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Par Eric
Ruiz
Nous sommes entrés dans des temps difficiles. Dieu, par le Saint-Esprit avertit son peuple afin qu’il se détourne de ses mauvaises voies et qu’il se consacre de nouveau. Mais qui y prête attention ? Qui en mesure réellement la gravité ?
Tant de prières semblent témoigner que la grâce est là , qu’il nous suffit d’invoquer notre Seigneur pour recevoir les dons de l’esprit qui nous manquent. Il nous manque de la puissance… eh bien prions Dieu pour la recevoir. Mais la puissance du Saint-Esprit est-elle liée à la puissance de nos prières ? Dans bien des assemblées chrétiennes, on entend des prières enflammées et ardentes du type : « Père que ma coupe déborde ! Rempli moi d’une double onction du Saint-Esprit ! ». Alors faut-il simplement prier avec force, conviction et persévérance pour obtenir cette coupe de bénédiction ? Oui, d’une certaine manière, la prière est importante, mais… ce n’est pas le seul élément en jeu. Le contexte dans lequel se trouve le croyant est primordial. L’enjeu même de la prière est de tout premier ordre. Pourquoi prier ainsi ? Pourquoi cette prière doit-elle être si pressante et urgente dans les faits ? Pourquoi doit-elle naître d’une angoisse intérieure ou d’un cri de détresse ? Avez-vous remarqué…C’est souvent dans ces moments-là que Dieu commence son œuvre la plus profonde.
Jésus nous
montre ce contexte des temps difficiles, au moment de ses derniers instants
passés avec ses disciples ; Lorsqu’il pria ainsi : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne
de moi! ».
Après le
repas de la Pâques, Jésus se rend dans un endroit proche de Jérusalem, avec ses
disciples, dans un jardin, celui de Gethsémani. Il prend à part Pierre, Jacques
et Jean pour prier.
Jésus
exprime alors une immense tristesse, et une profonde angoisse. « Mon âme est triste à en mourir ». L’intensité
est extrême «sa sueur devient comme des gouttes de
sang ». Malgré la demande de Jésus de veiller et de prier, les
disciples s’endorment à plusieurs reprises.
Puis la
foule et des soldats arrivent avec Judas Iscariote, le traitre, celui qui a
payé pour que l’on s’empare de lui, qu’on l’arrête et qu’on l’amène devant les
autorités afin d’être jugé.
·
La Gethsémani du croyant
Dans ce
lieu devenu mythique celui du jardin de Gethsémani, Jésus est en train de boire
une coupe qu’il ne voudrait pas boire en tant qu’homme mais qu’il boira pour
faire la volonté de son Père qui est dans les cieux. Dans ce jardin, l’épreuve
devient de plus en plus intense. Dès son arrivé Jésus y ressent une pression
extrême qui se traduira même par un malaise corporel (des gouttes de sang). Ce
cas appelé hématidrose et très rare. Il a été observé lors de stress extrême,
où des petits vaisseaux se rompent laissant passer un peu de sang dans la
sueur.
Je
m’arrête un instant pour signifier que le projecteur est sans cesse pointé en
direction de Jésus, sur la passion du fils de Dieu ; afin que la foi du
croyant s’émeuve de compassion et de reconnaissance devant la souffrance et ce
sacrifice cruel et injuste qui aboutira (on le sais) à sa crucifixion. Et c’est
juste : le chrétien doit mesurer le prix très élevé payé par Dieu pour un
châtiment que nous méritions nous et nous seuls.
Avoir
compassion de notre Dieu c’est une très bonne chose, bien-sûr. Mais ne voir que
cela occulte malheureusement une autre partie de la vérité. Le projecteur doit
aussi se tourner vers nous, croyants. Ce récit à d’autres vocations. Les
détails de la vie de Jésus sont des enseignements, des exhortations, pour nous
qui désirons lui ressembler et marcher dans ses pas. Car l’enjeu pour nous
disciples, est d’être appelé « ami « et non plus « serviteur ».
L’ami est intime, il connait ce que fait Jésus et il passe lui aussi par des
épreuves similaires.
Le jardin de Gethsémani est un passage
obligatoire pour le disciple.
Et Jésus lui-même en fait référence.
Matthieu
20 :22-23 « jésus répondit : Vous ne savez ce
que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire ? Nous le
pouvons dirent-ils. 23 Et il leur répondit : il est vrai que vous boirez ma coupe. ».
Ce qui
s’est passé à Gethsémani est une coupe de souffrance, d’épreuve difficile mais
aussi de transformation. C’est une épreuve que tous doivent boire : le
fils de Dieu comme petits et grands dans la foi. Gethsémani se trouve sur les
pentes inférieures du Mont des oliviers, là où l’on y trouve encore de nos
jours des oliviers. C’était par conséquent un endroit tout à fait logique pour
y trouver un pressoir. Gethsémani en
hébreu et en Araméen signifie : « le pressoir à huile ». Ce n’est pas sans intention que Jésus
s’y est arrêté. Ce n’est pas non plus un hasard si ce lieu justifie pleinement son
nom. Sous des meules de pierre on y
pressait des olives pour en extraire l’huile.
A Gethsémani est confronté la volonté
humaine et la volonté de Dieu car
la pression de l’épreuve est au plus haut.
Mais pour
bien comprendre la profondeur de cette coupe à boire, nous devons aussi
comprendre comment fonctionne en parallèle ce pressoir à huile.
·
LE PRESSOIR A HUILE matériel et spirituel
Avant de
passer au pressoir, les olives sont lavées, et elles doivent être transformées
en pâte. Alors, afin d’obtenir une pâte épaisse et luisante, les olives, noyaux
compris, sont écrasées par de grandes meules puis malaxées, brassées pendant près
d’une heure.
A notre
arrivée à Gethsémani, nous disciples sommes lavées de nos fautes, comme ces
olives écrasées pour ne formées qu’une pâte. Pourquoi ? Pour que nous
soyons malléables par Dieu. Ce changement d’état est visible. Ce principe du
brisement s’applique à nos cœurs lors de la repentance. La repentance prépare
le chemin à l’Esprit saint tout comme ce broyage d’olives. Notre tristesse et
notre état d’âme est au plus bas. Il est écrasé par le poids de l’épreuve. Mais
c’est dans cet état que notre pâte (notre chair) est la plus malléable.
Maintenant
peut commencer le pressoir. La pression exercée avec beaucoup de force est immense
(400 bars, l’équivalent à 160 fois la pression d’un pneu de voiture) a pour but
alors d’extraire le liquide en emprisonnant la peau, les fragments du noyau et
la pulpe de l’olive. Un peu comme une conversion le ferait en écrasant tout ce
qui nuit à la sainteté dans nos vies (mensonges, adultères, hypocrisies,
médisances, calomnies etc). Jésus, lui, était au bord de l’agonie, tant la
pression de l’épreuve qu’il allait subir était lourde et écrasante physiquement
et émotionnellement. Sa propre volonté humaine elle même était écrasée. Lorsque nous sommes pressés à ce point, il
n’y a plus de place alors à autre chose qu’à la volonté de Dieu. La notre
disparait elle-même sous la pression. Matthieu 26 :39 : «Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ».
C’est avec ces mots-là que Jésus priait son Père céleste.
A ce
moment là, la tentation étant vaincue, l’étape
ultime peut avoir lieu. C’est cette étape ou l’huile coule et surabonde. C’est
l’étape de la séparation entre l’huile et l’eau. Car l’huile auparavant n’était
pas encore pure, toujours mélangée à une eau impure. C’est là qu’à lieu la
décantation. Un phénomène naturel où l’huile plus légère que l’eau remonte
naturellement à la surface. On peut alors la récupérer délicatement. Il est à
noté que dans cette troisième étape tout se fait sans efforts. L’huile laissée
au repos remonte d’elle-même à la surface. Notre force est dans le repos. Se
reposer en Dieu s’est laissé remonter huile- l’onction à la surface
D’un fruit
comme l’olive, le pressoir extrait de l’huile. C’est une transformation. Un
état nouveau.
Concrètement
si on a bien compris les 3 étapes du pressoir à huile, on comprend comment le
disciple progresse dans l’acquisition d’une onction puissante par le Saint-Esprit.
La décantation : l’eau de la chair disparait
au profit de l’huile de l’Esprit.
Et, je le
redis la prière seule ne suffit pas. L’épreuve qui devient insurmontable
humainement a besoin de la prière des autres. Mais elle a aussi besoin de ce moment
où l’on se voit abandonné par eux, eux ces autres croyants qui comme Pierre Jacques
et Jean s’endorment. A la deuxième étape, tout soutien disparaît. Pourquoi tout
aide disparait ? Car la volonté de Dieu est que nous lâchions prise ;
Que nous réalisions que Lui Seul est salutaire. Et qu’il n’y a de Sauveur en
aucun autre.
Tous ont
fui et ont renié Jésus. La peur, la tentation les ont saisis faute de veille et
de prière.
Quelle
était la plus grande tentation ? Celle de s’en remettre encore à sa propre
volonté, et d’écouter sa chair hurler.
Il y a des
épreuves dans la vie du chrétien qui deviennent comme un Gethsémani. Certaines portent
dès le départ l’odeur de l’agonie, de l’abandon, de l’humiliation et de la
trahison comme Jésus l’a vécu : abandonné d’abord par l’endormissement de
ses disciples, puis humilié par le peuple armé de bâtons et d’épées venu le
prendre pour le livrer comme un vulgaire brigand et enfin, trahit par Judas qui
le livra aux autorités religieuses pour quelques pièces d’or.
Mais, les
choses puissantes ne sont pas toujours saisissantes pour l’œil humain. L’esprit
saint devient puissant par un effet chimique de décantation. A la manière d’un
procédé naturel, la purification se fait en chassant ce qui est impur pour ne
conserver en nous que l’huile pure du Saint-Esprit.
La
puissance du Saint-Esprit ne vient pas en claquant des doigts ni comme par
magie, ni à la suite d’une prière où l’épreuve serait absente. Elle ne vient pas non plus parce qu’un
prophète l’a annoncée pour son époque ou pour son assemblée. Cette puissance
vient pour une raison et une seule : Il n’y a plus d’autres issus
possibles pour le croyant. Le prodige divin devient sa seule porte de sortie.
En fait ce
procédé d’extraction se fait à froid comme l’huile. Le disciple passe par cette sueur froide avant de connaître la chaleur
divine. Sa chair réalise qu’elle ne peut rien faire que de trembler. Mais
la chaleur, le calme et la confiance viennent de l’Esprit dont la mission est
d’opérer ce changement. Parce que, pour un croyant le feu est mis à l’huile.
C’est son baptême de feu. Là où l’épreuve est au plus fort, l’esprit de Dieu
brûle au plus haut degré.
Par
conséquent, dans les combats les plus difficiles, Dieu ne fait pas appel à une
armée forte, mais à des soldats démunis de force. Ou pire à des gens qui ne
sont que des amateurs et pour qui personne ne miserait un kopeck.
Et là je
fais un détour par Gath, cette grande ville des philistins qui autrefois vit
naitre ; Goliath le terrible géant qui terrifiait Israël. Gath est un mot
intéressant parce qu’il signifie aussi « pressoir ». Et ce n’est pas
une armée puissante qui vainquit Goliath. L’armée d’Israël était pétrifiée par
ce géant de 3 mètres. Mais ce fut un enfant, un simple berger du nom de David
qui releva le défi et le tua. Ce petit berger ridicule aux yeux des hommes, mit
le géant à terre par la foi et avec une fronde et 5 pierres prises dans un
torrent. Et tous les philistins prirent la fuite.
Ainsi, en
passant par Gath, par ce pressoir, nous rencontrons un adversaire redoutable,
certes. Cet adversaire semble même nous terrasser puisque c’est un moment de
doute extrême où nous nous sentons abandonné, trahi, humilié. C’est peut-être
aussi une maladie grave, un accident mortel, ou une situation mettant notre
propre vie en péril. Et apparemment, c’est un ennemi invincible. Cet ennemi
dans un premier temps nous terrifie mais…
Quand
l’huile est extraite, alors la volonté de Dieu exerce toute sa puissance :
elle brise cet ennemi et nous donne la victoire.
Voilà ce
que représentent Gath et Gethsémani. Ce sont nos lieux de détresses. Ces mêmes lieux
qui nous transforment, nous remplissent de l’esprit saint et nous font partager
la victoire de Dieu.
·
Pour résumer :
Au bout du pressoir, il ne reste plus rien de l’olive… sauf l’huile. Tout
ce qui était dur, tout ce qui résistait, tout ce qui empêchait la lumière de
passer a été brisé, écrasé, séparé. Il en est ainsi du disciple. Lorsque Dieu
nous conduit à Gethsémani, ce n’est jamais pour nous détruire, mais pour faire
jaillir de nous ce que nous ne pouvions produire par nous-mêmes : l’huile
pure et puissante du Saint- Esprit.
Dans ces moments où tout soutien disparaît, où la prière des autres
s’éteint, où la solitude devient écrasante, Dieu n’est pas absent. Il
travaille. Il presse. Il purifie. Il sépare. Il fait remonter à la surface ce
qu’Il a déposé en nous. Et lorsque notre volonté cesse de lutter, lorsque notre
chair se tait enfin, alors Sa volonté peut s’accomplir pleinement.
Gethsémani n’est pas la fin du croyant. C’est un nouveau commencement.
Gath n’est pas le lieu de la défaite. C’est celui de la victoire.
Car là où la pression est la plus forte, la puissance de Dieu se révèle la
plus grande.
Ainsi, lorsque nous traversons nos pressoirs, souvenons-nous :
l’huile ne coule jamais sans pression,
la lumière ne brille jamais sans brisement,
et la puissance ne naît jamais sans Gethsémani.
Que celui qui est pressé ne désespère pas. Que celui qui se sent vidé et démunie
de toute puissance ne perde pas la foi.
Car c’est précisément là que Dieu façonne ses vainqueurs.
Amen




