dimanche 1 novembre 2026

JUGE, AVOCAT, QUI SOMMES NOUS EN CHRIST ?

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Par Eric Ruiz

 

Aujourd’hui à entendre les uns et les autres, tout chrétien a pour vocation d’agir dans l’amour de Christ. Tout chrétien souhaite bénir et non maudire. La compassion et la grâce sont les laisser passer de toutes les églises de Christ…


Et pourtant dès que survient un péché dans l’entourage, les yeux se lèvent, les regards durcissent, les talons se tournent et des mots durs et impitoyables s’échappent des bouches.

Quelle attitude le croyant doit-il avoir face au péché ?

Bien sûr, il ne doit ni l'ignorer ni faire comme s'il n'existait plus. Il est appelé à être transparent avec notre Seigneur pour ses propres fautes d’abord et ensuite miséricordieux envers le pécheur tout en demeurant intransigeant envers le péché. (Attention toutefois, cette intransigeance peut être ferme mais jamais dure à l'égard du pécheur). Le disciple sait d'où il vient. Il sait par qui il a été séduit et comment il est tombé. Le péché n'était pas seulement ce qu’il transgressait: il était sa nature.

A partir de là ne nous comportons pas comme si nous avons toujours été des êtres saints et irréprochables. Soyons humbles compatissants et justes.

Alors quelle attitude adopter ?

Le Saint-Esprit ne nous conduit jamais à être différents de l'attitude de Jésus de Nazareth. Or il nous montre une voie nouvelle dans l'épisode de la femme adultère. Il ne cautionne pas son péché, mais il ne la condamne pas non plus. Il lui dit simplement : « Va, et ne pèche plus. »

D'une certaine manière, ne place-t-il pas cette femme devant un choix : celui de rencontrer un juge ou un avocat ?

Car si, après avoir connu la grâce, elle préfère suivre sa propre loi et les désirs de la chair, elle s'exposera de nouveau à la loi de Dieu. Elle se retrouvera alors devant un juge. Et un juge applique la justice à celui qui transgresse la loi. C’est œil pour œil, dent pour dents. Le châtiment est alors appliqué de manière systématique en rapport à la faute commise.

Mais, si elle choisit de se soumettre à la volonté de Dieu, elle découvre en Jésus un avocat. Un avocat qui ne minimise pas ses fautes, mais qui les prend sur lui. Qui a payé par sa vie pour qu’elle ne soit plus condamnée. Donc, un avocat qui n’est pas là pour lui faire une leçon de moral, mais qui la défend, la relève et la rétablit dans son droit et dans sa dignité.

Certains penseront alors : « La vie chrétienne est bien avantageuse. Il suffit de croire en Christ et hop tout est effacé ! ». Oui cette vie est avantageuse, mais attention, Dieu n’est pas dupe. Il efface les fautes oui.

Mais si vous suivez Christ en imaginant que vous pourrez continuer à mener vos petites affaires dans l'ombre, en secret, vous vous trompez profondément. Vous vous mettez le doigt dans l’œil. On n'entre pas dans le Royaume par calcul. On ne reçoit pas Christ comme un simple moyen d'échapper au jugement. C'est lui qui nous attire et c’est lui qui nous reçoit dans son Royaume. Matthieu 5 :20 « Si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux ».

C’est une réalité, ceux qui gardent un cœur partagé se heurtent à la loi. Et la loi ferme la porte du Royaume. La porte de la grâce ne s'ouvre pas à l'hypocrite. Sans être complètement transparent, on ne peut ni naître d'en haut ni entrer dans l'héritage promis aux enfants d'Abraham.

Prenons l’exemple de certains chrétiens qui se mettent souvent en colère. Ils s’insurgent et se disent : «  Après tout, ce n’est pas si grave ; Dieu connait mes faiblesses et il efface mes fautes. La colère c’est mon petit aiguillon, cela fait partie de mon caractère.» «Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges » (Matthieu 5 :22).

Choisir un autre que Christ, c’est prendre l’habit du magistrat ; c’est vouloir juger par soi-même. C’est prendre plaisir à être indépendant, impartial et dur. C’est aussi prendre le marteau du juge pour frapper fort en prenant des décisions sans possibilités de changement et clore tout débat. C’est adorer un autre Dieu comme le faux dieu de la mythologie nordique Thor. Thor est représenté lui aussi avec un marteau au pouvoir comme le tonnerre : électrisant; un marteau qui s’abat subitement comme la foudre sur ses ennemis.

En prenant un tel instrument on cherche à impressionner et à imposer ses idées par la force : « Dieu a dit … !!! Sa parole dit :… !!! »

Or, un chrétien qui s’identifie ainsi dans son cœur agit contre l’esprit de Dieu. Car, si nous jugeons et décidons par nous-mêmes, en faisant accepter nos décisions par la force, nous disons au Père qui est dans les cieux, et qui à envoyer son fils unique, que cela n’a servi à rien. Pourquoi ? Parce que Jésus a dit : «  Dieu n’a pas envoyé son fils pour qu’il juge le monde » (Jean 3 :17).

Si nous sommes de sa nature, nous avons revêtu Christ, nous sommes fils de Dieu nous aussi. Et nous ne sommes pas envoyés pour juger le monde. Par conséquent, ne convoitons pas la fonction de juge alors que Christ n’a jamais eu cette mission. Sa mission il le dit juste après : il est venu sauver. (Toujours dans Jean 3 :17)

Il est venu prendre ses attributs d’avocat. 1Jean 2 :1 : « si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ le juste ».

En d’autres termes c’est comme si Jésus avait dit : « vous voulez me suivre, alors soyez prêt à endosser une robe d’avocat ».

Galates 5 :1 : « C’est pour la liberté que Christ nous a affranchi ». Alors est-ce seulement notre liberté qui est en jeu ? Si nous aimons l’autre, notre prochain comme nous-mêmes, n’est-ce pas plutôt sa liberté qui devrait nous soucier ? Pourquoi le remettrions-nous sous le joug de la servitude, s’il est libéré du péché ?

S’il s’est égaré, nous devrions tout faire pour qu’il retrouve son premier amour. Et l’exhorter,  le reprendre seul, puis à plusieurs ou même ne plus communier avec lui, cela fait partie du projet de la liberté en Christ.

Notre mission n’est pas de lister les fautes et de rendre un verdict. Notre mission est au minimum celle d’un avocat de la cour. Il prête serment, celui: d’avoir de l’humanité, c’est-à-dire d’écouter et d’accompagner les justiciables avec empathie. Mais pour un disciple l’engagement est bien supérieur. Il s’agit d’intercéder et de défendre la cause du malheureux, de lui annoncer la bonne nouvelle de son Salut, bref de délivrer les captifs. Sa mission n’est pas celle d’appuyer sur les péchés des uns et des autres pour leur signaler qu’ils n’auront que ce qu’ils méritent. Cette justice là accuse et condamne. Un croyant qui se complait de la sorte montre sa propre colère contre Dieu. N’est-ce pas le diable qui lui inspire un tel projet alors ?

Nous avons à choisir un camp : défendre ou accuser. Reprendre dans la douceur ou mordre et blesser.

Pourtant, certains sont déstabilisés quand ils lisent ailleurs dans Jean 9 :39 que Jésus est venu pour un jugement.  Ce jugement n’est pas une condamnation, c’est un discernement. Il permet de séparer le vrai du faux en dévoilant l’imposture. Alors, ce jugement concerne ceux qui affirment voir. Ceux qui se proclament saints. Ils pensent être juge parce qu’ils croient avoir reçu cette mission de Dieu. Mais en brandissant la loi, ils se comportent comme des juges iniques qui méritent d’être jugés eux-mêmes.

L’Esprit saint qui agit comme une lumière ne fait que refléter la part d’iniquité en eux. Et ces imposteurs se dévoilent en devenant persécuteurs des gens de la lumière. Ce jugement c’est qu’ils préfèrent les ténèbres à la lumière (Jean 3 :19). Pourquoi ? car ils ont « peur que leurs œuvres soient dévoilées ». En fait Jésus souhaite certainement nous mettre en garde. Ceux qui après avoir connu la grâce de Dieu agiront comme des juges, sont déjà jugés ; et ils sont jugés par le Père selon leurs œuvres. Tandis que ceux qui auront agit en pleine lumière dans la grâce ne seront pas jugés mais la grâce repose sur eux.

Lorsque Christ frappe à la porte, ceux qui lui ouvrent ne sont généralement pas dans une position confortable, encore moins de supériorité. Ils sont meurtris, affaiblis, peinés et souvent arrivés au bout d'eux-mêmes. Ils ont découvert leur incapacité à se sauver. Leur réponse n'est en aucun cas le fruit d'un calcul raisonné, mais le cri d'un cœur qui aspire à la délivrance. Alors au temps du soir, lorsque les ténèbres sévissent, Christ vient souper avec eux. Il vient leur annoncer que le temps de la servitude est fini.

Pour résumer :

Nous nous devons (en tant que croyants recherchant la vérité) replacer l'Église dans sa véritable identité : un refuge de grâce et de restauration, plutôt qu'un tribunal.

Nous devons prendre parti en refusant d’accorder notre bénédiction à une assemblée de juges où règne la rigueur, l’impartialité, l’autorité, la dénonciation du mal, pour l’application d’une justice stricte.

Nous devons plutôt tout entreprendre pour favoriser, une assemblée d’avocats où chacun cherche la compassion, l’écoute, la patience, l’amour, la restauration, sans pour autant être laxiste sur les transgressions ou accepter l’immoralité.

Dieu ne peut croitre que dans un disciple qui exerce les bonnes intentions de l’avocat. Ses intentions sont de défendre les intérêts de son prochain. Et notre vocation, c’est que Christ croisse et que je diminue.

Or à l’intérieur du juge c’est l’inverse qui se produit : L’homme certain de son autorité croit tandis que Christ diminue. Car le juge ne défend pas l’intérêt de celui qui est accusé. Mais il ne cherche qu’à appliquer la loi.

Parakletos un mot grec que nous retrouvons 5 fois dans la Bible, il a le plus souvent été traduit par consolateur. Mais c’est le même mot qui signifie aussi avocat, ou assistant qui porte secours. Jean 14 :16-17 : «  Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, un autre avocat, un autre assistant qui porte secours, afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir ».

Encore un témoignage de plus pour confirmer que ce n’est pas le juge que Christ envoie dans son Eglise. Christ nous envoie le Saint-Esprit qui est le même avocat que lui ; qui a le même esprit de vérité, la même intention de porter secours. La vérité ne vient pas du juge qui a la loi avec lui mais de l’avocat Christ qui a la vérité avec lui. De même c’est une bénédiction que Jésus soit mort et ressuscité car il nous a envoyé son avocat (qui ne cesse de plaider pour nous auprès du Père). Quand vous péchez, l’avocat Christ ne cherche pas si d’autres péchés sont restés inconnus.  L’avocat cherche des preuves d’amour. Il présente au Père, l’amour que vous avez manifesté, car cet amour couvre une multitude de péchés. L’apôtre Pierre écrit cela comme un commandement : « Avant tout, ayez les uns pour les autres une ardente charité, car La charité couvre une multitude de péchés. » (1Pierre 4 :8).

 Quand Jésus-Christ dit qu’il a « vaincu le monde », ne dit-il pas qu’il a vaincu les tribunaux et les juges et qu’il a gagné en plaçant au sommet le meilleur avocat qui soit, le défenseur des faibles et des opprimés?

Alors pour nous qui avons reçu la grâce de Dieu, restons du bon côté, manifestons la même grâce pour nos frères et sœurs. Ne les jugeons pas mais cherchons toujours le moyen de leur pardonner, de les libérer de leur souffrance pour qu’il soit comme nous : édifiés. Lavons-leur les pieds comme Jésus l’a fait à ses disciples. C’est le corps de Christ qui est édifié. Si nous avons reçu le Saint-Esprit c’est pour montrer l’avocat qui porte secours plutôt que le juge impartial et dur qui s’appuie sur sa connaissance infaillible de la loi. Je vais prendre une image parlante : Ce juge qui pour une transgression de la loi vous tape sur la tête avec sa Bible pour vous faire descendre cette même loi jusque dans votre cœur.

Dans le monde que nous connaissons actuellement, tout s’emballe, la corruption, les catastrophes, l’immoralité, les meurtres. Une cruelle impression que le jugement de Dieu est partout à la fois. Que tous les juges se sont rassemblés et qu’ils exercent partout leurs terribles sentences. N’oublions pas la mission de Christ. Face à la frayeur que procure un tel jugement, c’est l’avocat divin que l’on cherche de plus belle. C’est lui qui apparait comme l’urgence et le seul secours possible. C’est lui qui relève celui qui est atterré et paralysé par la puissance de l’épreuve. A celui qui crie Maranatha, Dieu lui envoie qui ? son juge ou son avocat ?

 Alors, prions pour que le grand avocat que nous avons reçu par Jésus-Christ soit le plus visible dans nos faits et gestes du quotidien. Notre mission de disciple n’est-elle pas là ?

 Car « là où le péché abonde, la grâce surabonde ». Là où les juges sévissent, l’avocat glorieux retourne l’affaire à l’avantage du condamné et lui porte le plus grand secours : le secours de Dieu.

Amen