dimanche 19 avril 2026

LE DOUTE : UN MOTEUR SPIRITUEL ?

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Par Eric Ruiz

 

1.     Le Doute : Un Séisme Révélateur, non un Péché

Il y a des croyances qui agissent comme de véritables monstres auprès des croyants. Elles les écrasent au sol et les maintiennent dans la peur et l’humiliation. Cette frontière invisible doit être détruite.


Alors pour être concret, cette croyance, c’est celle du DOUTE. Celle du doute qui s’oppose à la foi. Le doute n’est pas une perte de foi ou une absence de foi. Le doute fait parti de la foi. Tant de siècles d’obscurantisme ont eu comme effet que de culpabiliser les croyants en leur laissant croire volontairement que leur doute, leurs interrogations ne sont qu’un manque de foi.

Le doute ce n’est pas l’incrédulité. Le doute c’est un moyen de se remettre en cause, de se poser des questions, de s’évaluer, pour grandir dans la foi. Le doute n’est donc pas un manque, mais un moyen. Un moyen pour atteindre un but. Et ce but c’est la croissance.

De façon personnelle, le doute va me permettre d’évaluer si mes fondations sont solides.

Le doute, si je peux donner une image, c’est un mini séisme qui va secouer les habitations. Ce séisme fera écrouler les habitats peu solides, mais il ne touchera pas aux habitations fiables et robustes. Ce séisme fera passer l’eau des rivières là où les courants ne passaient pas. Ces nouveaux bras de rivières viendront alors irriguer de nouvelles cultures.

Donc d’un point de vue spirituel, le doute amènera d’autres possibilités, de nouveaux lieux fertiles propices à de nouvelles créations.

Alors lorsque qu’un croyant est en proie au doute, plutôt que de le culpabiliser, prions afin que ce moment l’éclaire sur lui-même, sur ce qui est solide dans sa foi et sur ce qui est bancal, afin justement qu’il se sépare de ce qui est inutile ou mauvais pour laisser croitre ce qui doit l’être. « Le doute est le commencement de la sagesse » Il y a dans l’affirmation d’Aristote. Une lumière qui n’est pas si loin de la vérité.

 

2.     L'Instrumentalisation du Doute par l'Institution

 

Avec ce faux dogme du manque de foi, le clergé s’est constamment protégé. On a volontairement peint « Les grands hommes de foi », en gommant d’eux le doute pour ne laisser entrevoir qu’une foi infaillible. Ces héros incapables de douter se sont érigés en Seigneur et en Dieu. Et comme le doute touche naturellement tout croyant… Alors quelle aubaine pour maintenir tout un peuple dépendant d’une autorité religieuse ! Le doute est devenu un péché à confesser. C’est une attaque démoniaque vous dit-on, où l’ennemi cherche à nous vaincre.

Voyez-vous l’entourloupe ? Le doute c’est une manne providentielle pour la fausse église. La hiérarchie dans l’Eglise s’est vue préservée grâce à ce dogme. Le doute maintien en vie la plupart des assemblées chrétiennes. Chaque membre alors est dépendant de sa hiérarchie. Il doit constamment venir la questionner pour se rassurer sur sa foi.

« J’ai un doute sur le fait que je sois déjà sauvé… Que pense mon curé, Que pense mon pasteur, ou que pense ma religion ? ».

 

3.     Le Piège de la Certitude Radical : le Fanatisme

 

La foi que l’on vous présente s’est une foi radicale. C’est blanc ou noir, c’est le paradis ou l’enfer, c’est la foi ou le doute. « Tu perds ta foi non pas dès qu’une pensée de doute te surprend, mais si tu entretiens cette pensée. Tu dois être vigilant et chasser toute pensée de doute car elle vient du diable ».

Ici, ce n’est pas le doute qui est inquiétant, c’est la certitude que le doute est mauvais.

Les répéteurs de l’institution te disent : « Regarde, Simon Pierre a douté. Ce doute est une trahison. Il a renié Jésus-Christ. 

Cet exemple sert de mise en garde. Il doit te faire peur »

Eh bien, le doute vécu ainsi amène tout droit vers le fanatisme religieux.

Mais mon frère, ma sœur, attention, si tu veux te libérer de ces liens, il te faut penser différemment. Si une pensée de doute survient, le diable te dit chasse-là !

L’Esprit Saint te dit : « Assieds toi, réfléchi, prie, pose toi cette question : Père ta volonté ou ma volonté ? Ta coupe ou ma coupe ? Que dois-je boire, que dois-je faire ? En d’autres mots, suis-je dans la complaisance ? Ai-je laissé entrer en moi des pensées de convoitise ? L’orgueil s’est il élevé ?  Ai-je des pensées de jugement envers mon prochain ? Et si le jugement dernier n’était pas celui que l’on m’avait dit ? Toutes ces questions sont liées. Elles vont à contrario contribuer à chasser le doute.

 

Allons plus loin :

-Le doute a un autre avantage, plus que cela une autre puissance pour la religion. C’est la clé qui ferme la porte des prisons spirituelles. Elle permet d’instaurer des dogmes puissants et indestructibles. Elle maintient éveillé sur l’enseignement spirituel; pas celui des apôtres mais celui de faux apôtres.

Comment ?

Si vous vous dites : «  j’ai la foi, j’ai une ferme conviction sur ce que je pense de l’Evangile. J’ai reçu le plein évangile ». Le fait de vous apporter une autre vérité, vous fais douter. Et là vous fermer la porte au doute. En chassant toute autre idée, vous chassez par là même le doute. Or, en chassant le doute vous chasserez tout …et y compris la vérité.

C’est ainsi que l’on crée des murs infranchissables.

Attention, la séduction diabolique a changé de stratégie. De nos jours, le doute passe moins pour un péché et plus pour une étape normale de la foi. Ce n’est pas un progrès, c’est un nouveau moyen de contrôle.

En les amenant à confesser le doute, l’Eglise contrôle ses adeptes. Ceux qui doutent reçoivent un accompagnement spirituel et la doctrine leur est rappelée. La force de l’institution c’est : on ne chasse plus le croyant qui doute, on l’encadre pour mieux l’endoctriner, et pour mieux le fidéliser.

 

4.     La confusion entre doute et incrédulité

 

Dans les milieux chrétiens, le doute a souvent été confondu avec l’incrédulité.  Simon Pierre certes à douter de sa foi en reniant Christ par trois fois au chant du coq. Mais il n’était pas dans l’incrédulité. Pourquoi ? Parce que son reniement lui a fait réaliser que bien qu’il aime Dieu de toutes ses forces, sans la puissance provenant du Saint-Esprit, personne ne peut échapper à ses peurs et à ses faiblesses.

Une autre confusion est de penser  qu’obtenir sa guérison ne peut se faire sans douter. Oui, mais douter de quoi ou de qui ? L’Eglise Evangélique insiste sur le fait que douter de sa guérison annule le miracle. Et qu’il est indispensable de confesser sa guérison pour qu’elle puisse se révéler. La doctrine va même par le fait de ne jamais confesser autre chose que la guérison, même si le mal persiste. Le moindre doute, par conséquent mettrait un obstacle puissant à l’accomplissement de la guérison.

Jésus-Christ ne fait jamais référence à ce doute là. Jésus insiste sur l’incrédulité. Haïr son frère, cacher des intentions mauvaises, c’est le trahir, l’abandonner, c’est l’esprit d’incrédulité. C’est ce doute là qui empêche Dieu d’agir. Matthieu 13 :58 : « Et il (Jésus) ne fit pas beaucoup de miracles dans ce lieu, à cause de leur incrédulité. ».

Le doute existait bien mais envers Dieu, pas envers la guérison. Et Jésus refuse de les guérir parce que justement, ils doutent de lui en préférant le mensonge à la vérité.

Jésus est plus sensible à l’authenticité du cœur, qu’au doute. Un des récits les plus touchant est celui du père de l'enfant qui passe par tous les états dans Marc 9:23-24. Face à Jésus, il s'écrie :"Je crois ! Viens au secours de mon incrédulité !" C'est l'exemple parfait de la coexistence du doute et de la foi. Jésus ne rejette pas cet homme ; au contraire, il guérit l'enfant. Cela montre que Dieu répond à l'honnêteté du cœur plutôt qu'à une perfection spirituelle imaginaire.

 

5.     Le doute : chemin obligatoire pour l’accomplissement du disciple

 

Maintenant, Jésus-Christ a-t-il douté ? Oui, il a douté pour une juste cause. Quand ? A Gethsémani. Oui, je reviens encore et encore sur ce moment clé de l’histoire de Jésus de Nazareth. Dans ce jardin près de Jérusalem, où l’on pressait autrefois les olives pour en extraire l’huile, Jésus doutait de pouvoir aller jusqu’au bout de sa mission. Il se demandait s’il avait la force pour pouvoir vivre la trahison, l’abandon, l’humiliation et pour finir la crucifixion. « Père pourquoi m’as-tu abandonné ? Père éloigne de moi cette coupe » pria-t-il. C’est une faiblesse certes, mais une faiblesse nécessaire, indispensable même pour recevoir la force divine. Le doute : c’est chercher Dieu plus profondément

Le doute a été pour lui, Jésus-Christ, le moyen de recevoir une force supérieure pour le combat qu’il avait à mener.

Le doute n’est donc pas la destruction de la foi mais plutôt le moyen de son accomplissement. Accomplir plutôt que détruire c’est le rôle du doute.

 

 Maintenant Jésus souhaite nous amener plus haut. « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. ». La foi inébranlable n’a rien à voir avec le fait de chasser le doute ; c’est même le contraire. Pour avoir une foi inébranlable, il est indispensable d’accepter le doute ; d’accepter d’être pressé comme une olive pour en extraire une onction supérieure. Trop souvent un croyant qui est enclin à douter, qui est déstabilisé, qui se pose des questions est jugé comme un croyant tiède qui a peu de foi. Mais, n’est-ce pas juger trop précipitamment ? Ce disciple n’est-il pas plutôt dans une phase d’évolution qui va l’amener à manifester une foi inébranlable ? 

La peur, les maladies, le danger de mort, toutes les fortes épreuves font douter. Et nous sommes, nous disciples, au milieu de cette fournaise ardente. Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas une erreur de parcours. Ce n’est pas la preuve d’un manque de foi.  C’est l’acte de foi : qui est de pouvoir marcher, avancer malgré l’incertitude. C’est l’état de notre croissance. Comme un enfant doit passer par l’adolescence pour atteindre l’âge adulte, nous devons passer par le doute pour atteindre la maturité en Christ.

Le doute c’est donc la respiration du Saint-Esprit. Il empêche à la foi de se figer et à la tiédeur de s’installer. Si le doute est la "respiration", la foi reste "l'oxygène". L'un permet d'absorber l'autre.

Alors n’ayons pas peur de douter. Soyons au contraire préparer à cette éventualité certaine. Notre consécration en dépend. Notre adoption en dépend. L’accession au trône de Dieu en dépend. Lorsque le doute nous atteint, ne le taisons pas. Parlons-en au contraire. Exprimons nos doutes comme Jésus l’a fait. Soyons authentiques, vrais. Le fait de cacher ses doutes, de nier leur existence, provoque ou dévoile un esprit incrédule. Sans inspiration (foi) et expiration (doute/remise en question), l’âme étouffe et périt. Nous devons retrouver une respiration juste et vraie pour retrouver notre vraie identité en Christ.

 

Mais attention, s’installer dans le doute peut devenir une excuse pour ne pas agir. Le doute est un chemin, il n’est pas une destination. Nous ne devons pas rester dans cet état d’instabilité. Il doit demeurer provisoire. Selon Hébreux 12 :27, ce qui doit demeurer ce sont les choses inébranlables. Les choses ébranlées sont amenées à apparaitre puis à disparaitre. Le doute permet aux constructions humaines de s’effondrer pour que les constructions divines demeurent éternellement.

Le doute est par conséquent cet ébranlement. Et, si le doute est la "respiration", on ne peut pas rester en apnée sur l'expiration sans finir par s'étouffer. La croissance est la destination. Le doute n’est qu’une antichambre à la croissance. Il n’est pas la croissance. Le doute est un appel à la croissance.

Alors mes frères et sœurs n’oublions pas que c’est après avoir douté de nos forces, de notre consécration, de l’amour même de notre Père pour nous, que nous trouverons la puissance venant de l’Esprit Saint afin d’accomplir notre mission. Amen

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