dimanche 8 mars 2026

FOI et AUTO-HYPNOSE : le chemin de la dérive

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Par Eric Ruiz

 

·        LA MANIPULATION MENTALE

Sommes-nous plus intéressés par nos émotions que par la recherche de Dieu ? Beaucoup répondraient sans douter : la recherche de Dieu ; mais ont-ils vu la dérive arrivée ?


Lors de mon message précédent, je vous disais comment des maladies peuvent passer par la porte arrière de nos assemblées. Comment l’idolâtrie par exemple s’y prend pour nous contaminer.  Il très important de prendre conscience de sa propre fragilité pour que la puissance de Dieu puisse pleinement s'exprimer.

Or, l’autohypnose est une réalité chez de plus en plus de croyants et elle fragilise. Elle nous fragilise parce qu’elle s’est immiscée dans nos pratiques, nos prières, nos louanges et cela de manière très sournoise. Il y a des pratiques religieuses, qui sont réalisées par habitudes, par volonté d’assimilation (on fait ce que d’autres, qui ont la même foi que la notre, font) ou encore parce que ces pratiques procurent un bien être.

La plupart du temps, des rites de notre culte ont crée une dérive sans que l’on en soit forcément conscient.

Ici, il n’est pas dans mon intention de dénoncer ou de montrer du doigt pour juste interdire.

Mon but est de comprendre ce qui se passe pour avoir du discernement. Et pour agir si nous le sentons nécessaire. J’ai pour ma part eu cette fragilité et je sais que si je ne veille pas, la tentation reviendra.

Beaucoup d’erreurs sont faites par manque de prise de conscience. Et parce que la recherche du mieux être offre le résultat que l’on attend ; Satisfait, on ne va pas plus loin. Puisqu’on se sent mieux, alors pourquoi s’interdire ou freiner une pratique qui nous fait sentir plus libre et nous soulage de nos souffrances du moment ?

Un chrétien, comme tout croyant d’ailleurs, s’attend naturellement à ce que sa louange lui procure un sentiment de satisfaction. Et là bien-sûr il n’y a rien de mal. Une émotion qui nait de la louange est un bienfait. Mais le mal est souvent très sournois. Il s’insinue subtilement dans nos pratiques et prend l’aspect d’un ange.

Alors on peut s’autohypnotiser sans s’en rendre compte, simplement parce que vivre la situation procure une satisfaction angélique. Nous nous sentons environnés par des puissances positives, comme si nous étions entourés d’anges. Alors oui, il peut y avoir une manipulation mentale, mais c’est une auto manipulation. Personne ne vient nous forcer de l’extérieur. C’est toujours de notre plein gré que nous nous laissons aller. C’est le sentiment de bien être qui nous manipule et nous pousse malgré nous à vouloir renouveler l’expérience.

Nous sommes des êtres humains. Nous avons inconsciemment associé le plaisir avec le bien et la souffrance avec le mal. Nos sens parlent et nous manipulent surtout quand nous sommes dans l’attente et la recherche d’un mieux être. Je vous avez dit : c’est au moment où nous sommes victorieux, au moment où nous sommes guérit que nous sommes les plus vulnérables. L’autohypnose nous amène faussement à nous sentir victorieux.

 

·        CE QU’EST REELLEMENT L’AUTOHYPNOSE :

Un état naturel proche du rêve ou de la méditation, où l’attention se focalise sur une idée, un geste ou une sensation. On le fait dans le but de renforcer la confiance en soi, de mieux gérer son stress et son anxiété. Ce but rejoint parfaitement celui du croyant qui vient dans une assemblée avec l’attente que son stress va disparaitre ou que son anxiété va le quitter. Cette attente est louable, sauf que les moyens pour y parvenir ressemblent à une technique psychologique. C’est ainsi qu’on appellera parfois « miracle », un acte d’autohypnose que l’on s’est imposé soi même sans s’en rendre compte. Pour entrer en hypnose la porte s’ouvre si primo, vous êtes dans un état émotionnel positif et si deuxio, vous vous attendez à un évènement qui aura un effet sur vous.  En hypnose, l’attente du résultat est capitale. On s’attend à recevoir ou à ressentir la « présence » ou la « paix ». Et cette attente n’a rien à voir avec la foi.

 

·        COMMENT S’AUTOHYPNOTISER ?

 

Les hypnotiseurs l’expliquent sans le cacher.  D’abord en fixant un point ou en fermant les yeux.
L’idée est de réduire les stimulations extérieures pour faciliter la concentration. Fermer les yeux et se concentrer sur une chose précise est un réflexe pour un chrétien qui peut atteindre un état possible de transe.

Ensuite on peut s’autohypnotiser en formulant une suggestion simple
Par exemple : une phrase courte, très positive et précise, Elle peut être formulée par un orateur. S’il dit : « Lâcher prise ! Recevez la paix ! Sentez la guérison vous parcourir !» : et si vous êtes en accord avec ce qu’il dit, ces mots : « paix, guérison, sentir, laisser aller », deviennent vos vérités et vous ouvrez vous-même alors la porte à l’hypnose. C’est la même chose si vous prier en vous même « Que la paix du Saint-Esprit me remplisse entièrement »  ou encore : « Jésus, je veux ton Esprit Saint, oh vient me oindre ». Encore des mots clés faciles à répéter et qui évoquent une délivrance. C’est une forme d’auto suggestion.  Notre cerveau déjà en réceptivité, matérialise ses sensations. D’ailleurs, une fois que votre cerveau a dit oui trois ou quatre fois de suite, il s’est programmé pour dire oui à la suggestion suivante. Et c’est ainsi que l’on se coupe petit à petit de l’esprit critique.

Or, Jésus connait nos fragilités et il sait ce qui nous tente. Alors son exhortation est tranchante : « En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés » Matthieu 6 :7.

Vous voyez, la dérive arrive subtilement. 

·        Quand cela devient une dérive

Ce n’est pas la multiplication des prières qui est nocive, ce sont des paroles répétés, des redites, formulées dans un état d’attente émotionnel, parce que cela ouvre la porte à cette technique psychologique qui nous fait croire à l’exaucement

Voilà la première dérive de l’autohypnose un mensonge que l’on ingère soi-même : On se croit exaucé. Par conséquent, les dérives ne viennent pas de la louange en elle-même, mais des moyens et des croyances que l’on se donne en louant. A quel moment parle-t-on de dérive mystique ?

-Lorsque l’émotion est confondue systématiquement avec la présence de Dieu ;

-Lorsque la recherche d’un « état » devient plus importante que la recherche de Dieu ;

-Lorsque la musique ou la répétition des paroles orientent nos réactions (pleurs, chutes, cris) ;

-Lorsque la pression du groupe pousse à imiter ce que les autres vivent et font ;

-Lorsque la louange désactive l’esprit critique plutôt que nourrit la foi ;

-Enfin, lorsque les expériences émotionnelles sont ressenties comme des vérités, des preuves spirituelles obligatoires. Voilà les dérives mystiques.

·        Les fausses visions :

Lors de moments de louange ou de prières les yeux fermés, il n’est pas rare d’avoir des images mentales, comme des visions. Et là la confusion peut survenir. Pourquoi ? Parce que c’est un moment favorable à visualiser ses émotions

Par exemples : Se voir « baigné dans une lumière chaude et sécurisante » parce qu’on s’attend à ressentir une paix intérieure. Se voir « courir dans un champ fleuri» parce qu’on s’attend à être guérit d’une infirmité. Se voir flotter en apesanteur dans l’espace » parce que le poids de l’angoisse disparait. Attention je ne suis pas en train de sous estimer les visions mais …nous devons discerner celles qui proviennent d’un état d’attente émotionnelle de celles qui arrivent sans que rien ne soit venu les provoquer (dans le deuxième cas le Saint-Esprit peut en être la source). C’est toujours la frontière entre la réalité (une réalité crée par nos émotions) et le réel qui est en jeu.

 

·        Pourquoi est-il si facile de glisser vers ces pratiques lorsqu’on s’assemble entre croyants?

Pour plusieurs raisons :

Par la volonté sincère de créer une atmosphère « propice » à la présence de Dieu ;

Parce qu’on est influencé par des modèles charismatiques connus (par exemple des temps de louanges et de musiques très longs où l’on répète à l’unisson et à l’infini des mots simples) ;

Par la volonté d’être en harmonie, en symbiose les uns avec les autres. Cela pousse à rechercher un point de convergence de nos émotions. « Après ce temps de louange nous étions tous ému aux larmes. Nous avions ressenti une communion forte entre nous».  N’est-ce pas ici un témoin de l’union parfaite du Saint-Esprit : avoir un seul cœur une seule âme ?  Mais n’y a-t-il pas plutôt une confusion à partir d’une émotion provoquée ?

Eh bien il n’est pas rare de vouloir dynamiser l’assemblée. Or, rechercher un impact émotionnel collectif cela risque fort de créer des dérives.

Parce qu’il  y a encore une confusion entre émotion forte et œuvre du Saint‑Esprit

D’une manière générale le manque de vigilance et de méconnaissance des mécanismes psychologiques qui sont en jeu, n’alertent pas sur la dérive des émotions.

 

Attention tous ces glissements ne sont pas toujours volontaires. Mais notre volonté suffit à elle seule à débloquer toute situation.

En plus, dans les milieux chrétiens des prédicateurs connus mettent en garde contre :

la dérive mystique (rechercher des expériences plutôt que la vérité) ;

la dérive émotionnelle (la confusion entre les émotions et la spiritualité) ;

la dérive culturelle (importer des modèles du spectacle, du show-biz, « gaver les Eglises de divertissement » (John Mc Arthur) ;

Mais malgré les mises en garde, les rites ne changent pas et les dérives continuent… voire elles s’amplifient.

 

·        Que faire pour éviter ce piège de l’autohypnose ?

Il faut savoir en premier que l’autohypnose ferme la première porte du Royaume : celle du jugement. Cette porte qui nous permet de discerner, de voir nos manques et de changer. Eh bien, d’abord, nous devons favoriser des réunions avec une prise de conscience claires des choses de la foi. Favoriser la communication interactive entre les membres.  Diminuer les moments d’adoration collective qui n’entraînent que des pics émotionnels. Pour favoriser des prises de décisions concrètes au sein du groupe et centraliser l’attention sur les besoins réels. Alors bien-sûr les chants et la musique ont leur part de bénéfices. Ils nous aident à exprimer nos états d’âmes.

Cependant, la foi n’a pas besoin de l’autohypnose pour grandir ou pour s’exprimer. La foi doit s’extérioriser au moment où l’Esprit Saint l’a décidé. Ne mettons rien de mystique dans nos assemblées. Nous devons plutôt chasser nos artifices et nos faux semblants pour que notre foi soit présente. Nos lieux de culte doivent être libérés de toutes fausses émotions : donc, celles artificiellement provoquées par des techniques hypnoïdes.

L’autohypnose nous fait fuir Gethsémani. Car au moment où l’épreuve va s’endurcir, au moment où nous allons nous sentir pressé, angoissé, nous allons fuir plutôt que d’affronter les difficultés. Nous allons, dans les faits, éviter que la pression qui s’exerce produise une huile supérieure. Et la puissance que veut nous donner le Saint-Esprit ne pourra se produire. L’autohypnose produit une lumière mais qui est fausse. Elle évite le brisement, donc elle évite le pressoir à huile.

Cette technique de méditation fait qu’on focalise son attention et son énergie ailleurs que sur une foi agissante. 1Jean 2 :15 : « N'aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est point en lui »;

Méditer ainsi c’est une des zones grises dont je vous ai parlé récemment. Ces zones proches des ténèbres qui nous font trébucher, car elles nous éloignent de l’amour du Père. Alors, chassons-les de nos vies simplement parce que nous avons discerné qu’elles nous tiraient vers le bas. Chercher le Royaume de Dieu, passe bien sûr par exprimer son état d’âme, par chercher à retrouver la paix et la joie. Mais n’oublions pas la priorité : celle de pourvoir aux besoins de l’assemblée et non se satisfaire d’une émotion aussi grande et spectaculaire soit-elle. Recevoir demande auparavant de donner aux autres, de porter secours. Souvenons-nous que c’est le chemin que Dieu a prédestiné à toute délivrance. Alors faisons un holocauste, un sacrifice de bonne odeur en brûlant toute forme d’autohypnose dans nos vies.

Amen

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