dimanche 11 octobre 2026

LE VRAI COURAGE DU DISCIPLE

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Par Eric Ruiz

DU COURAGE POUR EVITER DE SE BATTRE


En quoi un partisan de la non violence doit-il avoir du courage ?


Il semble y avoir une contradiction dans le fait qu’un disciple de Jésus-Christ doit avoir du courage alors qu’il affronte un combat sans se battre physiquement. Pour Jésus, dès qu’il se sentait en danger, il quittait précipitamment les lieux. Alors pourquoi doit-on avoir du courage ?

Lorsqu’une personne est victime de maltraitance, la première réaction de son entourage est de lui demander pourquoi elle n’a pas réagi en se débattant, en criant au secours, bref en montrant fermement son objection à se soumettre en tant que victime. La conséquence est  terrible pour la victime : par son inaction, elle se sent coupable. Coupable d’avoir manquée de courage. Coupable de s’être laissée faire. La victime reçoit alors une double condamnation : celle émise par le maltraitant qui l’a déshonorée et celle qui est émise par les reproches de son entourage. C’est pourquoi autant de victimes tombent dans le découragement et même dans l’effondrement. Elles sont accablées par la culpabilité.

Ce type de réaction, c’est évidement celle que l’on reproche aux chrétiens en général. « Ce n’est pas un peuple de guerriers. Ils sont passifs lorsqu’on les agresse. Ils ne réagissent pas à la violence par la violence. Ils devraient pourtant se battre pour protéger leurs acquis et ce qu’ils ont de plus cher ».

Prenez d’autres religions dites monothéistes, tel l’islam. Le prophète Mahomet est vénéré comme un chef militaire particulièrement courageux et inébranlable. Ses combats, (un Jihad agressif) épée à la main sont indissociables de sa réussite politique et historique. La tradition islamique atteste unanimement de son sang-froid et de sa bravoure au combat. Même blessé au visage, il continue à rassembler ses troupes en criant son nom.

Pour les juifs, il en de même. Le Judaïsme se réfère aux combats que Moïse puis Josué ont dû mener pour faire entrer les Hébreux en terre promise en s’opposant à des adversaires violents comme ce fut le cas avec les Cananéens.

Dans Deutéronome 31 : 6, Moïse prophétise sur les Hébreux ainsi :  « Fortifiez-vous et prenez courage; ne craignez point, et ne soyez point effrayés devant eux; car c'est l'Éternel ton Dieu qui marche avec toi; il ne te laissera point, et ne t'abandonnera point. ». L’ennemi est identifié comme un peuple belligérant qui entrera forcément en guerre contre les Hébreux. Mais l’issu du combat sera la victoire, car c’est Dieu qui combattra avec son peuple : les Hébreux.

LA MISSION A CHANGE

Ici la forme du courage n’est pas la même que pour le fils de Dieu, Jésus-Christ sur terre.

Et cette différence est très (très) importante. La mission a changé.

Ce n’est pas une simple anecdote quand Jésus interdit formellement à Simon Pierre de prendre le glaive. Il ne veut pas de violence pour le défendre alors qu’on vient le livrer pour le mettre à mort. Et lorsque l’oreille du soldat est coupée, Jésus fait un miracle pour le lui remettre.

Autrefois, il fallait se protéger spirituellement mais aussi physiquement pour s’approprier la terre légitime qui appartient au peuple élu.

Or, avec Jésus-Christ, la mission est totalement différente. Il ne s’agit plus de se défendre avec les armes à la main, ni de prendre ou reprendre une terre ou des biens… mais  de construire un temple, un temple intérieur.

Le royaume de Dieu est en vous. La version Martin de Luc 17 :20-21 dit : « le Règne de Dieu ne viendra point avec apparence. 21Et on ne dira point : voici, il est ici; ou voilà, il est là; car voici, le Règne de Dieu est au-dedans de vous.».

En changeant de mission, le combat n’est plus intérieur et extérieur mais il n’est qu’intérieur. Le temple à construire n’est pas un temple de pierre à placer dans un lieu saint. Ce n’est pas une édification visible de l’extérieur. L’Eglise n’est pas un lieu de culte visible et officialisée ; c’est un rassemblement d’âmes dont les cœurs sont purifiés par le Saint-Esprit. Et les attaques ne sont pas visibles elles-aussi, puisqu’il s’agit alors de lutter contre un ennemi spirituel. L’ennemi corporel n’est qu’une façade.

La lettre aux Ephésiens est claire sur l’ennemi à combattre : « Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu….Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes » ; Les armes que Paul propose ne sont que des armes spirituelles. Par exemple, il parle de l’épée de l’Esprit qui est la parole de Dieu, ou par-dessus tout du bouclier de la foi, afin « d’éteindre tous les traits enflammés du malin ».

Donc, j’insiste bien sur un élément fondamental : il n’y a plus rien à conquérir, plus de terre sainte, plus de lieux consacrés, à protéger plus de place forte. Il n’y a plus de Temple ou de Jérusalem à défendre non plus. Tout ce qui est visible n’est pas le règne de Dieu ; Le règne de Dieu est invisible, parce qu’il est intérieur ; Il se manifeste par une puissance spirituelle : C’est le temple intérieur du croyant.

TROIS FORMES DE COURAGE DU DISCIPLE

Alors, lorsque nous prions pour avoir du courage dans l’épreuve, quel sens ce courage a-t-il pour un disciple ?

Il y a trois grandes formes de courage pour un disciple

1-Le premier courage c’est celui d’accomplir sa mission.

Quand Jésus quitte le temple de Nazareth précipitamment, ce n’est pas évidemment un manque de courage, c’est pour éviter que sa mission s’achève là. Il fuit ne fuit pas sa mission, il fuit par mission. Son heure n’est pas encore venue. S’il reste, il compromet sa mission, s’il fuit, il l’a protège.  Le croyant alors qui manque de courage, sera celui qui refuse de passer pour un lâche ou un peureux. Il préfèrera se battre en menaçant son adversaire ou à coup de versets bibliques pour le convaincre plutôt que de partir afin d’éviter les polémiques stériles. D’une manière générale, manquer de courage, c’est refuser d’être passif face à l’adversité. Jésus ne combattait pas en polémiquant ou en agressant verbalement, mais il ne combattait pas non plus l’opposant romain. « Rendez à césar ce qui est à César ». L’attitude de foi choque ceux qui voient dans l’action, la réaction ou la révolte une qualité de caractère. Alors, « je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre» ; cette réplique de Jésus choque même les juifs qui y voient une grande faiblesse plutôt qu’un acte courageux.

Ce courage là consiste à supporter l’humiliation faite par les critiques, les insultes ou les moqueries. Lorsque qu’un problème survient, l’homme ou la femme de foi ne réagit pas forcément. Elle répond selon ce que l’esprit lui inspire. Elle prie et fait confiance à Dieu pour que les évènements tournent autrement. Un disciple de Christ passe alors pour un être passif, fataliste, résigné, et faible. Il est à l’opposé de ce qu’enseigne la sagesse humaine de répondre coup par coup face à l’injustice. Or, c’est courageux d’accomplir sa mission en Christ. Elle vous fait agir à l’opposé de ce que ferai la justice du monde et la justice de l’homme religieux. Parce que cette justice-là cherche des résultats rationnels rapides et spectaculaires.

 

2-Maintenant passons au deuxième courage : celui de ne pas faire obstacle à Christ.

Mais avant précisons encore une chose : Accomplir sa mission en Christ c’est aussi, ce que rappelle Paul dans la lettre aux Romains comme Simon Pierre dans sa première épitre : Tous deux l'affirment: ne pas rendre le mal pour le mal. C’est au contraire rendre le bien pour le mal. Jésus ne vient pas détruire le mal en faisant le mal, mais il détruit le mal en faisant le bien. Lorsque qu’une femme a péché par adultère, Jésus ne vient pas confirmer le jugement de lapidation comme le dit la loi de Moïse, il vient lui donner l’occasion de changer. Or, le manque de courage c’est de revenir à la loi en bannissant la grâce. Exercer la grâce c’est manifester du courage !

Quand l’ennemi nous attaque, c’est Christ qui répond. Mais notre vielle nature cherche à répondre avant lui. Et c’est là que nos armes spirituelles sont visibles. Ce qui nous protège du mal, c’est le bouclier de la foi. Or, si notre foi est en mauvais état, elle ne nous protège pas.

Toute les fois que nous avons fait des compromis avec le mal, ou toutes les fois que nous avons vu le doute comme un manque de foi, ou encore à chaque fois que nous avons tourné la tête parce que le mal qui venait frapper à notre porte venait montrer notre mensonge, (et que nous y avons vu seulement celui de l’autre), à toutes ces occasions de nous remettre en question, nous avons fait obstacle non pas à l’ennemi mais à Christ. Toutes ces fois où c’est notre autosuffisance, notre manque d’humilité, nos fausses convictions, ou nos peurs qui ont ouvert la porte à l’ennemi, nous avons fait obstacle à Christ.

L’ennemi en fait, ne vient que pour une mission : Constater si notre temple se construit avec les bons matériaux.  S’il les matériaux sont mauvais, inévitablement, notre bouclier sera sans effet.

En réalité, nous aurons peur de l’autre, de ses réactions, de ses décisions. Ou bien nous aurons peur d’une maladie, d’une catastrophe et de ses conséquences douloureuses ou fatales.

 Mais attention, ce manque de courage, ce n’est pas une condamnation pour autant. C’est une manière de nous dire : change tes matériaux de construction. Construit avec la foi, le seul matériau indestructible. En laissant le mal nous déstabiliser, Dieu ne vient pas se moquer de nous et nous rabaisser. Au contraire, il vient nous aider à finir ce que nous avons commencé avec lui.

3-Mais pour finir notre construction, nous devons avoir le courage d’affronter notre propre croix : c’est notre troisième courage.

Qu’est ce que cette forme de courage peut bien être ?

C’est ni plus ni moins que d’affronter la souffrance, l’abandon ou la mort. Ce courage-là c’est celui qui a le plus fort coût. Car la tentation de perdre sa foi est au plus haut. C’est la tentation mais aussi le courage de Gethsémani. Et c’est celui qui rend notre foi la plus forte. Mais avant d’avoir ce courage, nous devons passer obligatoirement par les deux premières formes de courage : la première, je le répète, celui d’accomplir sa mission, en supportant l’humiliation causée par l’opprobre, la critique, ou les injures. Deuxièmement le courage de ne pas faire obstacle à Christ, en refusant de se remettre en question. Car refuser de changer c’est mentir en simulant le bien (incapable de le faire). Après il sera temps d’affronter le troisième étage : Notre propre croix.

Affronter sa propre croix passe par le fait de s’accepter agneau immolé et non de l’admirer et de ne le voir qu’en Jésus-Christ. Cela demande du courage que de prendre le caractère de l’agneau mis à mort. Nous devons méditer sur ce que signifie « agneau mis à mort ». C’est tout un patchwork de sacrifices à vivre.

Pour conclure: Notre édification repose sur ces trois formes principales de courage. Elles ne viennent pas avec la même temporalité et la même tentation pour chacun. Mais, c’est la même foi qui nous rend vainqueur.

Pour certains, ils perdront beaucoup de temps à accomplir leur mission. Sans cesse ils succomberont à la tentation ; celle de recourir à leur nature charnelle, en s’offusquant violemment, et en élaborant une vengeance. Cette tentation sera toujours là, pour les freiner dans leur marche. Leur mission sera toujours entachée par le rejet systématique de l’image du faible et de l’inactif. Ils chercheront mille moyens de montrer qu’ils sont plus forts en Jésus-Christ et qu’ils sont toujours très actifs pour lui. Pour d’autres, ils feront obstacle à Christ en succombant au mensonge, en dissimulant leurs actes mauvais. Dans ces deux premiers cas, le diable montre toujours qu’ils n’ont pas vaincu leur tentation comme la convoitise ou l’orgueil ou l’idolâtrie. Ils ne peuvent alors avoir le courage d’affronter leur propre croix. Dès qu’une grande épreuve les touche, ils perdent courage : ils s’effondrent et cherchent mille détours pour voiler leur déconvenue.

Gagnons du temps, en reconnaissant nos erreurs ; en ne simulant rien ; en cherchant le bien et l’avantage de notre prochain au lieu du notre. Ce courage là est bien meilleur que celui de prendre les armes de la guerre pour se glorifier.

 

Finissons par l’Évangile de Jean 16 :33 : « Voici, l'heure vient, et elle est déjà venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et où vous me laisserez seul; mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi. 33Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde. » 

Jésus les avertit  comme il nous averti aussi que lorsqu’il ne sera plus avec nous, nous aurons la paix en Christ ; même pendant les épreuves nous devons prendre courage  en accomplissant notre mission, en ne mettant aucun obstacle entre nous et lui et nous devons porter notre croix.  Ce courage sert à nous édifier intérieurement. Ce courage sert à vaincre toute tentation pour accomplir l’œuvre de Christ qui est l’agneau. Et l’issu est déjà accomplie. Christ a vaincu le monde. Une manière de dire : restez en moi et vous ferez de même : vous vaincrez le monde (mais seulement avec moi).

Amen