dimanche 17 mai 2026

CE QUE L'ON VOUS CACHE DE DAVID ROI D'ISRAEL

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Par Eric Ruiz

 

Lisons les dernières lignes du Psaumes 78

 « 70Il choisit David, son serviteur, Et il le tira des bergeries; 71Il le prit derrière les brebis qui allaitent, Pour lui faire paître Jacob, son peuple, Et Israël, son héritage.72 Et David les dirigea avec un cœur intègre, Et les conduisit avec des mains intelligentes ».


Ce qui plait à Dieu dans son élection ce n’est pas l’éloquence, ou la force, c’est le cœur. C’est un cœur intègre. Dès les premiers mois de notre vie, nous manifestons déjà ce cœur.

 Proverbes 20 :11 : « l’enfant laisse déjà voir par ses actions si sa conduite sera pure et droite » ; 

Et Dieu ne s’y trompe pas. Il va chercher un berger encore jeune qui est derrière les brebis qui allaitent. Il est à peine visible, mais il s’occupe aussi déjà des plus faibles, des petits qui allaitent. Car Dieu sait qui, par la suite pourra conduire un peuple avec des mains intelligentes. Or, David le cadet de sa fratrie, était aussi depuis le plus jeune âge rempli de doute. Oui je l’affirme, il devait douter de lui-même, parce qu’il ne se considérait pas le plus grand mais bien le plus petit. C’est là, sa forme d’humilité.

Quels indices nous montre l’humilité de David ?

Tout simplement par les Psaumes dont il est l’auteur. Plusieurs Psaumes sont de véritables chants de louanges. David était un musicien aguerri. Il jouait de la lyre un ancêtre de la harpe. Mais hormis les psaumes de louange poétiques et lyriques, la plupart parlent d’avantages de ses doutes, de ses luttes, de ses peurs, et même de ses chutes ; beaucoup plus que de ses victoires.

Pourquoi, par exemple David n’a-t-il rien écrit au sujet de sa prestigieuse victoire sur le géant philistin Goliath ? Il aurait pu reprendre l’histoire à son compte afin de préciser des détails qui ne figurent pas dans le livre de Samuel. Notamment sur ce qu’il a ressenti pendant le combat ; sur les moments précédent le combat et sur les retombées de sa victoire, sur les éloges qu’il a du recevoir de beaucoup de ses contemporains. David, et c’est assez surprenant pour le souligner, parle beaucoup plus de sa vulnérabilité que la force de son armée ou que l’intelligence qu’il a adoptée dans ses stratégies de combat.
Bien sûr il parle de ses victoires. Dans le Psaume 18, il en parle ainsi :

 « Avec toi je me précipite sur une troupe en armes, Avec mon Dieu je franchis une muraille… Il exerce mes mains au combat, Et mes bras tendent l'arc d'airain. Je poursuis mes ennemis, je les atteins, Et je ne reviens pas avant de les avoir anéantis….Je les brise, et ils ne peuvent se relever; Ils tombent sous mes pieds. Tu fais tourner le dos à mes ennemis devant moi, Et j'extermine ceux qui me haïssent. Ils crient, et personne pour les sauver! Ils crient à l'Eternel, et il ne leur répond pas! Je les broie comme la poussière qu'emporte le vent, Je les foule comme la boue des rues ».

David parle de ses victoires, mais vous l’aurez remarqué aussi, non sans rendre systématiquement grâce à Dieu. Sans Dieu, comment peut-il obtenir le succès ?

Mais que de Psaumes, où David exprime de façon explicite une forme de détresse, de crainte, ou de regret. Car il n’a qu’une intention : toujours remettre sa confiance en Dieu. Beaucoup aujourd’hui y verrait plutôt des paroles de manque de foi. Or, j’ai envie de dire : ne nous fions pas aux apparences.  Car David ne triche pas, il ne veut pas passer pour ce qu’il n’est pas, il se montre tel qu’il est, sans faux semblants. 

« O Dieu tu connais ma folie et mes fautes ne te sont point cachées. ». (Psaume 69 :6)

Par conséquent, Dieu inspire un tel homme, à écrire ses états d’âme, parce qu’il sait que nous apprenons plus à partir de nos défauts et de nos défaites que de nos victoires. Il y a tellement de livres historiques qui mettent en valeurs les victoires des grands rois en sous-estimant leur défaites, en les relatant comme de petits accidents sur leur chemin.

Parce que le but est idéologique. La victoire va servir une idée. Et les héros de la Bible servent l’idée principale de la foi. Mais quelle sorte de foi ?!

Parce que les échecs permettent justement à chacun de mieux se comparer. Se montrer tel que nous sommes devant Dieu et devant nos frères. C’est un bon témoignage. Quel bon témoignage que celui de l’homme intègre !

On ne perd rien en se montrant avec ses faiblesses. Si, on perd une chose, il faut le souligner : la crédibilité envers ceux qui cherchent des chefs à vénérer pour leur infaillibilité. Ceux-là, à la moindre défaillance de votre part, vous quitteront en vous calomniant. Ils se montreront eux aussi sous leur vrai visage. Celui d’idolâtre. La religion cherche ses champions, elle veut établir son Panthéon de super saints et de surhommes pour bien montrer leurs différences : Ce sont  « Les Elus » de Dieu.

En étant intègre, vous rassemblerez celles et ceux qui aiment l’intégrité en esprit et en vérité.

Ils seront certes peu nombreux, peut-être même que vous vous retrouverez isolé, mais n’est-ce pas le prix à payer ?

 

Alors regardons de près les Psaumes où David se met à nu.

2 grandes catégories se dessinent :

1-Les Psaumes de repentance et

2- les psaumes de lamentations (où nous trouvons ses peurs et ses doutes).

 

Comme les théologiens l’on vu, j’ai moi aussi recensé les mêmes 7 Psaumes de repentance (sept comme les sept jours pour se laver de ses péchés, « Que signifie se purifier vraiment ») ; Et le Psaume 51 est très significatif de la ferveur du repentir de David. David a conscience que seul son cœur brisé et contrit plait à Dieu. Il commence le chapitre par une prière : « Aie pitié de moi dans ta bonté! » et il reconnait ses transgressions.

Ensuite nous avons les psaumes 6, 38, 102, 130, et 143 qui expriment le chagrin, les pleurs intenses que le roi d’Israël a envers son péché.  Il fait appel à la miséricorde divine pour amoindrir ou effacer son châtiment.

Enfin le Psaume 32 est une louange qui décrit son soulagement d’être pardonné après une repentance profonde.

 

Maintenant passons aux psaumes de lamentations.

Dans le Psaume 3« Eternel, que mes ennemis sont nombreux ! …Lève-toi Eternel, sauve-moi mon Dieu !», David l’écrit alors qu’il est en train de fuir devant son fils Absalom qui veut le pouvoir à sa place :

Psaume 13 : « jusqu’à quand Eternel m’oubliera-tu sans cesse ? »

Psaume 22  « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”

Psaume 25 : «  Regarde-moi et aie pitié de moi car je suis abandonné et malheureux »

Psaume 31 : «  Car tu vois ma misère, tu sais les angoisses de mon âme…j’ai le visage, l’âme et le corps usés par le chagrin. Ma vie se consume dans la douleur »

Psaume 38: «Mes plaies sont infectes et purulentes par l’effet de ma folie. Je suis courbé, abattu au dernier point »

Psaume 43 : «Pourquoi être abattue, mon âme, et pourquoi gémir en moi? Espère en Dieu, car je le louerai encore!»

Psaume 55 : « Mon cœur tremble au dedans de moi, Et les terreurs de la mort me surprennent; La crainte et l'épouvante m'assaillent, Et le frisson m'enveloppe»

Psaume 69 : «Retire-moi de la boue, et que je n'enfonce plus! Que je sois délivré de mes ennemis et du gouffre! Que les flots ne m'inondent plus, Que l'abîme ne m'engloutisse pas, Et que la fosse ne se ferme pas sur moi! »

D’une manière générale, sur les environ 73 psaumes attribués à David, on estime qu’environ : 35 à 45 contiennent fortement :

La peur,

L’angoisse,

Le sentiment d’abandon,

Le doute,

La persécution,

Ou encore, des appels désespérés à Dieu.

Donc 51 psaumes sur 73 ! Nous n’avons pas là une petite majorité de psaumes où David se repent, se lamente et se désespère ; c’est un ratio de 7 psaumes sur 10 ! Alors, pourquoi y-a-t- il généralement une impasse sur ce fait biblique évident ? Pourquoi en parle-t-on si peu ? Il y a comme une gène et même une honte à évoquer les faiblesses du grand roi d’Israël. Sans doute parce que Jésus-Christ est issu par sa généalogie de David, et de sa tribu : Juda. Il y a comme une grande réticence, un malaise à évoquer un David submergé par ses doutes, par sa culpabilité et par ses angoisses.

Des versets de David se trouvent dans les Evangiles, repris mot à mot par Jésus-Christ en personne. Cela met David évidemment sur un piédestal ; un sommet qu’il n’a pas recherché.

Les prédicateurs chrétiens usent et abusent de discours hyper positifs. Il faut toujours encourager, montrer la partie forte, élogieuse et sécurisante. Ils ont peur de décourager leur auditoire. Alors, ils préfèrent les promesses divines qui renforcent la confiance à Dieu.

Pas étonnant que le prédicateur insiste sur les versets où la puissance de Dieu est mise à l’honneur : « Dieu est mon refuge, il est mon rocher, ma forteresse, ma gloire, ma montagne sainte, mon bouclier, mon berger, ma lumière » Et malheureusement on occultera volontairement les versets jugés peu enclin à maintenir ou à renforcer l’élan de la foi. On occulte aisément ces versets où David supplie Dieu d’être sa force, parce qu’il est effrayé, au fond du trou ou qu’il doute même de Dieu.

Le prédicateur hyper positif ira même à l’opposé des péchés de David et insistera sur sa sainteté en relativisant ses petits moments de faiblesse (il n’est qu’un homme après tout) : « L'Eternel m'a traité selon ma droiture, Il m'a rendu selon la pureté de mes mains;
Car j'ai observé les voies de l'Eternel, Et je n'ai point été coupable envers mon Dieu.
Toutes ses ordonnances ont été devant moi, Et je ne me suis point écarté de ses lois
. » (Psaume 18 :21-22)

Mais un discours spirituel qui refuse de regarder la souffrance en face n’est plus un soutien, c’est une façade. On nie la souffrance. On glorifie la patience et on promet des miracles. « Tout ira bien si tu fait confiance à Dieu ». Une manière très évasive de répondre aux questions difficiles. Mais qui laisse un fardeau terrible sur les épaules des croyants éprouvés.

David est l’élu de Dieu pour diriger Israël, nous l’avons lu. Il est très important d’expliquer que lui aussi est passé par de grosses épreuves et que cela n’a pas érodé son élection, ni l’amour que Dieu a conservé pour lui. Nous devons déculpabiliser les croyants qui souffrent en leur montrant la vérité : « si tu souffres, ce n’est pas une répudiation divine » donc ce n’est pas forcément un jugement, mais un passage obligé pour aller plus haut avec Dieu. Obtenir une foi inébranlable ne passe-t-elle pas forcément par être ébranlé dans sa foi ?

 

PORTER SA CROIX

 

Et là j’en viens à un fait qui nous concerne directement, nous disciple de Christ : « Quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple ».

Comment porter sa croix si on élude tout ce qui a attrait aux souffrances, aux lamentations, aux angoisses du disciple ? Oui c’est diabolique que de soustraire cette partie, car c’est empêcher que le disciple devienne mature (parfait, telios dans le texte grec).

« Porter sa croix » s’explique. Et je rajoute que Jésus sur le chemin du calvaire ne l’a pas porté seul. Elle était bien trop lourde pour un seul homme (Plus de 130 kg). Jésus a porté la poutre transversale appelée Patibulum. Mais Jésus après la flagellation montrait des signes important de fatigue. Et les romains ne souhaitaient pas voir mourir un supplicié avant d’atteindre le lieu d’exécution. Alors, on l’a aidé à gravir le mont Golgotha. Une aide a été nommée pour porter le Patibulum (une trentaine de kilos) à sa place. Là aussi le soutien des frères fait parti du combat. « Ils prirent un certain Simon de Cyrène… et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus. »(Luc 23 :26).

C’est pourquoi en faisant taire les lamentations, nous empêchons ceux qui sont dans l’épreuve de recevoir une aide réelle.

Nous isolons ceux qui vivent des drames

Nous créons un fossé entre le mythe des héros de la foi et la vie réelle.

Le fait d’être trop positif entraine par conséquent une vraie tyrannie.

En conclusion, nous devons chassez la tyrannie, en acceptant tout de l’Evangile. Les psaumes de David font partie entièrement de l’Evangile. Ce ne sont pas juste des poèmes ou des paroles inspirées pour des louanges. Ils nous amènent dans la vérité ; Nous avons besoin de connaitre la profondeur des psaumes parce que c’est le chemin du disciple.

Alors au moment de la détresse, méditons sur eux. Eux aussi soutiendront la croix que nous portons.

Amen

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