617
Par Eric Ruiz
Le doute est « le GRAND TABOU » des chrétiens (sans oublier les autres religions). Il est conçu comme une immense forteresse ennemie, alors qu’il devrait être le contraire : une forteresse divine.
Tant de chrétiens s’y sont heurtés et continuent de s’y
heurter croyant avoir repoussé le doute.
Il n’y a qu’à leur citer le verset 23 du chapitre 14 de la
lettre aux Romains pour qu’ils soient encore déstabilisés. Et je ne dis pas cela
en les montrant du doigt, ou en me moquant d’eux, mais en cherchant au
contraire à prendre au sérieux le fait de se condamner
en doutant: « Mais celui qui a des doutes au
sujet de ce qu'il mange est condamné, parce
qu'il n'agit pas par conviction. Tout ce qui n'est pas le produit d'une
conviction est péché. ».Romains 14 :23
1. AGIR
SANS CONVICTION EST UN PECHE
En lisant ce verset le manque de conviction saute aux
yeux : c’est un péché. Attention petite nuance toutefois : c’est agir sans conviction qui est un
péché. Ce n’est pas le manque de conviction. Il y a le passage à l’acte qui se
joint ici au doute : C’est celui « qui n’agit pas par conviction »
Rappelez-vous ce que j’avais enseigné avec la vaccination
contre le Covid 19.
Si un chrétien a des doutes sur ce qu’il doit faire :
se faire vacciner ou refuser cette vaccination, il n’est pas en train de
pécher. Par contre s’il refuse catégoriquement la vaccination mais qu’il est
sujet au doute, que son esprit est partagé, ne pèche-t-il pas à ce
moment-là ?
Ne devrait-il pas s’arrêter un moment pour étudier tous les
avis laissés par les membres de son assemblée, ou venir écouter sur les médias
tous les spécialistes, les Épidémiologistes,
les infectiologues, ou les immunologistes sur la question, pour se faire sa
propre opinion ?
Ou plutôt (et c’est là le
chemin de la sagesse) ne devrait-il pas tout simplement faire ce que le
Saint-Esprit dit à l’Église ?
Et que dit le Saint-Esprit ? « Assieds toi, prend un temps suffisamment long
pour réfléchir, pour méditer, pour prier, pour te poser tes questions :
Père comment faire ta volonté, et pas la mienne ? Père donne moi un signe pour que j’agisse en
étant convaincu de faire le bien.
N’oublions pas que notre destinée n’est pas dans la main de
la médecine ou d’un grand professeur. Ce
n’est pas celui qui connait la médecine qui prolongera sa propre vie. « Heureux
les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! ». Ce
n’est pas une affaire d’intelligence. Mais c’est Dieu qui décide de notre
avenir à chacun
Alors que risquons-nous ?
Romains 14 : 7 : « En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt
pour lui-même. 8Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous
mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que
nous mourions, nous sommes au Seigneur ».
2. LE
DOUTE CRIE : STOP ! ARRETE-TOI !
Le problème du croyant en général c’est que dans sa marche
lorsqu’il croise le doute, il le fuit comme le péché, comme la peste. Même ses
prières qui ressemblent à des prières de foi confesse le doute « Père, je refuse de m’inquiéter, je choisis
au contraire de te faire confiance. Je confesse la foi en toi ». Encore
une manière de vouloir chasser le doute sans le nommer. « Père je refuse de douter », c’est
un combat contre soi-même. Alors que le
manque de conviction devrait agir comme avec un panneau indicateur. Un panneau
qui lui dirait STOP ! Arrête-toi ! Ne va pas plus
loin !
Tu
reprendras ta marche… mais une fois que tu ne douteras plus ; une fois que
tu auras la conviction, la confirmation dans ton cœur que ce que tu fais est
juste.
« Heureux celui qui ne se condamne pas
lui-même dans ce qu'il approuve! », c’est le verset précédent celui
qu’on vient de lire dans Romains 14. Il ne signifie pas autre chose que : «
celui qui n’agit pas avec des doutes, est heureux parce qu’il ne se condamne
pas ».
Maintenant, les choses se compliquent parce que nous vivons
entourés de croyants qui n’ont pas la même conviction que les autres sur le même
sujet. Et c’est ce que rappelle l’apôtre Paul avec force tout au long du
chapitre 14.
Certains s’abstiendrons de manger d’une nourriture tandis
que d’autres auront la conviction qu’elle est bonne. Que faut-il faire ?
Un seul dogme pour tous ? Ou bien laisser chacun se former sa propre
conviction ? Paul est bien sûr favorable à la seconde possibilité. Et il
n’est pas contre le fait que nous discutions sur nos croyances (d’ailleurs
lui-même ensuite dira ce qu’il pense, sans en faire une loi) Mais notre conviction
ne doit pas être une épée pour soumettre les autres. Nous ne devons jamais agir
en étant une occasion de chute pour notre prochain. Verset 13 : » Ne
nous jugeons donc plus les uns les autres; mais pensez plutôt à ne rien faire
qui soit pour votre frère une pierre d'achoppement ou une occasion de chute ».
Et il conclut au verset 19 en disant : « Ainsi donc, recherchons ce qui
contribue à la paix et à l'édification mutuelle. ».
Voilà le seul mur que nous devons dresser : un mur de
paix et d’édification. Ce mur n’enferme pas. Il n’est pas une prison. Ce mur
protège. Rappelez-vous c’est en s’occupant des plus faibles que l’on bâtit la
paix (Esaïe 72).
Par conséquent, respectons les convictions de chacun.
Expliquons les nôtres sans en faire un point de salut et sans susciter un
scandale.
Mais pourquoi devons-nous laisser se manifester la
conviction de foi de chacun ? Parce que ce n’est pas à nous, être humain,
à nous disciples de Christ de changer les convictions mais à Dieu le Père seul.
Et il change les convictions par le Saint-Esprit. Comment fait-il ? Il nous amène d’abord à douter. Puis une
fois la conviction revenue, il nous amène à agir avec foi.
Si nous condamnons, si nous nous opposons violemment à la
conviction de notre prochain, si nous créons des querelles, nous empêchons Dieu
d’agir. Et Christ agit toujours dans le calme la tranquillité, la paix et l’amour,
sans faire du prosélytisme ou émettre de nouvelles lois. En agissant contre la conviction de l’autre, nous
empêchons le doute de venir le perturber.
Mais « j’ai réussi à semer le doute en lui expliquant
ce que l’évangile préconise, n’est-ce pas une œuvre juste ? ».
Ce doute-là n’est pas le bon, car il ne vient pas d’un
esprit de paix mais d’un esprit de dispute. Nous devons agir avec sagesse,
c’est-à-dire en laissant au Saint-Esprit le choix du moment, du lieu, de la
bouche qui viendra le faire douter. Sinon nous agissons seul sans le
Saint-Esprit. Et nous savons alors que nous détruisons ce que Dieu veut
construire.
3. LE
DOUTE : C’EST DIEU QUI FRAPPE A MA PORTE
Il y a un passage dans le livre de l’Apocalypse qui montre
tout cela clairement.
C’est au troisième chapitre à partir du verset 20 :
« Voici, je me tiens à la porte, et je
frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je
souperai avec lui, et lui avec moi. 21Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône,
comme moi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. 22Que celui qui a des oreilles
entende ce que l'Esprit dit aux Eglises! ».
Lorsque le doute survient, quelqu’un frappe à
la porte de notre cœur. Qui est ce
quelqu’un ? C’est l’Amen, (l’esprit de vérité) le témoin fidèle et
véritable qui souhaite entrer et venir souper avec nous. C’est-a-dire qu’il
souhaite instaurer une relation intime dans le but d’échanger sur nos doutes
pour nous amener à la vérité. Ceux qui n’entendent pas et qui laissent leur
doute à la porte, ce sont ceux qui refusent de douter et qui le cache comme un
péché ; ou encore ce sont ceux qui n’ont que des certitudes, et qui ne
veulent surtout pas les remettre en question. Ils s’obstinent à penser que la
foi parfaite ressemble à un trop plein de certitudes.
Mais ces différentes stratégies émises face
au doute cachent une réalité : avoir peur d’affronter ses doutes. Et cette peur amène
à connaitre de fortes angoisses. Tout comme la Sulamite l’a exprimée au
chapitre 5 du livre du Cantique des Cantiques devant son bien-aimé. A l’appel
de son bien aimée :
« Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma
colombe, ma parfaite ! » la Sulamite s’est trouvée mille
excuses pour ne pas ouvrir. « J'ai ôté ma tunique; comment la remettrais-je?
J'ai lavé mes pieds; comment les salirais-je? »Elle a eu honte de ses doutes. Comment se présenter ainsi
devant le Seigneur (nu et les pieds sales) ? Ses peurs l’ont submergé et au final,
le doute s’est transformé en angoisse profonde : « je l'ai cherché, et je ne l'ai pas trouvé ; je l'ai
appelé, et il ne m'a pas répondu. ».
Par contre, ceux qui ont l’humilité d’ouvrir
la porte, ce sont ceux qui se sont préparés à écouter la voix du Saint-Esprit
leur parler. Ils savent que Dieu parle à l’opposé des désirs de la chair. Ils
savent que le Saint-Esprit brise les tabous les dogmes puissants, comme les
fausses certitudes. C’est en se comportant ainsi que l’on se comporte comme un
témoin fidèle et véritable et que:
-premièrement l’on peut vaincre ses doutes,
- pour que deuxièmement sa foi grandisse ;
- et qu’enfin troisièmement, Dieu nous amène
à partager son trône, comme Jésus-Christ l’a fait le premier, avant nous.
Alors, c’est vrai que nous retrouvons ici la
folie de l’Evangile. C’est une folie pour l’homme charnel. Rendez-vous compte :
-S’abaisser pour être élever.
-Les derniers seront les premiers ;
-Aimer ses ennemis plutôt que les combattre ;
-être heureux dans les outrages et la
persécution…
-et maintenant avec le doute, il s’agit de s’arrêter pour
avancer dans la foi ; de douter un instant pour partager la gloire
de Dieu. Toujours agir à l’opposé de nos contradictions humaines. Dieu va à
contre courant de nos certitudes. L’enjeu est de taille : Si nous refusons
que nos doutes nous remettent en question, nous n’entendrons pas la voix de
Dieu et nous bloquerons nous-mêmes la porte. Dieu alors ne partagera rien avec
nous.
Un théologien chrétien du 1er siecle disait : « le doute amène l’examen et l’examen la
vérité ». C’est ce que Jésus a fait avec un docteur de la loi, membre
du Sanhedrin : Nicodème. Il l’a fait douter par cette affirmation :
« En vérité, en vérité, je te le dis, si un
homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. ».
Nicodème interloqué répondit : comment un homme peut-il naitre deux fois
d’une même mère ? Nicodème aurait pu s’arrêter là et s’en aller en pensant
que Jésus n’était qu’un homme qui délirait et blasphémait. C’est la pensée
dominante des pharisiens, ceux de son assemblée, pour qui rien de bon ne
pouvait sortir de lui. Que cet homme se prétendant fils de Dieu n’était en fait
qu’un imposteur. Mais Nicodème était dans une disposition de cœur lui
permettant de se remettre en question. Il a écouté tout ce que Jésus lui disait
attentivement, et il est repartit en méditant sans doute sur les paroles de
Jésus, notamment celle-ci : « Si vous ne croyez pas quand je vous
ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des
choses célestes? ». Jésus souhaitait que cet homme érudit dans la
loi de Moïse, puisse comprendre sa mission sur terre qui va avec un don
céleste. Jésus est le fils de Dieu issu du Père. Il se sacrifie pour que ceux
qui croient en lui aient la vie Eternelle. Le royaume de Dieu n’est possible
que par ce don céleste qui dépend uniquement de lui, Jésus-Christ.
On ne sait pas ce qui s’est passé ensuite. Mais Jésus avait
semé de nouvelles paroles dans son cœur, des paroles de vérité qui permettent
de vaincre ses fausses convictions et de partager la gloire du Père.
Dans Jean 19 :39, nous revoyons Nicodème accompagnant
un disciple de Jésus pour embaumer son corps avant de le mettre dans le
sépulcre. « Nicodème…, apportait un mélange d'environ
cent livres de myrrhe et d'aloès ». Nicodème à l’évidence ne doutait plus. Il
avait pris le parti de la vérité.
Pour résumer :
Dieu utilise nos doutes pour nous
amener vers la vérité.
Ce moyen nous empêche de nous égarer dans nos propres certitudes. Le fait que
le péché ne soit pas résolu définitivement procure, c’est certain, des doutes
chez le croyant. Le prophète Esaïe a exprimé sans retenue ses doutes « Malheur à moi! Je suis perdu, car je suis un homme dont les
lèvres sont impures, j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont
impures, » Esaïe 6 :5. Comme aujourd’hui on
le prie dans l’intimité : « Seigneur j’ai péché suis-je encore aimé de
toi ? ». Même en ayant une foi basée sur les textes bibliques et
en sachant que Christ a vaincu le péché pour nous, c'est le doute qui nous garde
humbles. Le doute, est perçu habituellement comme une « panne », mais
il est bien un « frein moteur de
sécurité ». Accepter
le doute, entendre la voix de celui qui frappe, ouvrir la porte, c’est « le commencement de la dépendance à
Dieu ». Car si je ne doute plus de rien, ai-je encore besoin de
réponses à mes prières pour être guidé ?
Que le
doute soit pour toi mon frère, ma sœur plus qu’un ami, un nouveau commencement
dans les œuvres du Saint-Esprit.
Amen

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire