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Par Eric Ruiz
J’ai constaté par mon expérience, que les croyants demandent souvent de la sagesse à Dieu. Et, c’est une très bonne chose. Mais avant cela, n’ont-ils pas besoin de la sobriété ? Paul dit à son frère de foi Timothée :
« Mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances, fais l'œuvre d'un évangéliste, remplis bien ton ministère » (2 Timothée 4 :5).
Ici la sobriété n’a pas un lien direct avec la
consommation d’alcool, bien que l’ivresse procure un comportement inconstant,
excessif et confus ; tout l’inverse d’une personne sobre.
SOBRIETE
ET EXALTATION
« Sois sobre »
a été traduit du grec « nepho » qui signifie, ici : Etre calme, concentré en esprit.
L’Esprit saint parle dans un doux murmure. Si nous sommes
agités, si nous parlons excessivement, si nous nous emballons vite dans nos rapports
les uns avec les autres ; si nous perdons la maitrise de soi, ne sommes
nous pas plutôt ivres que sobres ? Nous devons être calmes pour être
concentré en esprit. Ce qui signifie que le centre de notre attention demeure
sur un seul esprit. Et nous l’aurons tous compris : ce seul esprit est
celui de Christ. Toute agitation nuit à la concentration. Et là bien-sûr, nous devons discerner ce qui provient d’une agitation
de la chair et ce qui provient de l’élan de l’Esprit saint. Or bien
souvent, si nous laissons la chair s’exprimer, si nous laissons nos émotions
devenir nos maitres, nous ne savons plus discerner la part de l’esprit de celle
de la partie charnelle. Nous confondons alors deux sortes d’exaltation. Un état
d’enthousiasme atteint par une forte excitation émotionnelle, ou un état
d’enthousiasme provoqué par une exaltation spirituelle. L'exaltation de la chair est juste une décharge d'adrénaline :
elle s'épuise vite et laisse souvent un vide après coup.
D’ailleurs, dans les assemblées Evangéliques, ou Charismatiques
l’agitation ne provient-elle pas d’un trop plein d’émotion ? Le culte ou
la messe, n’a rien d’une
improvisation ; la liturgie suit une ordonnance, une structure théologique
précise. Elle conduit le fidèle à travers un cheminement étape par étape. Rien n’est laissé au hasard. Souvent un temps d’exaltation par la louange est suivi par un temps de sobriété
en écoutant le prédicateur annoncer son message. Premièrement : l’exaltation ; deuxièment : la sobriété.
Or,
ne peut-on pas être en même temps sobre et exalté ? Ne pouvons-nous pas en
même temps avoir de la retenue et se laisser aller à l’exaltation ?
Oui, tout à fait. Etienne à la fin du chapitre 7 des Actes,
pendant qu’il exhorte et proclame la vérité à des pharisiens imbus d’eux-mêmes,
voit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de
Dieu. Et Etienne dit: « Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de
l'homme debout à la droite de Dieu ».
Ici, au milieu de la sobriété d’Etienne rempli de sagesse surgit une vision
céleste qui le pousse à l’exaltation. Il faut se rendre à
l’évidence : la vie est moins contraignante que la religion. Vivre en
disciple ne nous contraint pas à morceler nos pratiques. L’un n’empêche pas
l’autre. On peut louer Dieu en chantant, dansant, en levant les bras, tout en
étant calme et concentré en esprit. L’exaltation spirituelle n’est pas une
perte de contrôle ni une transe, Pourquoi ? parce que tout se fait selon
l’ordre du Saint-Esprit et la louange n’exclue pas notre prochain. Chacun
continue de veiller et de porter attention aux autres. Si mon "exaltation" me fait
oublier que mon frère à côté de moi souffre ou qu’il a besoin d’une parole de
délivrance, alors ce n'est plus le fruit de l'Esprit, c'est de
l'auto-satisfaction émotionnelle qui est aux commandes.
Or, La confusion saute aux yeux. Et les conséquences aussi.
La sobriété est une étape indispensable… indispensable pour autre chose. Quelle est cette autre chose ?
SOBRIETE
& SOUFFRANCE
Sans
être sobre, comment peut-on ensuite supporter les souffrances ? Revenons à Etienne. Animé par la sobriété et l’exaltation, il est mené hors de la
ville et lapidé. S’étant mis à genoux, ses derniers mots ont été en parlant
fort : « Seigneur, ne leur
impute pas ce péché! ».
La
souffrance habituellement tend à nous faire perdre nos moyens, à nous faire
réagir de manière impulsive ou désespérée. Etienne rendant son
dernier souffle est exalté et calme à la fois.
Quant aux assemblées « charismatiques », ces mêmes
assemblées très exaltées, elles voient pourtant (et c’est contradictoire) le
nombre d’appel à la délivrance se multiplier. On y fait même des cultes de
délivrance. J’ai lu ce témoignage ; « Un peu partout, les nouveaux visiteurs de notre Église demandent parfois,
après le culte, pourquoi il n’y a pas de séance de délivrance ». Celles-ci
sont souvent considérées comme l’aboutissement de tout ce qui se passe pendant
le culte.
Pourquoi une telle dérive ? Alors, qu’il
suffirait d’instaurer un autre culte. Celui du Saint-Esprit et non celui de la chair.
Je crois qu’il y a un lien direct entre la sobriété et la
souffrance vécue. C’est ce que montre Paul lorsqu’il conseille Timothée: »
Mais toi, sois sobre en toutes choses,
supporte les souffrances » Paul nous donne la clé d’une délivrance : la sobriété comme le moyen
privilégié de supporter la souffrance. Comme
je le disais au départ : prier pour avoir de la sagesse, demande avant
tout de prier pour être sobre afin de recevoir la sagesse. Eh bien il en
est de même pour nos souffrances. Prions d’abord pour notre sobriété afin d’être
en mesure de supporter toutes nos souffrances. Prions aussi pour que l’évangile
soit apporté avec sobriété ; dans le calme et en esprit. Et que tout ministère soit à la fois exalté
par l’esprit mais manifesté dans le calme et la retenue.
La sobriété est un état constant et durable chez le
disciple de Christ. Sans cet état comment peut-il affronter les persécutions,
les maladies, les exils, les deuils.
Certains qui m’écouteront auront tendance à penser :
mais c’est du bon sens. Oui c’est du bon sens. Or le manque de sobriété fait
perdre le bon sens et nous avons à ce moment-là besoin qu’un frère ou une sœur
de foi, nous ramène à la réalité et nous rappelle nos priorités.
SOBRIETE
ET PRUDENCE
Ensuite être sobre, a été la traduction du mot grec «
sofron » dans la Bible. Ce mot a le sens d’être modéré, ou être
impartial, ou encore circonspect.
Quelqu’un de circonspect, c’est une personne qui agit prudemment. La prudence
nous oblige à ne pas agir avec précipitation. Donc réfléchir avant d’agir ; Pourquoi
réfléchir ? Pour bien mesurer les choses. Discerner en prenant le temps
d’examiner les conséquences de nos paroles et de nos actes. Par exemple :
si j’agis ainsi, je risque peut-être de blesser mon frère ; ou si j’agi de
cette manière je saurai ce que cache mon interlocuteur, s’il est hypocrite ou
sincère. Et si je ne fait rien, je vais
pouvoir mieux comprendre les intentions de l’autre. Donc la prudence demande de
la discrétion et de la réflexion. » Voici, je vous envoie comme des
brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents» (Matthieu
10 :16). C’est le sens de : n’attirez pas le mal à vous en vous
faisant remarquer, en étant bruyant ou démonstratif ou exubérant. Examinez les
esprits qui sont autour de vous. Y-a-t-il des loups ? Y-a-t-il des gens
mal intentionnés ? D’ailleurs pour le deuxième sens l’impartialité, cette
attitude pousse à ne pas juger. A ne prendre directement parti ni pour une
cause ni pour l’autre sans avoir bien écouté, bien compris le sens de chaque
partie. Par conséquent avoir de la retenue est une qualité du Saint-Esprit.
« Il ne
contestera point, il ne criera point, Et personne n'entendra sa voix dans les
rues. »(Matthieu 12 :19). Trois verbes
très importants, absents de toute sobriété : contester, crier, faire
entendre.
SOBRIETE & IVRESSE
Or, à l’opposé, la chair qui a des désirs contraire à
l’Esprit se trahit dans les épreuves, car elle ne se maitrise plus et pert le
contrôle. Elle s’affole, s’emballe et finit par être cernée par l’angoisse.
L’attitude d’un prédicateur charnel, est en constante
opposition ; il se déchire entre d’une part le désir de se maitriser,
d’être calme et tempéré et d’autre part le désir de s’exalter derrière le
pupitre pour stimuler ses fidèles.
Toutes ces intentions cachent un déséquilibre tel que nous pouvons
l’associer « aux vierges folles » de la parabole de Jésus. Elles sont
folles parce qu’elles manquent d’huile. Elles ont oublié le Saint-Esprit pour se
satisfaire dans des pratiques purement humaines.
Paul avant de parler de sobriété à Timothée évoque les désirs contraires à l’esprit. Il parle d’hommes qui ne supportent plus la saine doctrine, mais qui se tournent vers des choses agréables, vers de faux docteurs qui flattent leurs désirs. Le prophète Esaïe, évoque lui aussi cette même dérive qu’il nomme ivresse. Dieu avait mis en garde sa bien-aimée, Jérusalem, il lui avait dit qu’elle l’oubliait et qu’elle trouvait sa consolation ailleurs. Et c’est ce qui l’a faisait trembler devant l’oppresseur :
« C'est
pourquoi, écoute ceci, malheureuse, Ivre, mais non de vin!... Ainsi parle ton Seigneur, l'Éternel, Ton Dieu, qui défend
son peuple: Voici, je prends de ta main la coupe d'étourdissement, La coupe de
ma colère ; Tu ne la boiras plus !. »
Cette ivresse c’était donc la coupe de colère de notre Dieu.
Ses oppressions, ses problèmes qui ne trouvaient pas de solutions ; Ses addictions
qui tournaient en obsession, c’était bien la coupe de colère qu’elle buvait et qui
l’a rendait ivre. Lorsque la chair reprend le dessus chez le croyant ; L’ivresse perturbe son jugement, son humeur. On va de la colère au repli sur soi.
On devient partial, impulsif, confus
comme si on avait trop bu d’alcool.
Par conséquent, le caractère sobre du disciple n’est pas à
prendre à la légère. Et l’ivresse n’est pas juste une exhortation à la sainteté
ou une simple mise en garde.
Paul prend tout un chapitre pour que Timothée enseigne ce
caractère à son assemblée. Le troisième chapitre de la première lettre à
Timothée, Paul parle de sobriété pour l’évêque, mais aussi pour le
diacre et enfin pour la femme. C’est pour en premier, tous ceux qui exercent
une responsabilité dans l’assemblée. Ils doivent, en fait, être revêtus de
cette vertu spirituelle. Mais la femme, ici quelle responsabilité
a-t-elle ?
Eh bien elle tient le rôle de mère, de chef de son foyer,
de sa famille. Sa sobriété est un atout pour ses enfants, car ils recevront
alors une bonne éducation qui les amènera à craindre Dieu. J’avais expliqué
dans un message (« le grand ministère
de la mère ») comment la mère consacre ses enfants. Sous
son toit, c’est elle qui bâtit la maison de Dieu. C’est là son ministère et sa
principale couronne.
Pour
résumer : la sobriété est une vertu du Saint-Esprit ; Cette
vertu permet de s’exalter tout en restant calme et concentré en esprit ;
d’avoir de la retenue, de la modération mais aussi de la prudence et de
l’impartialité. Elle permet de résister à la souffrance ; et de manifester
l’évangile dans sa vie. Nous devons
prier pour être sobre avant toute chose. Pourquoi ? Afin d’exercer la
justice de Dieu et être des témoins véritables. Nous pouvons avoir cette
image : celle d’un disciple où sa tête reste froide pendant que son cœur
brûle.
Jésus devant Pilate a manifesté ce caractère (Matthieu 27:11-14)
Jésus incarne la sobriété absolue.
Alors qu’il est accusé injustement et que sa vie est en jeu devant le
pouvoir romain.
Pilate l’interroge et attend une réponse. Mais Jésus reste silencieux. Il
ne répond pas.
Il est fidèle à son enseignement. « Il ne contestera point, il ne criera
point... on n'entendra pas sa voix dans les rues ». Sa
passivité visiblement désarçonne le gouverneur romain qui est alors plongé dans
un grand étonnement. Ce silence n'est pas de la passivité, c'est une sobriété
absolue. Jésus refuse de s’expliquer sur son identité. Il ne cherche pas la contestation
et ne souhaite pas utiliser la joute verbale avec ses accusateurs. Jésus est
alors soumis entièrement au Père et non à une envie irrésistible de sauver sa
vie.
Alors la question que chacun devrait se poser à soi-même : Suis-je
déjà sobre ou bien suis-je dans une ivresse qui a ralenti ma conscience et qui
me rend confus et balloté : tantôt modéré (mais triste), tantôt exalté ?
Etre témoin de Christ passe
nécessairement par être sobre en tout point. Par nos propres forces nous ne
pouvons atteindre cet état. Ce caractère est un prodige. Il vient comme la
sagesse : directement du Saint-Esprit. Prions mes frères et sœurs pour
recevoir cette vertu si elle n’est pas présente en nous. Si certains parmi nous
se sentent dépassés, qu’ils prient pour ne plus être ballotés par les envies de
la chair.
Amen

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