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Par Eric Ruiz
La Bible a toujours les mêmes conséquences : Elle plonge le lecteur à interpréter les évènements selon ce que pense sa tradition ou son entourage religieux ou encore selon l’état de son cœur (contrit, souffrant ou endurci).
Le récit
de Jephté dans le livre des Juges au chapitre 11 a toujours suscité beaucoup de
polémique et d’interprétations à son sujet. Le vœu que fit Jephté a été perçu
pour les uns comme un acte de foi peu éclairé, tandis que pour d’autres il a
émané d’une pensée abominable, qui ne peut-être celle de Dieu, mais d’un être
tombé dans la folie de ses propres pensées charnelles ; d’autres encore ne
prennent pas partie. Ils optent pour la neutralité dans ce domaine.
Le
contexte est le suivant : Jephté, juge en Israël, fait un vœu à Dieu avant
de combattre les Ammonites :
Juges 11 :30-31 : « Jephthé fit un voeu à l'Eternel, et dit: Si tu livres
entre mes mains les fils d'Ammon, 31quiconque sortira des
portes de ma maison au-devant de moi, à mon heureux retour de chez les fils
d'Ammon, sera consacré à l'Eternel, et je l'offrirai en holocauste. ».
A son
retour victorieux, c’est sa fille unique qui sort à sa rencontre pleine de joie
et d’allégresse. Jephté est alors dans l’abattement, il déchire ses vêtements,
et émet plein de déconvenues devant sa fille sachant qu’il ne peut revenir sur
son vœu.
Ce qui
pose problème en fait, ce n’est pas le vœu en lui-même, c’est son
interprétation à savoir : de quelle manière sa fille sera consacrée à
l’Eternel ; comment sera-t-elle offerte en holocauste ? Est-ce un
holocauste semblable à une offrande de bétail que l’on place sur l’autel des
sacrifices? Ou bien une autre forme d’holocauste qui ne fait pas passer le
corps par le feu jusqu’à la mort ?
Pour les juifs, pour ne citer qu’eux, cela ne fait aucun doute, c’est un sacrifice mortel. Jephté a fait un vœu irréfléchi et Dieu ne lui a jamais demandé de faire cela en son nom. Ce récit est une exhortation à consulter le grand prêtre avant toute décision. Un vœu ne doit jamais être pris seul sans concertation avec un supérieur qui a le discernement divin, sinon le croyant peut tomber dans une abomination.
Vous l’aurez compris je ne suis pas de cet avis, qui repose sur un enjeu fondamental de la religion : la soumission aux autorités religieuses.
Alors,
regardons le texte biblique. Il y a un indice fort qui se trouve juste avant au
verset 29 : « L'esprit de
l'Eternel fut sur Jephthé… il marcha contre les fils d'Ammon. ».
Ce verset
dit clairement que l’esprit de Dieu est sur Jephté pour le diriger et
l’accompagner dans sa guerre contre Ammon. L’Esprit de Dieu se retire-t-il
ensuite ? Vient-il le oindre juste pour l’inspirer à gagner la guerre. L’esprit
divin l’est-il aussi ensuite pour son vœu ? Si ce vœu est une abomination,
alors ce serait la première fois que
Dieu laisserait tomber à ce point dans l’iniquité, celui qu’il appelle,.
Même pour Balaam, ce faux prophète, qui s’opposa à Moïse, Dieu a fait parler une ânesse pour le dissuader de changer de chemin. Et là pour un libérateur comme Jephté, Dieu demeure silencieux. Pour le roi David, lorsqu’il fit le recensement du peuple, Dieu le châtia fortement par une violente épidémie qui tua 70 mille hommes en Israël. Pour Sanson, il fut trahit, eut les yeux crevés et fut enchainé par ceux qu’il devait combattre et vaincre.
Question : Comment l’esprit de Dieu
peut-il alors conduire son juge à faire une abomination, sans le reprendre
aussitôt ? Comment peut-il le laisser formuler un vœu contraire à sa
parole ? Pour que des siècles après on ne retienne plus que ce vœu infâme
oubliant le sauveur qu’il a été en Israël. Pour rappel dans le livre du Lévitique
18 :21 c’est une abomination de sacrifier son enfant par le feu comme le
font ceux qui adorent Moloch.
Jephté parlait bien d’un holocauste, mais l’offrande entièrement consumée
représente aussi la consécration entière et à vie de ceux qui viendront à lui. Après que les Hébreux aient reçu la loi, ils
savaient tous ce que signifiait une consécration véritable. Un rappel :
c’est aussi ce que demande Jésus-Christ pour tous ceux qui viennent à lui. Ne
demande-t-il pas lui aussi un holocauste
sous la forme d’un sacrifice brûlant et entier jusqu’à la fin de nos
jours ?
D’autres
indices se trouvent à partir du verset 36 où sa fille demande à Jephté de la
laisser pendant deux mois, partir dans les montagnes pleurer sa virginité.
Elle ne
part pas pleurer sa mort, son sacrifice ultime, mais le fait qu’elle restera à
jamais vierge en se consacrant totalement à l’Eternel.
Ensuite prenons le thème de ce onzième chapitre des
juges ? A-t-il vocation à juger de l’idolâtrie du juge Jephté (Qui au
passage serait tombé dans la même idolâtrie que les israélites qui rendaient un
culte aux dieux Baal et Astartés chap 10 : 6) ou bien a-t-il vocation (ce
chapitre 11) de mettre en évidence l’idolâtrie du peuple d’Israël qui a besoin
de jugement, qui a besoin d’un juge, qui a besoin d’un être éclairé pour être
ramené à la foi de leurs pères ? Le verset 10 du chapitre 11 annonce
clairement ce pourquoi Jephté a été appelé : « Les anciens de Galaad dirent à Jephthé: Que l'Eternel
nous entende, et qu'il juge, si nous ne faisons pas ce que tu dis ».
Jephté a été
appelé pour rétablir la foi en Israël. Si lui a une foi critiquable au point
d’être abominable à Dieu, comment peut-il être pris au sérieux et accomplir sa
mission ? Jephté a une foi remarquable dans le fait qu’il ne se met pas en
avant, qu’il ne cherche aucune gloire et qu’il attend même que les gens de
Manassé viennent le trouver, lui qui était si méprisé par eux autrefois, (regardez
le verset 10 : « Jephté répondit aux
anciens de Galaad: N'avez-vous pas eu de la haine pour moi, et ne m'avez-vous
pas chassé de la maison de mon père? Pourquoi venez-vous à moi maintenant que
vous êtes dans la détresse? ».
Le vœu de ce juge montre justement sa foi
bouillante et son désir de s’élever dans la sainteté. Pour moi, c’est un élan
de foi que je retiens de ce passage. Jephté aime sa fille ; et il
prophétise sans savoir que sa fille sera la première à sortir de sa maison. Le
juge a le cœur lourd de son sacrifice qui a des conséquences terribles pour sa
famille. C’est une malédiction de ne pas avoir de descendance en Israël. Eh
bien lui, par son vœu n’aura aucune descendance. Ici l’engagement de Jephté est
total comme celui de sa fille unique, son seul enfant, qui ne connaitra jamais
d’hommes, mais qui vouera son existence à la piété.
Cette foi magistrale est reprise dans le
livre des Hébreux au chapitre 11 : 33-34 : « Et que dirai-je
encore? Car le temps me manquerait pour parler de Gédéon, de Barak, de Samson, de Jephthé, de David, de
Samuel, et des prophètes, 33qui, par la foi,
vainquirent des royaumes, exercèrent la
justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions,
teignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l'épée, guérirent
de leurs maladies, furent vaillants à la
guerre, mirent en fuite des armées étrangères » .
D’abord…
le temps manque au rédacteur de ce texte pour parler de Jephté. Pourquoi Dieu
laisse ainsi une interprétation en suspend ? Je crois que Dieu a fait
exprès de laisser les uns et les autres donner leur avis, afin de montrer
l’état de leur foi. Et je crois que le vœu était celui du Saint-Esprit, qu’il
n’était pas comme certains le croit un vœu précipité, sans clairvoyance et
inconsidéré.
Ici, (Au chapitre
11)l a foi de Jephté se retrouve félicitée par ses œuvres de justice. C’est
parce qu’il redonne accès à Dieu, pour un peuple devenu infidèle. Et par le
fait qu’il chasse l’ennemi sans déroger et sans mentir à son vœu. C’est un
homme intègre et qui rempli sa mission jusqu’au bout.
Jephté
n’aura pas de descendance, certes. Mais sa fécondité, il l’obtiendra autrement,
par les convertis qui viendront à lui. Sa fille est son premier fruit. C’est elle qui montre comment d’autres feront
le vœu aussi de jurer dans leur cœur fidélité et piété envers le Dieu d’Israël.
Le fait de voir des frères de sa maison redevenir bouillant pour Dieu sera sa
seule raison de se réjouir.
C’est vrai
que constater les problèmes des juges avec leur chair aident d’une certaine
façon à se dédouaner de ses propres fautes.
Samson, se laissa séduire par son orgueil et par les femmes (et en
particulier par la philistin Dalila à qui il révèlera le secret de sa force).
Dieu ne l’a-t-il pas prévenu ? Par 3 fois Dalila trahira Samson et par 3
fois Samson consentira à rester avec elle.
Pour
Jephté, Ses victoires s’enchainèrent. Après celles sur les Ammonites, il
obtient aussi des victoires sur Ephraïm (Juges chapitre 12). 40.000 morts. Je
le redis le péché de Samson qui s’est laissé séduire par Dalila et qui s’est
cru invincible a reçu un châtiment spectaculaire. Si Jephté avait commis ce que
font les adorateurs de Moloc, son châtiment aurait été spectaculaire et une
trêve sur ses victoires aurait été la moindre des choses.
Mais
admettons que Jephté emporté par un excès d’orgueil fasse un vœu dont il ne
voit pas la portée… Quel a été son intention ? De s’approprier encore plus de gloire ?
A l’évidence, il souhaitait une consécration supérieure pour ceux qui
sortiraient de sa maison. Ce que l’on peut lui reprocher est certes qu’il n’a
pas vue que sa fille unique pouvait en faire partie et que sa descendance
pourrait s’arrêter là, lui qui est né bâtard puisque sa mère était une
prostituée.
Il y a toujours un prix à payer pour
la consécration. Pour
Samson, il a payé cher son péché, sa relation avec les femmes. Trahi, les yeux
crevés, la perte de sa force, prisonnier de l’ennemi, enchainé. Pour Jephté, le
prix de sa consécration allait jusqu’à celle de sa fille unique. Ce n’est pas
un châtiment qu’il a reçu.
Au verset
39 et 40 du chapitre 11 du livre des juges, nous lisons : « Dès lors s'établit en Israël la coutume que tous
les ans les filles d'Israël s'en vont célébrer la fille de Jephté, le
Galaadite, quatre jours par année ». La consécration de sa
fille est une commémoration perpétuelle. Une célébration est instaurée, en souvenir de sa
soumission au vœu de son père. Difficile d’imaginer une fête en l’honneur d’un
sacrifice humain. Cette fête est plutôt dirigée vers les femmes qui font vœu de
servir Dieu totalement, en sacrifiant leur destinée humaine (comme le choix de
rester vierge et de refuser la maternité comme l’a choisie de son plein gré la
fille de Jephté).
Pour conclure, je dirai, que le récit de Jephté est un regard profond sur
le niveau de consécration de chacun. La génération actuelle manque cruellement
d’engagement. Leurs promesses sont superficielles. Un mariage sur 2 finit par
un divorce. Et que dire des baptêmes qui ne sont pas honorés. Cette génération
adultère se donne mille excuses pour rompre les engagements qu’elle s’était
fixée au départ. Jephté est un homme qui a des défauts. C’est un homme qui est
peu apprécié, qui a des blessures, une fragilité. Mais sa qualité essentielle,
est qu’il a pris Dieu au sérieux. C’est un homme de parole, de foi et
d’intégrité malgré qu’il soit dés le départ rejeté par ses frères et méprisé
par les siens. Il n’a pas trahi son vœu. Alors, les vœux que nous formulons ne
doivent pas non plus être pris à la légère. Proverbes 20 :25 : « C’est
un piège pour l’homme que de prendre à la légère un engagement sacré. »
Un
disciple de Christ s’engage sérieusement et totalement pour son Dieu. Son offrande sacrée, c’est le don de sa vie,
le vœu qu’il a émit le jour de son baptême. Il a offert sa vie comme une
offrande (son ambition, ses priorités, ses relations, son confort, comme ses
principes). Jephté a fait don de ce qui lui était le plus cher. Cela lui a
couté. Jephté a accepté que sa fille — son unique héritière — appartienne
entièrement à Dieu. Il a accepté que sa lignée disparaisse, pour que la
fidélité à Dieu continue. Il s’est sacrifié pour que la foi règne dans son pays.
Car nous
avons un Dieu qui aime le sacrifice qui coute au disciple. Il hait les faux
sacrifices ceux qui ne coutent rien ou si peu. C’est un engagement qui exige de
nous un renoncement profond. C’est à ce prix que nos victoires seront réelles
et complètes.
C’est
pourquoi en ce début d’année je ne fais pas de vœu de bonheur et de prospérité,
mais le vœu d’être fidèle malgré les embuches. Est-ce un vœu inconsidéré ?
Oui si je le fais à la légère.
Maintenant
je me posais la question qu’ont-ils a gagné ceux qui voient dans le vœu de
Jephté et les vœux en général, une abomination ? Peut-être qu’ils cherchent
eux-mêmes des excuses pour ne pas s’engager à fond avec Dieu, ou peut-être qu’ils
veulent aussi contrôler le vœu des autres et que leur foi restent aussi tiède
que la leur. Pour que les autres attendent de leur part leur sainte
approbation. En tous les cas, ces croyants ont peur de perdre. Ils ont mal calculé à la dépense. Le
sacrifice est trop couteux pour eux. Ils se contredisent : ils renoncent à
la foi tout en proclamant leur engagement profond. Ils ont choisi l’hypocrisie
à la vérité. Se croyant sage, ne sont ils pas devenus fous ?
Ils ont
reproché à Jephté son manque de discernement, mais en l’accusant ainsi
n’ont-ils pas révélé le leur ? Eux qui se réclament de la vraie foi, ne
sont-ils pas une abomination aux yeux de Dieu ?
Ce qui est
certain en tous cas, c’est que Jephté avait dans le cœur le même vœu que celui
de l’apôtre Paul et le même vœu qui m’attire : Romain 10 :1 : « … le voeu de mon cœur et ma prière à Dieu pour
eux, (« eux » ce sont ceux qui se sont heurtés à la pierre
d’achoppement)»c'est qu'ils soient sauvés ».
Amen




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