dimanche 17 mai 2026

CE QUE L'ON VOUS CACHE DE DAVID ROI D'ISRAEL

619


Par Eric Ruiz

 

Lisons les dernières lignes du Psaumes 78

 « 70Il choisit David, son serviteur, Et il le tira des bergeries; 71Il le prit derrière les brebis qui allaitent, Pour lui faire paître Jacob, son peuple, Et Israël, son héritage.72 Et David les dirigea avec un cœur intègre, Et les conduisit avec des mains intelligentes ».


Ce qui plait à Dieu dans son élection ce n’est pas l’éloquence, ou la force, c’est le cœur. C’est un cœur intègre. Dès les premiers mois de notre vie, nous manifestons déjà ce cœur.

 Proverbes 20 :11 : « l’enfant laisse déjà voir par ses actions si sa conduite sera pure et droite » ; 

Et Dieu ne s’y trompe pas. Il va chercher un berger encore jeune qui est derrière les brebis qui allaitent. Il est à peine visible, mais il s’occupe aussi déjà des plus faibles, des petits qui allaitent. Car Dieu sait qui, par la suite pourra conduire un peuple avec des mains intelligentes. Or, David le cadet de sa fratrie, était aussi depuis le plus jeune âge rempli de doute. Oui je l’affirme, il devait douter de lui-même, parce qu’il ne se considérait pas le plus grand mais bien le plus petit. C’est là, sa forme d’humilité.

Quels indices nous montre l’humilité de David ?

Tout simplement par les Psaumes dont il est l’auteur. Plusieurs Psaumes sont de véritables chants de louanges. David était un musicien aguerri. Il jouait de la lyre un ancêtre de la harpe. Mais hormis les psaumes de louange poétiques et lyriques, la plupart parlent d’avantages de ses doutes, de ses luttes, de ses peurs, et même de ses chutes ; beaucoup plus que de ses victoires.

Pourquoi, par exemple David n’a-t-il rien écrit au sujet de sa prestigieuse victoire sur le géant philistin Goliath ? Il aurait pu reprendre l’histoire à son compte afin de préciser des détails qui ne figurent pas dans le livre de Samuel. Notamment sur ce qu’il a ressenti pendant le combat ; sur les moments précédent le combat et sur les retombées de sa victoire, sur les éloges qu’il a du recevoir de beaucoup de ses contemporains. David, et c’est assez surprenant pour le souligner, parle beaucoup plus de sa vulnérabilité que la force de son armée ou que l’intelligence qu’il a adoptée dans ses stratégies de combat.
Bien sûr il parle de ses victoires. Dans le Psaume 18, il en parle ainsi :

 « Avec toi je me précipite sur une troupe en armes, Avec mon Dieu je franchis une muraille… Il exerce mes mains au combat, Et mes bras tendent l'arc d'airain. Je poursuis mes ennemis, je les atteins, Et je ne reviens pas avant de les avoir anéantis….Je les brise, et ils ne peuvent se relever; Ils tombent sous mes pieds. Tu fais tourner le dos à mes ennemis devant moi, Et j'extermine ceux qui me haïssent. Ils crient, et personne pour les sauver! Ils crient à l'Eternel, et il ne leur répond pas! Je les broie comme la poussière qu'emporte le vent, Je les foule comme la boue des rues ».

David parle de ses victoires, mais vous l’aurez remarqué aussi, non sans rendre systématiquement grâce à Dieu. Sans Dieu, comment peut-il obtenir le succès ?

Mais que de Psaumes, où David exprime de façon explicite une forme de détresse, de crainte, ou de regret. Car il n’a qu’une intention : toujours remettre sa confiance en Dieu. Beaucoup aujourd’hui y verrait plutôt des paroles de manque de foi. Or, j’ai envie de dire : ne nous fions pas aux apparences.  Car David ne triche pas, il ne veut pas passer pour ce qu’il n’est pas, il se montre tel qu’il est, sans faux semblants. 

« O Dieu tu connais ma folie et mes fautes ne te sont point cachées. ». (Psaume 69 :6)

Par conséquent, Dieu inspire un tel homme, à écrire ses états d’âme, parce qu’il sait que nous apprenons plus à partir de nos défauts et de nos défaites que de nos victoires. Il y a tellement de livres historiques qui mettent en valeurs les victoires des grands rois en sous-estimant leur défaites, en les relatant comme de petits accidents sur leur chemin.

Parce que le but est idéologique. La victoire va servir une idée. Et les héros de la Bible servent l’idée principale de la foi. Mais quelle sorte de foi ?!

Parce que les échecs permettent justement à chacun de mieux se comparer. Se montrer tel que nous sommes devant Dieu et devant nos frères. C’est un bon témoignage. Quel bon témoignage que celui de l’homme intègre !

On ne perd rien en se montrant avec ses faiblesses. Si, on perd une chose, il faut le souligner : la crédibilité envers ceux qui cherchent des chefs à vénérer pour leur infaillibilité. Ceux-là, à la moindre défaillance de votre part, vous quitteront en vous calomniant. Ils se montreront eux aussi sous leur vrai visage. Celui d’idolâtre. La religion cherche ses champions, elle veut établir son Panthéon de super saints et de surhommes pour bien montrer leurs différences : Ce sont  « Les Elus » de Dieu.

En étant intègre, vous rassemblerez celles et ceux qui aiment l’intégrité en esprit et en vérité.

Ils seront certes peu nombreux, peut-être même que vous vous retrouverez isolé, mais n’est-ce pas le prix à payer ?

 

Alors regardons de près les Psaumes où David se met à nu.

2 grandes catégories se dessinent :

1-Les Psaumes de repentance et

2- les psaumes de lamentations (où nous trouvons ses peurs et ses doutes).

 

Comme les théologiens l’on vu, j’ai moi aussi recensé les mêmes 7 Psaumes de repentance (sept comme les sept jours pour se laver de ses péchés, « Que signifie se purifier vraiment ») ; Et le Psaume 51 est très significatif de la ferveur du repentir de David. David a conscience que seul son cœur brisé et contrit plait à Dieu. Il commence le chapitre par une prière : « Aie pitié de moi dans ta bonté! » et il reconnait ses transgressions.

Ensuite nous avons les psaumes 6, 38, 102, 130, et 143 qui expriment le chagrin, les pleurs intenses que le roi d’Israël a envers son péché.  Il fait appel à la miséricorde divine pour amoindrir ou effacer son châtiment.

Enfin le Psaume 32 est une louange qui décrit son soulagement d’être pardonné après une repentance profonde.

 

Maintenant passons aux psaumes de lamentations.

Dans le Psaume 3« Eternel, que mes ennemis sont nombreux ! …Lève-toi Eternel, sauve-moi mon Dieu !», David l’écrit alors qu’il est en train de fuir devant son fils Absalom qui veut le pouvoir à sa place :

Psaume 13 : « jusqu’à quand Eternel m’oubliera-tu sans cesse ? »

Psaume 22  « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”

Psaume 25 : «  Regarde-moi et aie pitié de moi car je suis abandonné et malheureux »

Psaume 31 : «  Car tu vois ma misère, tu sais les angoisses de mon âme…j’ai le visage, l’âme et le corps usés par le chagrin. Ma vie se consume dans la douleur »

Psaume 38: «Mes plaies sont infectes et purulentes par l’effet de ma folie. Je suis courbé, abattu au dernier point »

Psaume 43 : «Pourquoi être abattue, mon âme, et pourquoi gémir en moi? Espère en Dieu, car je le louerai encore!»

Psaume 55 : « Mon cœur tremble au dedans de moi, Et les terreurs de la mort me surprennent; La crainte et l'épouvante m'assaillent, Et le frisson m'enveloppe»

Psaume 69 : «Retire-moi de la boue, et que je n'enfonce plus! Que je sois délivré de mes ennemis et du gouffre! Que les flots ne m'inondent plus, Que l'abîme ne m'engloutisse pas, Et que la fosse ne se ferme pas sur moi! »

D’une manière générale, sur les environ 73 psaumes attribués à David, on estime qu’environ : 35 à 45 contiennent fortement :

La peur,

L’angoisse,

Le sentiment d’abandon,

Le doute,

La persécution,

Ou encore, des appels désespérés à Dieu.

Donc 51 psaumes sur 73 ! Nous n’avons pas là une petite majorité de psaumes où David se repent, se lamente et se désespère ; c’est un ratio de 7 psaumes sur 10 ! Alors, pourquoi y-a-t- il généralement une impasse sur ce fait biblique évident ? Pourquoi en parle-t-on si peu ? Il y a comme une gène et même une honte à évoquer les faiblesses du grand roi d’Israël. Sans doute parce que Jésus-Christ est issu par sa généalogie de David, et de sa tribu : Juda. Il y a comme une grande réticence, un malaise à évoquer un David submergé par ses doutes, par sa culpabilité et par ses angoisses.

Des versets de David se trouvent dans les Evangiles, repris mot à mot par Jésus-Christ en personne. Cela met David évidemment sur un piédestal ; un sommet qu’il n’a pas recherché.

Les prédicateurs chrétiens usent et abusent de discours hyper positifs. Il faut toujours encourager, montrer la partie forte, élogieuse et sécurisante. Ils ont peur de décourager leur auditoire. Alors, ils préfèrent les promesses divines qui renforcent la confiance à Dieu.

Pas étonnant que le prédicateur insiste sur les versets où la puissance de Dieu est mise à l’honneur : « Dieu est mon refuge, il est mon rocher, ma forteresse, ma gloire, ma montagne sainte, mon bouclier, mon berger, ma lumière » Et malheureusement on occultera volontairement les versets jugés peu enclin à maintenir ou à renforcer l’élan de la foi. On occulte aisément ces versets où David supplie Dieu d’être sa force, parce qu’il est effrayé, au fond du trou ou qu’il doute même de Dieu.

Le prédicateur hyper positif ira même à l’opposé des péchés de David et insistera sur sa sainteté en relativisant ses petits moments de faiblesse (il n’est qu’un homme après tout) : « L'Eternel m'a traité selon ma droiture, Il m'a rendu selon la pureté de mes mains;
Car j'ai observé les voies de l'Eternel, Et je n'ai point été coupable envers mon Dieu.
Toutes ses ordonnances ont été devant moi, Et je ne me suis point écarté de ses lois
. » (Psaume 18 :21-22)

Mais un discours spirituel qui refuse de regarder la souffrance en face n’est plus un soutien, c’est une façade. On nie la souffrance. On glorifie la patience et on promet des miracles. « Tout ira bien si tu fait confiance à Dieu ». Une manière très évasive de répondre aux questions difficiles. Mais qui laisse un fardeau terrible sur les épaules des croyants éprouvés.

David est l’élu de Dieu pour diriger Israël, nous l’avons lu. Il est très important d’expliquer que lui aussi est passé par de grosses épreuves et que cela n’a pas érodé son élection, ni l’amour que Dieu a conservé pour lui. Nous devons déculpabiliser les croyants qui souffrent en leur montrant la vérité : « si tu souffres, ce n’est pas une répudiation divine » donc ce n’est pas forcément un jugement, mais un passage obligé pour aller plus haut avec Dieu. Obtenir une foi inébranlable ne passe-t-elle pas forcément par être ébranlé dans sa foi ?

 

PORTER SA CROIX

 

Et là j’en viens à un fait qui nous concerne directement, nous disciple de Christ : « Quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple ».

Comment porter sa croix si on élude tout ce qui a attrait aux souffrances, aux lamentations, aux angoisses du disciple ? Oui c’est diabolique que de soustraire cette partie, car c’est empêcher que le disciple devienne mature (parfait, telios dans le texte grec).

« Porter sa croix » s’explique. Et je rajoute que Jésus sur le chemin du calvaire ne l’a pas porté seul. Elle était bien trop lourde pour un seul homme (Plus de 130 kg). Jésus a porté la poutre transversale appelée Patibulum. Mais Jésus après la flagellation montrait des signes important de fatigue. Et les romains ne souhaitaient pas voir mourir un supplicié avant d’atteindre le lieu d’exécution. Alors, on l’a aidé à gravir le mont Golgotha. Une aide a été nommée pour porter le Patibulum (une trentaine de kilos) à sa place. Là aussi le soutien des frères fait parti du combat. « Ils prirent un certain Simon de Cyrène… et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus. »(Luc 23 :26).

C’est pourquoi en faisant taire les lamentations, nous empêchons ceux qui sont dans l’épreuve de recevoir une aide réelle.

Nous isolons ceux qui vivent des drames

Nous créons un fossé entre le mythe des héros de la foi et la vie réelle.

Le fait d’être trop positif entraine par conséquent une vraie tyrannie.

En conclusion, nous devons chassez la tyrannie, en acceptant tout de l’Evangile. Les psaumes de David font partie entièrement de l’Evangile. Ce ne sont pas juste des poèmes ou des paroles inspirées pour des louanges. Ils nous amènent dans la vérité ; Nous avons besoin de connaitre la profondeur des psaumes parce que c’est le chemin du disciple.

Alors au moment de la détresse, méditons sur eux. Eux aussi soutiendront la croix que nous portons.

Amen

dimanche 10 mai 2026

LA VERTU DE LA SOBRIETE

618

Par Eric Ruiz

 

J’ai constaté par mon expérience, que les croyants demandent souvent de la sagesse à Dieu. Et, c’est une très bonne chose. Mais avant cela, n’ont-ils pas besoin de la sobriété ? Paul dit à son frère de foi Timothée : 


« Mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances, fais l'œuvre d'un évangéliste, remplis bien ton ministère » (2 Timothée 4 :5). 

Ici la sobriété n’a pas un lien direct avec la consommation d’alcool, bien que l’ivresse procure un comportement inconstant, excessif et confus ; tout l’inverse d’une personne sobre.

 

SOBRIETE ET EXALTATION

 

« Sois sobre » a été traduit du grec « nepho » qui signifie, ici : Etre calme, concentré en esprit.

L’Esprit saint parle dans un doux murmure. Si nous sommes agités, si nous parlons excessivement, si nous nous emballons vite dans nos rapports les uns avec les autres ; si nous perdons la maitrise de soi, ne sommes nous pas plutôt ivres que sobres ? Nous devons être calmes pour être concentré en esprit. Ce qui signifie que le centre de notre attention demeure sur un seul esprit. Et nous l’aurons tous compris : ce seul esprit est celui de Christ. Toute agitation nuit à la concentration. Et là bien-sûr, nous devons discerner ce qui provient d’une agitation de la chair et ce qui provient de l’élan de l’Esprit saint. Or bien souvent, si nous laissons la chair s’exprimer, si nous laissons nos émotions devenir nos maitres, nous ne savons plus discerner la part de l’esprit de celle de la partie charnelle. Nous confondons alors deux sortes d’exaltation. Un état d’enthousiasme atteint par une forte excitation émotionnelle, ou un état d’enthousiasme provoqué par une exaltation spirituelle. L'exaltation de la chair est juste une décharge d'adrénaline : elle s'épuise vite et laisse souvent un vide après coup.

D’ailleurs, dans les assemblées Evangéliques, ou Charismatiques l’agitation ne provient-elle pas d’un trop plein d’émotion ? Le culte ou la messe, n’a rien d’une improvisation ; la liturgie suit une ordonnance, une structure théologique précise. Elle conduit le fidèle à travers un cheminement étape par étape. Rien n’est laissé au hasard.  Souvent un temps d’exaltation par  la louange est suivi par un temps de sobriété en écoutant le prédicateur annoncer son message. Premièrement : l’exaltation ; deuxièment : la sobriété.

Or, ne peut-on pas être en même temps sobre et exalté ? Ne pouvons-nous pas en même temps avoir de la retenue et se laisser aller à l’exaltation ?

Oui, tout à fait.  Etienne à la fin du chapitre 7 des Actes, pendant qu’il exhorte et proclame la vérité à des pharisiens imbus d’eux-mêmes, voit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et Etienne dit: « Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu ». Ici, au milieu de la sobriété d’Etienne rempli de sagesse surgit une vision céleste qui le pousse à l’exaltation. Il faut se rendre à l’évidence : la vie est moins contraignante que la religion. Vivre en disciple ne nous contraint pas à morceler nos pratiques. L’un n’empêche pas l’autre. On peut louer Dieu en chantant, dansant, en levant les bras, tout en étant calme et concentré en esprit. L’exaltation spirituelle n’est pas une perte de contrôle ni une transe, Pourquoi ? parce que tout se fait selon l’ordre du Saint-Esprit et la louange n’exclue pas notre prochain. Chacun continue de veiller et de porter attention aux autres. Si mon "exaltation" me fait oublier que mon frère à côté de moi souffre ou qu’il a besoin d’une parole de délivrance, alors ce n'est plus le fruit de l'Esprit, c'est de l'auto-satisfaction émotionnelle qui est aux commandes.

Or, La confusion saute aux yeux. Et les conséquences aussi. La sobriété est une étape indispensable… indispensable pour autre chose.  Quelle est cette autre chose ?

 

SOBRIETE & SOUFFRANCE

 

Sans être sobre, comment peut-on ensuite supporter les souffrances ?  Revenons à Etienne. Animé par la sobriété et l’exaltation, il est mené hors de la ville et lapidé. S’étant mis à genoux, ses derniers mots ont été en parlant fort : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché! ».

La souffrance habituellement tend à nous faire perdre nos moyens, à nous faire réagir de manière impulsive ou désespérée.  Etienne rendant son dernier souffle est exalté et calme à la fois.

Quant aux assemblées « charismatiques », ces mêmes assemblées très exaltées, elles voient pourtant (et c’est contradictoire) le nombre d’appel à la délivrance se multiplier. On y fait même des cultes de délivrance. J’ai lu ce témoignage ; « Un peu partout, les nouveaux visiteurs de notre Église demandent parfois, après le culte, pourquoi il n’y a pas de séance de délivrance ». Celles-ci sont souvent considérées comme l’aboutissement de tout ce qui se passe pendant le culte. Pourquoi une telle dérive ? Alors, qu’il suffirait d’instaurer un autre culte. Celui du Saint-Esprit et non celui de la chair.

Je crois qu’il y a un lien direct entre la sobriété et la souffrance vécue. C’est ce que montre Paul lorsqu’il conseille  Timothée: »  Mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances »  Paul nous donne la clé d’une délivrance : la sobriété comme le moyen privilégié de supporter la souffrance. Comme je le disais au départ : prier pour avoir de la sagesse, demande avant tout de prier pour être sobre afin de recevoir la sagesse. Eh bien il en est de même pour nos souffrances. Prions d’abord pour notre sobriété afin d’être en mesure de supporter toutes nos souffrances. Prions aussi pour que l’évangile soit apporté avec sobriété ; dans le calme et en esprit. Et que tout ministère soit à la fois exalté par l’esprit mais manifesté dans le calme et la retenue.

La sobriété est un état constant et durable chez le disciple de Christ. Sans cet état comment peut-il affronter les persécutions, les maladies, les exils, les deuils.

Certains qui m’écouteront auront tendance à penser : mais c’est du bon sens. Oui c’est du bon sens. Or le manque de sobriété fait perdre le bon sens et nous avons à ce moment-là besoin qu’un frère ou une sœur de foi, nous ramène à la réalité et nous rappelle nos priorités.

 

SOBRIETE ET PRUDENCE

 

Ensuite être sobre, a été la traduction du mot grec «  sofron »  dans la Bible. Ce mot a le sens d’être modéré, ou être impartial, ou encore circonspect. Quelqu’un de circonspect, c’est une personne qui agit prudemment. La prudence nous oblige à ne pas agir avec précipitation. Donc  réfléchir avant d’agir ; Pourquoi réfléchir ? Pour bien mesurer les choses. Discerner en prenant le temps d’examiner les conséquences de nos paroles et de nos actes. Par exemple : si j’agis ainsi, je risque peut-être de blesser mon frère ; ou si j’agi de cette manière je saurai ce que cache mon interlocuteur, s’il est hypocrite ou sincère.  Et si je ne fait rien, je vais pouvoir mieux comprendre les intentions de l’autre. Donc la prudence demande de la discrétion et de la réflexion. » Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents» (Matthieu 10 :16). C’est le sens de : n’attirez pas le mal à vous en vous faisant remarquer, en étant bruyant ou démonstratif ou exubérant. Examinez les esprits qui sont autour de vous. Y-a-t-il des loups ? Y-a-t-il des gens mal intentionnés ? D’ailleurs pour le deuxième sens l’impartialité, cette attitude pousse à ne pas juger. A ne prendre directement parti ni pour une cause ni pour l’autre sans avoir bien écouté, bien compris le sens de chaque partie. Par conséquent avoir de la retenue est une qualité du Saint-Esprit.

« Il ne contestera point, il ne criera point, Et personne n'entendra sa voix dans les rues. »(Matthieu 12 :19). Trois verbes très importants, absents de toute sobriété : contester, crier, faire entendre.

 

SOBRIETE & IVRESSE

 

Or, à l’opposé, la chair qui a des désirs contraire à l’Esprit se trahit dans les épreuves, car elle ne se maitrise plus et pert le contrôle. Elle s’affole, s’emballe et finit par être cernée par l’angoisse.

L’attitude d’un prédicateur charnel, est en constante opposition ; il se déchire entre d’une part le désir de se maitriser, d’être calme et tempéré et d’autre part le désir de s’exalter derrière le pupitre pour stimuler ses fidèles.

Toutes ces intentions cachent un déséquilibre tel que nous pouvons l’associer « aux vierges folles » de la parabole de Jésus. Elles sont folles parce qu’elles manquent d’huile. Elles ont oublié le Saint-Esprit pour se satisfaire dans des pratiques purement humaines.

Paul avant de parler de sobriété à Timothée évoque les désirs contraires à l’esprit. Il parle d’hommes qui ne supportent plus la saine doctrine, mais qui se tournent vers des choses agréables, vers de faux docteurs qui flattent leurs désirs. Le prophète Esaïe, évoque lui aussi cette même dérive qu’il nomme ivresse. Dieu avait mis en garde sa bien-aimée, Jérusalem, il lui avait dit qu’elle l’oubliait et qu’elle trouvait sa consolation ailleurs. Et c’est ce qui l’a faisait trembler devant l’oppresseur : 

« C'est pourquoi, écoute ceci, malheureuse, Ivre, mais non de vin!... Ainsi parle ton Seigneur, l'Éternel, Ton Dieu, qui défend son peuple: Voici, je prends de ta main la coupe d'étourdissement, La coupe de ma colère ; Tu ne la boiras plus !. »

Cette ivresse c’était donc la coupe de colère de notre Dieu. Ses oppressions, ses problèmes qui ne trouvaient pas de solutions ; Ses addictions qui tournaient en obsession, c’était bien la coupe de colère qu’elle buvait et qui l’a rendait ivre. Lorsque la chair reprend le dessus chez le croyant ; L’ivresse perturbe son jugement, son humeur. On va de la colère au repli sur soi. On devient partial, impulsif, confus comme si on avait trop bu d’alcool.

 

Par conséquent, le caractère sobre du disciple n’est pas à prendre à la légère. Et l’ivresse n’est pas juste une exhortation à la sainteté ou une simple mise en garde.

Paul prend tout un chapitre pour que Timothée enseigne ce caractère à son assemblée. Le troisième chapitre de la première lettre à Timothée, Paul parle de sobriété pour l’évêque, mais aussi pour le diacre et enfin pour la femme. C’est pour en premier, tous ceux qui exercent une responsabilité dans l’assemblée. Ils doivent, en fait, être revêtus de cette vertu spirituelle. Mais la femme, ici quelle responsabilité a-t-elle ?

Eh bien elle tient le rôle de mère, de chef de son foyer, de sa famille. Sa sobriété est un atout pour ses enfants, car ils recevront alors une bonne éducation qui les amènera à craindre Dieu. J’avais expliqué dans un message («  le grand ministère de la mère ») comment la mère consacre ses enfants. Sous son toit, c’est elle qui bâtit la maison de Dieu. C’est là son ministère et sa principale couronne.

 

Pour résumer : la sobriété est une vertu du Saint-Esprit ; Cette vertu permet de s’exalter tout en restant calme et concentré en esprit ; d’avoir de la retenue, de la modération mais aussi de la prudence et de l’impartialité. Elle permet de résister à la souffrance ; et de manifester l’évangile dans sa vie. Nous devons prier pour être sobre avant toute chose. Pourquoi ? Afin d’exercer la justice de Dieu et être des témoins véritables. Nous pouvons avoir cette image : celle d’un disciple où sa tête reste froide pendant que son cœur brûle.

Jésus devant Pilate a manifesté ce caractère (Matthieu 27:11-14)

Jésus incarne la sobriété absolue.

Alors qu’il est accusé injustement et que sa vie est en jeu devant le pouvoir romain.

Pilate l’interroge et attend une réponse. Mais Jésus reste silencieux. Il ne répond pas.

Il est fidèle à son enseignement. « Il ne contestera point, il ne criera point... on n'entendra pas sa voix dans les rues ». Sa passivité visiblement désarçonne le gouverneur romain qui est alors plongé dans un grand étonnement. Ce silence n'est pas de la passivité, c'est une sobriété absolue. Jésus refuse de s’expliquer sur son identité. Il ne cherche pas la contestation et ne souhaite pas utiliser la joute verbale avec ses accusateurs. Jésus est alors soumis entièrement au Père et non à une envie irrésistible de sauver sa vie.

Alors la question que chacun devrait se poser à soi-même : Suis-je déjà sobre ou bien suis-je dans une ivresse qui a ralenti ma conscience et qui me rend confus et balloté : tantôt modéré (mais triste), tantôt exalté ?

 Etre témoin de Christ passe nécessairement par être sobre en tout point. Par nos propres forces nous ne pouvons atteindre cet état. Ce caractère est un prodige. Il vient comme la sagesse : directement du Saint-Esprit. Prions mes frères et sœurs pour recevoir cette vertu si elle n’est pas présente en nous. Si certains parmi nous se sentent dépassés, qu’ils prient pour ne plus être ballotés par les envies de la chair.

Amen

dimanche 26 avril 2026

DOUTER par le SAINT-ESPRIT est-ce possible ?

617

Par Eric Ruiz

Le doute est « le GRAND TABOU » des chrétiens (sans oublier les autres religions). Il est conçu comme une immense forteresse ennemie, alors qu’il devrait être le contraire : une forteresse divine.


Tant de chrétiens s’y sont heurtés et continuent de s’y heurter croyant avoir repoussé le doute.

Il n’y a qu’à leur citer le verset 23 du chapitre 14 de la lettre aux Romains pour qu’ils soient encore déstabilisés. Et je ne dis pas cela en les montrant du doigt, ou en me moquant d’eux, mais en cherchant au contraire à prendre au sérieux le fait de se condamner en doutant: «  Mais celui qui a des doutes au sujet de ce qu'il mange est condamné, parce qu'il n'agit pas par conviction. Tout ce qui n'est pas le produit d'une conviction est péché. ».Romains 14 :23

 

1.     AGIR SANS CONVICTION EST UN PECHE

 

En lisant ce verset le manque de conviction saute aux yeux : c’est un péché. Attention petite nuance toutefois : c’est agir sans conviction qui est un péché. Ce n’est pas le manque de conviction. Il y a le passage à l’acte qui se joint ici au doute : C’est celui « qui n’agit pas par conviction »

Rappelez-vous ce que j’avais enseigné avec la vaccination contre le Covid 19.

Si un chrétien a des doutes sur ce qu’il doit faire : se faire vacciner ou refuser cette vaccination, il n’est pas en train de pécher. Par contre s’il refuse catégoriquement la vaccination mais qu’il est sujet au doute, que son esprit est partagé, ne pèche-t-il pas à ce moment-là ?

Ne devrait-il pas s’arrêter un moment pour étudier tous les avis laissés par les membres de son assemblée, ou venir écouter sur les médias tous les spécialistes, les Épidémiologistes, les infectiologues, ou les immunologistes sur la question, pour se faire sa propre opinion ?

Ou plutôt (et c’est là le chemin de la sagesse) ne devrait-il pas tout simplement faire ce que le Saint-Esprit dit à l’Église ?

Et que dit le Saint-Esprit ? « Assieds toi, prend un temps suffisamment long pour réfléchir, pour méditer, pour prier, pour te poser tes questions : Père comment faire ta volonté, et pas la mienne ?  Père donne moi un signe pour que j’agisse en étant convaincu de faire le bien.

N’oublions pas que notre destinée n’est pas dans la main de la médecine ou d’un grand professeur.  Ce n’est pas celui qui connait la médecine qui prolongera sa propre vie. « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! ». Ce n’est pas une affaire d’intelligence. Mais c’est Dieu qui décide de notre avenir à chacun

Alors que risquons-nous ?

Romains 14 : 7 : « En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. 8Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur ».

 

2.     LE DOUTE CRIE : STOP ! ARRETE-TOI !

 

Le problème du croyant en général c’est que dans sa marche lorsqu’il croise le doute, il le fuit comme le péché, comme la peste. Même ses prières qui ressemblent à des prières de foi confesse le doute «  Père, je refuse de m’inquiéter, je choisis au contraire de te faire confiance. Je confesse la foi en toi ». Encore une manière de vouloir chasser le doute sans le nommer. « Père je refuse de douter », c’est un combat contre soi-même.  Alors que le manque de conviction devrait agir comme avec un panneau indicateur. Un panneau qui lui dirait STOP !  Arrête-toi ! Ne va pas plus loin !

Tu reprendras ta marche… mais une fois que tu ne douteras plus ; une fois que tu auras la conviction, la confirmation dans ton cœur que ce que tu fais est juste.

« Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu'il approuve! », c’est le verset précédent celui qu’on vient de lire dans Romains 14. Il ne signifie pas autre chose que : « celui qui n’agit pas avec des doutes, est heureux parce qu’il ne se condamne pas ».

Maintenant, les choses se compliquent parce que nous vivons entourés de croyants qui n’ont pas la même conviction que les autres sur le même sujet. Et c’est ce que rappelle l’apôtre Paul avec force tout au long du chapitre 14.

Certains s’abstiendrons de manger d’une nourriture tandis que d’autres auront la conviction qu’elle est bonne. Que faut-il faire ? Un seul dogme pour tous ? Ou bien laisser chacun se former sa propre conviction ? Paul est bien sûr favorable à la seconde possibilité. Et il n’est pas contre le fait que nous discutions sur nos croyances (d’ailleurs lui-même ensuite dira ce qu’il pense, sans en faire une loi) Mais notre conviction ne doit pas être une épée pour soumettre les autres. Nous ne devons jamais agir en étant une occasion de chute pour notre prochain. Verset 13 : » Ne nous jugeons donc plus les uns les autres; mais pensez plutôt à ne rien faire qui soit pour votre frère une pierre d'achoppement ou une occasion de chute ». Et il conclut au verset 19 en disant : « Ainsi donc, recherchons ce qui contribue à la paix et à l'édification mutuelle. ».

Voilà le seul mur que nous devons dresser : un mur de paix et d’édification. Ce mur n’enferme pas. Il n’est pas une prison. Ce mur protège. Rappelez-vous c’est en s’occupant des plus faibles que l’on bâtit la paix (Esaïe 72).

Par conséquent, respectons les convictions de chacun. Expliquons les nôtres sans en faire un point de salut et sans susciter un scandale.

Mais pourquoi devons-nous laisser se manifester la conviction de foi de chacun ? Parce que ce n’est pas à nous, être humain, à nous disciples de Christ de changer les convictions mais à Dieu le Père seul. Et il change les convictions par le Saint-Esprit. Comment fait-il ? Il nous amène d’abord à douter. Puis une fois la conviction revenue, il nous amène à agir avec foi.

Si nous condamnons, si nous nous opposons violemment à la conviction de notre prochain, si nous créons des querelles, nous empêchons Dieu d’agir. Et Christ agit toujours dans le calme la tranquillité, la paix et l’amour, sans faire du prosélytisme ou émettre de nouvelles lois.  En agissant contre la conviction de l’autre, nous empêchons le doute de venir le perturber.

Mais « j’ai réussi à semer le doute en lui expliquant ce que l’évangile préconise, n’est-ce pas une œuvre juste ? ».

Ce doute-là n’est pas le bon, car il ne vient pas d’un esprit de paix mais d’un esprit de dispute. Nous devons agir avec sagesse, c’est-à-dire en laissant au Saint-Esprit le choix du moment, du lieu, de la bouche qui viendra le faire douter. Sinon nous agissons seul sans le Saint-Esprit. Et nous savons alors que nous détruisons ce que Dieu veut construire.

 

3.     LE DOUTE : C’EST DIEU QUI FRAPPE A MA PORTE

 

Il y a un passage dans le livre de l’Apocalypse qui montre tout cela clairement.

C’est au troisième chapitre à partir du verset 20 : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. 21Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j'ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. 22Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Eglises! ».

Lorsque le doute survient, quelqu’un frappe à la porte de notre cœur.  Qui est ce quelqu’un ? C’est l’Amen, (l’esprit de vérité) le témoin fidèle et véritable qui souhaite entrer et venir souper avec nous. C’est-a-dire qu’il souhaite instaurer une relation intime dans le but d’échanger sur nos doutes pour nous amener à la vérité. Ceux qui n’entendent pas et qui laissent leur doute à la porte, ce sont ceux qui refusent de douter et qui le cache comme un péché ; ou encore ce sont ceux qui n’ont que des certitudes, et qui ne veulent surtout pas les remettre en question. Ils s’obstinent à penser que la foi parfaite ressemble à un trop plein de certitudes.

Mais ces différentes stratégies émises face au doute cachent une réalité : avoir peur d’affronter ses doutes. Et cette peur amène à connaitre de fortes angoisses. Tout comme la Sulamite l’a exprimée au chapitre 5 du livre du Cantique des Cantiques devant son bien-aimé. A l’appel de son bien aimée : « Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite ! » la Sulamite s’est trouvée mille excuses pour ne pas ouvrir. « J'ai ôté ma tunique; comment la remettrais-je? J'ai lavé mes pieds; comment les salirais-je? »Elle a eu honte de ses doutes. Comment se présenter ainsi devant le Seigneur (nu et les pieds sales) ? Ses peurs l’ont submergé et au final, le doute s’est transformé en angoisse profonde : «  je l'ai cherché, et je ne l'ai pas trouvé ; je l'ai appelé, et il ne m'a pas répondu. ».

Par contre, ceux qui ont l’humilité d’ouvrir la porte, ce sont ceux qui se sont préparés à écouter la voix du Saint-Esprit leur parler. Ils savent que Dieu parle à l’opposé des désirs de la chair. Ils savent que le Saint-Esprit brise les tabous les dogmes puissants, comme les fausses certitudes. C’est en se comportant ainsi que l’on se comporte comme un témoin fidèle et véritable et que:

-premièrement l’on peut vaincre ses doutes,

- pour que deuxièmement sa foi grandisse ;

- et qu’enfin troisièmement, Dieu nous amène à partager son trône, comme Jésus-Christ l’a fait le premier, avant nous.

 

Alors, c’est vrai que nous retrouvons ici la folie de l’Evangile. C’est une folie pour l’homme charnel.  Rendez-vous compte :

-S’abaisser pour être élever.

-Les derniers seront les premiers ;

-Aimer ses ennemis plutôt que les combattre ;

-être heureux dans les outrages et la persécution…

-et maintenant avec le doute, il s’agit de s’arrêter pour avancer dans la foi ;  de douter un instant pour partager la gloire de Dieu. Toujours agir à l’opposé de nos contradictions humaines. Dieu va à contre courant de nos certitudes. L’enjeu est de taille : Si nous refusons que nos doutes nous remettent en question, nous n’entendrons pas la voix de Dieu et nous bloquerons nous-mêmes la porte. Dieu alors ne partagera rien avec nous.

 

Un théologien chrétien du 1er siecle disait : « le doute amène l’examen et l’examen la vérité ». C’est ce que Jésus a fait avec un docteur de la loi, membre du Sanhedrin : Nicodème. Il l’a fait douter par cette affirmation : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. ». Nicodème interloqué répondit : comment un homme peut-il naitre deux fois d’une même mère ? Nicodème aurait pu s’arrêter là et s’en aller en pensant que Jésus n’était qu’un homme qui délirait et blasphémait. C’est la pensée dominante des pharisiens, ceux de son assemblée, pour qui rien de bon ne pouvait sortir de lui. Que cet homme se prétendant fils de Dieu n’était en fait qu’un imposteur. Mais Nicodème était dans une disposition de cœur lui permettant de se remettre en question. Il a écouté tout ce que Jésus lui disait attentivement, et il est repartit en méditant sans doute sur les paroles de Jésus, notamment celle-ci : « Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes? ».  Jésus souhaitait que cet homme érudit dans la loi de Moïse, puisse comprendre sa mission sur terre qui va avec un don céleste. Jésus est le fils de Dieu issu du Père. Il se sacrifie pour que ceux qui croient en lui aient la vie Eternelle. Le royaume de Dieu n’est possible que par ce don céleste qui dépend uniquement de lui, Jésus-Christ.

On ne sait pas ce qui s’est passé ensuite. Mais Jésus avait semé de nouvelles paroles dans son cœur, des paroles de vérité qui permettent de vaincre ses fausses convictions et de partager la gloire du Père.

Dans Jean 19 :39, nous revoyons Nicodème accompagnant un disciple de Jésus pour embaumer son corps avant de le mettre dans le sépulcre. « Nicodème…, apportait un mélange d'environ cent livres de myrrhe et d'aloès ». Nicodème à l’évidence ne doutait plus. Il avait pris le parti de la vérité.

 

Pour résumer :

Dieu utilise nos doutes pour nous amener vers la vérité. Ce moyen nous empêche de nous égarer dans nos propres certitudes. Le fait que le péché ne soit pas résolu définitivement procure, c’est certain, des doutes chez le croyant. Le prophète Esaïe a exprimé sans retenue ses doutes « Malheur à moi! Je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures, » Esaïe 6 :5. Comme aujourd’hui on le prie dans l’intimité : « Seigneur j’ai péché suis-je encore aimé de toi ? ». Même en ayant une foi basée sur les textes bibliques et en sachant que Christ a vaincu le péché pour nous, c'est le doute qui nous garde humbles. Le doute, est perçu habituellement comme une « panne », mais il est bien un « frein moteur de sécurité ». Accepter le doute, entendre la voix de celui qui frappe, ouvrir la porte, c’est  « le commencement de la dépendance à Dieu ». Car si je ne doute plus de rien, ai-je encore besoin de réponses à mes prières pour être guidé ?

Que le doute soit pour toi mon frère, ma sœur plus qu’un ami, un nouveau commencement dans les œuvres du Saint-Esprit.

Amen

dimanche 19 avril 2026

LE DOUTE : UN MOTEUR SPIRITUEL ?

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Par Eric Ruiz

 

1.     Le Doute : Un Séisme Révélateur, non un Péché

Il y a des croyances qui agissent comme de véritables monstres auprès des croyants. Elles les écrasent au sol et les maintiennent dans la peur et l’humiliation. Cette frontière invisible doit être détruite.


Alors pour être concret, cette croyance, c’est celle du DOUTE. Celle du doute qui s’oppose à la foi. Le doute n’est pas une perte de foi ou une absence de foi. Le doute fait parti de la foi. Tant de siècles d’obscurantisme ont eu comme effet que de culpabiliser les croyants en leur laissant croire volontairement que leur doute, leurs interrogations ne sont qu’un manque de foi.

Le doute ce n’est pas l’incrédulité. Le doute c’est un moyen de se remettre en cause, de se poser des questions, de s’évaluer, pour grandir dans la foi. Le doute n’est donc pas un manque, mais un moyen. Un moyen pour atteindre un but. Et ce but c’est la croissance.

De façon personnelle, le doute va me permettre d’évaluer si mes fondations sont solides.

Le doute, si je peux donner une image, c’est un mini séisme qui va secouer les habitations. Ce séisme fera écrouler les habitats peu solides, mais il ne touchera pas aux habitations fiables et robustes. Ce séisme fera passer l’eau des rivières là où les courants ne passaient pas. Ces nouveaux bras de rivières viendront alors irriguer de nouvelles cultures.

Donc d’un point de vue spirituel, le doute amènera d’autres possibilités, de nouveaux lieux fertiles propices à de nouvelles créations.

Alors lorsque qu’un croyant est en proie au doute, plutôt que de le culpabiliser, prions afin que ce moment l’éclaire sur lui-même, sur ce qui est solide dans sa foi et sur ce qui est bancal, afin justement qu’il se sépare de ce qui est inutile ou mauvais pour laisser croitre ce qui doit l’être. « Le doute est le commencement de la sagesse » Il y a dans l’affirmation d’Aristote. Une lumière qui n’est pas si loin de la vérité.

 

2.     L'Instrumentalisation du Doute par l'Institution

 

Avec ce faux dogme du manque de foi, le clergé s’est constamment protégé. On a volontairement peint « Les grands hommes de foi », en gommant d’eux le doute pour ne laisser entrevoir qu’une foi infaillible. Ces héros incapables de douter se sont érigés en Seigneur et en Dieu. Et comme le doute touche naturellement tout croyant… Alors quelle aubaine pour maintenir tout un peuple dépendant d’une autorité religieuse ! Le doute est devenu un péché à confesser. C’est une attaque démoniaque vous dit-on, où l’ennemi cherche à nous vaincre.

Voyez-vous l’entourloupe ? Le doute c’est une manne providentielle pour la fausse église. La hiérarchie dans l’Eglise s’est vue préservée grâce à ce dogme. Le doute maintien en vie la plupart des assemblées chrétiennes. Chaque membre alors est dépendant de sa hiérarchie. Il doit constamment venir la questionner pour se rassurer sur sa foi.

« J’ai un doute sur le fait que je sois déjà sauvé… Que pense mon curé, Que pense mon pasteur, ou que pense ma religion ? ».

 

3.     Le Piège de la Certitude Radical : le Fanatisme

 

La foi que l’on vous présente s’est une foi radicale. C’est blanc ou noir, c’est le paradis ou l’enfer, c’est la foi ou le doute. « Tu perds ta foi non pas dès qu’une pensée de doute te surprend, mais si tu entretiens cette pensée. Tu dois être vigilant et chasser toute pensée de doute car elle vient du diable ».

Ici, ce n’est pas le doute qui est inquiétant, c’est la certitude que le doute est mauvais.

Les répéteurs de l’institution te disent : « Regarde, Simon Pierre a douté. Ce doute est une trahison. Il a renié Jésus-Christ. 

Cet exemple sert de mise en garde. Il doit te faire peur »

Eh bien, le doute vécu ainsi amène tout droit vers le fanatisme religieux.

Mais mon frère, ma sœur, attention, si tu veux te libérer de ces liens, il te faut penser différemment. Si une pensée de doute survient, le diable te dit chasse-là !

L’Esprit Saint te dit : « Assieds toi, réfléchi, prie, pose toi cette question : Père ta volonté ou ma volonté ? Ta coupe ou ma coupe ? Que dois-je boire, que dois-je faire ? En d’autres mots, suis-je dans la complaisance ? Ai-je laissé entrer en moi des pensées de convoitise ? L’orgueil s’est il élevé ?  Ai-je des pensées de jugement envers mon prochain ? Et si le jugement dernier n’était pas celui que l’on m’avait dit ? Toutes ces questions sont liées. Elles vont à contrario contribuer à chasser le doute.

 

Allons plus loin :

-Le doute a un autre avantage, plus que cela une autre puissance pour la religion. C’est la clé qui ferme la porte des prisons spirituelles. Elle permet d’instaurer des dogmes puissants et indestructibles. Elle maintient éveillé sur l’enseignement spirituel; pas celui des apôtres mais celui de faux apôtres.

Comment ?

Si vous vous dites : «  j’ai la foi, j’ai une ferme conviction sur ce que je pense de l’Evangile. J’ai reçu le plein évangile ». Le fait de vous apporter une autre vérité, vous fais douter. Et là vous fermer la porte au doute. En chassant toute autre idée, vous chassez par là même le doute. Or, en chassant le doute vous chasserez tout …et y compris la vérité.

C’est ainsi que l’on crée des murs infranchissables.

Attention, la séduction diabolique a changé de stratégie. De nos jours, le doute passe moins pour un péché et plus pour une étape normale de la foi. Ce n’est pas un progrès, c’est un nouveau moyen de contrôle.

En les amenant à confesser le doute, l’Eglise contrôle ses adeptes. Ceux qui doutent reçoivent un accompagnement spirituel et la doctrine leur est rappelée. La force de l’institution c’est : on ne chasse plus le croyant qui doute, on l’encadre pour mieux l’endoctriner, et pour mieux le fidéliser.

 

4.     La confusion entre doute et incrédulité

 

Dans les milieux chrétiens, le doute a souvent été confondu avec l’incrédulité.  Simon Pierre certes à douter de sa foi en reniant Christ par trois fois au chant du coq. Mais il n’était pas dans l’incrédulité. Pourquoi ? Parce que son reniement lui a fait réaliser que bien qu’il aime Dieu de toutes ses forces, sans la puissance provenant du Saint-Esprit, personne ne peut échapper à ses peurs et à ses faiblesses.

Une autre confusion est de penser  qu’obtenir sa guérison ne peut se faire sans douter. Oui, mais douter de quoi ou de qui ? L’Eglise Evangélique insiste sur le fait que douter de sa guérison annule le miracle. Et qu’il est indispensable de confesser sa guérison pour qu’elle puisse se révéler. La doctrine va même par le fait de ne jamais confesser autre chose que la guérison, même si le mal persiste. Le moindre doute, par conséquent mettrait un obstacle puissant à l’accomplissement de la guérison.

Jésus-Christ ne fait jamais référence à ce doute là. Jésus insiste sur l’incrédulité. Haïr son frère, cacher des intentions mauvaises, c’est le trahir, l’abandonner, c’est l’esprit d’incrédulité. C’est ce doute là qui empêche Dieu d’agir. Matthieu 13 :58 : « Et il (Jésus) ne fit pas beaucoup de miracles dans ce lieu, à cause de leur incrédulité. ».

Le doute existait bien mais envers Dieu, pas envers la guérison. Et Jésus refuse de les guérir parce que justement, ils doutent de lui en préférant le mensonge à la vérité.

Jésus est plus sensible à l’authenticité du cœur, qu’au doute. Un des récits les plus touchant est celui du père de l'enfant qui passe par tous les états dans Marc 9:23-24. Face à Jésus, il s'écrie :"Je crois ! Viens au secours de mon incrédulité !" C'est l'exemple parfait de la coexistence du doute et de la foi. Jésus ne rejette pas cet homme ; au contraire, il guérit l'enfant. Cela montre que Dieu répond à l'honnêteté du cœur plutôt qu'à une perfection spirituelle imaginaire.

 

5.     Le doute : chemin obligatoire pour l’accomplissement du disciple

 

Maintenant, Jésus-Christ a-t-il douté ? Oui, il a douté pour une juste cause. Quand ? A Gethsémani. Oui, je reviens encore et encore sur ce moment clé de l’histoire de Jésus de Nazareth. Dans ce jardin près de Jérusalem, où l’on pressait autrefois les olives pour en extraire l’huile, Jésus doutait de pouvoir aller jusqu’au bout de sa mission. Il se demandait s’il avait la force pour pouvoir vivre la trahison, l’abandon, l’humiliation et pour finir la crucifixion. « Père pourquoi m’as-tu abandonné ? Père éloigne de moi cette coupe » pria-t-il. C’est une faiblesse certes, mais une faiblesse nécessaire, indispensable même pour recevoir la force divine. Le doute : c’est chercher Dieu plus profondément

Le doute a été pour lui, Jésus-Christ, le moyen de recevoir une force supérieure pour le combat qu’il avait à mener.

Le doute n’est donc pas la destruction de la foi mais plutôt le moyen de son accomplissement. Accomplir plutôt que détruire c’est le rôle du doute.

 

 Maintenant Jésus souhaite nous amener plus haut. « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. ». La foi inébranlable n’a rien à voir avec le fait de chasser le doute ; c’est même le contraire. Pour avoir une foi inébranlable, il est indispensable d’accepter le doute ; d’accepter d’être pressé comme une olive pour en extraire une onction supérieure. Trop souvent un croyant qui est enclin à douter, qui est déstabilisé, qui se pose des questions est jugé comme un croyant tiède qui a peu de foi. Mais, n’est-ce pas juger trop précipitamment ? Ce disciple n’est-il pas plutôt dans une phase d’évolution qui va l’amener à manifester une foi inébranlable ? 

La peur, les maladies, le danger de mort, toutes les fortes épreuves font douter. Et nous sommes, nous disciples, au milieu de cette fournaise ardente. Ce n’est pas un hasard, ce n’est pas une erreur de parcours. Ce n’est pas la preuve d’un manque de foi.  C’est l’acte de foi : qui est de pouvoir marcher, avancer malgré l’incertitude. C’est l’état de notre croissance. Comme un enfant doit passer par l’adolescence pour atteindre l’âge adulte, nous devons passer par le doute pour atteindre la maturité en Christ.

Le doute c’est donc la respiration du Saint-Esprit. Il empêche à la foi de se figer et à la tiédeur de s’installer. Si le doute est la "respiration", la foi reste "l'oxygène". L'un permet d'absorber l'autre.

Alors n’ayons pas peur de douter. Soyons au contraire préparer à cette éventualité certaine. Notre consécration en dépend. Notre adoption en dépend. L’accession au trône de Dieu en dépend. Lorsque le doute nous atteint, ne le taisons pas. Parlons-en au contraire. Exprimons nos doutes comme Jésus l’a fait. Soyons authentiques, vrais. Le fait de cacher ses doutes, de nier leur existence, provoque ou dévoile un esprit incrédule. Sans inspiration (foi) et expiration (doute/remise en question), l’âme étouffe et périt. Nous devons retrouver une respiration juste et vraie pour retrouver notre vraie identité en Christ.

 

Mais attention, s’installer dans le doute peut devenir une excuse pour ne pas agir. Le doute est un chemin, il n’est pas une destination. Nous ne devons pas rester dans cet état d’instabilité. Il doit demeurer provisoire. Selon Hébreux 12 :27, ce qui doit demeurer ce sont les choses inébranlables. Les choses ébranlées sont amenées à apparaitre puis à disparaitre. Le doute permet aux constructions humaines de s’effondrer pour que les constructions divines demeurent éternellement.

Le doute est par conséquent cet ébranlement. Et, si le doute est la "respiration", on ne peut pas rester en apnée sur l'expiration sans finir par s'étouffer. La croissance est la destination. Le doute n’est qu’une antichambre à la croissance. Il n’est pas la croissance. Le doute est un appel à la croissance.

Alors mes frères et sœurs n’oublions pas que c’est après avoir douté de nos forces, de notre consécration, de l’amour même de notre Père pour nous, que nous trouverons la puissance venant de l’Esprit Saint afin d’accomplir notre mission. Amen