUS PROFOND QUE CELA EN A L'AIR

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Par Eric Ruiz

 

1-     L'Amen superficiel des réseaux et des assemblées

 

Je vois sur les réseaux sociaux des appels à dire « Amen » pour tout.


On dit « Amen » pour être d’accord avec une bénédiction, par exemple : « Oublie ton passé et concentre-toi sur ton avenir. Le meilleur est devant toi. Ecris » « Amen » si tu es d’accord avec cette prophétie. Et cela va même jusqu’à demander : « Que le Seigneur bénisse tous ceux qui écrivent « Amen ». Amen

On pourrait rétorquer : oui mais ça se sont les réseaux sociaux. Ils exagèrent beaucoup les choses et ils ne cherchent qu’à faire le buzz.

Et dans les Eglises les croyants sont-ils moins superficiels ?

A chaque fin de phrase du prédicateur, les voilà scandant le fameux mot « Amen ».

Le prédicateur, lui aussi est sur la promotion de ce mot. Combien de fois ai-je entendu : « Je veux des Amen pour notre Dieu» ou encore : « Etes vous avec moi, dites Amen, cela montre que vous me suivez attentivement ! » Et l’assemblée s’exécute comme un holà de spectateurs conquis et enflammés pour leur équipe de football.

 

Amen : c’est un mot universel, le seul mot qui se dit ainsi quelles que soit les langues et les peuples. Un mot hébreu qui porte le sens de : « ainsi soit-il ou qu’il en soit ainsi» ; Et pour le commun des croyants c'est une réponse pour marquer l'accord à ce qui vient d'être dit.

La dérive apparaît comme une évidence : l’accord est avec le prédicateur plus qu’avec le contenu profond de son enseignement.

C’est d’abord un témoignage de fidélité et de confiance envers son prédicateur avant, bien avant d’être celui de la fidélité divine.

C’est encore une fois la créature qui est honorée avant le créateur.

 

Mais est-ce le sens de ce mot ? Est-il aussi superficiel lui aussi ?

Voyez-vous,  je parle de fidélité car dans le mot Amen il y a la racine hébraïque « emounah » qui a trait directement à la confiance, à la foi, à l’attachement à Dieu.

 

On retrouve le mot « Amen » associé aux lois promulguées par Moïse au peuple ; et c’est la formule qui termine chaque loi : 12 au total dans le chapitre 27 du livre du Deutéronome  se présentent sous la forme : « Et tout le peuple dira Amen ! ». A chaque commandement est associé le mot amen :

 

« Maudit soit celui qui méprise son père et sa mère! -Et tout le peuple dira: Amen. Maudit soit celui qui déplace les bornes de son prochain! -Et tout le peuple dira: Amen »

 

2-     La racine d'un engagement : Amanah et l'Alliance

 

Il ne s’agissait pas bien-sûr de répéter ce mot bêtement à la fin de chaque commandement, comme un tic de langage.

Amen ici porte le sens de l’alliance puisque la racine hébraïque «  Amanah «  évoque un pacte, d’une alliance souvent écrite et faite entre deux parties. La loi est l’alliance faite entre Dieu et le peuple hébreu ; Il est à noté qu’ici Moïse donne des lois qui seront écrites sur des pierres après avoir passées le Jourdain.  L’alliance est un contrat  ou chaque partie s’engage à respecter les termes. Ici l’engagement de la Torah est sacré. Et ce n’est pas anodin de commencer la loi par la malédiction avant d’entrevoir la bénédiction. La loi commence par : « maudit soit celui ». Le législateur insiste sur les conséquences de la rupture du contrat. Ce qui veut dire qu’en méprisant ses parents, en déplaçant les bornes, je romps mon contrat avec Dieu. Le mot Amen sert alors de signature. C’est un cachet d’authenticité.

En rompant l’accord je m’expose au châtiment qui va avec. En méprisant mes parents, par exemple, mes jours sur terre se raccourciront. En déplaçant les bornes de mon prochain, Dieu répand sa colère comme un torrent (Osée 5 :10).

Parmi le peuple, ceux qui n’étaient pas au clair avec la Torah devait avoir la voix tremblotante en prononçant le mot Amen ; Car ils savaient à quoi ils s’exposaient vraiment.

De nos jours, la responsabilité qui va avec ce mot a quasiment disparue. La grâce aurait comme par magie enlevée toute responsabilité au disciple de Jésus. Avec ironie je dirais que le sang de notre sauveur le rendrait immaculé. Nous devrions tous être vigilants pour éviter de prononcer de vaines paroles en disant Amen à toutes les sauces. Ainsi nous devrions bien mesurer notre prière, comme bien évaluer à quoi nous nous engageons à la suite d’une parole de Dieu. Lorsqu’on me présente un contrat où une somme d’argent très importante y figure, je ne signe pas à la va vite. Je reprends chaque partie du contrat et j’examine s’il n’y a aucun litige ou une chose que je n’aurai pas compris. Et surtout si je suis en mesure de répondre à chaque exigence du contrat.

Jésus dit à celui qui veut présenter son offrande d’aller se réconcilier avec son frère avant. Eh bien pour dire Amen à sa prière ou à une parole, Dieu nous demande avant, d’examiner si nous sommes en capacité d’y répondre.

 

3-     Le Notre Père : Un contrat à double signature

 

Dans la prière du « Notre Père » qui est entre parenthèse l’exemple donné par Jésus à ses disciples, l’Amen à la fin, de cette prière confirme l’acte responsable des deux parties. Pour l’homme, s’il prie « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », Dieu ne s’attend-il pas à ce que celui qui le prie le fasse en premier, sa volonté ? De même : Dieu pardonne nos fautes à la condition que nous pardonnions les fautes de ceux qui nous ont offensé.  Et quand Jésus dit : « Père, c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire » n’est-ce pas aussi un contrat responsable  à double signature? Ne devenons-nous pas chasser les démons qui nous incitent à régner à sa place, qui nous motivent à chercher la puissance et la gloire personnelle ? Si nous avons cette intention profonde, Dieu éloignera le mal et la tentation ne nous fera pas chuter.

 

Mais allons un peu plus loin dans le sens de ce mot hébreu si souvent prononcé dans l’assemblée.

 

4-     Pourquoi Jésus commençait-il par "Amen, Amen"

 

D’abord Jésus le prononçait-il à la fin de ses prières ? Non, jamais il ne l’a fait. Par contre, il lui arrivait de commencer son prêche par « Amen amen je vous le dis ». Aujourd’hui hélas, peu de traductions ont gardé le mot amen. Peut-être parce qu’un mot hébreu dans un texte grec les gênait. Alors les traducteurs ont opté pour le traduire souvent ainsi : « en vérité en vérité je vous le dis ou je te le dis ». Bizarrement, il n’y a que quelques traductions (des Bibles catholiques comme la Bible de Jérusalem, la Liturgique ou la Bible œcuménique Tob), qui gardent le mot original. Ou encore comme avec la Bible Segond (mais là cela reste au choix de l’éditeur).

Pourquoi les traductions qui retirent ce mot hébreu font une grosse erreur ?

Parce que le mot Amen ne se réduit pas à « en vérité », on vient de le voir, car la notion d’engagement personnel n’y figure pas. Là aussi chacun pourrait adhérer plus ou moins à ce que dit Jésus sans y voir un acte de responsabilité. Or, à chaque verset, il y a comme une prise de position spirituelle forte, une alliance qui doit être faite entre l’homme et Dieu. Prenons par exemple :

Jean 3 :3 : « Jésus lui répondit: Amen Amen, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Ici, l’alliance débute à partir du moment où nous naisssons de nouveau. Cette transformation n’a rien d’intellectuel, c’est une onction divine. Une onction qui amène une bénédiction celle de la vie Eternelle.

Jean 6 :47 : « Amen amen, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle. ».

Jean 8 :34 : « Amen amen, je vous le dis, leur répliqua Jésus, quiconque se livre au péché est esclave du péché ». L’alliance divine nécessite une aversion pour le péché.

Jean 12 :24 : » Amen amen, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. ». Le disciple qui porte du fruit s’engage à faire mourir ce qui est périssable en lui.

 

Par conséquent derrière le mot « Amen » il y a cette phrase qui devrait résonner en chaque croyant : « Adhère à cette parole et engage toi corps âme et esprit ».

 

5-     Quand l'Amen devient le véritable Juge

 

Une autre signification qui n’est pas moins profonde :

Jean, dans le livre de l’Apocalypse fait référence à quelqu’un portant le nom « Amen » (c’est Apocalypse 3:14), « Ecris à l'ange de l'Eglise de Laodicée: Voici ce que dit l'Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu ».

Ce verset est clair, il signifie que l’Amen est le sceau de l’authenticité et de la vérité et ce seau est présent dès le départ de la création. Jean 8 :58 : «  Jésus leur dit: Amen amen je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis. ».

C’est le véritable juge qui était là dès le départ, et c’est lui qui  nous déclare menteur ou authentique. Il nous déclare froid, tiède ou bouillant parce qu’il connait nos œuvres. Il sait réellement tout ce que nous faisons de mal comme de bien. Rien ne lui échappe. Et trop souvent notre tiédeur le fait vomir. Cet Amen, ce juge, c’est le Père, le fils et le Saint-Esprit.

Premier exemple : Jean 10 :1 : « Amen amen, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand. ». Le faux témoin contourne la porte en passant ailleurs ; et Dieu le juge. C’est un voleur et un brigand pas un disciple ou un habitant du Royaume de Dieu.

 

Deuxième exemple : l’annonce de celui qui trahit Jésus : « Amen amen, je vous le dis, l'un de vous me livrera. » (Jean 13 :21). ou Troisième exemple : l’annonce du reniement de Simon Pierre, Jean 13 :38 :  « Amen Amen je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m'aies renié trois fois.» ou encore Jean 21 :18 qui annonce une forte épreuve de foi pour Simon Pierre qu’il ne pourra anticiper et conduire lui-même  : « Amen amen, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudrais pas ».

 

En résumé, « Amen » n’a pas le sens aussi simplifié que : «fin de la prière, je suis en accord». Dans la Bible, c'est une déclaration de foi qui peut se résumer ainsi :

 «Je crois, j’adhère, je m’engage, je me repends, Dieu est juge. ».

 

Mais il est à noter que parmi les mouvements chrétiens, certains ne disent plus « Ainsi dit le Seigneur ». Mais ils se sont mis à exercer le ministère de prophètes en doublant le mot Amen en début de phrase (Amen amen). Ils ont considéré que doubler le Amen renforce l’intensité et donne une puissance supplémentaire à la prophétie. La nuance est très importante. Un prophète peut donner une parole de Dieu est dire « Ainsi dit le Seigneur ». Mais commencer par dire Amen amen a un autre sens. Vouloir imiter Jésus commence par comprendre le sens de ce qu’il dit ou fait.

On devient soit même l’Amen. C'est-à-dire que l’on est alors le témoin fidèle et véritable de Dieu. Il faut être un disciple accompli. Or tout prophète n’est pas forcément un disciple accompli. « Le disciple n'est pas plus que le maître; mais tout disciple accompli sera comme son maître. »(Luc 6 :40).

 

6-     Conclusion : Prêts à signer et à dire Amen ?

 

Pour conclure je dirais qu’imiter Jésus est une excellente chose si l’intention est de ne pas tomber dans de vaines paroles. Si l’intention est de connaitre le sens de ce qu’il dit pour faire le bien et non pour se donner des allures pieuses.

Si nous prions : «  Père je te prie de m’aider à faire ta volonté, amen », nous devons considérer que nous sommes prêts à changer des mots, des actes et des intentions qui ne ressortent pas de la volonté divine et que nous avons gardés pour faire ce que nous aimons. Amen demande obligatoirement un sacrifice de notre part. Sommes-nous prêts alors à nous séparer de ce qui est vil et périssable en nous ? A aller même là où on ne voudrait pas aller? C’est un des termes principal du contrat que nous signons avec Jésus-Christ dès le baptême de repentance. Notre Amen porte toujours une responsabilité. Il nous engage à progresser, à croitre en Christ pour atteindre une stature parfaite qui est la sienne. Si nous sommes prêts à nous sacrifier et à diminuer pour Christ, alors nous pouvons dire Amen. Mais si un doute subsiste, le temps n’est pas encore venu de nous engager.  

Ne soyons pas superficiels mais profonds dans notre relation avec le Seigneur.

Que notre Amen soit emprunt de foi, d’authenticité, et d’intégrité envers notre Dieu.

Amen ?

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