dimanche 5 janvier 2020

LE CLIENTÉLISME…UN NON-SENS ou UN FLÉAU POUR LA FOI ?

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Par Eric Ruiz

Un curieux message pour commencer l’année 2020,
Parce que, je commencerais par dire ce que Michée disait il y a très longtemps déjà : « L'homme de bien a disparu du pays, Et il n'y a plus de juste parmi les hommes; Ils sont tous en embuscade pour verser le sang, Chacun tend un piège à son frère… Ne crois pas à un ami, Ne te fie pas à un intime ».

A-t-on touché vraiment le fond à ce point-là ?

Eh oui, ce ne sont pas des bons vœux qui ont sonné à mes oreilles (j’aurai préféré), mais en écoutant les informations concernant l’emprisonnement d’un homme politique français, pour corruption, un mot a sonné bizarrement à mes oreilles, celui de « clientélisme ».

Il y a une forme de pratique dont on n’aime pas parler ni s’entretenir : c’est bien celle du clientélisme.
Qui y a-t-il derrière ce mot (en apparence un mot fait pour le commerce plus que pour parler de la foi) ?

La clientèle, je vous l’accorde, n’est pas un mot à employer à l’origine pour des croyants, mais plutôt pour désigner des agents économiques d’une branche d’activité précise.
On parle alors d’un commerce rendu fructueux par sa grande clientèle d’acheteurs.

Non, ici, il y a un glissement obscur vers le bas, du statut de client.

Généralement quand on parle de faire du clientélisme, c’est pour désigner un acte de gratitude et de reconnaissance envers une ou plusieurs personnes… mais cette démarche est loin d’être désintéressée.
Par exemple, on ne va pas donner de l’argent en échange d’un service rendu ou d’un bien acquis, mais là, on va faire un don simplement par pure générosité. C’est du favoritisme.

En fait, cette générosité, cet élan de cœur dissimule une intention cachée : celle de s’accaparer les bons et les loyaux sentiments de celui qui est favorisé.

C’est un acte de séduction.

Cet acte on le sait, est très employé dans les milieux politiques pour « s’acheter des voix » et pour que ces voix soient des porte-parole fidèles du messager politique, du futur élu.
Mais si on y regarde bien, « faire du clientélisme », ce n’est pas une expression spécifique à une branche d’activité mais c’est un acte honteux qui s’emploie dans tous les milieux.

Et comme c’est un acte peu reconnaissable, caché, sournois, et disons-le, hypocrite…
La religion, le religieux encore une fois, n’est pas exempt de ce stratagème.
Je dirais même qu’il est comme le politique, qu’il en use et en abuse.

Cette reconnaissance déguisée ne se matérialise pas forcément par un don d’argent d’ailleurs;
C’est aussi : donner à un croyant une forme de responsabilité. Par exemple le nommer diacre, ou lui confier la direction des chants qu’on appelle très pompeusement la louange ;
Pour celui qui n’est jamais sur le devant de la scène, c’est lui permettre aussi d’apporter parfois une petite parole d’encouragement qu’il a sur le cœur ; pour d’autres se sera de chanter, de jouer d’un instrument de musique, de s’occuper de la sonorisation ; de gérer la publication de tracts, de revues, d’administrer le site internet etc.
Toutes ces occasions cachent très souvent, hélas, une forme de clientélisme.
Car le but premier, je le répète n’est pas de reconnaître le don de l’autre à sa juste mesure, mais de l’impliquer, de le favoriser pour le manipuler.

C’est un cadeau qu’on lui a fait ; et c’est comme ça que le don doit-être ressenti : comme une faveur, une action honorifique.
Le clientéliste sera alors amené à favoriser les responsabilités de son entourage pour atteindre surtout une chose importante : Pour que la personne favorisée rende la pareille, en se rendant fidèle à l’Eglise. Faire en sorte qu’elle se sente toujours redevable ; et par conséquent d’éviter de sa part toute pensée l’amenant à regarder ailleurs et à vouloir agir autrement.
D’une certaine manière, on achète son silence (cette omerta tant connue et pratiquée par les parrains de la mafia, se réitère ici…)
Quitter le groupe qui lui a tant donné serait alors un véritable déchirement et la douleur de rester dans une assemblée tiède, à moitié vraie, sera moins pénible ; et même, cette douleur serait ressentie plus juste, que de prendre parti pour la vérité.
Voilà, comment on préfère se taire dans l’assemblée, plutôt que de parler et de provoquer un trouble.

En parlant de trouble :
De nos jours, ce n’est pas un hasard si tant de femmes prêchent.
Elles sont les plus nombreuses dans les assemblées, les plus revendicatrices aussi (n’y voyez pas de misogynie de ma part).
Les pasteurs ont trouvé un moyen de les rendre moins exigeantes, en les laissant s’exprimer derrière la chair et pendant les cultes ; Elles professent le don qu’elles croient avoir reçu de Dieu : la prophétie.
Quelle Église de nos jours n’a pas sa prophétesse ?
Aujourd’hui, tout est bon pour garder le troupeau dans son enclos religieux.
Même faire venir des enseignants lointains, prestigieux, de confessions religieuses différentes etc..
Oui, cette forme de largesse, d’ouverture d’esprit et de générosité déguisée, est de la corruption.
Parce qu’elle est empreinte de manipulation et de coercition.

Jésus-Christ, bien-sûr, lui aussi a été tenté comme tout être humain à subir les effets de cette mauvaise complaisance.
« Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire et lui dit : je te donnerai tout cela si tu te prosternes pour m’adorer ».

La réponse de Jésus n’a pas été dans le sens de se justifier en disant par exemple : « Mais, j’ai déjà tous les royaumes du monde. Tout ce qui est à mon Père est à moi et je ne recherche pas ma propre gloire mais celle de mon Père qui m’a envoyé».

Non, Jésus a dénoncé directement le stratagème
« Retire-toi satan : c’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras et c’est lui seul que tu serviras ! ».
Jésus n’a pas considéré le cadeau offert, mais uniquement, la raison du cadeau : adorer un autre Dieu.

Alors bien-sûr, les mauvais esprits ne nous montrent pas, à nous, simple croyant, le règne sur le monde entier, mais ils nous placent comme pour Jésus, sur une montagne très élevée afin de nous montrer les royaumes qui sont à notre porté ;
Ils nous placent sur un sommet pour nous faire ressentir la jouissance que procure la domination.
Qu’est-ce que c’est bon de se sentir la tête et non la queue !  Quelle jouissance de voir les autres convoiter ce que nous avons reçu !
C’est notre gloire qui nous séduit alors, et bien-sûr, nous nous mettons (sans y voir toutes les conséquences nuisibles) un fil à la patte.

Ezéquiel le prophète, montrait la femme adultère, la prostituée qu’est Israël mais aussi ceux de l’Eglise aujourd’hui, car l’histoire et le comportement se répètent et suivent les mêmes mauvais penchants (Il n’y a rien de nouveau sous le soleil) :
Ézéchiel 16 :33
«32 tu as été la femme adultère, qui reçoit des étrangers au lieu de son mari. 33A toutes les prostituées on paie un salaire; mais toi, tu as fait des dons à tous tes amants, tu les as gagnés par des présents, afin de les attirer à toi de toutes parts dans tes prostitutions. 34Tu as été le contraire des autres prostituées, parce qu'on ne te recherchait pas; et en donnant un salaire au lieu d'en recevoir un, tu as été le contraire des autres ».

Vous avez vu : un clientéliste, c’est une prostituée qui donne un salaire à son client. Rien n’est caché pour Dieu. Le soudoyeur croyant se protéger, se met encore plus en danger que le soudoyé. « Que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s'il perd son âme? » disait Jésus.

Alors il y a une expression mieux connue que le clientélisme pour exprimer une faveur par l’argent, par les présents, ou par une meilleure place : c’est « graisser la patte de quelqu’un ».
La graisse de l’animal a depuis longtemps fait référence à la richesse.
Mais on pense que cela venait du moyen-âge, alors que l’origine date de beaucoup plus tôt encore.
La graisse devait être mise à part par le donateur comme par le sacrificateur au temps de Moïse.
Lisons : Lévitique 7 :22-25
«  L'Eternel dit à Moïse: «Transmets ces instructions aux Israélites: Vous ne mangerez aucune graisse de bœuf, d'agneau ou de chèvre.  La graisse d'une bête trouvée morte ou déchiquetée pourra servir à n'importe quel usage, mais vous ne la mangerez pas. Si quelqu'un mange de la graisse des animaux qu'on offre à l'Eternel en sacrifices passés par le feu, il sera exclu de son peuple ». 

 A la lecture de ce passage on comprend mieux que graisser la patte signifierait : offrir à manger la graisse de l’animal qui a été offert en offrande.
En fait :c’est vouloir donner plus que ce que vaut l’offrande.
Voilà la signification de graisser la patte : c’est montrer par la graisse une intention différente, celle d’acheter autre chose que le rachat de ses fautes,  acheter les faveurs de celui qui va bénéficier de l’offrande.

Le pot de vin a exactement la même signification.
Autrefois, le fait d’offrir un verre à une personne, signifiait tout simplement : qu’on lui offrait une place privilégiée.

Si vous croyez en Dieu ne vous compromettez pas en offrant des cadeaux en vue d’obtenir un avantage.
De là même manière ne vous laissez pas corrompre en acceptant des largesses des autres.
C’est un péché qui vous fera perdre votre âme si vous persévérez dans ce genre d’ignominie!

Michée 7 :3 « Leurs mains sont habiles à faire le mal: Le prince a des exigences, Le juge réclame un salaire, Le grand manifeste son avidité, Et ils font ainsi cause commune. »

Le juge, celui qui fait office d’annoncer la vérité, il réclame un salaire. Cela parait juste, mais là aussi la traduction n’est pas appropriée. Le mot hébreu d’origine est shalaam [shil-loom’] qui a le sens de : cadeau, pot de vin.

Le prophète, celui qui enseigne la Bible réclame un pot de vin.
N’est-ce pas le caractère de notre époque aussi ?
Politiques, lobbyistes, banquiers ne sont-ils pas en conflit d’intérêts permanents ?
C’est un pléonasme de dire que leur trait d’union à tous est le cadeau, le pot de vin.

C’est vrai aussi, que la pratique de faire des cadeaux est une vieille tradition.

Au temps du premier roi d’Israël, Saül avait toujours un cadeau à offrir au prophète quand il allait lui rendre visite. (1 Samuel 9 :7)
Mais est-ce pour autant que toutes les traditions soient bonnes ?
Nous connaissons justement les intentions trompeuses de Saül. Ces intentions sont inscrites dans le cœur tortueux de l’homme.
Proverbes 17 :23 « Le méchant accepte en secret des présents, Pour pervertir les voies de la justice. »
Il y a toujours eu deux façons de faire du commerce et la Bible emploie deux mots différents : acheter-vendre et trafiquer.

Ezéchiel au chapitre 27 nous montre la prophétie de malheur qui pèse sur Tyr ce grand port de commerce qui trafiquait ;
Ezéchiel affirme qu’il y a un cantique funèbre pour ceux de Tarsis qui trafiquaient, tout comme Javan, Tubal et Meschec qui donnaient en plus des esclaves et des ustensiles d’airain. Ceux de la maison de Togarma offraient des chevaux, des cavaliers, des mulets ; les enfants de Dedan offraient des cornes d’ivoire et de l’ébène etc, etc.

Quant à Michée le prophète, il continue dans sa description et insiste (comme tout prophète d’ailleurs), sur les châtiments à venir :
«L'homme de bien a disparu du pays, Et il n'y a plus de juste parmi les hommes… Le meilleur d'entre eux est comme une ronce, Le plus droit pire qu'un buisson d'épines. Le jour annoncé par tes prophètes, ton châtiment approche. C'est alors qu'ils seront dans la confusion.… »

Ne croyez pas que je suis en train de vous juger et de juger les autres pour me placer en justicier et en donneur de leçons.
J’ai moi-même subi ce genre  d’oppression engendrée par le clientélisme. Et je m’en suis plus que contenté. Je jouais de la batterie dans l’assemblée, je m’occupais du site internet et je jouissais d’autres faveurs.

J’acceptais qu’on me graisse la patte même si parfois je me sentais repris.

J’ai aimé être dans ce genre de situation où l’on se sent favorisé par rapport aux autres, où l’on se sent utile pour Dieu, utile dans « la main de Dieu » (c’est ce que je croyais avant, dans mes ténèbres).

Mais comme je vous l’ai dit : manger à la meilleure table ou s’asseoir aux premières places, possède un revers de médaille.
C’est de ne plus pouvoir se défaire d’un lien : invisible pourtant, mais un lien tellement efficace avec celui ou celle qui vous a favorisé.

Moi, je suis déterminé :
Je ne veux pas être celui qui fera comme on m’a fait ; c’est pourquoi ce message est important.

En dénonçant l’imposture, on se place soi-même du côté de la lumière ; et on se pose la question (tout comme on pose la question à son entourage) : Suis-je, par mes cadeaux, par mes actes de générosité, en train de vous mettre un fil à la patte ? Vous sentez-vous redevable ?
Je vais aller même, plus loin…
Suis-je par mes messages, par le fait de vous interpréter certaines de vos visions, et de vos songes comme une araignée qui aurait tissé une toile entre vous et moi ?
Si la réponse est oui, alors éloignons-nous de ce mal !
Remettons les pendules à l’heure ; Et brûlons cette graisse sur l’autel,  qui ne serait être mangée par personne.

En clair, nous ne nous devons rien, aucune obligation l’un vis-à-vis de l’autre.

La seule fidélité à avoir est envers notre Seigneur et envers celles et ceux avec qui nous avons tissé un vrai lien d’amour (par le mariage par exemple).
Nous nous devons, ce que notre cœur nous demande lorsqu’il nous appelle à la fidélité et à l’amour.
C’est le sens de notre baptême d’eau ; celui de s’engager pour ceux que Dieu aime, de les chérir comme lui-même nous chéri.

Mais attention, il n’y a pas de favoritisme.

Dieu ne fait pas de favoritisme. Il se montre intransigeant avec le péché :
Si nous nous éloignons de Dieu par le péché, même après vingt ans, trente ans de fidélité, ou même plus ; et qui que nous soyons : frères, sœurs, pasteurs, évangélistes, docteurs, prophètes, il ne pourra plus nous chérir. Il l’a annoncé avec Moïse, celui qui mange la graisse des offrandes sera exclu de son peuple.
Amen

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