dimanche 15 mars 2026

LE SANG DE LA VERITE

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Par Eric Ruiz

 On place souvent la vérité au sommet de nos valeurs, comme l’une des plus grandes beautés de ce monde.

La vérité est belle, et sa quête est élogieuse. Ceux qui la révèlent passent souvent pour des héros. Les scénaristes de cinéma sont friands d’enquêtes policières rondement menées, dévoilant tout le stratagème d’un crime insoupçonné. Les poètes, comme les chrétiens, aiment en parler comme d’un ornement : « La beauté et la vérité se rejoignent toujours, comme deux faces d’une même lumière. » La vérité rime avec entière, sans compromis, pure, sainte, authentique…

Tout cela est vrai. Mais n’est-ce pas seulement une partie du miroir ? Car l’autre face de la vérité est aussi celle qui révèle le mal, et en ce sens elle se couvre de sang. Montrer la vérité, c’est dévoiler les mensonges et tous les actes sanguinaires, meurtriers, cachés derrière des individus qui avaient une apparence angélique, sainte ou bien attentionnée.

La vérité est scandaleuse.

Jésus-Christ crucifié — sa mise à mort puis sa résurrection — dévoile la vérité sur le péché comme sur ses bourreaux : trois stratégies du mal.

1.     Judas Iscariote : un disciple jaloux, lâche et traître.

2.     Des chefs religieux juifs arrogants, animés par une vengeance folle.

3.     Un gouverneur romain, Ponce Pilate, qui se lave les mains d’un sang innocent.

La trahison, la vengeance et l’indifférence : ce sont les trois piliers du monde que la vérité de la Croix a mis à nu.

De nos jours, la vérité paraît ignoble parce qu’elle met en lumière un monde corrompu. Elle dévoile des êtres fourbes et violents : des pédophiles, des traîtres, des extrémistes, des assassins, des êtres abominables sans scrupules.

Nous ne pouvons aimer la vérité et le monde en même temps. Nous choisissons toujours l’un ou l’autre. C’est une question de « marque de la bête ». Si nous choisissons le monde, nous choisissons la marque de la bête ; si nous choisissons la vérité, nous choisissons Jésus-Christ.

Il y a de quoi avoir peur.

Le livre de l’Apocalypse est le livre de la révélation. Ce livre a donc pour vocation de montrer la vérité. Il révèle d’un côté qui est l’agneau, mais aussi qui est la bête, et qui sont ceux qui portent sa marque. Les premiers visés sont des êtres très pieux, ceux-là mêmes qui aiment conquérir et briller devant les autres.

Or, la quête de la vérité n’existe pas avec Dieu : elle ne se conquiert pas. Il n’est pas question de nous donner des indices pour que nous partions en croisade. De même, nous n’avons pas besoin de préparer notre défense face aux accusateurs.

« Quand on vous mènera devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la manière dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz ; car le Saint-Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faudra dire. »
(Luc 12:11-12)

La vérité sortira au moment voulu par le Saint-Esprit.

Relisez le sixième chapitre de l’Apocalypse : c’est l’Agneau qui brise les sceaux et nous montre une vérité effroyable à travers quatre cavaliers.

-Un cavalier blanc qui part au combat pour convertir et qui se croit vainqueur avant même de combattre ;
-un cavalier rouge qui sème la zizanie et la haine et enlève la paix de la terre pour que les hommes s’égorgent ;
-un cavalier noir comme les ténèbres, qui fausse la justice avec deux poids, deux mesures, bourré de conflits d’intérêts ;
un cavalier verdâtre qui porte la couleur de la mort, car il tue par tous les moyens.

Bref, quatre combattants sous l'étendard de la foi animés d’une intention de plus en plus cruelle et criminelle.

·        La vérité : c’est que la course à la sainteté est sanglante et abominable.

Mais même cachée, cette vérité reviendra toujours à la surface, car l’agneau, possède le caractère divin et il tranche complètement avec le caractère religieux borné et méchant qui cachait ses intentions les plus vils jusqu’à là ;  et qui va se trahir en se faisant remarquer. Sa couleur le distingue. La vérité saute aux yeux, même.  Donc ce qui est véritable, se dévoile dans les combats et c’est lui, Dieu qui se charge d’y mettre la lumière. Il met sous nos yeux une réalité choquante. Les Ecritures saintes prennent un relief nouveau. Les emblèmes religieux qu’ils soient chrétiens, juifs, ou musulman, se couvrent de honte et de sang. De quel sang ? Du sang innocent. Et c’est ainsi que pour libérer un peuple de son oppresseur (souvent une minorité) on extermine une grande majorité de personnes. C’est se qui se passe sous nos yeux en 2026 en Israël, en Iran ou au Liban et bien sûr dans plusieurs pays africains. On massacre, on  assassine au nom de la vraie foi, de la sacro-sainte liberté (la démocratie) et de la vengeance.

Les enjeux sont cachés. Les motifs sont mensongers. La convoitise demeure toujours la même : « la richesse » Mammon. Cela n’a jamais changé, c’est l’ADN humain.

L’autre ADN c’est la vengeance. Le peuple saint veut venger la mort d’Abel. C’est un peuple qui se cherche des Caïn. Et la loi de la vengeance démultiplie les crimes. Caïn sera vengé.  Genèse 4 :15 :« L'Eternel lui dit: Si quelqu'un tuait Caïn, Caïn serait vengé sept fois. « La vengeance multiplie les crimes sur des criminels par 7. Faire sa propre justice ne fait qu’empirer les choses et provoquer des génocides.

Regardez le monde aujourd’hui, on tue des innocents parce qu’ils se trouvent sur le chemin de la convoitise (la richesse) et de la vengeance. Le monde c’est donc la richesse et le sang qui va avec. C’est se placer du côté du nombre sans voir qu’il court à sa perte. La vérité c’est boire la coupe de sang de Jésus et accepter d’être pauvre pour lui. Se démunir, c’est se placer du côté de la vérité. C’est se placer du côté du petit nombre, de la solitude. « La vérité ne détruit pas le monde : elle détruit les illusions qui le rendaient supportable. » 

·        Maintenant, La vérité a sa propre tragédie

Chacun un jour ou l’autre est confronté à sa propre vérité. La vérité déshabille l’âme humaine pour la mettre à nue. La philosophe et croyante Simone Weil nous en donne un aperçu spectaculaire : « on ne rentre pas dans la vérité sans avoir passé à travers son propre anéantissement ; sans avoir séjourné longtemps dans un état d’extrême et totale humiliation. ». Tout vrai retour à la réalité passe nécessairement par une vérité tragique.

Lorsqu'Adam entend la voix de Dieu dans le jardin, il dit : « J'ai eu peur...et je me suis caché. » La vérité est ici épouvantable car elle rend la nudité insupportable. Le mensonge était un vêtement confortable ; la vérité le déchire. 

A un moment donné, il faut savoir descendre de son piédestal et accepter d’avoir été la personne qu’on ne voulait surtout pas être, ou la personne qu’on a voulu être faussement.  Cette tragédie est encore plus humiliante si on est passé par un baptême de repentance. Qui aime être dévalué à ses propres yeux à ce point ? Personne. Judas Iscariote ne l’a pas supporté, il s’est donné la mort.

Quant à Saul de Tarse, qui est devenu Paul, il est l’illustration parfaite de cette tragédie intérieure. Sur le chemin de Damas, il tombe aveugle et lorsqu’il retrouve la vue, trois jours plus tard, il reconnait Jésus comme le Messie. Mais quelle tragédie et humiliation a-t-il du vivre, lui qui persécutaient à tors les chrétiens. Lui, qui était venu pour arrêter les prières des disciples de Jésus et en livrer certains autres aux chefs Pharisiens. Le voilà au milieu de ses nouveaux frères honteux de ce qu’il a fait : en croyant sincèrement faire le bien, il s’acharnait à faire le mal. Et cette lumière est terrible. Il doit reconnaître qu’il a livré des innocents, qu’il a combattu le Dieu qu’il croyait servir.

Ce que le Seigneur lui a dit s’accomplit: « Je lui montrerai moi-même tout ce qu’il devra souffrir pour moi. » (Actes 9:16). Cela s’est accomplit à l’instant même où Paul a retrouvé la vue et la foi en Christ. 

Les premiers tonnerres de la foi grondent avec un bruit très inquiétant. Pourquoi cette vérité doit-elle être forcément « tragique » ?

Parce qu’elle révèle : la réalité du mal, notre fourvoiement, notre fragilité, notre propre souffrance ; bref la nécessité de se convertir.

Mais si la vérité divine n’était ornée que de cette face sombre et vomissable. Nous serions nous disciples de Christ tous dépités, découragés, sans motivation. Et là il faut se souvenir que Dieu par son Esprit nous remplit d’une joie et d’une paix parfaites qui nous permettent de supporter cette vérité ; de nous en accommoder et de nous détacher d’elle pour qu’elle ne nous ébranle pas.

« Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, » (Jacques 1 :2)

·        La vérité redevient belle grâce à l’amour

Maintenant ce qui rend la vérité belle, c’est l’amour pur qui y est associé. Quand la vérité rétablit l’amour, alors la place est illuminée de beauté et de splendeur. Par exemple : Lorsqu’une personne qui a subit du mal et de l’injustice se voit justifiée, cette reconnaissance, cette vérité lui met un véritable baume au cœur. A ce moment-là la vérité affranchie. « vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libre. »(Jean 8 :32)

L’amour devient le berceau de la vérité et nous rend libre.

-Pour en revenir à l’apôtre Paul, la vérité, lorsqu’elle s’est associée à l’amour l’a vraiment affranchie. Paul n’a pas été accepté au départ par les disciples de Christ. Il l’a été au moment où les juifs le recherchaient pour le faire mourir. C’est à ce moment-là que la vérité de sa conversion était au plus fort de sa lumière. La haine des juifs confirmait qu'il n'était plus des leurs. Les disciples ont manifesté leur amour pour lui, en le protégeant, en le cachant, en lui sauvant la vie. Le sacrifice des disciples confirmait qu'il était lui désormais l'un d’eux.

 Pour résumer : La vérité est épouvantable pour celui qui court à la sainteté, mais elle est libératrice pour celui qui accepte le brisement. C'est le paradoxe du Christ : la Vérité est une pierre d'achoppement pour les uns, et la pierre angulaire pour les autres. D’un coté le sang de la vérité coule et montre un sacrifice honteux et inutile. Alors que de l’autre le sang coule, mais c’est celui de Christ qui s’est sacrifié pour que son amour nous élève dans la vérité. La vérité nous déshabille pour que Christ puisse nous revêtir ; Comme pour l’apôtre Paul, la vérité a changé son vêtement de honte en vêtement de gloire. Elle nous détruit en tant qu'idoles pour nous restaurer en tant que fils. Et c’est ce que fait Christ pour chacun de nous lorsque nous préférons la nudité causée par une vérité honteuse et humiliante, qu’à la survie du monde où chacun cache sa nudité.

La vérité dévoile en fait le grand plan divin. Dieu est venu racheter des êtres ignobles, scandaleux, prêts à trahir, à se venger, ou insensibles à la misère des autres.

Qui sur cette terre a mérité son rachat ? « Selon qu'il est écrit: Il n'y a point de juste, Pas même un seul;
11Nul n'est intelligent, Nul ne cherche Dieu;12Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n'en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul »Romains 3 :11-12)

La vérité montre un Dieu bien au-dessus de nos représentations ; bien au dessus de nos représentations les plus idéalisées. Un Dieu qui vient s’incarner en Jésus pour donner sa vie pour des êtres indignes d’amour (comme l’était le brigand sur la croix).

Mais l’amour de notre Dieu n’est pas celui d’un homme. Non seulement il oublie et pardonne, mais il donne son amour, il nous rend capable de devenir comme lui grâce au Saint Esprit. Il fait bien plus que de nous associer à lui, il nous adopte comme ses propres fils.

Nous connaissons le proverbe : « toute vérité n’est pas bonne à dire » mais je crois surtout « qu’il y a des vérités difficiles à recevoir ».  Connaitre la vérité nous engage à devoir agir. C’est une forme de responsabilité qui nous oblige à sortir du déni. On ne peut plus « faire comme si ». Les décisions à prendre seront certes douloureuses mais tellement salvatrices.  Douloureuses : parce que la vérité est couverte de tragédie mais derrière le chaos, il y l’émerveillement, l’être nouveau, la terre promise : la renaissance en Christ.

Amen

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