dimanche 5 juillet 2020

RÉENCHANTONS LA FOI

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Par Eric Ruiz

Nous vivons des temps désenchantés. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est dans l’air.


Un mot m’a fait réagir récemment, justement à la suite de la grande désaffection en France, pour la cause politique. Avec presque 60% d’abstention aux dernières élections municipales, le mot à répétition sur les chaines d’infos était : «ré-en-chanter ». 
Nous devrons réenchanter la politique qui ne plait plus du tout…

Bizarre, quelques années auparavant, j’avais assisté à une journée pédagogique dont le thème était : « réenchantons l’école »; 
Et l’intervenant était un conteur.

Il partait du fait, que le désenchantement régnait, car on ne racontait plus d’histoire à l’école. Quand il commença à nous raconter une histoire avec des brebis, un bélier et un loup, j’ai tout de suite fait le rapprochement avec les histoires de Jésus, construites en paraboles.
C’est vrai, qu’elles ont un effet d’enchantement, les paraboles de l’Evangile, et qu’elles suscitent l’attention, l’imaginaire, voire la fascination même.

En fait le message est clair, réenchanter, incite à revenir à un état  lumineux, déjà connu auparavant et qui a été perdu avec le temps.
Il s’agit de retrouver le merveilleux, retrouver ce qui fait appel à l’idéal, le parfait, et à ce qui nous donnait l’occasion de rêver pour accéder au bonheur.

Mais, qu’en est-il dans les assemblées chrétiennes ?
Ont-elles besoin de réenchanter leur culte ?

Le verbe « enchanter » donne des frissons aux chrétiens. Même s’il veut dire : « douer de pouvoirs surnaturels », il est tellement porteur de connotations négatives liées à la magie, aux fées, à la divination.
L’image leur évoque instantanément celle d’une flûte enchantée qui possède des pouvoirs magiques : une flûte qui vole qui fait de la musique toute seule dans le but de séduire pour faire perdre le contrôle à tout esprit.

Très proche du verbe enchanter, il y a aussi son nom : l’enchantement, un enchantement se définit à partir du dictionnaire comme : une opération mystique produisant une véritable possession d’esprit, un envoûtement exercé par des actes de sorcellerie, par des prières en forme de sortilèges.

Mais il faut le dire : les ténèbres sont bien là :
Où ça ?
Eh bien, parmi ceux qui dénoncent l’enchantement : ne sont-ils pas eux-aussi enchantés, comme envoûtés ? Lorsqu’on souhaite dénoncer l’enchantement, la divination, rejeter les merlins enchanteurs ne retournons-nous pas aussi l’accusation sur nous-mêmes ?
L’inquisition, elle, n’est pas seulement liée à l’attaque de l’autre. Nous pouvons être un inquisiteur sans le savoir.
Et puis, la contradiction saute aux yeux, le surnaturel est tellement recherché dans les cultes chrétiens paganisés :
Sentir la présence de l’esprit, témoigner de miracles spectaculaires, élever son âme par la louange, jusqu’au frisson dans l’dos, tomber au sol sous l’imposition des mains, voir dans la sainte cène un procédé magique qui nous relie plus fortement à Christ, croire que le baptême a une fonction purificatrice, croire aussi qu’après avoir écouté un sermon, les événements vont enfin se changer en bien etc, etc…
Il y a quand même une recherche du magique, du sensationnel à l’intérieur du croyant moderne.
Il aime les miracles, les prodiges et il est attiré par les témoignages qui vont dans ce sens…
Jusqu’au jour, où à la place de l’enchantement apparaît le désenchantement. Tout cela n’était en fait que de l’illusion, de la poudre aux yeux, rien d’autres…Quelle bien triste réalité !

Alors, est-ce cela la vraie foi ?
Surtout quand on sait que Jésus après une guérison, demandait au miraculé de n’en parler à personne. Mais de se montrer uniquement au sacrificateur. N’y-a-t-il pas là un message inverse, celui de laisser les autres s’apercevoir du changement, tout ceci afin qu’ils montrent, eux, leurs véritables intentions. (Veulent-ils suivre un faiseur de miracle, ou suivre celui qui leur ouvre les yeux sur qui ils sont vraiment, ou veulent-ils détruire celui qui les empêche de briller ?)

Alors la question est : doit-on réenchanter la foi ?

Je dirai oui, parce que celle véhiculée par la religion ne pousse pas tellement à rêver.
Cette magie-là ressemble à un tour de passe-passe réalisé en public.
L’illusion a fait son effet, les sens ont été réveillés. Mais le spectacle terminé… rien n’a changé.

Donc pour réenchanter, il va falloir déchanter d’abord.
Et le réenchantement va se faire autrement.
La  vraie foi, va nous pousser, elle,  vers un autre surnaturel.

La foi a quelque chose de mystérieux, peu perceptible par l’esprit humain, une sorte de 6ème sens.
David dans un psaume disait au sujet de la parole de Dieu: « Une science aussi merveilleuse (dans le sens de miraculeuse) est au-dessus de ma portée, Elle est trop élevée pour que je puisse la saisir  (donc pour que je puisse l’a comprendre)».
Par conséquent, le premier élément miraculeux de la foi consiste bien à comprendre quelque chose d’incompréhensible au départ.
Le premier miracle, j’en parlais dans le message précédent tient de la révélation. Et son effet est double, elle change ceux qui la reçoivent et fait fuir les autres.

La foi, c’est aussi croire à quelque chose de merveilleux, de contre nature face à une situation dont l’issu fatale ne fait plus aucun doute.
Et en cela l’expérience, comme les récits bibliques, nous montre que Dieu agit miraculeusement très souvent à la dernière minute.

L’exemple biblique de Sara, la femme d’Abraham est très parlant. Elle a ri tellement la prophétie que l’ange lui avait donné lui semblait irréaliste et farfelue.
Imaginez, l’enchantement : elle, stérile depuis tant d’années et là, on vient lui prédire qu’elle tombera prochainement enceinte…est-ce possible à 80 ans ? Mais, c’est de cette façon qu’Isaac, le père d’Israël vint au monde.

Et Jésus… prophétisé par Esaïe au chapitre 9…
« Car un enfant nous est né, un fils nous est donné … On l'appellera Admirable ».
Je m’arrête un instant sur ce nom : Admirable; en hébreux pele [peh’-leh]  va plutôt dans le sens de miraculeux, de prodiges.
Donc le nom même du fils de Dieu est lié au miracle : On l’appellera miracle, prodige, comme sa venue, ; il est né à partir d’une vierge et par le Saint-Esprit.
Jésus est le premier-né d’une lignée miraculeuse.

Moi j’affirme, qu’à chaque fois qu’un enfant naît d’eau et d’esprit, un enfant nous est né, un fils nous est donné on l’appellera miraculé.

Vous voyez, ne réduisons pas le miracle à un seul homme, mais à tous ceux qui seront appelés « fils » par notre Père ; tous ceux qui seront adoptés par lui. La promesse est pour tous ceux qui croient dans le fils de l’homme.

Là aussi le miracle, l’enchantement fait-il appel à un grand nuage de fumé, et à une apparition soudaine d’un personnage fantastique, à l’image d’une fée providentielle?
Non, absolument pas.

Tout se passe à l’intérieur de la personne. Et l’enchantement ne reste pas que dans l’étincelle du regard, plus brillant qu’autrefois ; il se traduit par des actes charitables, une humeur constante, une porte toujours ouverte pour le malheureux, ou une épée en forme de pardon.
Il y a de quoi être enchanté et reconnaissant face à l’œuvre d’un fils adopté par le Père de l’univers.

Maintenant, en guise d’illustration,  je souhaiterai revenir à ma journée pédagogique, là où un conteur a répondu à la question : « comment réenchanter l’école ? »
Et, il n’a pas argumenté, il a simplement raconté une histoire.
J’aimerai raconter la même histoire, car elle risque aussi de réenchanter la foi.

Attention, une parenthèse : c’est une fable, mais ne la confondons pas avec ce qu’appelle « fable » la Bible : dans les épîtres, l’apôtre nous met en garde sur les fables, il ne s’agit pas de conte pour enfants, mais d’histoires inventées semant le mensonge, amenant une fausse doctrine, servant à égarer ceux qui l’entendent…

Alors, voici l’histoire :
·       Le petit mouton et le grand bélier
Le contexte :
Un troupeau de mouton broute dans une vaste prairie, surveillé par un grand bélier, chef.
Un petit mouton ose à un moment donné, allé vers lui et lui poser une question : 
« Dis-moi grand bélier : pourquoi alors que nous broutons tous la même herbe, y a-t-il des moutons différents ? »
Le grand bélier lui répond vaguement : qu’il est trop jeune pour comprendre cela et qu’il le saura plus tard.
Arrive un loup, qui s’approche du troupeau. Certains moutons le voit et apeurés demandent au grand bélier « que devenons faire grand bélier ? » qui répond alors tranquillement : ne vous inquiétez de rien et continuer à brouter.
Survint le soir, le soleil se couche, la nuit arrive et le loup voyant un mouton à 3 pattes…se précipite sur lui, le tue, l’enlève, le traîne jusqu’à la foret et le dévore.
Le troupeau voyant qu’un mouton a disparu, s’inquiète, s’affole et demande au grand bélier : quoi faire grand bélier ?
Celui-ci répond : «  ne vous inquiétez pas il avait trois jambes, nous en avons 4, nous risquons rien ! Continuez à brouter»
Survint le soir, le soleil se couche, la nuit arrive et le loup voyant un mouton sans oreilles…se précipite sur lui, le tue, l’enlève, le traîne jusqu’à la foret et le dévore.
Le troupeau voyant qu’un mouton a disparu s’inquiète s’affole et demande au grand bélier : quoi faire grand bélier ?
Celui-ci répond : «  ne vous inquiétez pas il n’avait pas d’oreilles, nous, nous en en avons, nous risquons rien ! Continuez à brouter»
Survint le soir, le soleil se couche, la nuit arrive et le loup voyant un mouton noir…se précipite sur lui, le tue, l’enlève, le traîne jusqu’à la foret et le dévore.
Le troupeau voyant qu’un mouton a disparu s’inquiète s’affole et demande au grand bélier : quoi faire grand bélier ?
Celui-ci répond : «  ne vous inquiétez pas il était noir, nous, nous sommes blanc, nous risquons rien ! Continuez à brouter»
Survint le soir, le soleil se couche, la nuit arrive et le loup voyant le grand bélier se reposer…se précipite sur lui, le tue, l’enlève, le traîne jusqu’à la foret et le dévore.
Le troupeau voyant que leur chef a disparu s’inquiète, s’affole et veulent tous alors se précipiter du haut de la falaise?
A cet instant petit mouton prend la parole et dit : « je connais bien les loups, ils attaquent à la tombée du jour et uniquement les moutons isolés. Restons groupés, puis dès que le loup arrivera, éloignez-vous rapidement. Je me tiendrais, moi alors immobile, juste devant la falaise, et quand il se précipitera sur moi pour me dévorer, je n’aurai qu’à m’écarter pour qu’il tombe.
Ce scénario plut a tout le troupeau et
C’est ce qui arriva, le loup se précipita sur petit mouton qui par un écart, fit tomber le loup de la falaise. Fin de l’histoire.

Alors tout le monde attend une moralité.
Mais je n’en donnerai pas.
Je ferais comme Jésus le faisait à son époque : je poserai d’abord quelques questions.
   -Première question : l’histoire a-t-elle répondu à la question que petit mouton avait posé à grand bélier : « Pourquoi y a-t-il des moutons différents, alors qu’ils mangent la même herbe ? » ou en d’autres termes, qu’est-ce qui rend différent un mouton d’un autre ?
   -Deuxième question : Qui est le grand ennemi du troupeau ?
   -Troisième question : Pourquoi le fait de voir des moutons disparaître est plus rassurant parce qu’ils sont handicapés, différents des autres que chercher la vérité : sommes-nous égaux devant la mort ?
   -Ensuite : Qui a permis au troupeau d’être sauvé ? A partir de qui la lumière est-elle venue sur le troupeau ?
Petit mouton va-t-il remplacer grand bélier ?
Toutes ces questions doivent en fait nous questionner en profondeur sur nous-mêmes.
Nous avons tous eu des loups dans nos vies, nous avons tous suivi un grand bélier aveuglément, et nous côtoyons tellement de moutons bien différents. Comment les voyons-nous chacun ?

Cette histoire est loin d’être une simple fable pour enfants ou une simple banalité, elle révèle avec quel regard nous voyons les choses.
D’autres questions peuvent bien-sûr ressortir du conte ; et à chaque question, il y a évidemment plusieurs réponses possibles.
Il n’y a pas une réponse meilleure qu’une autre, mais une réponse qui correspond à chacun, à ce qu’il désire voir au plus profond de lui.

L’enchantement dans le conte, n’est pas relié par des sortilèges ou des miracles spectaculaires : il n’y a pas de résurrection, il n’y pas d’apparition d’êtres surnaturels, ni de transformation spectaculaire comme le ferai une baguette magique dans un scénario Walt Disney.

Pourtant un enchantement existe bien.

Cette histoire va réenchanter celui qui comprend en qui il a mis sa foi, sa confiance et vers qui il a placé le mal.

      -Pour « petit mouton », un chrétien va forcément y voir l’agneau immolé, celui qui se sacrifie dans le groupe, qui est prêt à donner sa vie pour la survie des autres. Un don de discernement mêlé à une totale abnégation.
     -« Grand bélier » lui, c’est le mâle dominant, protecteur, qui donne l’apparence d’être rempli de force et de sagesse, mais qui se croyant protégé et invincible ne se soucie pas du troupeau, il se réjouit même que les moins considérés disparaissent. Il est fourbe et menteur et ne voit que ses intérêts personnels. Alors, il sera pris à son propre piège. Il dort, il ne veille pas et cette condition sera sa perte.
     -« Le loup » qui apparaît comme le mal, le destructeur, souvent invisible, attaquant la nuit venue, pour ne pas être reconnu ; ce loup n’est-ce pas le même qui prend une apparence d’épidémies, de catastrophes, de mauvaises nouvelles dans nos vies ?
Pourtant le loup, c’est bien le mal nécessaire qui va permettre au troupeau de savoir qui est qui.
Le loup n’est-il pas celui qui va par ses attaques et pour finir, sa mort, réenchanter le troupeau ?
Si le loup n’était pas venu les attaquer, petit mouton n’aurait jamais été considéré comme le plus sage de tous, et grand bélier aurait toujours porté la couronne du digne chef sage et protecteur.

Alors, certains peuvent aussi n’y voir aucun enchantement dans cette histoire.
Elle est beaucoup trop puérile, nous ne sommes plus des enfants,  jamais les choses ne se passent ainsi et les animaux que nous sommes aussi ne répondent qu’à leur instinct de survie.
Nous sommes de simples moutons et nous suivons toujours un leader, un groupe et chacun est un peu prédestiné par ce qu’il est au départ (un prédateur, un meneur ou un suiveur).
Ceux qui pensent ainsi ont parfaitement le droit de le faire, mais ils sont en fait comme « grand bélier » et ils répondent à ma troisième question : ils préfèrent voir disparaître en premier les moutons qu’ils considèrent comme moins méritants, (les plus faibles, ou les différents des autres).

Cette vision des choses, les protègent, eux, et ils se réfugient dans le déni.
C’est leur moyen pour dissimuler leur peur, grâce à un mensonge qui les rassure ; un mensonge qui leur fait croire à une sanctification gagnée par leur supériorité.
Mais quand vient la disparition de grand bélier, en qui mettront-ils leur confiance ? Toujours dans leur bonne étoile ?

Jésus dans une de ses paraboles (Jean chapitre 10) ne prend pas l’exemple de grand bélier mais parle d’un mercenaire : « le mercenaire, qui n'est pas le berger, et à qui n'appartiennent pas les brebis, voit venir le loup, abandonne les brebis, et prend la fuite; et le loup les ravit et les disperse.
Le mercenaire s'enfuit, parce qu'il est mercenaire, et qu'il ne se met point en peine des brebis ». 

Alors, bizarrement parmi ceux qui écoutaient Jésus de Nazareth raconter l’histoire, les mercenaires se sont mis à réagir en premier et ceux qui ont été enchantés ensuite:
Les mercenaires qu’ont-ils répliqués ?
 « Il a un démon, il est fou; pourquoi l'écoutez-vous? 
Et les enchantés ?
 « Ce ne sont pas les paroles d'un démoniaque; un démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles? »

Cette histoire, décidément, montre qu’il y a un moment pour chacun et un temps pour chacun aussi, pour que l’enchantement du début se transforme en désenchantement, et pour finir en un nouvel enchantement.
Le mensonge, la peur, l’idolâtrie quand ces esprits auront fini de régner, ils laisseront place à un véritable enchantement.
Voilà le nouvel enchantement voulu par Christ: « Détruisez ce temple (cette bergerie) et en trois jours je le reconstruirai ».
Amen

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