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Par Eric Ruiz
Lisons les dernières lignes du Psaumes 78
« 70Il choisit David, son serviteur, Et il le tira des bergeries; 71Il le prit derrière les brebis qui allaitent, Pour lui faire paître Jacob, son peuple, Et Israël, son héritage.72 Et David les dirigea avec un cœur intègre, Et les conduisit avec des mains intelligentes ».
Ce qui plait à Dieu dans son élection ce n’est pas l’éloquence, ou la force, c’est le cœur. C’est un cœur intègre. Dès les premiers mois de notre vie, nous manifestons déjà ce cœur.
Proverbes 20 :11 : « l’enfant laisse déjà voir par ses actions si sa conduite sera pure et droite » ;
Et Dieu ne s’y trompe pas. Il va chercher un
berger encore jeune qui est derrière les brebis qui allaitent. Il est à peine
visible, mais il s’occupe aussi déjà des plus faibles, des petits qui allaitent.
Car Dieu sait qui, par la suite pourra conduire un peuple avec des mains
intelligentes. Or, David le cadet de sa fratrie, était aussi depuis le plus
jeune âge rempli de doute. Oui je l’affirme, il devait douter de lui-même,
parce qu’il ne se considérait pas le plus grand mais bien le plus petit. C’est
là, sa forme d’humilité.
Quels indices nous montre l’humilité de
David ?
Tout simplement par les Psaumes dont il est
l’auteur. Plusieurs Psaumes sont de véritables chants de louanges. David était
un musicien aguerri. Il jouait de la lyre un ancêtre de la harpe. Mais hormis les psaumes de louange
poétiques et lyriques, la plupart parlent d’avantages de ses doutes, de ses
luttes, de ses peurs, et même de ses chutes ; beaucoup plus que de ses
victoires.
Pourquoi, par exemple David n’a-t-il rien
écrit au sujet de sa prestigieuse victoire sur le géant philistin
Goliath ? Il aurait pu reprendre l’histoire à son compte afin de préciser
des détails qui ne figurent pas dans le livre de Samuel. Notamment sur ce qu’il
a ressenti pendant le combat ; sur les moments précédent le combat et sur
les retombées de sa victoire, sur les éloges qu’il a du recevoir de beaucoup de
ses contemporains. David, et c’est assez surprenant pour le souligner, parle
beaucoup plus de sa vulnérabilité que la force de son armée ou que l’intelligence
qu’il a adoptée dans ses stratégies de combat.
Bien sûr il parle de ses victoires. Dans le Psaume 18, il en parle ainsi :
« Avec toi je me précipite sur une troupe
en armes, Avec mon Dieu je franchis une muraille… Il exerce mes mains au
combat, Et mes bras tendent l'arc d'airain. Je poursuis mes ennemis, je les atteins, Et je ne reviens pas
avant de les avoir anéantis….Je les brise, et ils ne peuvent se relever; Ils
tombent sous mes pieds. Tu
fais tourner le dos à mes ennemis devant moi, Et j'extermine ceux qui me
haïssent. Ils crient, et personne pour les sauver! Ils crient à l'Eternel, et
il ne leur répond pas! Je les broie comme la poussière qu'emporte le vent, Je
les foule comme la boue des rues ».
David parle de ses victoires, mais vous
l’aurez remarqué aussi, non sans rendre systématiquement grâce à Dieu.
Sans Dieu, comment peut-il obtenir le succès ?
Mais que de Psaumes, où David exprime de façon explicite une forme de détresse, de crainte, ou de regret. Car il n’a qu’une intention : toujours remettre sa confiance en Dieu. Beaucoup aujourd’hui y verrait plutôt des paroles de manque de foi. Or, j’ai envie de dire : ne nous fions pas aux apparences. Car David ne triche pas, il ne veut pas passer pour ce qu’il n’est pas, il se montre tel qu’il est, sans faux semblants.
« O Dieu tu connais ma folie et mes fautes ne te sont point cachées. ». (Psaume 69 :6)
Par conséquent, Dieu inspire un tel homme, à
écrire ses états d’âme, parce qu’il sait que nous apprenons plus à partir de nos
défauts et de nos défaites que de nos victoires. Il y a tellement de livres
historiques qui mettent en valeurs les victoires des grands rois en
sous-estimant leur défaites, en les relatant comme de petits accidents sur leur
chemin.
Parce que le but est idéologique. La victoire
va servir une idée. Et les héros de la Bible servent l’idée principale de la
foi. Mais quelle sorte de foi ?!
Parce que les échecs permettent justement à
chacun de mieux se comparer. Se montrer tel que nous sommes devant Dieu et
devant nos frères. C’est un bon témoignage. Quel bon témoignage que celui de
l’homme intègre !
On ne perd
rien en se montrant avec ses faiblesses. Si,
on perd une chose, il faut le souligner : la crédibilité envers ceux qui
cherchent des chefs à vénérer pour leur infaillibilité. Ceux-là, à la moindre
défaillance de votre part, vous quitteront en vous calomniant. Ils se
montreront eux aussi sous leur vrai visage. Celui d’idolâtre. La religion
cherche ses champions, elle veut établir son Panthéon de super saints et de surhommes
pour bien montrer leurs différences : Ce sont « Les Elus » de Dieu.
En
étant intègre, vous rassemblerez celles et ceux qui aiment l’intégrité en esprit et en vérité.
Ils seront certes peu nombreux, peut-être
même que vous vous retrouverez isolé, mais n’est-ce pas le prix à payer ?
Alors regardons de près les Psaumes où David se met à nu.
2 grandes catégories se dessinent :
1-Les Psaumes de
repentance et
2- les psaumes de
lamentations (où nous trouvons ses peurs et ses doutes).
Comme les théologiens l’on vu, j’ai moi aussi recensé les mêmes
7 Psaumes de repentance (sept comme les sept jours pour se laver de ses péchés, « Que signifie se
purifier vraiment ») ; Et le Psaume 51 est très significatif de la ferveur du repentir de David.
David a conscience que seul son cœur brisé et contrit plait à Dieu. Il commence
le chapitre par une prière : « Aie pitié de
moi dans ta bonté! » et il reconnait ses transgressions.
Ensuite nous avons les psaumes 6, 38, 102, 130, et 143
qui expriment le chagrin, les pleurs intenses que le roi d’Israël a envers son
péché. Il fait appel à la miséricorde
divine pour amoindrir ou effacer son châtiment.
Enfin le Psaume 32
est une louange qui décrit son soulagement d’être pardonné après une repentance
profonde.
Maintenant passons aux psaumes de lamentations.
Dans le Psaume 3, « Eternel, que mes ennemis sont nombreux ! …Lève-toi Eternel, sauve-moi mon Dieu !», David l’écrit alors qu’il est en train de fuir devant son fils Absalom qui veut le pouvoir à sa place :
Psaume 13 : « jusqu’à
quand Eternel m’oubliera-tu sans cesse ? »
Psaume 22
« Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”
Psaume 25 : « Regarde-moi et aie pitié de moi car je suis abandonné
et malheureux »
Psaume 31 : « Car
tu vois ma misère, tu sais les angoisses de mon âme…j’ai le visage, l’âme et le
corps usés par le chagrin. Ma vie se consume dans la douleur »
Psaume 38: «Mes plaies sont
infectes et purulentes par l’effet de ma folie. Je suis courbé, abattu au
dernier point »
Psaume 43 : «Pourquoi être abattue, mon âme, et pourquoi gémir en moi?
Espère en Dieu, car je le louerai encore!»
Psaume 55 : « Mon cœur tremble au dedans de moi,
Et les terreurs de la mort me surprennent; La crainte et
l'épouvante m'assaillent, Et le frisson m'enveloppe»
Psaume 69 : «Retire-moi
de la boue, et que je n'enfonce plus! Que je sois délivré de mes ennemis et du
gouffre! Que les flots ne m'inondent plus, Que l'abîme ne m'engloutisse pas, Et
que la fosse ne se ferme pas sur moi! »
D’une
manière générale, sur les environ 73 psaumes attribués à David, on
estime qu’environ : 35 à 45 contiennent fortement :
La peur,
L’angoisse,
Le sentiment d’abandon,
Le doute,
La persécution,
Ou encore, des appels désespérés à Dieu.
Donc 51
psaumes sur 73 ! Nous n’avons pas là une petite majorité de psaumes où
David se repent, se lamente et se désespère ; c’est un ratio de 7 psaumes sur
10 ! Alors, pourquoi y-a-t- il généralement une impasse sur ce fait
biblique évident ? Pourquoi en parle-t-on si peu ? Il y a comme une
gène et même une honte à évoquer les faiblesses du grand roi d’Israël.
Sans doute parce que Jésus-Christ est
issu par sa généalogie de David, et de sa tribu : Juda. Il y a comme une
grande réticence, un malaise à évoquer un David submergé par ses doutes, par sa
culpabilité et par ses angoisses.
Des
versets de David se trouvent dans les Evangiles, repris mot à mot par
Jésus-Christ en personne. Cela met David évidemment sur un piédestal ; un
sommet qu’il n’a pas recherché.
Les
prédicateurs chrétiens usent et abusent de discours hyper positifs. Il faut
toujours encourager, montrer la partie forte, élogieuse et sécurisante. Ils ont
peur de décourager leur auditoire. Alors, ils préfèrent les promesses divines
qui renforcent la confiance à Dieu.
Pas
étonnant que le prédicateur insiste sur les versets où la puissance de Dieu est
mise à l’honneur : « Dieu est
mon refuge, il est mon rocher, ma forteresse, ma gloire, ma montagne sainte,
mon bouclier, mon berger, ma lumière » Et malheureusement on occultera
volontairement les versets jugés peu enclin à maintenir ou à renforcer l’élan
de la foi. On occulte
aisément ces versets où David supplie Dieu d’être sa force, parce qu’il est
effrayé, au fond du trou ou qu’il doute même de Dieu.
Le
prédicateur hyper positif ira même à l’opposé des péchés de David et insistera
sur sa sainteté en relativisant ses petits moments de faiblesse (il n’est qu’un
homme après tout) : « L'Eternel m'a
traité selon ma droiture, Il m'a rendu selon la pureté de mes mains;
Car j'ai observé les voies de l'Eternel, Et je n'ai point été coupable envers
mon Dieu.
Toutes ses ordonnances
ont été devant moi, Et je ne me suis point écarté de ses lois. » (Psaume
18 :21-22)
Mais un discours spirituel qui refuse de regarder la souffrance en face n’est plus un soutien, c’est une façade. On nie la souffrance. On glorifie la patience et on promet des miracles. « Tout ira bien si tu fait confiance à Dieu ». Une manière très évasive de répondre aux questions difficiles. Mais qui laisse un fardeau terrible sur les épaules des croyants éprouvés.
David
est l’élu de Dieu pour diriger Israël, nous l’avons lu. Il est très important
d’expliquer que lui aussi est passé par de grosses épreuves et que cela n’a pas
érodé son élection, ni l’amour que Dieu a conservé pour lui. Nous devons
déculpabiliser les croyants qui souffrent en leur montrant la vérité : « si
tu souffres, ce n’est pas une répudiation divine » donc ce n’est pas
forcément un jugement, mais un passage obligé pour aller plus haut avec Dieu. Obtenir
une foi inébranlable ne passe-t-elle pas forcément par être ébranlé dans sa
foi ?
PORTER SA
CROIX
Et là j’en
viens à un fait qui nous concerne directement, nous disciple de Christ : « Quiconque ne porte pas sa croix, et
ne me suit pas, ne peut être mon disciple ».
Comment porter sa croix si on élude tout ce qui a attrait aux
souffrances, aux lamentations, aux angoisses du disciple ? Oui c’est diabolique que de soustraire cette partie, car
c’est empêcher que le disciple devienne mature (parfait, telios dans le texte grec).
« Porter sa croix »
s’explique. Et je rajoute que Jésus sur le chemin du calvaire ne l’a pas porté
seul. Elle était bien trop lourde pour un seul homme (Plus de 130 kg). Jésus a
porté la poutre transversale appelée Patibulum. Mais Jésus après la
flagellation montrait des signes important de fatigue. Et les romains ne
souhaitaient pas voir mourir un supplicié avant d’atteindre le lieu
d’exécution. Alors, on l’a aidé à gravir le mont Golgotha. Une aide a été
nommée pour porter le Patibulum (une trentaine de kilos) à sa place. Là aussi
le soutien des frères fait parti du combat. « Ils
prirent un certain Simon de Cyrène… et le chargèrent de la croix pour la porter
derrière Jésus. »(Luc 23 :26).
C’est pourquoi
en faisant taire les lamentations, nous empêchons ceux qui sont dans l’épreuve
de recevoir une aide réelle.
Nous
isolons ceux qui vivent des drames
Nous
créons un fossé entre le mythe des héros de la foi et la vie réelle.
Le fait d’être
trop positif entraine par conséquent une vraie tyrannie.
En
conclusion, nous devons chassez la tyrannie, en acceptant tout de
l’Evangile. Les psaumes de David font partie entièrement de l’Evangile. Ce ne
sont pas juste des poèmes ou des paroles inspirées pour des louanges.
Ils nous amènent dans la vérité ; Nous avons besoin de connaitre la
profondeur des psaumes parce que c’est le chemin du disciple.
Alors
au moment de la détresse, méditons sur eux. Eux aussi soutiendront la croix que nous portons.
Amen



