dimanche 26 avril 2026

DOUTER par le SAINT-ESPRIT est-ce possible ?

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Par Eric Ruiz

Le doute est « le GRAND TABOU » des chrétiens (sans oublier les autres religions). Il est conçu comme une immense forteresse ennemie, alors qu’il devrait être le contraire : une forteresse divine.


Tant de chrétiens s’y sont heurtés et continuent de s’y heurter croyant avoir repoussé le doute.

Il n’y a qu’à leur citer le verset 23 du chapitre 14 de la lettre aux Romains pour qu’ils soient encore déstabilisés. Et je ne dis pas cela en les montrant du doigt, ou en me moquant d’eux, mais en cherchant au contraire à prendre au sérieux le fait de se condamner en doutant: «  Mais celui qui a des doutes au sujet de ce qu'il mange est condamné, parce qu'il n'agit pas par conviction. Tout ce qui n'est pas le produit d'une conviction est péché. ».Romains 14 :23

 

1.     AGIR SANS CONVICTION EST UN PECHE

 

En lisant ce verset le manque de conviction saute aux yeux : c’est un péché. Attention petite nuance toutefois : c’est agir sans conviction qui est un péché. Ce n’est pas le manque de conviction. Il y a le passage à l’acte qui se joint ici au doute : C’est celui « qui n’agit pas par conviction »

Rappelez-vous ce que j’avais enseigné avec la vaccination contre le Covid 19.

Si un chrétien a des doutes sur ce qu’il doit faire : se faire vacciner ou refuser cette vaccination, il n’est pas en train de pécher. Par contre s’il refuse catégoriquement la vaccination mais qu’il est sujet au doute, que son esprit est partagé, ne pèche-t-il pas à ce moment-là ?

Ne devrait-il pas s’arrêter un moment pour étudier tous les avis laissés par les membres de son assemblée, ou venir écouter sur les médias tous les spécialistes, les Épidémiologistes, les infectiologues, ou les immunologistes sur la question, pour se faire sa propre opinion ?

Ou plutôt (et c’est là le chemin de la sagesse) ne devrait-il pas tout simplement faire ce que le Saint-Esprit dit à l’Église ?

Et que dit le Saint-Esprit ? « Assieds toi, prend un temps suffisamment long pour réfléchir, pour méditer, pour prier, pour te poser tes questions : Père comment faire ta volonté, et pas la mienne ?  Père donne moi un signe pour que j’agisse en étant convaincu de faire le bien.

N’oublions pas que notre destinée n’est pas dans la main de la médecine ou d’un grand professeur.  Ce n’est pas celui qui connait la médecine qui prolongera sa propre vie. « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! ». Ce n’est pas une affaire d’intelligence. Mais c’est Dieu qui décide de notre avenir à chacun

Alors que risquons-nous ?

Romains 14 : 7 : « En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. 8Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur ».

 

2.     LE DOUTE CRIE : STOP ! ARRETE-TOI !

 

Le problème du croyant en général c’est que dans sa marche lorsqu’il croise le doute, il le fuit comme le péché, comme la peste. Même ses prières qui ressemblent à des prières de foi confesse le doute «  Père, je refuse de m’inquiéter, je choisis au contraire de te faire confiance. Je confesse la foi en toi ». Encore une manière de vouloir chasser le doute sans le nommer. « Père je refuse de douter », c’est un combat contre soi-même.  Alors que le manque de conviction devrait agir comme avec un panneau indicateur. Un panneau qui lui dirait STOP !  Arrête-toi ! Ne va pas plus loin !

Tu reprendras ta marche… mais une fois que tu ne douteras plus ; une fois que tu auras la conviction, la confirmation dans ton cœur que ce que tu fais est juste.

« Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu'il approuve! », c’est le verset précédent celui qu’on vient de lire dans Romains 14. Il ne signifie pas autre chose que : « celui qui n’agit pas avec des doutes, est heureux parce qu’il ne se condamne pas ».

Maintenant, les choses se compliquent parce que nous vivons entourés de croyants qui n’ont pas la même conviction que les autres sur le même sujet. Et c’est ce que rappelle l’apôtre Paul avec force tout au long du chapitre 14.

Certains s’abstiendrons de manger d’une nourriture tandis que d’autres auront la conviction qu’elle est bonne. Que faut-il faire ? Un seul dogme pour tous ? Ou bien laisser chacun se former sa propre conviction ? Paul est bien sûr favorable à la seconde possibilité. Et il n’est pas contre le fait que nous discutions sur nos croyances (d’ailleurs lui-même ensuite dira ce qu’il pense, sans en faire une loi) Mais notre conviction ne doit pas être une épée pour soumettre les autres. Nous ne devons jamais agir en étant une occasion de chute pour notre prochain. Verset 13 : » Ne nous jugeons donc plus les uns les autres; mais pensez plutôt à ne rien faire qui soit pour votre frère une pierre d'achoppement ou une occasion de chute ». Et il conclut au verset 19 en disant : « Ainsi donc, recherchons ce qui contribue à la paix et à l'édification mutuelle. ».

Voilà le seul mur que nous devons dresser : un mur de paix et d’édification. Ce mur n’enferme pas. Il n’est pas une prison. Ce mur protège. Rappelez-vous c’est en s’occupant des plus faibles que l’on bâtit la paix (Esaïe 72).

Par conséquent, respectons les convictions de chacun. Expliquons les nôtres sans en faire un point de salut et sans susciter un scandale.

Mais pourquoi devons-nous laisser se manifester la conviction de foi de chacun ? Parce que ce n’est pas à nous, être humain, à nous disciples de Christ de changer les convictions mais à Dieu le Père seul. Et il change les convictions par le Saint-Esprit. Comment fait-il ? Il nous amène d’abord à douter. Puis une fois la conviction revenue, il nous amène à agir avec foi.

Si nous condamnons, si nous nous opposons violemment à la conviction de notre prochain, si nous créons des querelles, nous empêchons Dieu d’agir. Et Christ agit toujours dans le calme la tranquillité, la paix et l’amour, sans faire du prosélytisme ou émettre de nouvelles lois.  En agissant contre la conviction de l’autre, nous empêchons le doute de venir le perturber.

Mais « j’ai réussi à semer le doute en lui expliquant ce que l’évangile préconise, n’est-ce pas une œuvre juste ? ».

Ce doute-là n’est pas le bon, car il ne vient pas d’un esprit de paix mais d’un esprit de dispute. Nous devons agir avec sagesse, c’est-à-dire en laissant au Saint-Esprit le choix du moment, du lieu, de la bouche qui viendra le faire douter. Sinon nous agissons seul sans le Saint-Esprit. Et nous savons alors que nous détruisons ce que Dieu veut construire.

 

3.     LE DOUTE : C’EST DIEU QUI FRAPPE A MA PORTE

 

Il y a un passage dans le livre de l’Apocalypse qui montre tout cela clairement.

C’est au troisième chapitre à partir du verset 20 : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. 21Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. 22Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Eglises! ».

Lorsque le doute survient, quelqu’un frappe à la porte de notre cœur.  Qui est ce quelqu’un ? C’est l’Amen, (l’esprit de vérité) le témoin fidèle et véritable qui souhaite entrer et venir souper avec nous. C’est-a-dire qu’il souhaite instaurer une relation intime dans le but d’échanger sur nos doutes pour nous amener à la vérité. Ceux qui n’entendent pas et qui laissent leur doute à la porte, ce sont ceux qui refusent de douter et qui le cache comme un péché ; ou encore ce sont ceux qui n’ont que des certitudes, et qui ne veulent surtout pas les remettre en question. Ils s’obstinent à penser que la foi parfaite ressemble à un trop plein de certitudes.

Mais ces différentes stratégies émises face au doute cachent une réalité : avoir peur d’affronter ses doutes. Et cette peur amène à connaitre de fortes angoisses. Tout comme la Sulamite l’a exprimée au chapitre 5 du livre du Cantique des Cantiques devant son bien-aimé. A l’appel de son bien aimée : « Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite ! » la Sulamite s’est trouvée mille excuses pour ne pas ouvrir. « J'ai ôté ma tunique; comment la remettrais-je? J'ai lavé mes pieds; comment les salirais-je? »Elle a eu honte de ses doutes. Comment se présenter ainsi devant le Seigneur (nu et les pieds sales) ? Ses peurs l’ont submergé et au final, le doute s’est transformé en angoisse profonde : «  je l'ai cherché, et je ne l'ai pas trouvé ; je l'ai appelé, et il ne m'a pas répondu. ».

Par contre, ceux qui ont l’humilité d’ouvrir la porte, ce sont ceux qui se sont préparés à écouter la voix du Saint-Esprit leur parler. Ils savent que Dieu parle à l’opposé des désirs de la chair. Ils savent que le Saint-Esprit brise les tabous les dogmes puissants, comme les fausses certitudes. C’est en se comportant ainsi que l’on se comporte comme un témoin fidèle et véritable et que:

-premièrement l’on peut vaincre ses doutes,

- pour que deuxièmement sa foi grandisse ;

- et qu’enfin troisièmement, Dieu nous amène à partager son trône, comme Jésus-Christ l’a fait le premier, avant nous.

 

Alors, c’est vrai que nous retrouvons ici la folie de l’Evangile. C’est une folie pour l’homme charnel.  Rendez-vous compte :

-S’abaisser pour être élever.

-Les derniers seront les premiers ;

-Aimer ses ennemis plutôt que les combattre ;

-être heureux dans les outrages et la persécution…

-et maintenant avec le doute, il s’agit de s’arrêter pour avancer dans la foi ;  de douter un instant pour partager la gloire de Dieu. Toujours agir à l’opposé de nos contradictions humaines. Dieu va à contre courant de nos certitudes. L’enjeu est de taille : Si nous refusons que nos doutes nous remettent en question, nous n’entendrons pas la voix de Dieu et nous bloquerons nous-mêmes la porte. Dieu alors ne partagera rien avec nous.

 

Un théologien chrétien du 1er siecle disait : « le doute amène l’examen et l’examen la vérité ». C’est ce que Jésus a fait avec un docteur de la loi, membre du Sanhedrin : Nicodème. Il l’a fait douter par cette affirmation : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. ». Nicodème interloqué répondit : comment un homme peut-il naitre deux fois d’une même mère ? Nicodème aurait pu s’arrêter là et s’en aller en pensant que Jésus n’était qu’un homme qui délirait et blasphémait. C’est la pensée dominante des pharisiens, ceux de son assemblée, pour qui rien de bon ne pouvait sortir de lui. Que cet homme se prétendant fils de Dieu n’était en fait qu’un imposteur. Mais Nicodème était dans une disposition de cœur lui permettant de se remettre en question. Il a écouté tout ce que Jésus lui disait attentivement, et il est repartit en méditant sans doute sur les paroles de Jésus, notamment celle-ci : « Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes? ».  Jésus souhaitait que cet homme érudit dans la loi de Moïse, puisse comprendre sa mission sur terre qui va avec un don céleste. Jésus est le fils de Dieu issu du Père. Il se sacrifie pour que ceux qui croient en lui aient la vie Eternelle. Le royaume de Dieu n’est possible que par ce don céleste qui dépend uniquement de lui, Jésus-Christ.

On ne sait pas ce qui s’est passé ensuite. Mais Jésus avait semé de nouvelles paroles dans son cœur, des paroles de vérité qui permettent de vaincre ses fausses convictions et de partager la gloire du Père.

Dans Jean 19 :39, nous revoyons Nicodème accompagnant un disciple de Jésus pour embaumer son corps avant de le mettre dans le sépulcre. « Nicodème…, apportait un mélange d'environ cent livres de myrrhe et d'aloès ». Nicodème à l’évidence ne doutait plus. Il avait pris le parti de la vérité.

 

Pour résumer :

Dieu utilise nos doutes pour nous amener vers la vérité. Ce moyen nous empêche de nous égarer dans nos propres certitudes. Le fait que le péché ne soit pas résolu définitivement procure, c’est certain, des doutes chez le croyant. Le prophète Esaïe a exprimé sans retenue ses doutes « Malheur à moi! Je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures, » Esaïe 6 :5. Comme aujourd’hui on le prie dans l’intimité : « Seigneur j’ai péché suis-je encore aimé de toi ? ». Même en ayant une foi basée sur les textes bibliques et en sachant que Christ a vaincu le péché pour nous, c'est le doute qui nous garde humbles. Le doute, est perçu habituellement comme une « panne », mais il est bien un « frein moteur de sécurité ». Accepter le doute, entendre la voix de celui qui frappe, ouvrir la porte, c’est  « le commencement de la dépendance à Dieu ». Car si je ne doute plus de rien, ai-je encore besoin de réponses à mes prières pour être guidé ?

Que le doute soit pour toi mon frère, ma sœur plus qu’un ami, un nouveau commencement dans les œuvres du Saint-Esprit.

Amen

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