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Par Eric Ruiz
DU COURAGE POUR EVITER DE SE BATTRE
En quoi un partisan de la non violence doit-il avoir du courage ?
Il semble y avoir une contradiction dans le fait qu’un disciple de Jésus-Christ doit avoir du courage alors qu’il affronte un combat sans se battre physiquement. Pour Jésus, dès qu’il se sentait en danger, il quittait précipitamment les lieux. Alors pourquoi doit-on avoir du courage ?
Lorsqu’une personne est victime de maltraitance, la
première réaction de son entourage est de lui demander pourquoi elle n’a pas
réagi en se débattant, en criant au secours, bref en montrant fermement son
objection à se soumettre en tant que victime. La conséquence est terrible pour la victime : par son
inaction, elle se sent coupable. Coupable d’avoir manquée de courage. Coupable
de s’être laissée faire. La victime reçoit alors une double condamnation :
celle émise par le maltraitant qui l’a déshonorée et celle qui est émise par les
reproches de son entourage. C’est pourquoi autant de victimes tombent dans le
découragement et même dans l’effondrement. Elles sont accablées par la
culpabilité.
Ce type de réaction, c’est évidement celle que l’on
reproche aux chrétiens en général. « Ce n’est pas un peuple de guerriers. Ils
sont passifs lorsqu’on les agresse. Ils ne réagissent pas à la violence par la
violence. Ils devraient pourtant se battre pour protéger leurs acquis et ce
qu’ils ont de plus cher ».
Prenez d’autres religions dites monothéistes, tel l’islam.
Le prophète Mahomet est vénéré comme un chef militaire particulièrement
courageux et inébranlable. Ses combats, (un Jihad agressif) épée à la main sont
indissociables de sa réussite politique et historique. La tradition islamique atteste
unanimement de son sang-froid et de sa bravoure au combat. Même blessé au
visage, il continue à rassembler ses troupes en criant son nom.
Pour les juifs, il en de même. Le Judaïsme se réfère aux
combats que Moïse puis Josué ont dû mener pour faire entrer les Hébreux en
terre promise en s’opposant à des adversaires violents comme ce fut le cas avec
les Cananéens.
Dans Deutéronome 31 : 6, Moïse prophétise sur les Hébreux
ainsi : « Fortifiez-vous
et prenez courage; ne craignez point, et ne soyez point effrayés devant eux;
car c'est l'Éternel ton Dieu qui marche avec toi; il ne te laissera point, et
ne t'abandonnera point. ». L’ennemi est identifié comme un peuple
belligérant qui entrera forcément en guerre contre les Hébreux. Mais l’issu du
combat sera la victoire, car c’est Dieu qui combattra avec son peuple : les
Hébreux.
LA
MISSION A CHANGE
Ici la forme du courage n’est pas la même que pour le fils de
Dieu, Jésus-Christ sur terre.
Et cette différence est très (très) importante. La mission a
changé.
Ce n’est pas une simple anecdote quand Jésus interdit formellement
à Simon Pierre de prendre le glaive. Il ne veut pas de violence pour le défendre
alors qu’on vient le livrer pour le mettre à mort. Et lorsque l’oreille du
soldat est coupée, Jésus fait un miracle pour le lui remettre.
Autrefois, il fallait se protéger spirituellement mais aussi
physiquement pour s’approprier la terre légitime qui appartient au peuple élu.
Or, avec
Jésus-Christ, la mission est totalement différente. Il ne s’agit plus de se défendre avec les armes à
la main, ni de prendre ou reprendre une terre ou des biens… mais de construire un temple, un temple intérieur.
Le royaume de Dieu est en vous. La version Martin de Luc 17 :20-21
dit : « le Règne de Dieu ne viendra point
avec apparence. 21Et on ne dira point : voici, il est ici; ou voilà, il est
là; car voici, le Règne de Dieu est
au-dedans de vous.».
En
changeant de mission, le combat n’est plus intérieur et extérieur mais il n’est
qu’intérieur.
Le temple à construire n’est pas un temple de pierre à placer dans un lieu
saint. Ce n’est pas une édification visible de l’extérieur. L’Eglise n’est pas
un lieu de culte visible et officialisée ; c’est un
rassemblement d’âmes dont les cœurs sont purifiés par le Saint-Esprit. Et les
attaques ne sont pas visibles elles-aussi, puisqu’il s’agit alors de lutter
contre un ennemi spirituel. L’ennemi corporel n’est qu’une façade.
La lettre aux Ephésiens est claire sur
l’ennemi à combattre : « Revêtez-vous de
toutes les armes de Dieu….Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le
sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de
ce monde de ténèbres, contre les esprits
méchants dans les lieux célestes » ;
Les armes que Paul propose ne sont que des armes spirituelles. Par exemple, il
parle de l’épée de l’Esprit qui est la parole de Dieu, ou par-dessus tout du
bouclier de la foi, afin « d’éteindre
tous les traits enflammés du malin ».
Donc, j’insiste bien sur un élément
fondamental : il n’y a plus rien à conquérir, plus de terre sainte,
plus de lieux consacrés, à protéger plus de place forte. Il n’y a
plus de Temple ou de Jérusalem à défendre non plus. Tout ce qui est visible
n’est pas le règne de Dieu ; Le règne de Dieu est invisible, parce qu’il
est intérieur ; Il se manifeste par une puissance spirituelle : C’est
le temple intérieur du croyant.
TROIS FORMES DE COURAGE DU DISCIPLE
Alors, lorsque nous prions pour avoir du courage
dans l’épreuve, quel sens ce courage a-t-il pour un disciple ?
Il y a trois grandes formes de courage pour
un disciple
1-Le premier courage c’est celui d’accomplir sa mission.
Quand Jésus quitte le temple de Nazareth
précipitamment, ce n’est pas évidemment un manque de courage, c’est pour éviter
que sa mission s’achève là. Il fuit ne fuit
pas sa mission, il fuit par mission. Son heure n’est pas encore venue. S’il
reste, il compromet sa mission, s’il fuit, il l’a protège. Le croyant alors qui manque de courage, sera celui
qui refuse de passer pour un lâche ou un peureux. Il préfèrera se battre en
menaçant son adversaire ou à coup de versets bibliques pour le convaincre
plutôt que de partir afin d’éviter les polémiques stériles. D’une manière
générale, manquer de courage, c’est refuser d’être passif face à l’adversité.
Jésus ne combattait pas en polémiquant ou en agressant verbalement, mais il ne
combattait pas non plus l’opposant romain. « Rendez
à césar ce qui est à César ».
L’attitude de foi choque ceux qui voient dans l’action, la réaction ou la
révolte une qualité de caractère. Alors, « je vous dis de ne pas résister au
méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre» ; cette réplique de Jésus choque même les juifs qui y voient
une grande faiblesse plutôt qu’un acte courageux.
Ce courage là consiste à supporter l’humiliation faite par les critiques, les insultes ou les moqueries. Lorsque qu’un problème survient, l’homme ou
la femme de foi ne réagit pas forcément. Elle répond selon ce que l’esprit lui inspire.
Elle prie et fait confiance à Dieu pour que les évènements tournent autrement. Un
disciple de Christ passe alors pour un être passif, fataliste, résigné, et faible.
Il est à l’opposé de ce qu’enseigne la sagesse humaine de répondre coup par coup
face à l’injustice. Or, c’est courageux d’accomplir sa mission en Christ. Elle vous
fait agir à l’opposé de ce que ferai la justice du monde et la justice de
l’homme religieux. Parce que cette justice-là cherche des résultats rationnels
rapides et spectaculaires.
2-Maintenant passons au deuxième
courage : celui de ne pas faire obstacle à Christ.
Mais avant précisons encore une chose : Accomplir
sa mission en Christ c’est aussi, ce que rappelle Paul dans la lettre aux
Romains comme Simon Pierre dans sa première épitre : Tous deux l'affirment: ne pas rendre le mal
pour le mal. C’est au contraire rendre le bien pour le mal. Jésus ne vient pas
détruire le mal en faisant le mal, mais il détruit le mal en faisant le bien.
Lorsque qu’une femme a péché par adultère, Jésus ne vient pas confirmer le
jugement de lapidation comme le dit la loi de Moïse, il vient lui donner
l’occasion de changer. Or, le manque de
courage c’est de revenir à la loi en bannissant la grâce. Exercer la grâce c’est
manifester du courage !
Quand l’ennemi nous attaque, c’est Christ qui
répond. Mais notre vielle nature cherche à répondre avant lui. Et c’est là que nos
armes spirituelles sont visibles. Ce qui nous protège du mal, c’est le bouclier
de la foi. Or, si notre foi est en mauvais état, elle ne nous protège pas.
Toute les fois que nous avons fait des
compromis avec le mal, ou toutes les fois que nous avons vu le doute comme un
manque de foi, ou encore à chaque fois que nous avons tourné la tête parce que
le mal qui venait frapper à notre porte venait montrer notre mensonge, (et que
nous y avons vu seulement celui de l’autre), à toutes ces occasions de nous
remettre en question, nous avons fait obstacle non pas à l’ennemi mais à Christ.
Toutes ces fois où c’est notre autosuffisance, notre manque d’humilité, nos
fausses convictions, ou nos peurs qui ont ouvert la porte à l’ennemi, nous
avons fait obstacle à Christ.
L’ennemi en fait, ne vient que pour
une mission : Constater si notre temple se construit avec les bons
matériaux. S’il les matériaux sont mauvais,
inévitablement, notre bouclier sera sans effet.
En réalité, nous aurons peur de l’autre, de
ses réactions, de ses décisions. Ou bien nous aurons peur d’une maladie, d’une
catastrophe et de ses conséquences douloureuses ou fatales.
Mais
attention, ce manque de courage, ce n’est pas une condamnation pour autant.
C’est une manière de nous dire : change tes matériaux de construction.
Construit avec la foi, le seul matériau indestructible. En laissant le mal nous
déstabiliser, Dieu ne vient pas se moquer de nous et nous rabaisser. Au
contraire, il vient nous aider à finir ce que nous avons commencé avec lui.
3-Mais pour finir notre construction, nous devons avoir le courage
d’affronter notre propre croix : c’est notre troisième courage.
Qu’est ce que cette forme de courage peut
bien être ?
C’est ni plus ni moins que d’affronter la
souffrance, l’abandon ou la mort. Ce courage-là c’est celui qui a le plus fort
coût. Car la tentation de perdre sa foi est au plus haut. C’est la tentation
mais aussi le courage de Gethsémani. Et c’est celui qui rend notre foi la plus
forte. Mais avant d’avoir ce courage, nous devons passer obligatoirement par les
deux premières formes de courage : la première, je le répète, celui d’accomplir
sa mission, en supportant l’humiliation causée par l’opprobre, la critique, ou
les injures. Deuxièmement le courage de ne pas faire obstacle à Christ, en
refusant de se remettre en question. Car refuser de changer c’est mentir en simulant
le bien (incapable de le faire). Après il sera temps d’affronter le troisième
étage : Notre propre croix.
Affronter sa propre croix passe par le fait de s’accepter
agneau immolé et non de l’admirer et de ne le voir qu’en Jésus-Christ. Cela demande du courage que de prendre le caractère de
l’agneau mis à mort. Nous devons méditer sur ce que signifie « agneau mis
à mort ». C’est tout un patchwork de sacrifices à vivre.
Pour conclure: Notre édification repose sur
ces trois formes principales de courage. Elles ne viennent pas avec la même temporalité
et la même tentation pour chacun. Mais, c’est la même foi qui nous rend
vainqueur.
Pour certains, ils perdront beaucoup de temps
à accomplir leur mission. Sans cesse ils succomberont à la tentation ;
celle de recourir à leur nature charnelle, en s’offusquant violemment, et en élaborant
une vengeance. Cette tentation sera toujours là, pour les freiner dans leur
marche. Leur mission sera toujours entachée par le rejet systématique de l’image
du faible et de l’inactif. Ils chercheront mille moyens de montrer qu’ils sont
plus forts en Jésus-Christ et qu’ils sont toujours très actifs pour lui. Pour
d’autres, ils feront obstacle à Christ en succombant au mensonge, en
dissimulant leurs actes mauvais. Dans ces deux premiers cas, le diable montre
toujours qu’ils n’ont pas vaincu leur tentation comme la convoitise ou
l’orgueil ou l’idolâtrie. Ils ne peuvent alors avoir le courage d’affronter
leur propre croix. Dès qu’une grande épreuve les touche, ils perdent courage :
ils s’effondrent et cherchent mille détours pour voiler leur déconvenue.
Gagnons du temps, en reconnaissant nos
erreurs ; en ne simulant rien ; en cherchant le bien et l’avantage de
notre prochain au lieu du notre. Ce courage là est bien meilleur que celui de
prendre les armes de la guerre pour se glorifier.
Finissons par l’Évangile de Jean 16 :33 : « Voici, l'heure vient, et elle est déjà venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et où vous me laisserez seul; mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi. 33Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde. »
Jésus les avertit comme il nous averti aussi que lorsqu’il ne
sera plus avec nous, nous aurons la paix en Christ ; même pendant les
épreuves nous devons prendre courage en accomplissant
notre mission, en ne mettant aucun obstacle entre nous et lui et nous devons
porter notre croix. Ce courage sert à nous
édifier intérieurement. Ce courage sert à vaincre toute tentation pour
accomplir l’œuvre de Christ qui est l’agneau. Et l’issu est déjà accomplie.
Christ a vaincu le monde. Une manière de dire : restez en moi et vous
ferez de même : vous vaincrez le monde (mais seulement avec moi).
Amen
